Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Chapitre 9

Localisation et agencement internes
des cimetières 

 

Autre aspect de cette organisation de l’espace précolonial, le moins connu et néanmoins l’un des plus significatifs, car il nous suggère des éléments d’explication, est bien celui des cimetières.

En effet, élément non moins essentiel de la configuration de l’espace urbain, le cimetière apparaît à l’évidence un indice révélateur de la projection des rapports sociaux sur le sol. Il va sans dire que la structure sociale de la société urbaine précoloniale fortement marquée par les compartimentages socio-ethniques et/ou socio-religieux influent sur la différenciation des cimetières voire  même sur leur agencement.

Localisation et datation des cimetières

Une chose est au moins certaine, le choix de l’emplacement des cimetières dans l’espace urbain obéit en premier lieu à des règles prophylactiques strictes. C’est dire que les nécropoles créées après 1792, étaient situées dans les marges de la ville, en zone extra-muros ou, du moins, loin des zones d’habitations.

Les cimetières de la rive gauche du ravin Raz-el-Aïn

Le cimetière d'Yfri : Sidi el Ghrib

L’imprécision des plans d’Oran et de ses environs levés au début de l'occupation française, laissent planer des doutes quant à la datation des cimetières musulmans situés sur la partie gauche de la rive de l’oued Raz-el-Aïn. De surcroît, les chroniqueurs locaux algériens en particulier Benaouda El Mazari et Mohamed Ben Youssef Ez-Ziyani sont très avares en détails qui auraient pu être susceptibles de nous éclairer davantage sur l’origine de ces cimetières.

Sur le plan d’Oran levé en 1831 par le capitaine Levret, on trouve mentionné un « cimetière d’Yfre », aux alentours duquel sont indiqués deux santons. El Mazari pour sa part, indique qu’il existe dans cette partie de la ville, « la qoubba de Sidi Mohamed el Ghrib, située en contrebas du djebel Haïdour à l’Ouest d’Oran et à l’extérieur de ses murs et, tout près de la qoubba on trouve un cimetière…»[1].

En plus, il mentionne la qoubba de Sidi Abdelkader el Djilali située dit-il, « près du cimetière de Sidi el Ghrib » en précisant que Sidi Ahmed el Filali el Mokhtari, mort en 1849-1850 J.-C., fut enterré dans cette dernière qoubba[2].

Mais, il semblerait que la qoubba qui ne portait que le nom du saint de Baghdad, devait porter dorénavant celui qui y fut enterré soit, Sidi el Filali ; sinon  on ne le comprendrait pas autrement[3].

Au demeurant, il n’est pas interdit de penser que les deux santons mentionnés sur le plan d’Oran du capitaine Levret ne puissent être en fin de compte que, les deux qoubbas précitées ; en l’occurrence, celle de Sidi
el Ghrib et celle de Sidi el Filali actuelles.

Par conséquent, le « cimetière d’Yfre » ne pouvait être que celui de Sidi el Ghrib dont la situation topographique correspond exactement à l’emplacement du village d’Yfri, l' « Yfre arruinado » des cartes espagnoles[4].

Le cimetière chrétien, dit des « Espagnols »

Contrairement aux cimetières musulman et juif, le cimetière chrétien était le seul qui soit clairement mentionné sur les cartes espagnoles. On peut le considérer assurément comme le plus ancien cimetière encore inscrit dans l’espace urbain d’Oran. Il ne fut désaffecté qu’en 1850.

Les cimetières du plateau d’Oran

Les cimetières musulmans

- Le cimetière de Sidi el Bachir : Ce cimetière fut créé au lendemain de la reconquête de la ville par le bey Mohamed el Kébir en 1792[5].

Son emplacement fut choisi sur une vaste élévation de terrain, une sorte de colline éloignée du faubourg de Kheng- En-Nitah et, au sommet de laquelle le Bey avait ordonné la construction d’une qoubba dédiée à Sidi el Bachir Ben Yahia, un saint originaire de la région de Mascara. Depuis, cette petite colline était devenue une sorte de tertre funéraire connu sous le nom de « Maqbara de Sidi el Bachir »[6].

D’autres qoubbas y étaient élevées par dévotion aux saints maghrébins tels que : Sidi Bouazza, descendant du saint marocain Sidi Bouazza el Gharbi el Haskouri[7]. Sur le plan de 1892[8], trois autres mausolées musulmans sont indiqués au niveau de l’emplacement actuel du lycée Ben Badis et du musée Ahmed Zabana. Ces mausolées pourraient être ceux de : Sidi Badr Eddine (lycée Ben Badis) et les deux autres, ceux de Sidi Bouazza et de Sidi Mahieddin, le « Sidi Manhattan » mentionné par les officiers français, en 1831 (musée Ahmed Zabana).

La superficie du cimetière de Sidi el Bachir était estimée l’année de sa désaffectation en 1868 à environ huit hectares. Surface qui paraît cependant singulièrement surdimensionnée par rapport au nombre de la population musulmane de la ville qui ne dépassait guère à la veille de la conquête française les 9.000 à 11.000 habitants et les quelques 3.000 habitants musulmans en 1868.

Néanmoins, il y a lieu de noter qu’il n’y a rien de surprenant à ce que le cimetière aurait une telle étendue si, on se rappelle avec quelle fréquence les épidémies meurtrières visitaient Oran et sa région durant cette période de la fin du XVIII; parfois même accompagnées de terribles famines.

Ce cimetière était destiné avant tout à recevoir les sépultures de personnes n’appartenant pas à un statut social dévalorisé comme celui auquel était soumis les communautés ethniques ou religieuses organisées en corporations de Berranis, notamment les noirs et les mozabites. Ces derniers avaient chacun son propre cimetière, comme nous allons le voir.

Le cimetière de Sidi el Bachir était même devenu durant le règne du bey Hassan (1815-1831), une véritable nécropole de martyrs du fait que les principaux opposants à son pouvoir et ayant participer ou fomenter des troubles suscités par les confréries derqaoua et tidjania furent exécutés par pendaison en place publique à Oran et enterrés dans des fosses communes. Les nombreux édicules élevés en leur mémoire dans le périmètre du cimetière, témoignaient de la dévotion que leur portait la population musulmane[9].

Tels furent les cas de Si Benhaoua el Qadiri Et-Tidjani, cheikh de la confrérie des derqaoua d’Oran et Si Forqane el Flitti qui furent exécutés en 1824 et enterrés dans la même fosse[10]. Nous comprenons dès lors le profond respect qu’attachait la population oranaise à ce cimetière. Somme toute, le cimetière n’est-il pas comme le fait remarquer Philippe Ariès, « l’envers de la cité, le signe de la solidarité des vivants, le haut lieu de patriotisme ? » (Ariès, 1977, p. 166).

- Le cimetière de la Mederça de Kheng En-Netah :

Il s’agit d’un petit cimetière créé en même temps que la Mederça-mosquée de Kheng En-Netah, par le bey Mohamed el Kébir pour recevoir les sépultures des membres de la famille beylicale, où, lui même et son frère le bey Mohamed Reguig, dit « El bey el masloukh » y furent enterrés[11].

Contrairement à Mascara où le bey Mohamed el Kébir avait créé
« Maqbarat el machahir », une sorte de modeste « Panthéon »  réservé aux personnages illustres de la ville[12].

Rien n’autorise cependant à penser qu’il y ait eu d’autres cimetières privés à Oran durant cette époque qui auraient relevés de la propriété des familles patriciennes de la ville, comme ce fut le cas à Alger (Aumerat, 1898, pp. 168-201).

- Le cimetière mozabite

À l’instar des communautés ibadites des villes du beylik de l’Ouest, telles Mostaganem et Mascara, celle d’Oran avait également son propre cimetière. Ce dernier était attenant au cimetière de Sidi el Bachir. Il était entouré seulement d’une haie de figuiers de barbarie, sa contenance ne dépassait pas celle d’un hectare environ[13].

- Le cimetière des Noirs (Maqbarat el Abid)  

Il faisait pratiquement partie du cimetière de Sidi el Bachir. Mais les archives municipales mentionnaient bien « Meqbereut el Abid » aussi, il y a tout lieu de penser qu’une partie du cimetière Sidi el Bachir était réservée aux inhumations propres à la communauté noire. Il reste cependant à savoir s’il s’agissait de la communauté des Noirs affranchis ou celle des Noirs en état de servitude qui étaient assez nombreux dans la société oranaise[14]. Tous ces cimetières ont été en même temps que le cimetière de Sidi el Bachir, désaffectés en 1868 par la Commune.

Néanmoins, rien ne semble indiquer que les autres groupes de Berranis aient été bénéficiaires d’emplacements réservés aux inhumations des membres de leurs communautés, comme cela avait été le cas pour d’autres cimetières musulmans d’autres villes du Maghreb où, à Tunis par exemple, un endroit réservé aux Berranis portait le nom de Djabanat el Gharaba (Demeerseman, 1969, pp. 17-36).

Le cimetière israélite 

D’une superficie de trois hectares et quatre-vingt-quatre ares, le cimetière israélite se trouvait très peu éloigné du cimetière de Sidi el Bachir. Le terrain sur lequel il est établi jusqu’à présent, fut vendu 1801 à la communauté juive d'Oran par le Bey Othman, fils et successeur du bey Mohamed el Kébir[15].

Il se trouvait très peu éloigné du cimetière de Sidi el Bachir. Le terrain sur lequel il est établi jusqu’à présent, fut, en 1801, donné en concession gratuite et perpétuelle par le bey Osman, fils et successeur du bey Mohamed el Kébir. On trouve sur le plan d’Oran que leva le capitaine Levret en 1831, l’indication d’un cimetière qui aurait appartenu à la communauté juive, situé sur le plan en question, dans la zone extra-muros comprise entre la porte des Carrières (Bab el Djiara) et le bastion espagnol de Santa-Barbara (place Valéro). Autrement dit, comme le confirme Derrien, « à l’endroit où s’élève actuellement la grande synagogue »[16].

Il faut toutefois en convenir que la présence d’un cimetière juif à cet endroit a de quoi surprendre. Ce qui n’a pas manqué d’ailleurs de susciter les interrogations d’un historien de la ville, le Général Didier. Ce dernier, voulant savoir davantage sur le cimetière israélite entre en correspondance avec le rabbin d’Oran :

« le 18 mars 1925, j’ai écrit au grand rabbin d’Oran ? Monsieur Weil, la lettre suivante : Une carte française d’Oran en 1834, carte que j’ai actuellement entre les mains indique :

  • Cimetière des Juifs sur l’emplacement de la synagogue actuelle.
  • Cimetière des Maures sur l’emplacement du cimetière israélite actuel.

N’y a-t-il pas erreur surtout pour le dernier de ces cimetières ?

Plusieurs de vos coreligionnaires, en effet, m’ont affirmé que votre cimetière actuel était tellement ancien qu’il contenait encore les premières tombes juives où le cadavre était déposé, paraît-il, sur des pilotis

Je vous serais profondément reconnaissant de bien vouloir me donner, sur ces deux cimetières tous les renseignements que vous pourriez trouver dans les archives israélites d’Oran.

… Le 20 mars, M. Weil est venu me voir. Il m’a remis les renseignements écrits ci-après :

" Le Consistoire possède un acte notarié, Chaouel 1215 correspondant à l’année 1801, portant vente et donation par Sid Mohamed Ben Osman, Bey des provinces du Couchant et de Tlemcen, en faveur de la nation israélite d’Oran et du cimetière hors la ville, du côté de Sidi Chaâbane.

Note : Ce qui peut faire supposer qu’il existait un cimetière sur l’emplacement actuel de la synagogue, c’est que lors des fondations de cet édifice, on trouva des ossements humains".

  1. Weil m’a dit en outre : le cimetière actuel, date donc de 1801, Sidi Chaâbane est de ce côté. En faisant les fondations de la synagogue actuelle, on a trouvé de vieux ossements humains, d’Arabes, mais pas de Juifs, car les Juifs qui ont le culte de leurs morts n’avaient aucune connaissance d’un cimetière des leurs à cet endroit et n’auraient pas bâti là leur synagogue s’ils avaient eu le moindre doute que ce soient des tombes juives ils n’auraient pas bâti sur leurs morts »[17].

Organisation interne des cimetières musulmans

Bien que nous n’ayons aucun document cartographique, archivistique  ou archéologique pouvant attester de  l’existence d’une forme d’agencement des tombes à l’intérieur du cimetière de Sidi el Bachir [18], il n’en demeure pas moins que, au vu de la tradition maintenue jusqu’à nos jours dans de nombreux cimetières que cette l’organisation interne des espaces funéraires, ait continué à exister jusqu’à nos jours.

En effet, il faut sans doute faire preuve de beaucoup d’observation pour constater que, même dans un passé très proche, l’organisation interne  de certains cimetières, en particulier des villes, continuent d’obéir aux principes qui président à la disposition des tombes selon un schéma préétabli ; une véritable cadastration, s’il en fut. Le cimetière de Moul ed-Douma créé en 1868, présente à cet égard un bel exemple de reproduction de ce type d’agencement des tombes.

En fait, il est aisé de constater dans ce dernier cimetière que la plupart des anciennes familles oranaises se réclamant d’une vieille citadinité, se considérant comme Ahl el Blad, ont chacune son propre carré clôt par une murette, à l’intérieur duquel elles inhumaient ses morts. D’autre part, il est intéressant de noter que l’adoption de l’enclos familial dans les cimetières musulmans en Algérie notamment, était déjà répandu au XVIIIe siècle pour qu’en soient frappés les regards de nombreux voyageurs européens, notamment le Dr Shaw, qui observa au sujet des cimetières d’Alger que, « chaque famille a une place distincte laquelle est entourée d’un mur comme un jardin et, où les cendres des aïeux reposent en paix depuis plusieurs générations » (Shaw, 1830).

Il faut sans doute voir dans la construction de ces carrés familiaux, la volonté des familles citadines de vieille souche de se démarquer des autres groupes de statut social inférieur (néo-citadins, berranis, étrangers, etc.). Posséder un carré familial dans un cimetière, revenait à prouver son enracinement citadin. Il y a tout lieu de penser que ce soit là, un trait de mentalité commun à toutes les familles patriciennes des villes maghrébines. À Tunis par exemple, comme le fait remarquer A. Demeersman, lorsqu’on dit de quelqu’un que « sa famille a un terrain (turba) au Djellaz, qu’il a été enterré dans la terre de sa famille (Tarbat Ahlihi), il laisse entendre qu’il est un fils du pays et qu’il n’a pas été enterré comme d’autres au cimetière des étrangers (Djabanat el Gharba) » (Demeerseman, 1969, p. 19).

Aussi, on est amené à constater que l’organisation interne du cimetière, de par sa cadastration, préfigure admirablement les clivages socio-ethniques qui existaient au sein de la société urbaine précoloniale. Ceci, apparaît bien plus encore comme l’illustration typique de la projection des rapports sociaux sur le sol.

D’autre part, la disposition des tombes, n’en est pas moins révélatrice également de la projection au sol des rapports familiaux qui, par bien des côtés reflètent à s’y tromper, le schéma généalogique de la famille. Fait qu’avait pu lumineusement relever Germaine Tillion, à propos des Aurès,
« j’admirais que le plan cadastral de la tribu, remarquait-elle, s’y reflétait presque parfaitement, telle une personne dans un miroir, et qu’il fût reproduit exactement par les dispositions des tombes de chaque cimetière calquées elles-mêmes sur les généalogies », et elle précise, « il y a cinq cimetière dans l’Aârch, chacun peut-être enterré dans n’importe lequel, mais dans le quartier de sa harfiqt […] chaque harfiqt a une place et chaque famille a une ligne et on continue à enterrer dans cette ligne de la même famille toujours, les uns à côté des autres » (Tillion, 1957, pp. 393-402).

En définitive, il semble bien que cette organisation de l’espace à l’intérieur des cimetières musulmans ait été suffisamment généralisée en Algérie. Trouvait-on seulement cette forme d’organisation symbolique à l’intérieur du cimetière de Sidi el Bachir ? Dans l’état actuel de nos connaissances, on n’oserait l’affirmer mais, il y a tout lieu de le penser que les principes directeurs de son organisation interne ne fussent pas différents du reste des cimetières.

 

NOTES

[1] El Mazari Benaouda, Agha Toulou‘  Sa‘d Es-Sou‘d fi Akhbar Ouahran wa Makhzaniha el Oussoud,  (Histoire complète de la ville d'Oran depuis sa fondation jusqu'à l'année 1883), 582 p., in 8°, Oran, Musée national Ahmed Zabana, n° 466, acquis en 1901.

 - El Mazari Benaouda, Agha, Toulou‘  Sa‘d Es-Sou‘d fi Akhbar Ouahran wal Jazaïr wa Isbania wa Farança ila Awakhir el quern el tassi‘ ‘Achar (Chronique d’Oran, d’Alger, d’Espagne et de France jusqu’à la fin du XXe siècle), 2 vol., texte établi et annoté par Yahia Bouaziz, Beyrouth, Dar el Gharb el Islami, 1990, p. 28 du ms.

[2] Id., p. 30 du manuscrit du Toulou‘  Sa‘d Es-Sou‘d

[3] Ben Youssef Ez-Zayani Mohamed, Dalil el Hayrane wa Anis Es-Sahran fi Akhbar Madinati Wahran, texte établi par Cheikh El-Mahdi Bouabdelli, Alger, Publications de la Bibliothèque Nationale d’Alger, 1978, p. 47.

La qoubba de Sidi el Filali est englobée dans le cimetière privé appartenant aux familles oranaises de descendance turque et kouroughlie. D’où son nom de « cimetière des Turcs ». Parmi les notables d’origine kouroughlie qui y sont enterrés, on peut citer l’ancien muphti de la ville, Si Hamida Ben Caïd Omar.

Cependant ni El Mazari ni Ez-Zyani ne mentionnent ce cimetière qui est situé dans l’ancien faubourg Eugène Étienne (quartier des Planteurs), sur l’emplacement même de l’ancien Ribat d’Yfri fondé en 1701 par le Bey Bouchelaghem.

Néanmoins, il y a tout lieu de penser que le petit cimetière de Sidi el Filali existait bien avant 1868, comme le prouvent d’ailleurs, les autorisations d’inhumation adressées au maire d’Oran, à la suite de la désaffectation du cimetière de Sidi el Bachir en 1868-1869.

[4] Plano de la Plaza de Orán y sus castillos, con la de Mazalquivir en 1757. (Plan de la Place d'Oran et de ses forts, avec celle de Mers-el-Kébir en 1757). Publié par la Société de Géographie et d'Archéologie d'Oran. Lithographié par l'imprimerie Collet, Oran, sd.

[5] Le Commandant Gaston Pellecat s’interrogeant sur l’emplacement de la qoubba de Sidi Chaâbane, sur lequel fut construit le blockhaus dit de «Sidi Chaâbane», situé dans le domaine Magnan, écrit, « Donc, pas de doute, Chabane fut enterré là et on lui éleva un marabout. Maintenant pourquoi fut-il enterré là et non ailleurs ? Nous avons vu que les Espagnols, sur la fin de leur occupation avaient relégué au village nègre…tous les Musulmans qu’ils appelaient Moros de Paz. Ce fut sur ces terrains que ces mêmes musulmans enterrèrent leurs morts.
Les cimetières arabes occupaient tous ces lieux qui constituent aujourd’hui le Plateau Saint-Michel. Pour que ce martyr repose au milieu du peuple, on lui construisit un peu en dehors du cimetière une koubba que nous avons retrouvée plus tard dans le domaine Magnan », Pellecat, « Histoire du Murdjadjo », manuscrit dactylographié non relié, 33 f. Archives de la Société de Géographie et d’Archéologie d’Oran, 1928 (?).

[6] Au sujet de Sidi el Bachir, nous avons deux informations contradictoires :

a- Selon Louis Guin, il pourrait s’agir de, « Sidi Mohamed Sid el Bachir, qui habitait à Yfri à l’Ouest de la ville et mort pendant l’occupation française, un petit monument a été élevé à sa mémoire, auprès de la porte du cimetière », Guin Louis, «Le collier de perles précieuses ou mention des principaux personnages d'origine noble de la contrée du R'eris », RA, 1891,
pp. 241-280, p. 275.

b- D’après l’agha Benaouda El Mazari qui identifie bien le personnage comme étant bien celui dont le cimetière porte bien le nom, précise qu’il avait vécu au 12è siècle -de l’Hégire/18è siècle J.-C. Et que le personnage était mort en enterré à Oran au début du 13è siècle de l’Hégire/19è siècle J.-C. Ce qui pourrait bien faire penser qu’il serait décédé vers 1790 ; et que, le Bey Mohamed el Kébir lui aurait élevé en 1792, par dévotion une qoubba au milieu du cimetière qu’il venait de créer.

[7] Son mausolée était situé rue de la Tour d’Auvergne (act. rue Klalouche Medjadi.

Saint d’origine marocaine, très vénéré dans l’Ouest algérien où de nombreuses qoubbas sont élevées à sa mémoire. Il est mort en 1180 J.-C. Cf. Loubignac, L., « Un saint berbère, Moulay Bouazza, histoire et légende », Hespéris, t. XXXI, 1944, pp. 15-34. 

[8] Toblot et Gaudry.- Plan d'Oran 1/8000, (polychrome). Oran, imp. Ve  Collet, 1892.

[9] Derrien note en effet, au S ud du Villa nègre la présence du cimetière et de ses nombreuses qoubbas, Derrien I. comdt., Les Français à Oran depuis 1830 jusqu'à nos jours. Aix, 1886.

[10] «…la même année (1824), dans le mois de Chaâban, Hassan donna l’ordre de trancher la tête, sans forme de procès, aux deux savants docteurs de la loi, les saints accomplis et parfaits, le seigneur Ben Abdallah Haoua Et-Tidjini Ed-Darqaoui et le seigneur Ferqane el Flitti tous deux furent inhumés à Oran dans une même fosse comme il a été dit au cours de cet ouvrage…», Bodin Marcel, «La brève chronique du bey Hassan, exrtaite de Tal‘at Sa‘d
Es-Sou‘oud...
de Mazari», BSGAO, mars 1924, pp. 21-61, p. 30.

Mohamed Benyoussef Ez-Zayani, rapporte que ces deux personnages furent exhumés en 1868, lors de la désaffectation du cimetière, pour que leurs restes soient transférées au cimetière d’El Batha.  Cf. Ben Youssef Ez-Zayani Mohamed, Dalil el Hayrane wa Anis Es-Sahran fi Akhbar Madinati Wahran, texte établi par Cheikh El-Mahdi Bouabdelli, Alger, Publications de la Bibliothèque Nationale d’Alger, 1978.

[11] La méderça et le cimetière furent englobés au début de la colonisation dans le Quartier de la Cavalerie. À la fin du XIXe siècle, lorsque les terrains militaires furent transférés à l’administration des Domaines avant qu’ils soient définitivement cédés à la Commune, les dépouilles du Bey Mohamed el Kébir et de son frère le Bey Mohamed Mohamed Reguig, furent exhumés de l’intérieur de la mosquée où leurs tombes se trouvaient et furent transférées dans un autre cimetière musulman. Cf. Marial W., « La Mosquée de Sidi Mohamed el Kébir à Oran », BSGAO, 1893, pp. 168-201.

En fait, d’après une enquête personnelle que nous avons menée auprès des vieilles personnes habitant Sidi Chahmi. Elles nous ont appris qu’au cimetière des Assamania se trouvent deux tombes qu’on appelle celles des « deux beys ». Il tout lieu de penser qu’il s’agit bien celles du bey Mohamed el Kébir et de son frère.

[12] L’orientaliste Reinaud, signale en 1833, une pierre tombale trouvée sur le lieu du cimetière attenant à la mosquée de « Garganta », portant une inscription funéraire concernant le bey Mohamed-el-Kébir, en indiquant que cette pierre, « se trouve maintenant dans le cabinet dans le cabinet de M. Félix Lajard, membre de l’Institut à qui elle a été envoyée » Reinaud, « Une inscription funéraire arabe », Journal Asiatique, 1833, t.9, pp.189-190.

Gorguos, « Notice sur le Bey d’Oran Mohamed El Kébir », R.A., 1856-1857, pp. 403-416,
 p. 409.

Plus récemment, Gérard Troupeau, professeur d’arabe à l’École des Hautes Études, s’est intéressé à une stèle que lui a signalée la conservatrice du musée de l’Hôtel Gouïn, à Tours. Grâce à une enquête minutieuse qu’il a menée auprès de personnes et d’organismes spécialisés dans l’histoire de l’Algérie ottomane ; il est arrivé à la conclusion formelle que la stèle est bien celle du bey d’Oran, Mohamed-el-Kébir ; malheureusement la date de décès n’y est pas mentionnée.  Voir, Gérard Troupeau, « Une stèle funéraire musulmane conservée au musée de la Société », Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XLV (45), 1999, pp. 783-787. 

[13] Le cimetière mozabite était exactement situé dans les îlots actuellement compris entre : Bd. Des Frères Niati (ex. Dutertre), Bd. Commandant Adda Benaouda dit Si Zaghloul (ex. Hippolyte Giraud), rue Ghoual Mohamed (ex. Podesta), rue Sekkal Chaïb (ex. Crouy) et rue des Frères Aroumia (ex. Ferdinand Serviès). Ce qui fait que la rue de Gare fut ouverte au milieu du cimetière mozabite, cf. Plan d’aménagement du quartier Saint-Michel, 1880, Arch. Communales d’Oran.

[14] « Meqbereut el Abid » occupait l’emplacement compris entre le bd. Zabana (ex. bd. Paul Doumer), la rue Boussaïd Belkacem (ex. rue des Pommiers), le bd. Didouche Mourad (ex. bd. Fulton) et rue Chemlaoui Lahouari Sid Ahmed (ex. rue de Stora). Cf. « Plan de distribution des eaux de la source de Noiseux dans le haut quartier de Karguentah, traversée du cimetière nègre, 10 février 1868. Archives de la Mairie d’Oran, « Dossier Eaux de Noiseux » et Plan parcellaire du Cadastre d’Oran, 1867.

[15] L’original de cet acte de vente est actuellement déposé au Consistoire israélite de Paris. (voir en annexe contenu de l’acte de vente de 1801). Cette vente fut confirmée devant notaire, en 1846. Raison pour laquelle, le cimetière demeure à ce jour propriété pleine et entière de la communauté juive).

[16] Derrien, op.cit., p. 28.

[17] Général Didier, « Le Ravin du sang », Oran, 7 avril 1926.

[18] À l’exception d’une pierre tombale datée de 1799. Cf. François Demaëght, « Tombe de Fatma Bent Mohamed Ben Abdelkrim », BSGAO, 2è trimestre 1891, pp. 271-272. 

La pierre tombale en question déposée au Musée Ahmed Zabana d’Oran porte le n° 160 du catalogue archéologique du musée. Les auteurs du catalogue précisent que l’épitaphe de Fatma, fille de Sid Mohamed ben Abdelkrim fut trouvée en 1891 dans les fouilles de la maison Voisembert, boulevard Sébastopol à Oran. Voir, Louis Demaëght et François Doumergue, Catalogue archéologique raisonné du Musée municipal d’Oran (Musée Demaëght), B.S.G.A.O., 1932.

D’après les renseignements de l’Annuaire Oranais (1927), la maison Émile Voisembert était située exactement au n° 52 du boulevard Sébastopol.