Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Chapitre 10

Le nouveau champ de la toponymie urbaine : expression d’une conscience territoriale

 

La toponymie est le langage du territoire. Il va sans dire que le champ toponymique souvent négligé dans les analyses sémiologiques de l’espace urbain précolonial, constitue précisément une approche importante de l’analyse du processus de formation historique du paysage urbain qui, dans le cas particulier d’Oran, serait d’une absolue nécessité si on veut connaître les apports successifs à la toponymie de la ville.

En effet, la reconstitution du champ toponymique produit par les nouvelles modalités d’occupation du sol au lendemain de 1792, nous renseigne aisément sur le mode de réappropriation culturel et linguistique des micro-toponymes urbains vernaculaires qui alimentent la conscience territoriale qui se doit d’être bien informée du vocabulaire qui décline les lieux de l’espace urbain[1].

Dans un certain sens, l’organisation de l’espace avait consisté pour une grande part à resituer les repères, non seulement, à partir du fond linguistique originel, dans ce cas arabo-berbère ; mais aussi, et dans une certaine mesure, sous le rapport des modes d’assimilation et d’emprunts d’éléments toponymiques étrangers, notamment espagnols, en ce qui concerne l’espace urbain oranais.

On peut néanmoins affirmer que la pratique toponymique précoloniale à Oran offre de ce point de vue un exemple particulièrement instructif de la remobilisation de la mémoire historique qui était engagée dans le processus de réhabilitation des noms de lieux de mémoire.

Les lieux-dits topographiques

Les lieux-dits topographiques renseignent sur la dénomination donnée aux éléments du sol de quelque nature que ce soit. Nous en relevons les principaux lieux-dits qui ont été et demeurent à la base de la formation des éléments toponymiques.

- Djebel : On trouve ce générique à l’origine de très nombreux toponymes relatifs à des élévations de terrain plus ou moins importantes.

- Djebel Murdjadjo : C’est tout l’écran montagneux qui domine la ville. L’origine de l’appellation de Murdjadjo bien qu’elle demeure incertaine, elle n’en a pas moins été interprétée comme étant le nom d’un chef de tribu allié des espagnols qui leur aurait donné l’idée de construire sur ce point de la montagne,  un fort, devenu le fort de Santa-Cruz, pour surveiller toute la plaine et toute la baie[2].

Il est formé de deux djebels, le Djebel Haïdour et le Djebel el Maïda, séparés par le col du Murdjadjo. Le nom de Murdjadjo qu’il porte le classe parmi les toponymes historiques de la ville (voir plus bas).

- Djebel Haïdour (Le pic de l’Aïdour des cartes d’état-major) : Il porte le nom d’un saint personnage qui aurait au 3e siècle de l’Hégire/8e siècle J.-C, choisi le djebel pour se retirer dans sa  kheloua  (retraite pour la méditation)[3]. La kheloua serait elle-même une grotte préhistorique.

- Djebel el Maïda : Le mot El Maïda est emprunté à la langue vernaculaire qui désigne la table basse traditionnelle. Le nom est donné au plateau du Djebel Murdjadjo. El Maïda s’oppose à Guessaâ, étymologiquement désigne le grand plat en bois ; mais qui est donné comme terme de géographie en langue vernaculaire à une « plaine unie entourée  de collines », par extension, une cuvette.  Le mot el Maïda est rentré dans la formation d’innombrables toponymes, Sidi Abdelkader « Moul el Maïda » indique, par exemple, que la qoubba de Sidi Abdelkader est celle qui est située sur le plateau du Djebel el Maïda. Les Espagnols, durant leur occupation d’Oran, empruntèrent le toponyme en arabe pour en faire Almeda (Santo Almeda, xibel Almeda etc.

- Makaâd : Le mot, selon Beaussier, signifie, « lieu dans un jardin où l’on se retire », « pavillon », « affût » (Beaussier, 1931). En somme,
il pourrait bien s’agir aussi d’un « Belvédère ».

Aucune chronique locale ne signale ce toponyme, seul le colonel Derrien qui a dû l’emprunter à la toponymie vernaculaire, le mentionne dans sa carte sur Oran et ses environs de 1874, sous la mention de Makaâd el Bey[4].

Le mot existe par ailleurs dans la toponymie urbaine de Constantine à travers : Makaâd el Hout, Makaâd Zouaoua que, Mercier, traduit erronément par siège du poisson, siège des Zouaoua. Alors qu’il aurait très bien les rapprocher de leurs équivalents : place ou halle (Mercier, 1879).

Nous n’écartons pas cependant l’hypothèse que le mot Makaâd puisse avoir dans ce cas de figure précis, une connotation militaire qui pourrait être mise en relation avec les guerres de sièges soutenues par les Algéro-ottomans, notamment contre l’inexpugnable fort de Santa-Cruz, pièce-maitresse du système de réseau de fortification espagnol d’Oran. Dès lors,
il y a tout lieu de penser que sous cette dénomination de  Makaâd el Bey la signification pourrait être celle de bivouac ou de camp au sens militaire des termes.

Dans ce cas, Makaâd el Bey peut bien être traduit par Bivouac du Bey ou de Camp du Bey.

Dhaya (t) : Signifiant mare, étang, lac etc. Se trouve employé dans divers toponymes historiques : Dhaya el Morsli, Dhayat Moulay Ismaïl, etc.

Le terme évoque à n’en pas douter un endroit humide ou marécageux ; cette caractéristique naturelle du terrain relative à la mare qui existait sur le plateau du Murdjadjo est d’ailleurs confirmée par François Doumergue qui note à son sujet, « sur le plateau, à 200 mètres environs du point où la grande route y arrive et tourne brusquement vers l’Ouest, se trouve à droite, une mare inondée pendant l’hiver (en arabe daya) qui, au printemps, se transforme en une belle prairie » (Doumergue, 1913).

Haoud : Le mot signifiant au premier degré de sa signification : bassin, cuvette, cuve ;  mais, il se donne également à tout ouvrage ou dépression naturelle pouvant recevoir de l’eau (étang, mare etc.). Un Haoud el Markich est mentionné dans le Joumani de Ben Sahnoun. (Voir les toponymes historiques)

Ghar : Grotte, caverne, indique toute cavité artificielle ou naturelle.
Le terme équivalent en berbère est ‟Ifry” (pl. Ifrane), d’où, le toponyme urbain d’Ifry relatif au premier établissement humain paléo-berbère de la ville que, « Les chroniqueurs arabes et les historiens espagnols ne signalent guère que le petit village de Yeffri au-dessus de la source Noiseux, mais ne parlent pas des agglomérations qui les auraient certainement frappés si elles avaient existé alors » (Pallary, 1903, pp. 152-157).

Généralement dans le champ toponymique des lieux-dits topographiques oranais, l’emploi du mot Ghar renvoie à des foyers préhistoriques, très nombreux sur le site ; ainsi, nous trouvons : Ghar ed-Drabin (grotte des porcs-épics), Ghar es-Souan (grotte du silex), d’après une indication contenue dans un mémoire juridique, cette grotte se trouvait au Nord de l’ancien cimetière[5].

Serahrah : Le mot exprime la notion de large étendue de terrain,
il était donné au plateau du Ravin blanc[6].

Les lieux-dits urbains

Le meilleur indicateur du niveau d’urbanisation auquel pourrait prétendre une cité, doit être cherché sans nul doute dans la densité des lieux-dits qui couvrent son espace urbain.

Il convient cependant d’étudier le champ sémantique de quelques éléments du tissu urbain qui constituent par ailleurs un exemple typique de ces indicateurs toponymiques que nous trouvons en usage dans les villes arabes en général et maghrébines en particulier. Ces toponymes urbains constitués par les composants génériques communs, tels que : derb, dar, haouch, aqouas etc., entre dans la composition des micro-toponymes urbains, s’agissant de la dénomination des espaces en rapport de leur fonction (sociale, économique religieuse, culturelle etc.) ou des voies de communications, s’agissant dans ce cas d’appellations odonymiques,
en fonction des usages consacrés des voies (noms de rues par métiers ou par origine des habitants etc.).

Pour illustrer le cas de cette revivification par la mémoire collective du champ toponymique urbain oranais, nous en donnons les quelques appellations toponymiques les plus usitées à partir de 1792 pour dénommer les espaces urbains :

Derb : À l’origine ce mot, avec son diminutif Driba à l’instar de zenqa et zniqa désignaient en premier lieu un élément de voirie ; « À vrai dire, le mot Derb, pluriel populaire Druba, explique André Adam, n’a pas un sens extrêmement précis, ou si l’on veut, il en a plusieurs, ou plus exactement encore, son sens a évolué, les diverses acceptions continuent à coexister… En Afrique du Nord, le mot désigne une impasse, une voie sans issue, et par extension, une rue étroite (Beaussier, 1931 ».                  

Il y a lieu de noter néanmoins que cette définition du mot Derb, donnée par Beaussier dans son Dictionnaire, serait le sens que lui donnait les habitants d’Alger.[7] Or, dans les villes de l’Ouest algérien, c’est plutôt le mot

Khoucha qui était employé pour désigner le mot Derb au sens de voie sans issue.

À Oran, comme dans les autres villes du Beylick de l’Ouest, le mot Derb a toujours eu le sens de rue, ou, de Grand-rue. Le mot générique de Derb accolé au mot spécifique de « Lihoud », donnant « Derb Lihoud »,  servant à désigner le quartier israélite.

Pour essayer de connaître l’origine de l’usage du mot derb lihoud dans la toponymie urbaine de l’Ouest algérien, il faudrait remonter assez loin dans l’histoire de Tlemcen et en particulier à celle de communauté juive de la ville. Celle-ci, fut installée à l’origine en un endroit de la ville, qu'on appelait derb ; et, comme souvent le nom des voies et des rues était donné en rapport, soit avec les métiers exercés, soit avec l’origine ethnique des habitants ; Derb Lihoud aurait été ainsi appelé à l’origine à Tlemcen, en raison de la composante juive qui y fut installée. Et ainsi, l’appellation s’était étendue à tous les quartiers israélites des grandes villes de l'Ouest algérien : Nedroma, Oran, Mostaganem et Mascara, quelque pour être réutilisée en 1792, pour le quartier israélite d’Oran (Darmon, 1870, pp. 376-383). C’est en sorte, la fortune qu’avait connue le mot mellah ; nom du premier quartier juif distinct du Maroc, construit à Fès au XIVe siècle et qui, « devait son nom au lieu où il fut édifié, un ancien marché de sel, al millah. Ce mot allait désormais désigner tous les quartiers juifs du Maroc » (Brown, 1979, pp. 187-201, p. 187).

Dar : Nous sommes là, devant un vocable dont les nombreux emplois l’ont rendu par la force des choses polysémique. De la simple unité d’habitation de la famille restreinte ; il s’était élargi à celle de la famille élargie englobant aussi bien la parentèle que la clientèle vivant sous la protection d’un chef de famille. Dans ce dernier cas, l’identité onomastique de dar rejoint celle du nom ou de la fonction du chef de lignage. Identité onomastique à laquelle chaque membre du lignage devait se référer pour se faire connaître ou même se faire reconnaître par les membres des autres dar-s. Ainsi on trouvait à Oran : Dar Mahieddine, Dar Mazari, Dar Bachtarzi, Dar Boungab, Dar Lagha, Dar el Caïd,  etc…

Dans les terroirs ruraux, on trouve la même disposition que dans l’espace urbain. Il arrivait souvent que les mêmes, chefs de tribus makhzen puissent posséder des « maisons » en ville et dans la campagne ; dans les deux cas, les dar-s portent leur nom.

Dans la plaine de la M’léta par exemple, les micro-toponymes à composante de dar suivis du nom du chef de lignage montrent bien, l’appropriation du sol par les grands chefs des tribus makhzen : Dar Mazari, Dar Ould Cadi, Dar Ismaïl etc. 

Fréquemment aussi, Dar est rattaché à une particularité, comme par exemple cette fameuse Dar el Arich (la maison de la treille) située dans le quartier de la Blança qui servit en 1828, de lieu de résidence forcée au cheikh Mahieddine et à son fils Abdelkader, ou Dar el Beïda, une sorte de bastide-ferme dans les environs, transformée en blockhaus de défense par les français en 1833.

Haouch : En plus de l’acceptation que pourrait prendre le mot haouch pour celui de dar ; il n’en garde pas moins sa propre double signification urbaine et rurale. L’espace urbain d’Oran fortement marquée par le réseau de fortification espagnol, avait fini par donner au mot haouch une forte connotation castrale, en lui faisant faire désigner le bastion[8].  

Aqouas : Pluriel de qaous (arcade), cette forme architecturale fut introduite à Oran, du temps du bey Bouchelaghem en 1708 ; pour certainement, effacer tant soit peu, l’influence architecturale espagnole. Il fit aménager tout autour de la Plaza Mayor des maisons à arcades, espérant en cela, rendre à la ville son cachet de ville arabo-musulmane.

Cette innovation architecturale, fut de courte durée, puisque, lors de la deuxième occupation de la ville par les Espagnols, les arcades furent complètement démolis et la Plaza Mayor réaménagée.

Cependant, bien que les aqouas n’existent plus, la mémoire collective
et les chroniques locales n’ont pas moins conservé leur appellation.

Blança : Cet emblématique toponyme urbain provient de la déformation en arabe du mot espagnol Plaza, en l’occurrence la Plaza Mayor.

Il est intéressant que ce toponyme à consonance hispanique puisse entrer si facilement dans la toponymie urbaine locale et trouver un large usage chez les chroniqueurs qui le transcrivent sous la forme de بلانصة (Blança).[9]

Nous ne pouvons que nous étonner du choix de ce mot emprunté à la langue espagnole pour désigner une unité de paysage urbain ; alors que, le vocabulaire vernaculaire dispose d’un large éventail de termes qui seraient susceptibles de remplir la même fonction, tels que : rahba, tahtaha, batha etc.

Mais il semble bien qu’en effet, la Plaza aurait été perçue comme une innovation urbaine dans l’espace traditionnel qui, lui, ne tenait pas compte de la notion de centralité matérialisée par un espace de la ville, comme le fit l’urbanisme espagnol. Dès lors, l’adoption du toponyme sous la forme Blança, a été, en définitive, un choix pour désigner toute une entité urbaine plutôt qu’un élément de la voirie.

D’autres micro-toponymes urbains relatifs aux équipements économiques  avaient été conservés par les premiers documents cartographiques français, tels que : El-Majesra (les abattoirs), El Djezzara (les étals des bouchers),
Er-Rehhi (les Moulins), El Djiara (les chauffourniers), etc.

La toponymie des lieux de mémoire

Le toponyme historique diffère dans son contenu de l'appellation commune et habituelle d'un nom de lieu donné pour historique. Expliquons- nous : dans le cas du toponyme historique c'est l'événement historique, quel que soit sa nature qui entre dans la composition du nom de lieu (topos), c'est le cas de Chaâbet el Haïdj, sur lequel nous allons y revenir. Dans le cas des lieux historiques, c'est l'événement qui est postérieur à l'appellation du lieu, et lui confère  pour ainsi dire une notoriété qu'il n'avait pas auparavant ; dans ce cas, le nom de lieu reste rattaché au souvenir de l'événement (Benkada, 2000, pp. 31-33).

Généralement, le toponyme historique se constitue sur la base de différents génériques de relief (oued, chaâba(t), djebel, akba(t), kheng, khenga-t, tell, ...), d'arbres (kerma, derdera, romana, zeboudj (l'oléastre) (Benkada, 2000, pp. 31-33)[10] ; suivis d’un spécifique soit des noms propres soit des noms communs appartenant tous aux différentes périodes historiques et souches linguistiques qui se sont succédé en Algérie, du paléo-berbère au français. Mais, pour le cas d’Oran nous nous limiterons à titre d’exemple, à quelques toponymes historiques les plus connus.

Dhayat Moulay Ismaïl : Ce toponyme historique perpétue l’une des nombreuses entreprises guerrières du sultan marocain Moulay Ismaïl (1646-1727) tentées dans la Régence d’Alger. En effet, il s’agit dans ce cas du souvenir du siège tenté en 1692 contre le préside espagnol d’Oran. L’événement est rapporté par diverses chroniques locales, plus particulièrement l’auteur du Djoumani, seul, à avoir indiqué avec exactitude l’endroit où le sultan marocain avait installé son camp tout près de la Dhaya (mare) du plateau du Murdjadjo à laquelle il avait laissé le souvenir de son bref passage à Oran[11].

 Comme il avait d’ailleurs laissé celui de la Forêt de Moulay Ismaïl (Sig) et de  Zeboudj el-Oust dit aussi Zeboudj Moulay Ismaïl, le premier dans la vallée du Chéliff chez les Sbih ; où, il   fut arrêté dans sa marche par les Béni Amer ; et le second au milieu de la Forêt de Moulay Ismaïl (Benkada, 2000, pp. 31-33).

Oued ou Chaâbat-el-Haïdj : Ce ravin qui avait allure d’une longue chaâba fut mentionné par les premières cartes topographiques françaises sous l’appellation de Ravin rouge ou de Chaâbat-el- Haïdj[12].

Ce toponyme historique a donné lieu à deux catégories d'interprétations. La première et la plus attestée par les documents historiques, est relative au lieu où fut tué du vivant de son père, Sidi Ahmed el Haïdj, fils de Sidi
El Houari, saint patron d'Oran (1350-1439). Ed. Destaing, dans sa biographie sur Sidi el Houari, évoque cet événement, « Les gens de la ville, agissant contre tout droit, avaient fait mourir injustement Ahmed el Haïdj, fils du saint, par pure inimitié. Le meurtre eut lieu à l’endroit qui, actuellement, est désigné sous le nom de la victime : l’oued qui y coule s’appelle Oued
el Haïdj »[13]. Il indique que, l'Oued-el-Haïdj était situé, « à quelques kilomètres au Sud-Ouest d'Oran »[14].

Cet endroit est cité d’ailleurs à diverses reprises par Ben Zarfa dans sa Rihla (Cf. Houdas, Notice, p. 51, 70, 72) ; il le plaça à l’Est de l'Oued Ifry, autrement dit de l’oued Raz-el-Aïn[15].

Chaâbat-el-Haïdj  fut durant la période espagnole, le lieu d'un combat meurtrier relaté par les chroniqueurs algériens sous le nom de Yom el Haïdj (journée d'El-Haïdj)[16], et par les chroniques espagnoles sous le nom de Ravin du sang, dans lequel trouva la mort, le jour du vendredi 21 novembre 1732/ 3 Joumada thania 1145, le gouverneur de la ville, Don Alvarado  Navia Osorio, Marquis de Santa Cruz.

 Cependant, une mauvaise traduction due en grande partie à la méconnaissance de l'histoire avait fait traduire erronément par H.-L. Fey,
le nom propre El-Haïdj, par La charge furieuse (Fey, 1858).

Au mois de juin  1791, le bey de Mascara, Mohammed Ben Othmane venant de Mascara pour assiéger la ville, après avoir passé par Sig et Tlélat, installa son camp tout près d'Oran, aux environs de la qoubba de Sidi Châaban qu'il fit reconstruire à l'occasion ; à l'endroit rapporte les chroniqueurs, appelé Outa mtâa El Haïdj (plaine d'El Haïdj)[17], ce qui ne pourrait être à notre avis que l'actuel emplacement des quartiers de Boulanger, Magnan, Choupot et Maraval, au Sud duquel était situé la châabat d'El Haïdj Séghir (actuel 3ème bd. périphérique/ av. Belguendouz Larbi / av. Mekki Khélifa)[18].

Haoudh-el-Markich (Le bassin du Marquis): ce toponyme historique est signalé, comme bien d'autres d'ailleurs, par Ben Sahnoun dans le  Joumani qui relate à son propos, « le 14 choual [1205/ jeudi 16 juin 1791], écrit-il,  le Djebel Maïda fut abandonné, et toute l’artillerie établie dans la plaine entre le Mehalla et l’endroit appelé Haoud el Merkich (la mare du Merkich)… ». Dans la note 1 en bas de la page 231, Gorguos, précise que dans le Joumani, le gouverneur d’Oran est désigné sous le nom d’El Markich, et, il se demande s’il pourrait s’agir du marquis (Gorguos, 
pp. 223-241, p. 231). Pour le Marquis, Gorguos avait pensé juste, mais il erronément traduit Haoudh par mare ; dès lors, qu’il semble s’agir des bassins couverts que le gouverneur d’Oran, le marquis de la Real Corona (1749-1758) avait fait construire pour recueillir les eaux thermales des sources du Murdjadjo, dont l’une d’elles, alimentait les bains dits Los Baños de la Reina (Bains de la Reine), situés à flanc de falaise[19].

Makaâd el Bey : Le mot makaâd qu'on trouve fréquemment dans la toponymie urbaine, Makaâd el Hout, Makaâd Zouaoua, à Constantine par exemple. On le retrouve à Oran dans la formation du toponyme historique de Makaâd el Bey. L'origine de ce toponyme historique est liée aux guerres de sièges que soutenaient les beys de l'Ouest contre le préside espagnols d'Oran ; il indique l'endroit où l'armée beylicale prenait position et bivouaquait.

El Maberek : Tous les chroniqueurs algériens s’accordent à situer ce toponyme à l’Ouest de la ville. Ainsi, Ez-Ziani indique qu’après avoir assiégé  le fort de Santa-Cruz, le bey Mohamed el Kébir descendit de la montagne et alla camper à El Maberek[20]. Le cadastre de 1867, mentionne au Sud-Ouest de la ville un lieu-dit du nom de Djorf Sez Ben Emark.[21] Cette dernière appellation ne peut-être que la déformation du vocable Djorf
el Maberek
(la falaise d’El Maberek).  

Koudiat el Khiar : Le vocable Koudia-t entre comme générique topographique dans de nombreux toponymes, en particulier des toponymes historiques. Il a le sens topographique  de toute élévation de terrain naturelle ou artificielle : colline, butte, mamelon, monticule etc. Quant à son spécifique de Khiar, il se présente sous deux versions ; la première, fait référence au nom d’un saint des environs d’Oran, Sidi El Khiar. Celui-ci, ne serait d’autre que l’un des fils de Sidi El Houari dont la qoubba se trouve située sur un monticule près de l’ancien douar d’Es-Sénia. La deuxième version, porte à croire qu’il s’agit du spécifique relatif au Khiar, nom arabe du concombre. Dans ce cas, Koudiat el Khiar ne serait autre que la Colline des concombres ; appellation que nous trouvons d’ailleurs, dans la toponymie espagnole de la région et pour le même lieu sous le nom de Cerro de  los Pepinos (Colline des courgettes) (Benkada, 2005, pp. 159-165).

 Si nous écartons l’hypothèse que le marabout d’Es-Sénia fût l’objet de ce toponyme historique ; nous sommes, par contre plus enclin à penser que Koudiat el Khiar et Cerro de  los Pepinos ne fussent bel et bien le même lieu historique.

Nous savons, par les chroniques algériennes locales[22] que, Koudiat el Khiar était devenue un haut lieu de mémoire, depuis que fut livrée en 1686, un terrible combat entre les troupes du bey de Mazouna, Châaban Zenagui venu assiéger la ville, et l’armée espagnole commandée par le gouverneur, le comte de Bracamonte ; la bataille se solda par de nombreux morts dans les deux camps. Durant cette bataille le bey de Mazouna fut tué. Il fut enterré sur le lieu même de sa mort qui fit l'objet de dévotion. Le bey Mohamed el Kébir y fit  élever en 1791 une qoubba[23]. Cette localisation de  Cerro de  los Pepinos, semble incertaine à M. El Korso et M. de Epalza qui, reconnaissent que, « la seule hypothèse que nous pouvons formuler, c’est qu’il y aurait existé avant que la ville ne prenne l’ampleur qu’elle a connue depuis le début du siècle (et avant le tremblement de terre de 1790. Une élévation qui s’appelait alors Cerro de  los Pepinos n’ayant pas l’ampleur de l’Aïdour, ni
de la montagne des Lions située légèrement au Sud-est d’Oran, mais à plus d’une lieue de distance de la place »[24].

En tout état de cause, l’allusion à la même nature topographique du terrain ; et de surcroît, aux cucurbitacées, que ce soit par le toponyme algérien ou le toponyme espagnol, paraît pour le moins assez évidente pour ne pas être enclin à penser qu’il puisse bien s’agir bien même lieu qui ait connu le même événement. 

El Hamri : Ce vocable emprunté à la classification vernaculaire des sols, indique, tout terrain argileux rouge. Le cadastre situe le lieu-dit
El Hamri au Sud de la ville, couvrant les quartiers Choupot et Cuvellier. El Hamri semble avoir été le lieu où, se serait déroulé un combat entre forces algéro-ottomanes et forces espagnoles, resté célèbre dans les chroniques locales sous le nom de Yom el Hamri (la journée d’El Hamri)[25].

Mazari qui relate cet événement, ne lui donne aucune localisation, il précise simplement que, « le marabout de Sidi El Kherrouti était hors des murs d’Oran sur le chemin d’el Hamri » (Bidin, 1924, pp. 21-61, p. 56) Mais, nous savons d’après la tradition orale, confirmée d’ailleurs par une note de Gaston Pellecat sur Sidi Brahim El Kherrouti que, la qoubba de celui-ci, était située à l’intérieur de l’ancien parc à fourrages militaire[26]. Mais Sur le plan d’Oran de 1892, une indication portant la mention Marabout était située à l’extrémité ouest de l’ancienne Pépinière de la Ligue de reboisement qu’on peut localiser aujourd’hui à l’intérieur de l’annexe de l’hôpital civil d’Oran dite «hôpital de la garnison», à l’angle de l’avenue des Martyrs et de la place du 11 décembre 1960 (ex. place Du Dr Roux)[27].
Il convient de préciser que nous sommes là, tout près du quartier d’El Hamri (ancien quartier Lamur) ; par conséquent, à une distance très éloignée des quartiers de Choupot et de Cuvellier qui seraient situés sur les lieux du combat d’El Hamri. 

La réappropriation de la toponymie castrale  

Les dénominations arabes des ouvrages de fortifications espagnols, nous ont été conservées par la production historiographique des chroniqueurs algériens du XVIIIe siècle. La première de ces sources est l’épître sur la reconquête d’Oran en 1708, sous le bey Mustapha Bouchelaghem et le dey Baqdache, composée par Abou Abdallah Mohamed Ben Ahmed El Halfaoui sous le titre de Ourjouza fi Feth Ouahran ; ainsi que son long commentaire fait par El Jami‛i el Fassi sous le titre de Charh el Halfaouia[28] ; en deuxième lieu et le plus informatif, l’incontournable, Joumani de Ben Sahnoun Er-Rachidi. Ce dernier, dresse un état remarquable de tous les ouvrages de défense espagnols ; non seulement, en donnant à chacun de ces ouvrages l’équivalent de sa dénomination algérienne ; mais, il transcrivit en caractère arabe leur appellation en espagnole[29]. Ce qui fait donc de cet ouvrage la source algérienne la plus sûre relative à la dénomination des fortifications d’Oran. Gorguos, fortement subjugué par la valeur informative du manuscrit de Ben Sahnoun qu’il lui consacra plusieurs de ses passages pour traduction dans la Revue Africaine à ses débuts ; sous le titre de, « Notice sur le Bey d’Oran Mohamed el Kébir »[30].

Ces collègues interprètes militaires, Walsin-Esterhazy et Alphonse Rousseau qui eurent connaissance de ce manuscrit en même temps que lui, contrairement à son avis, ne semblent être d’accord au sujet des appellations rapportées par Ben Sahnoun[31].

Néanmoins, en ce qui le concerne, il juge que l’auteur du Joumani, du fait qu’il ait assisté à toutes les opérations du siège, « ses indications méritent par cela même, une grande confiance. Il a reproduit en caractères arabes les noms espagnols des forts, fortins, bastions etc., et mis en regard les noms arabes »[32].

Il avoue cependant que, « La plupart de ces dénominations sont néanmoins défigurées et je n’ai pu les comprendre toutes ; je reproduirai pour certaines la prononciation approximative, telle que l’écriture arabe me l’a donnée »[33].

Il n’hésite pas à reproduire la liste de tous les ouvrages espagnols tels que les avait énumérés Ben Sahnoun :

«1° Bordj el-Merdjadjou (en espagnol Santa Cruz), Sainte-Croix.
Il occupe une hauteur qui domine Oran et l’on pouvait l’apercevoir de fort loin en mer. Les Arabes disent qu’il fut bâti par les chrétiens et ils racontent que lorsqu’il fut question de commencer les travaux, on ne savait comment faire arriver à une si grande hauteur l’eau nécessaire à la préparation du mortier. Les moyens de transport faisaient défaut, lorsqu’un cheikh des H’amiân offrit aux Espagnols toutes les outres de sa tribu, et ce fut dans ces outres que l’eau fut transportée à dos d’hommes. Bordj el-Merdjadjou était armé de trente pièces d’artillerie.

Bordj el Ihoudi (le fort du Juif), en espagnol San Gregorio, St. Grégoire. Il était à l’Ouest et avait trente canons (Lévy, 1859, pp. 384-708,
p. 389)[34].

La Punta de la Mouna (La Pointe de la Guenon), son nom arabe indiqué. Cet ouvrage de défense était situé en dessous de du Bordj el Ihoudi, sur le bord de la mer ; il avait quatre canons.

St. Jacques. Sans autre indication.

5° Un petit bastion armé de deux canons que l’auteur du Djoumani nomme la Barrera (la barrière).

La Campana (la Cloche).  Ouvrage avancée de la Casba, armé de dix pièces.

St. Pierre. Autre défense de la Casba, 4 pièces.

Ste Isabelle (Santa Isabela). Ouvrage avancé défendant les abords de la Casba ; 6 pièces.

9° Un autre fortin ou bastion ayant la même destination que les quatre précédents et dont l’auteur du Joumani figure ainsi le nom : La Ouardia de lionnes (La Guardia de los Leones), sans doute, La Garde des Lions ;
6 pièces.

10° Conducto (conduit), 4 canons.

11° La Lena (sic), en espagnol, le bois à brûler. Situé en face de la porte (sic), 4 canons.

12° Bordj-el-Ahmar (le fort Rouge), en espagnol, Rojas casas (maisons rouges). Ce fort était, pour l’étendue, le plus considérable de la ville. M. Walsin-Esterhazy l’appelle le Château-Neuf. D’après le commentaire d’El Halfaouia, il fut primitivement construit par Abou’l Hassan le mérinide. Une série de bastions le faisait arriver jusqu’à la porte d’Oran. Il était placé dans une situation qui dominait la mer. Selon le Djoumani, qui exagère sans

doute, son armement était de 300 pièces. Le fort du Juif dont il a été fait mention lui faisait face sur le côté Ouest.

13° Bordj-el-Françès (le fort des Français), en espagnol, San Miguel.
Ce petit fort était en arrière du Bordj-el- Ahmar. Son armement se composait de 12 pièces.

14° Ste- Thérèse. Du côté de la mer ;  12 canons.

15° Une fortification au centre de la ville dont le nom est ainsi figuré Balovarte (boulevard, en terme de fortification ; 20 pièces.

16° St-Nicolas. Au-dessus de la porte de Tlemsen ; 6 pièces.

17° St-Joseph. Au-dessus du moulin ; 3 pièces.

18° Ste-Anne. En avant de Ste-Thérèse ; 9 pièces.

19° Bordj el Djedid (le fort Neuf), en espagnol, St-André. Il était situé en avant de la ville, du côté de la plaine, et son armement, sauf exagération, était de 100 pièces. Une petite batterie de 3 canons lui servait d’ouvrage avancé, et entre lui et le Bordj el A’îoun, cité plus bas, on avait établi une batterie de 16 pièces, appelée la batterie neuve.

20° St-Louis. Petit fort de 6 pièces de canon, placé en arrière du précédent.

21° Bordj el A’îoun. (le fort des Sources) en espagnol, St-Philippe -
Au midi d’Oran, armé d’après mon manuscrit, de 80 pièces.

22° St-Charles. Situé en arrière du précédent ; 7 pièces.

23° Bordj Bou Beniqa (le fort Bou Beniqa), en espagnol, St-Fernando. Au midi d’Oran, et faisant face à St-Philippe ; 6 canons. Au-dessous de ce fortin était une tour portant 3 pièces.

24° Bordj el A’în (le fort de la Source). C’était un petit fortin au-dessous de Bou-Beniqa ; les Arabes changèrent son nom en celui de Bordj Beni Zaroual (le fort des Beni Zaroual), à la suite d’une affaire que nous raconterons plus tard.

25° Une tour nommée Torra Gorda (Torre Gorda), la grosse tour portant 15 pièces.

26° Bordj el Mersa, la forteresse de Mers el Kébir. Elle ne faisait point partie des défenses particulières à la ville dont elle était distante de 3 milles environ. Elle avait été construite pour défendre le port et était située à l’Ouest derrière la montagne d’El Merdjadjou ; selon le Djoumani, son armement  était de 300 pièces d’artillerie »[35].

Quant à Ben Sahnoun, il classe les ouvrages espagnols dans l’ordre suivant :

- Cinq Houssoun (Châteaux) : 

1- Bordj-el-Ahmar :برج الاحمر

2- Bordj-el-Françès :    الفرنسيس  برج

3- Bordj el Ihoudi : برج اليهودي او سان قروقري  

4- Bordj el Djedid :       برج الجديد

5- Bordj el A’îoun : برج العيون

- Les autres ouvrages énumérés dans l’ordre :

 6- Bordj Bou Beniqa : برج بو بنيقة       

 7 - Bordj el A’în :برج العين أو  برج بني زروال       

8 - Qalaât el-Merdjadjou :  قلعة مرجاج  او  سان كروس  

9  - Qasbah : القصبة

10 - Santa Cruz : سان كروس    برج مرجاج 

11 - San Gregorio :      سان قروقري    برج اليهودي   

12 - La Punta la Mouna : لابونتا لامونا     

13 - Santiago :    سانتياق

14 - La Barrera : لابريرا   

15 - La Caniana [sûrement La Campaña ] :لا كنيانا     

16- San Pezro [San Pedro] :  سان بيزرو    

17- Santa Isabella :    سانتا إيزابيل

18- La Ouardia de lionnes [La Guardia de los Leones] : لاورديا دي اليونس      19- Conducto :كوندكت     

20-  La Lina [La Liena] :لا لينا      

21- Rosalcasar :    روسا كسا     برج الأحمر    

22- Santa Teresa :سانتا  تريسا       

23- Santa Anna :     سانتا أنا

24- Baluerte : بال وارتي           

25- San Nicolas :سان نيكولاس       

26- San Joseph : سان خوسيف      

27- Santa Barrera [Santa Barbara] :سانتا باريرا      

28- San Miguel :سان مقيل     برج  الفرنسيس         

29- San Andres :         سان اندريس       برج الجديد

30- La Batteria Nueva :    لابا تاريا نويفا

31 - San Carlos :     سان كرلو

32- San Fernando :سان فرناندو      ابو بنيقة       

33- Torre : طوري      

34- Torre Gorda :طوري قردوا    

35- Bordj el Mersa : برج المرسى       

Cette énumération démontre à souhait, l’effort fourni par Ben Sahnoun lui, qui ne connaissant pas parfaitement la langue espagnole, le souci du détail et la description qu’il donne de chaque ouvrage de fortification avec la contenu de son armement. Ne nous avait-il pas d’ailleurs donné dans le même ouvrage, l’une des rares informations qui nous ait parvenue d’un chroniqueur algérien sur la Révolution française dont le texte étonne par la conformité des événements vécus à chaud[36].

 

 NOTES

[1] Dorion, H., Toponymie et conscience territoriale.

[2] Mecherfi (El), Abdelkader el Jazaïri, Bahdjat En-Nadhir fi Akhbar Ed-dakhilin Tahta Wilayat El Isbaniyin Bi Wahran min Al A‛rab ka bani Amer, présentation et commentaire de Mohamed Ben Abdelkrim, Beyrout, Dar Maktabat el Hayat, sd.- Bodin Marcel, «L'agrément du lecteur. Notice historique sur les Arabes soumis aux Espagnols pendant leur occupation d'Oran par Si Abdelkader el Mecherfi, texte arabe traduit par Marcel Bodin », Revue Africaine, 1924, pp. 193-260.

[3] Mazari Benaouda (Agha), Talaât Saad Es-Sou'oud fi Akhbar Madinati Wahran wa Makhzaniha el Ousoud. 582 f, Musée National Zabana, Oran.

[4] « Environs d'Oran ». Dessinée par le commandant Isidore Derrien, Carte topographique, polychrome, 1/40.000, juin-juillet 1874, Cartothèque de la Société de Géographie
et d’Archéologie d’Oran, n° 42.

[5] Mémoire en réponse à un écrit daté du 5 janvier 1865, signé Chadebec, avocat et publié sous le titre : Exposé de la demande en revendication par les héritiers de M. Salomon Sarfati, de Mostagnem, défenseurs ; Me Beilhard-Feurier, défenseur ; contre Si Ahmed Ould Cadi, Agha de Frendah, Me Choupot, Défenseur. Oran, A. Perrier, 1865, 24 p.

[6] Tableau de la Situation des Établissements Français en Algérie (1833).

[7] Surtout lorsqu’on sait que la majorité des collaborateurs algériens de Beaussier étaient originaire du milieu des lettrés musulmans d’Alger, tels que : Mohamed Ben Omar,
Ali Bensmaïa et Hassan Benbrihmat.

[8] Mémoire en réponse à un écrit daté du 5 janvier 1865… op.cit.

[9] Mazari Benaouda (Agha), op.cit.

[10] Le générique de zeboudj entre dans la composition de nombreux toponymes historiques
et autres, Zeboudj el Azara (W. de   Chleff), Zeboudjet el Oust, El Zeboudj (autre nom de la forêt de Moulay Ismaïl), Zeboudj Bessibissa. À Alger, Zeboudj, lieu-dit en face de la fontaine d'Aïn Arbot, hors de Bab Azzoun où l'Agha tenait son tribunal; Zeboudj (et)- el-Oust (le bois du milieu), « ce nom existe chez les Sbih. Moulay Ismaïl fut arrêté dans sa marche par les Béni Amer à Zeboudj el Oust.» ; ce qui prouve si besoin est, l'importance de cet arbre dans la couverture végétale de l'Algérie.

[11] Ben Youssef ez-zayani Mohamed, Dalil el Hayrane wa Anis Es-Sahran fi Akhbar Madinati Wahran, texte établi par Cheikh El-Mahdi Bouabdelli, Alger, Publications de la Bibliothèque Nationale d’Alger, 1978.

[12] Derrien, « Environs d'Oran »… op.cit.

[13] Destaing, E., « Un saint musulman au XVe siècle Sidi M'hamed El Haouwari », Journal Asiatique ; sept-oct., pp. 295-342, nov.-déc., pp. 386-438,1906, p. 397 ; Tiré a part, Paris, Impr. Nationale, 1907, 105 p.

[14] Destaing, E., op.cit., p. 397.

[15] Houdas, V. Octave (1905). « Notice sur un document arabe inédit relatif à l'évacuation d'Oran par les Espagnols en 1792 », Recueil des Mémoires Orientaux. Paris : Leroux, p. 51,
p. 70, p. 72. ; cité par Ed. Destaing, op.cit. p. 397.

[16] Didier Général, « Le Ravin de sang », Oran, revue ORAN, 3-10 avril 1926.

[17] Mohamed Ben Youssef ez-zayani, op.cit.

[18] Les plans cadastraux confectionnés en 1867, avaient repris assez fidèlement d'ailleurs la toponymie des lieux-dits du site, ainsi donc nous trouvons une section dite du Ravin rouge
et un canton lieu-dit Sidi Chaban.

[19] Mohamed Ben Youssef ez-zayani, op.cit.

[20] Dans les années 1930, deux projets d'enquête sur les toponymes espagnols d'Oran, avaient été tentés sans succès, l'un par Jean Cazenave et l'autre par le commandant Gaston Pellecat. Pour notre part, depuis une vingtaine d'années, nous poursuivons cette entreprise, par la recension quasi systématique de tous les toponymes espagnols d'Oran et de sa région.

[21] Cadastre de la Commune d'Oran (1867). Archives du Service Technique de l’Assemblée Populaire Communale d’Oran.

[22] Ben Mimoun EL Jazaïri Mohamed, Et-Touhfa el Mardhia fi ed-dawla el Baqdachia fi Bilad el Jazaïr el Mahmya, présenté et annoté par Mohamed Ben Abdelkrim, Alger, SNED, 1972.

[23] Archives du Commandant Gaston Pellecat (1926), Société de Géographie et d’Archéologie d’Oran.

La qoubba de Sidi Châaban fut transformée au début de l'occupation française en ouvrage défensif, connu sous le nom de « Blockhaus de Sidi Chaban ». « Dans une visite des lieux que nous fîmes avec Madame Magnan, en octobre 1923, rapporte le commandant G. Pellecat,
il résulte que le dit Blockhaus est aujourd'hui le terrain occupé par M. Michel Minguet, carrossier, à l'intersection du chemin de ceinture et de la route de Sénia. Le marabout qui était construit là tomba dans
le Blockhaus. En 1850 le blockhaus se trouvait limité au Nord par un terrain domanial de 10 hectares environ qui avait été donné en concession gratuite à Jean Servajean en 1845 et qui devint la propriété de M. Joseph Magnan ». Précisons que l'atelier de carrosserie Minguel donnant sur le boulevard de Mascara, est celui où est située actuellement la maison  n° 44 du boulevard de L'ANP (ancien bd. de Mascara), face à la Sûreté de Wilaya. Mais, cette ancienne qoubba disparue, située au quartier Magnan, fut souvent confondue avec celle de l'actuelle koubba de Sidi Snoussi, située  au quartier Cuvellier.

[24] Epalza, M. de et El Korso, M. (1978). Oran et l'Ouest algérien au XVIIIe siècle d'après le rapport Aramburu. Alger : Bibliothèque Nationale d'Algérie, p. 75.

- Benkada, S. (2005). « Quelques toponymes espagnols d'Oran et de sa région à travers  le rapport de Joseph de  Aramburu (1741) » In : Atoui, B. et Benramdane, F. (coord.), Nomination et dénomination. Des noms de lieux, de tribus et de personnes en Algérie. Oran : Éd. CRASC, pp. 159-165.

- Atoui, B. et Benramdane, F. (coord.), Nomination et dénomination. Des noms de lieux, de tribus et de personnes en Algérie. Oran : Éd. CRASC, pp. 159-165.

[25] Bensahnoun, Er-Rachidi, Et-Taghr el Djoumani fi Ibtissam Et-Taghr el Wahrani, présentation et commentaire Hadj Mehdi Bouabdelli, Alger, Ministère des Affaires religieuses, 1973.

[26] Archives du Commandant Gaston Pellecat (1926), Conservées à la Société de Géographie et d’Archéologie d’Oran.

[27] La tradition orale locale rapporte que, la qoubba de Sidi Brahim El-Kherrouti fut détruite au moment où l’armée française avait décidé de construire au début du XXè siècle, sur l’emplacement de l’ancienne Pépinière de la ligue de reboisement, le nouveau Parc à fourrage. Et ajoute que, le saint, pour manifester sa colère envers les Français ; chaque année, vers le mois d’octobre, fait provoquer le feu dans les hangars d’entreposage des fourrages.

[28] Jami‛I EL Fassi (El) Abou Zeyd Abderhaman, Mandhouma lil Halfaoui el Jazaïri wa charhiha et-Tilimçani fi tarikh madinati Ouahran wa man Akhtataha ila doukhoul et-Turq (Manuscrit arabe relatif à l’histoire d’Oran pendant la période arabe jusqu’à la domination turque), 88 feuillets, Musée National Ahmed Zabana, Oran.

[29] Bensahnoun Er-Rachidi, op.cit.

[30] Gorguos, « Notice sur le Bey d’Oran Mohamed el Kébir »,  R.A., 1/1856-1857 : pp. 403-416, pp. 454-463 ; 2/1857-1858 ; pp. 28-46, pp. 223-241.

[31] Gorguos, op.cit., RA. 2/1857-1858, p. 38. 

[32] Id., p. 38. 

[33] Id., R.A. 2/1857-1858, p. 38. 

[34] Une légende juive d’Oran rapportée par Daniel Lévy, selon laquelle, Bordj el Houdi ne serait autre que le fort de Sant-Cruz.

[35] Gorguos, op.cit., - R.A. 2/1857-1858, p. 38. La traduction de cette énumération des fortifications d’Oran, correspond aux pages 199-202 de l’ouvrage :  Bensahnoun Er-Rachidi, Et-Taghr el Djoumani fi Ibtissam Et-Taghr el Wahrani, présentation et commentaire Hadj Mehdi Bouabdelli, Alger, Ministère des Affaires religieuses, 1973.

[36] J’étais le premier à signaler le texte de Ben Sahnoun sur la Révolution française à Tayeb Chenntouf qui s’en est servi pour sa communication « La Révolution française : l’événement vu d’Algérie », in, La Révolution française et le Monde arabo-musulman, Tunis, Colloque international, 9-11 novembre 1989, Tunis, Alif les Éd. de la Méditerranée, 1991, pp. 61-70.