Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

 

Chapitre 11

Les équipements urbains

 

Les édifices religieux

Les mosquées

Il y' avait cinq mosquées :

– Mosquée si Ahmed Bennacef

Elle fut la première mosquée construite à Oran par le bey Mohamed el Kébir, à l'endroit nous apprend le chroniqueur oranais Mohamed Ben Youssef Ez-Ziani, où s'arrêta le cheval du bey devant les murs de la ville. Après sa construction, elle fut dédiée à Si M'hamed Bennacef, l'oukil de la mosquée de Mascara qui suivit volontairement le bey dans son entreprise de djihad contre Oran[1].

Mosquée du Pacha : sa construction fut ordonnée par le dey Hassan Pacha, il participa au financement de sa construction en versant tout l'argent qu'il reçut du rachat par leur pays des prisonniers espagnols.

Le chantier de sa construction dura de 1792 à 1796, il fut dirigé par l'« amin el Banaïn » (le chef de la corporation des maçons), faisant office d'architecte, envoyé d'Alger, Si Mohamed Ech-Cherchalli Ben Tadbirt.
Le bey Mohamed el Kébir dota de son côté la mosquée d'importants biens habous.

– Mosquée de la quoubba de Sidi el Houari : mosquée attenante au mausolée du saint patron d'Oran, Sidi el Houari. Elle fut construite en même temps que le mausolée en 1793 dans le quartier de la Blança, encore sous les décombres. L'endroit choisi pour leur construction dans cette partie de la ville par les descendants de Sidi el Houari, el hadj Hadji et Hammou Bou Yzar, c’était pour perpétuer le lieu existant avant l'arrivée des Espagnols,
la zaouia de leur aïeul, le saint homme Sidi el Houari (Didier, 1930).

Mosquée de Sidi El Houari : sur l'ancienne Plaza Mayor, sa construction fut commencée par le bey Mohamed el Kébir que la mort surprend en 1799. Son fils et successeur, le bey Osman, la fit terminer en 1801.

La mosquée du faubourg Kheng En-Nitah : cet édifice, construit dans le faubourg de Kheng En-Nitah, faisait partie de l'ensemble que créa, dans ce faubourg, le bey Mohamed el Kébir, avec le cimetière beylical et la méderça. Le choix de cet endroit, situé loin de la ville, était vraisemblablement attaché à une question de lieu de mémoire, puisque les cartes espagnoles mentionnaient toujours à cet endroit l'existence d'un monument musulman indiqué sous l'appellation de « Mezquita Blanca ».

Les mausolées (qoubbas)

Le seul document cartographique du début de l'occupation d'Oran par les troupes françaises, qui mentionne l'existence de qoubbas, est le plan sommairement levé en 1831 par le capitaine Levet. Il y mentionne six qoubbas répartis à travers tout l'espace urbain. Les chroniqueurs locaux du XIXe siècle, Mohamed Ben Youssef Ez-Ziani et l'agha Benaouda Mazari mentionnent une dizaine de qoubbas faisant l'objet de mazar (lieu de visite), sans compter toutefois, les très nombreux petits maqam et haouita.

Parmi les saints musulmans, qui étaient honorés par l'élévation en leur mémoire d'un mausolée, sous forme de qoubba ou de haouita, on peut citer :

Sidi el Houari, dont le mausolée fut élevé, comme nous l'avons précédemment mentionné, par les descendants du saint.

Sidi el Gharib, au milieu du cimetière qui porte son nom.

– Sidi el Bachir Ben Yahia, dont le grand cimetière créé en 1792 porte également le nom. La qoubba fait encore de nos jours l'objet de visites par les femmes.

  • Sidi Kada Mokhtar, situé à Médina-Jdida, rappelle la mémoire du saint mascaréen Sidi Kada Ben Mokhtar. Dans les années 1920, la construction de la qoubba de Sidi Blal, un peu plus loin (place Sidi Blal), lui enlève la fonction de lieu votif de la communauté noire.
  • Sidi Blal, qoubba située sur place Sidi Blal, ce qui a donné au sous-quartier le nom de « Village nègre », appellation qui s’’est étendue peu à peu à tout le quartier de Mdina-Jdida ou la « Ville Nouvelle ».

– Sidi Bouazza, sa qoubba était située au milieu du cimetière de Sidi el Bachir, aujourd’hui disparue.

Sidi Chaâban (le Sidi Chebbal des premières cartes françaises).
Il s'agissait de la tombe du bey Chaâban Ez-Zenagui, tué en 1687 dans un combat livré contre les Espagnols aux portes de la ville, qoubba aujourd’hui disparue[2].

– Sidi Abdelkader Moul el Meïda.

– Sidi Abdelkader Moul-ed-Douma.

– Sidi Brahim El Kherrouti[3].

– Sidi Senoussi.

– Sidi Brahim Tazi, qoubba aujourd’hui disparue

–  Sidi Badr-Eddine, qoubba aujourd’hui disparue.

– Sidi Tamessaoudt (le « Tamasshouet » des Français), qoubba aujourd’hui disparue.

– Sidi Mahieddine (orthographié « Manhattan » par les premières chroniques françaises), qoubba aujourd’hui disparue.

Les Méderças-mosquées

Dans cette ville qui avait retrouvé ses activités d'enseignement, de nombreux étudiants (talebs) avaient afflué de toutes les régions du beylick de l'Ouest. Même, si nous sommes que peu informés sur les petits oratoires qui auraient pu exister à cette époque dans la ville, le seul qui avait retenu l'attention des chroniqueurs locaux en raison probablement de leur séjour scolaire dans cet établissement, qui fut également fréquenté pendant quelques mois par le jeune Abdelkader Ben Mahieddine, c'est celui de la méderça de Kheng En-Nitah fondée par le bey Mohamed el Kébir et, qui était attenante à la mosquée du même nom (Azan, 1921, pp. 127-232).

Les zaouias

En dépit de la forte implantation des confréries religieuses de toutes obédiences, notamment des qadiria, des derqaoua, des tijania etc., les chroniques locales sont totalement muettes quant à leur localisation dans la ville.

Les synagogues

L'importance prise par la communauté juive au lendemain de la reprise d'Oran en 1792, avait été marquée, sur le plan de la vie religieuse des juifs nouvellement installés dans la ville, par l'édification d'une synagogue depuis que les juifs ont été chassés d'Oran en 1669. L'initiative de la construction de ce lieu du culte israélite revient en premier lieu à Mardochée Darmon, le riche chargé d'affaires du bey Mohamed el Kébir. La synagogue fut construite dans un emplacement réservé à la création du nouveau quartier israélite de Derb-el-Houd dans la Ville-Neuve créée en 1792 par le bey[4].

Les églises

Que restait-il des nombreux couvents et églises de la période espagnole, sinon que quelques ruines de ce que fut jadis les beaux édifices à l'architecture baroque. De toutes les églises qui existaient du temps des espagnols, seule, la Nuestra Señora de la Victoria (Notre-Dame-de-la Victoire), devenue l’Yglesia Mayor Santa Maria, et sous les Français, la cathédrale Saint-Louis avait échappé à la fureur du séisme. Bien qu'elle fût gravement endommagée, l'état général de l'édifice laissait encore quelque espoir de reconstruction.

Les réseaux d’alimentation en eau et d'assainissement

Le problème de l'alimentation à Oran se situe au cœur même du récit fondateur de la ville. En effet, le saint titulaire de la ville, Sidi M'hamed el Houari (1350-1439) et son élève et successeur Sidi Brahim Tazi, ne gagnèrent-ils pas au XVe siècle la reconnaissance de la population oranaise pour lui avoir fait assurer la satisfaction de ses besoins en eau. Le premier en faisant miraculeusement jaillir les sources de Billel et le second pour avoir effectué des travaux d'adduction d'eau en collectant des fonds auprès des commerçants.

En tout état de cause, l'alimentation en eau de la ville était fournie par de nombreux points d'eau constitués par de nombreuses sources. Mais, la source de Raz-el-Aïn, qui alimente l'oued du même nom, avait, de tout temps, été pour la ville  la plus importante source d’eau qui arrivait, à elle seule, à se charger d’alimenter les fontaines, irriguer les jardins et faire tourner les moulins.

Les beys bénéficièrent des travaux effectués par leurs prédécesseurs qui avaient doté la ville, sur les deux rives du ravin de Raz-el-Aïn, d'un réseau d'adduction et de point d'eau.  Le bey Mohamed el Kébir, hérita donc de cet important équipement hydraulique urbain qui le mit aussitôt en service en y apportant quelque adaptation pour l'étendre à la Ville-Neuve dont il venait de commencer le tracé des voies. Après sa mort, son fils le bey Osman pour alimenter la Ville-Neuve en eau, notamment la Mosquée du Pacha et ses bains, poursuivra la réalisation de ces travaux en y introduisant des conduites en poterie émaillée (Ben Youssef Ez-Zayani, 1980).

Les aqueducs

Équipement urbain de première importance, le système d'adduction d'eau par le moyen des aqueducs jouissait de la grande attention des autorités beylicales, tout dépendait de son bon entretien aussi bien l'hygiène de la ville que son économie.

Les canalisations qui desservaient la ville intra-muros étaient en fait, des conduites secondaires branchées sur l'ancien réseau de distribution d'eau de l'époque espagnole, principalement, le grand aqueduc dit de Raz-el-Aïn, réparti en deux branches : l'une était destinée aux travaux d'irrigation des jardins de la rive droite de l'oued Er-Rehhi, et l'autre, à la consommation en eau de la vieille-ville intra-muros et les jardins de la rive gauche (Lespès, 1938, p. 280). Cet aqueduc principal était alimenté par le captage de la source de Raz-el-Aïn. Rozet avait cru remarquer, que ce « ruisseau d'Oran » (l'oued Raz-el-Aïn) « ne montre pas son eau parce qu'elle est conduite par un aqueduc souterrain. Au sortir de la vallée, à mille mètres avant d'entrer à Oran, à l'endroit appelé « La Fontaine », le Nacimiento des Espagnols, une ouverture latérale faite au conduit, précise-t-il, permet à une portion de l'eau de s'échapper, le reste conduit par aqueduc sur le flanc ouest de la ville se rend dans un bassin duquel l'eau est ensuite distribuée dans toute la ville » (Rozet, 1833, p. 279). Selon le témoignage du chroniqueur local, le commandant Gaston Pellecat, ce système existait encore en 1927, « et on peut suivre ce travail, d’abord extérieur par rapport aux fortifications et ensuite en circulant dans la rue de l’Aqueduc, au-dessus de la rue des Jardins. Ces jardins qui garnissaient tout le versant Ouest de la vallée, étaient arrosés par cet aqueduc »[5].

Un deuxième aqueduc, situé en zone extra-muros, était alimenté par la source du Ravin Blanc, amenait l'eau jusqu'aux jardins de Aïn Rouina, alimentant certainement, dans son passage la méderça de Kheng En-Nitah.

Les fontaines et les abreuvoirs

En nous référant toujours au plan du capitaine Levet de 1831, on peut dénombrer huit fontaines, quatre dans la Ville-Neuve, trois au quartier de la Marine et une sur le plateau de Kheng En-Nitah, près des « Djezzara » (étal des bouchers).

Il existait probablement bien d'autres fontaines que celles mentionnées sur le plan français. Les donations habous aussi bien publiques que privées consacraient une bonne partie de leurs dotations aux fontaines publiques. Le mot « Sabbala » pour désigner la fontaine en général, ne trouve-t-il pas d’ailleurs, son origine dans l'expression « Fi Sabili Allah » (Au profit de Dieu).

Les abreuvoirs répartis un peu partout dans la ville, faisant également objet de donations habous. Leur alimentation en eau suivait le même réseau de répartition que pour les fontaines. De nombreux abreuvoirs et fontaines dataient déjà de l'époque espagnole, ils ne furent que réparés et remis en service.

Le réseau d’évacuation des eaux usées

Cependant, en ce qui concerne le réseau d'assainissement, il semblerait que l'administration beylicale n'ait pas fait preuve du même empressement que pour le rétablissement du réseau d'alimentation en eau. Là aussi, la ville devait compter pour une très large part sur le réseau d'assainissement qui fut légué par les Espagnols. La Ville-Neuve, de récente création, n'avait donc pas était équipée en conséquence pour ce genre de problème de salubrité publique, à en juger par les fréquentes épidémies qu'eut à provoquer, jusqu'aux premières années de l'occupation française, l'absence de réseau d'assainissement dans cette partie de la ville.

La saison des pluies et les imprévisibles orages d'été étaient très redoutés en raison de l'emplacement de la Vieille-Ville en contrebas de la Montagne, dont le versant était particulièrement exposé, du fait de sa forte déclivité au ruissellement torrentiel des eaux pluviales. Aussi les Espagnols essayèrent-ils plusieurs techniques pour faire détourner le cours du ruissellement des eaux de passer par le centre de la ville. Ils avaient construit à cet effet, un large conduit souterrain, celui du « Conduit royal » appelé également la « Boveda de la Madre Vieja » qui traversait la ville d'un bout à l'autre en diagonale pour venir se déverser à un petit ravin donnant sur l'oued
Er-Rehhi. Ainsi, qu'ils ont mis en place une dérivation longeant les murs de la Kasbah venant aboutir près de la porte de Tlemcen (Lespès, 1938, p. 309).

L'oued Er-Rehhi constituait ainsi donc un égout à ciel ouvert et un déversoir naturel jetant tout à la mer.

Les eaux usées provenant des maisons, elles se déversaient directement dans les rues, ce qui a conduit en effet, les Espagnols à construire deux conduits principaux « bien spacieux qui reçoivent les immondices des rues
et des maisons et les conduisent à la campagne de cette manière, explique Vallejo, la ville est propre et ne craint pas les dangers que causerait le séjour de semblable putréfaction » (Vallejo, 1926, pp. 211-238).

Cependant, ni le bey Mohamed el Kébir ni ses successeurs d'ailleurs, ne semblent avoir introduit à Oran ces « Métihrat », édicules servant de latrines publiques qui existaient dans les autres villes du beylik (Tlemcen, Mascara, Mostaganem, Bethioua, etc.). De grandes fosses découvertes près de Bab
Es-Souq, à l'entrée de la rue de Philippe, laissent supposer qu'il devait exister à cet endroit une sorte de latrines publiques du moins dans les premiers temps, car, par la suite, elles ont dû probablement servir à d'autres fins, comme nous le verrons plus loin.

D'autre part, Gaston Pellecat, rapporte que lors de la démolition d'une vieille maison située près de la porte de Bab-Es-Souq également, on aurait trouvé des fosses d'aisances. Ceci prouve bien qu'à cette époque, les fosses étaient d'un usage assez courant dans les maisons.

Les équipements étatiques

Les ouvrages de défense

– Bordj-el-Ahmar (Château-Neuf) : c’est le Rosalcazar des Espagnols (déformation de son nom arabe Ras-el-Qasr). Il fut le premier siège du Beylick après la reprise de la ville en 1792. Une plaque commémorative placée au fronton de la porte principale du Château, placée au dessus de la plaque espagnole, consacre le souvenir de l’entrée solennelle du bey Mohamed el Kébir dans la ville, en date du lundi 4 Radjeb 1206/ 27 février 1792.

Du temps du bey Bouchelaghem (1708-1732), le siège du Beylick était installé dans la Kasbah où il avait installé sa résidence et les laissés par les Espagnols après leur départ, ont servi pour abriter les dépendances relatives au fonctionnement du Beylick.

Sa complète destruction, à la suite du séisme, l’a rendu pratiquement inutilisable, ce qui avait fait décider le bey Mohamed el Kébir  à installer la résidence beylicale et les services du Beylick au Borj-el-Ahmar.

Bien qu’il présentât tous les avantages au point de vue défensif, Borj-el-Ahmar, n’offrait, par contre au point de vue des commodités qui accompagnent une résidence beylicale, aucun avantage. Il avait fallu donc adapter certaines dépendances militaires de l’ancienne garnison espagnole aux nouvelles exigences du moment ou bâtir de nouvelles dépendances sur les espaces laissés libres. C’est ainsi que le bey Mohamed el Kébir y fit élever, sur une partie du château, sa résidence que nous connaissons sous le nom de Palais du bey, à propos duquel notait Louis Piesse « c’était une délicieuse demeure, moins fantastique que celle des beys de Constantine, mais plus confortable ». Le même observateur ajoute : « dans l’intérieur du palais était deux parties distinctes : l’une,  habitation du Bey, l’autre, le palais proprement dit, où il trônait en souverain absolu. Une galerie ouverte mettait l’une et l’autre partie en communication » (Piesse, 1862, p. 221).
Par dévotion au grand saint de Mascara, Sidi Daho Benzerfa, le bey fit élever, à sa mémoire, une qoubba à proximité du palais.

La Kasbah : construite sur un promontoire au plan incliné d’Ouest en Est en contrebas de la montagne du Murdjadjo, elle fut à l’origine de la création de ville sa citadelle. Les Espagnols, durant la première occupation de la ville, la transformèrent complètement. Ils y construisirent de nombreuses dépendances civiles et militaires, à tel point qu’il en firent un extraordinaire ouvrage de défense.

Durant la première reconquête de la ville par le bey Bouchelaghem en 1708, la Kasbah, comme nous l’avons précédemment noté, était devenue la résidence beylicale et le siège de la garnison. Le bey y ajouta la construction de nombreuses dépendances nécessaires à la vie quotidienne des occupants de la citadelle, telles que : magasins, bains, silos, etc. Chacun des bâtiments de ces dépendances était surmonté d’une inscription commémorative, comme en témoignent les nombreuses inscriptions trouvées sur le site de la Kasbah.

À la mort du bey Mohamed el Kébir en 1799, son fils, le bey Osman, abandonne le Palais du Bey de Bordj el Ahmar (Château-Neuf), pour venir s’installer à la Kasbah, fuyant ainsi, semble-t-il, les nombreux complots
et intrigues qui  étaient ourdis contre lui après la disparition de son père.

Le mérite du bey Osman réside principalement dans le fait d’avoir redonné à la Kasbah son importance première de lieu du pouvoir et lui avoir fait restituer sa fonction de citadelle. Cette structure militaire dont ne peut s’en passer aucune ville musulmane était une sorte de « complexe politico-militaire, et résidentiel qui se démarque très nettement du reste de la cité. Situé sur les hauteurs, enfermé derrière les fortifications, le siège du gouvernement, le Palais du Prince et la caserne militaire constituent une véritable citadelle distincte de la cité et qui la domine. C’est une véritable ville fortifiée au sein de la capitale » (Stambouli et Zghal, 1974).

Les Toppanat (batteries de défense) : en dehors des éléments du réseau de fortifications laissé par les Espagnols, les Toppanat étaient la seule innovation introduite par les Ottomans dans le système défensif de la ville.

En redoutant des attaques surprises par mer et par terre, qui risqueraient de faire subir à la ville, le même sort funeste des longues occupations qu’elle connut par le passé, les Algéro-ottomans avaient doté la ville, probablement, de plusieurs toppanat qu’ils installèrent dans les divers endroits sensibles de la ville.

Cependant, seulement le nom de quatre toppanat nous est parvenu.

- Toppana Beka

- Toppana Boualem

- Toppana el Mohr

- Toppana dite de la Batterie espagnole.

Les toppanas Beka et Boualem sont indiquées sur le plan d’Oran du capitaine Levet (1831). La Toppana Beka est un corps de garde construit en 1748 par les Espagnols et les Français lui donnèrent le nom de  Batterie du Môle. La Toppana el Mohr fut rasée vers les années 1940, elle était située aux environs actuels de la cité Point du jour à Gambetta. La toppana, dite de la Batterie espagnole aujourd’hui en ruine, est située au bord de la mer, au lieu-dit les Genêts.

Les prisons et la potence

Si les chroniques locales font mention de personnages qui ont été emprisonnés à Oran durant cette époque, par contre, ces mêmes chroniques ne nous ont laissés aucun souvenir de l’endroit où auraient été situées ces prisons.

Sauf toutefois, pour cette bâtisse dite Dar el Arich (La maison de la Treille), qui avait servi de geôle au cheikh Mahieddine et à son fils, le jeune Abdelkader lorsqu’ils ont été arrêtés à Oran en 1826 sur ordre du bey Hassan. Mais, s’agirait-il en fait d’une réelle incarcération ? Dar el Arich a été, à notre avis, qu’une simple maison qui avait servi à l’occasion aux deux « hôtes » du bey Hassan, de « résidence surveillée ». 

Cependant, il y a lieu de penser que la prison proprement dite était installée à l’intérieur du Château-Neuf, si on en juge par la proximité de la Potence.

Parmi ces équipements de la mort figure la potence dont l’existence est attestée par les chroniques locales, lorsqu’il est fait mention des faits relatifs aux nombreuses exécutions capitales qui ont été faites sur ordre du bey Hassan. Celui-ci, fit d’ailleurs, grand usage de la potence, durant sa campagne contre les confréries tidjania et derqaoua. De nombreux moqaddems et adeptes de ces confréries, en opposition ouverte contre les Ottomans, y furent exécutés, tels que les cheikhs Es-Sadmi qui fut attaché à la potence avec le simulacre de parasol et Sidi el Hadj el Bouchikhi qui y fut attaché jusquà ce que mort s’en suive (Bodin, 1924, pp. 21-61, p. 30).

Selon Gaston Pellecat, qui tenait l’information du Bey Ibrahim, son collègue au conseil municipal (en 1926) et descendant des beys d’Oran,  la potence aurait été située, en contrebas du Château-Neuf, tout près de la porte de Bab Es-Souq (Porte Napoléon), sur l’emplacement de l’ancien Cercle militaire donnant sur la place du 1er Novembre 1954.

Cette indication, G. Pellecat dit, lui être confirmée par la présence à cet endroit situé près du Cercle militaire par la découverte de nombreux crânes humains qui se trouvaient dans une ancienne fosse d’aisance qui, était vraisemblablement, située tout près de la potence.

En somme, le lieu choisi pour la mise en place de cet instrument de mort devait nous inspirer l’idée que l’espace consacré aux  exécutions capitales des condamnés, soit par décapitation, soit par pendaison, était délibérément installé aux portes de la ville.  

 

NOTES

[1] « Dans leur pétition du 17 septembre 1890, signé Mohamed Ben Nacef et consorts, les requérants faisaient remarquer au sujet du transfert de ce mausolée, que l’église Saint André, qui était auparavant mosquée arabe, appartenait au dit marabout lors de l’entrée des Français à Oran, ceux-ci en prirent possession.» Renseignements recueillis par le commandant Gaston Pellecat auprès de Mohamed Bennacef, conseiller municipal, 1926.

[2] La qoubba de « Sidi Chaâbane» fut transformée au début de l'occupation française en ouvrage défensif, connu sous le nom de « Blockhaus de Sidi Chaban ». Par-là, le terrain sur lequel se trouvait le Blockhaus était devenu propriété de la famille Magnan. La qoubba de
« Sidi Chaâbane » était située au quartier  Magnan, à l’intérieur de la maison qui porte le
n° 44 du boulevard de l’A.N.P. ((ancien bd. de Mascara), face à la Sûreté de Wilaya.

[3] Sur le plan d’Oran de 1892, une indication portant la mention « Marabout » est située à l’extrémité ouest de l’ancienne Pépinière de la Ligue de reboisement qu’on peut localiser aujourd’hui à l’intérieur de l’annexe de l’hôpital civil d’Oran dite « Hôpital de la garnison »,
à l’angle de l’avenue des Martyrs et de la place du 11 décembre 1960 (ex. place du Dr Roux).

[4] MI-Khamokha, poème hébreu rimé, composé par le Dayane d'Oran, Rabbi Messaoud Darmon de vénérée mémoire, décédé en 1866. Oujda, imprimerie Haloua, 1951.

[5] Archives manuscrites du commandant Gaston Pellecat, conservées à la Société de Géographie et d'Archéologie d'Oran (1928).