Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Chapitre 1

Les aspects physiques du site urbain

Dans son ensemble l’allure morphologique du site urbain se distingue par un ensemble d’éléments physiques donnant un caractère tout à fait particulier à la configuration du sol.

Les aspects dominants de la configuration du sol

L’aspect topographique 

D’entrée de jeu, nous distinguons trois ensembles topographiques : le massif montagneux, les plateaux et les ravins.

Le massif montagneux du Murdjadjo 

Ce massif forme un écran montagneux qui domine tout le site urbain.
La description morphologique de ce massif, bien qu’elle reste encore à faire, nous allons essayer néanmoins d’en tracer les principaux contours. Ce massif est composé de :

- Le pic de l’Aïdour sur lequel est construit le fort de Santa-Cruz, très exactement sur l’éperon dit de Santa-Cruz.

- La montagne du Murdjadjo  dite aussi de Santa-Cruz est séparée du pic de l’Aïdour par le col. La montagne du Murdjadjo se compose du plateau d’El Maïda, au centre du quel est élevée la qoubba de Sidi Abdel Kader  dit justement Moul El Maïda ; du Djebel Makaâd el Bey qui se rattache au Djebel Murdjadjo, par la Chaâbet Aïn Tahar Ben Hassin. Le Djebel Makaâd el Bey couvre un vaste plateau, et deux versants. Le plateau parfaitement  régulier, continue celui d’El Maïda et va en se relevant vers l’Ouest pour atteindre l’altitude de 512 mètres (Doumergue, 1913, pp. 529-560). Des deux versants ; l’un, le versant Nord, forme le cirque de Mers-el-Kébir ; l’autre versant Est, continue celui des Planteurs et forme le cirque du Murdjadjo. Celui-ci est profondément sillonné par plusieurs ravins. Le principal de ces ravins, celui de Noiseux, est parallèle à la crête de la montagne.

Les plateaux 

Le plateau de Karguentah de forme tabulaire succède au replat du versant Est du Ravin de Raz-el-Aïn. Une lisière de pentes plus ou moins fortes par endroits forme la soudure avec les élévations de terrains contournant
le plateau. La bande littorale du plateau est formée par des falaises surplombant l’anse de Karguentah, profondément entaillée par des ravins de l’Ain Rouïna, de la Mina et de la Cressonnière.

En outre, un ensemble de sursauts de terrains forment des plateaux secondaires, à savoir :

- Le plateau de Gambetta, 120 m,

- Le plateau de Saint-Eugène, 120 m,

- Le plateau de Mdina Jdida, 120 m,

- Le plateau Saint-Louis ou du Colysée sur lequel est bâti l’ancien Hôpital militaire Baudens.

- Tandis que le plateau Saint-Michel, le versant Saint- Pierre et la butte Mirauchaux, forment un hémicycle limitant au Sud le plateau de Karguentah.

D’autre part, le promontoire du Château-Neuf est situé sur un plateau se distinguant remarquablement du milieu du site par sa forme imposante.

 Les ravins et Chaâbet 

- Le ravin ou chaâbet Raz-el-Aïn forme une échancrure naturelle, en contrebas du Massif du Murdjadjo. Long de 6 à7 km ; ce qui permet de le considérer comme le seul ravin prenant figure de vallée (Lespès, 1938,
p. 19).

- Le ravin de Aïn-Rouina, long de 800 m, constitue le premier des quatre ravins qui, à partie du promontoire du Château-Neuf, entaillent les falaises.

- Le ravin de la Mina, long de 150 m, se situe après le ravin de Aïn-Rouina.

- Le ravin de la Cressonnière forme quant à lui, une large crevasse, assez profonde marquant une interruption de la bordure de la falaise du plateau de Karguentah.

- Le ravin Blanc, forme un fossé naturel long de deux kilomètres, remarquable par ses falaises blanches.

- Le ravin Rouge de Chaâbet el Haïdj[1], situé au Sud, prend naissance aux envions de l’actuel quartier Badr (ex. Cité Petit) et se dirige vers l’Est pour aboutir au Petit Lac Salé.

- Enfin, le ravin de la Rouissata, limite au Sud le territoire communal, ceinture d’Est en Ouest le site urbain. Il prend naissance dans le bassin du Pont Albin et aboutit à la Daya El Morsli.

D’un autre côté, le versant Est, autrement dit le cirque du Murdjadjo, de par sa couverture calcaire se trouve exposé au travail d’érosion des eaux de ruissellement qui par leurs affouillements entaillent les pentes, en créant de nombreux ravins, d’importance variable, que le mot arabe désigne communément sous le nom de Chaâbet ; ce terme, comme on peut le constater forme la plupart des hydronymes consacrés par la cartographie du site.

D’Ouest en Est du site urbain, nous trouvons :

- Chaâbet el Harmman,

- Chaâbet el Hamman,

- Chaâbet el Casseleth,

- Le ravin de Noiseux, ainsi que ses ravineaux secondaires,

- Chaâbet el Foual,

- Chaâbet Tahar Ben Hassin, et enfin,

- Chaâbet Sidi el Morsli.

L’aspect hydrographique 

L’importance de l’aspect hydrographique du site nous amène à le considérer au même titre que l’aspect topographique qui, tous deux, participent concurremment à l’individualisation physique du site urbain.

À cet effet, il y a lieu de distinguer les principales composantes du réseau hydrographique caractérisant le site :

- Les sources,

- Les ravins ou chaâbet à écoulement permanent,

- Les bassins et dhayas,

- Les sources. 

Il y a lieu d’observer, tout d’abord, les nombreuses sources liées aux accidents tectoniques. Plusieurs sources émergent en bordure des pentes calcaires du cirque du Murdjadjo ; des falaises de Karguentah et le long du Ravin Blanc.

Ces sources semblent réagir rapidement à la suite de fortes précipitations.

- La source de Noiseaux, située sur le versant méridional du Murdjadjo ; ces eaux coulent dans le ravin de Noiseux et continuent par l’Oued.

- La source dite Aïn Tahar Ben Hassin, située au-dessus de la Kasbah.

- La source de Raz-el-Aïn, située à un kilomètre de la porte du ravin du même nom ; ses eaux empruntent l’Oued Raz-el-Aïn et se confondent avec les eaux de la source Billel.

- La source Billel est située prés de la porte du Ravin de Raz-el-Aïn.

- Les sources du Ravin Blanc.

- La source El Ayachi, située Karguentah, prés de la Mosquée du bey Mohamed el Kébir.

Les Chaâbet à écoulement permanentent 

Chaâbet de Raz-el-Aïn prend le nom de Oued Raz-el-Aïn, dans sa partie supérieure et de Oued Er-Rehhi dans sa partie inférieure qui de la porte de Tlemcen va se jeter à la mer, et l’Oued Rouina au cours irrégulier ; sont les seuls cours d’eau, les autres leur ruissellement est tributaire des épisodes pluvieux[2].

Les bassins 

Appartenant au même organisme hydrographique que les bassins d’El Amria, de Brédéa, de Misserghine et du Pont Albin ; le bassin de Raz-el-Aïn se démarque de ces derniers par le fait qu’il soit le seul à drainage maritime et aérien, et il alimente l’importante source d’eau pure de Raz-el-Aïn.

Une pluviométrie favorable, ajoutée à l’écoulement des eaux de l’Oued Raz-el-Aïn qui recueillent surtout en hiver les eaux de ruissellement qui descendent des Chaâbet du cirque du Murdjadjo. On doit noter également l’existence de l’important Bassin de Noiseux.

Une particularité hydrographique du site, est constituée par l’existence des deux Dhayas El Morsli qui donnent l’impression de deux diverticules inégaux formant apparemment la fermeture Nord-Est de la grande Sebkha.

La Dhaya El Morsli proprement dite (ou Petite Sebkha) (Derrien, 1886,
p. 21, note 2)[3], est séparée de la petite Dhaya (Petit Lac Salé) par une large bande de terrain. Elles présentent toutes deux une forme elliptique et sont entourées au Sud et à l’Est par des grés sableux d’origine dunaires, au Nord par grés tendres du plateau d’Oran, et à l’Ouest par les alluvions limoneuses.

Leur alimentation est assurée par les eaux de ruissellement provenant d’un large bassin endoréique, traversé par de nombreuses Chaâbet-s dont l’écoulement abondant remplit les dayas en hiver d’une nappe d’eau salée variant avec la pluviosité saisonnière et annuelle. Cette pellicule d’eau est complètement asséchée dès la fin du printemps. Le sol salé de la périphérie est couvert d’une sorte d’association de plantes halophiles (salicornes, soudes, statices, atriplex ou « guettaf », etc.) (Tinthoin, 1948, p. 432 et p. 492).

Le site et son évolution urbaine

La première vision qu’on a du site naturel, c’est le caractère accidenté de son relief qui est mis en valeur par deux éléments prépondérants ; d’une part, l’écran montagneux formé par le massif du Murdjadjo et d’autre part, l’échancrure naturelle formé par le Ravin de Noiseux et continuée par le Ravin de Raz-el-Aïn jusqu’à la mer.

Cependant, l’examen d’un plan comportant les courbes de niveau, comme celui, au 1/5.000, établi par les frères Danger[4], nous permet de voir dans quelle mesure la topographie a été appelée à intervenir dans la formation et l’évolution de la configuration de l’espace urbain.

En effet, le versant oriental du Murdjadjo marqué par de nombreux mamelons entrecoupés par des chaâbet plus ou moins profondes, a attiré dès la préhistoire les premiers établissements humains fort justement attestés par de nombreuses grottes comme celles de Noiseux, du Polygone ou des Troglodytes[5]. D’autre traces de l’époque pré-romaine peuvent être signalées sur les mamelons d’Eckmühl, du Pont Albin et au confluent des Chaâbet-el-Harmman et El-Hamman (Pallary, 1904, pp. 152-157). Egalement des traces de peuplement troglodyte ont été trouvées dans les grottes des ravins du plateau de Karguentah, particulièrement dans celui du Ravin d’Aïn Rouina ; il en est de même des grottes du quartier Gambetta-Falaises et de la Batterie espagnole.

Quoique la présence des Romains ait été signalée ; le sol, par contre n’en garde aucun souvenir de leur installation, encore moins une cadastration quelconque du sol qui pourrait donner une  preuve matérielle de leur établissement sur le site.

En fait, la particularité topographique du site naturel ne manqua pas d’attirer l’attention des marins andalous. Une rade abritée des vents par les contreforts du massif du Murdjadjo, un relief escarpé, l’abondance relative de l’eau, grâce à l’existence de nombreuses sources et, en particulier de l’Oued Raz-el-Aïn.

Sachant les possibilités, tant naturelles que défensives que pourrait offrir un tel site, deux généraux andalous fondèrent au début de l’année 903 de l’ère chrétienne, la petite cité de Ouahran[6].

Construite sur un mamelon de la rive gauche du ravin, entourée d’une enceinte de terre durcie, elle fut dotée par la suite d’une citadelle ou Kasbah qui peut être considérée comme le noyau initial de l’agglomération urbaine (Didier, 1931). Profitant de la situation défensive de la Kasbah, les habitations sont venues s’agglutiner tout autour, et se répandirent sur les pentes du Murdjadjo, en épousant le tracé naturel des courbes de niveau.

À partir de 1509, devenue Préside majeur, Oran va connaître un nouveau tournant de son histoire urbaine.

La ville initialement conçue sur le modèle arabo-musulman, va rapidement évoluer, sous l’influence espagnole vers le modèle de cité occidentale fortifiée.

En effet, l’occupation espagnole qui dura jusqu’en 1792, allait être un moment des plus importants de la transformation du paysage urbain.
Le développement du Préside, avec ses quartiers, ses forts, ses couvents
et ses hôpitaux, était inconcevable sans un réseau de fortification et de communications souterraines. Les Espagnols tinrent compte donc de toutes les contraintes topographiques du site pour en tirer tous les avantages défensifs.

Figure 1 : Vue aérienne de l’espace urbain (1956)

Source : La Vie Municipale, Oran, n° 67, 1956.


Figure 2 : Carte de l’arrière-pays oranais (1855)

Source : Carte topographique des environs d’Oran, éch. 1/200.000

D’après les levés et les reconnaissances des Officiers d’État-Major et autres documents. Publiée par le Dépôt de la Guerre, état directeur : le colonel Blondel, Paris, 1855.
Imprimé sur zinc par Lemercier et Cie, Paris.

Fonds de cartes de la Société de géographie et d’Archéologie d’Oran.

 

Figure 3 : Plan topographie d’Oran

Source : Plan topographique d’Oran dessiné par M. Viau, géomètre dessinateur de la Régie Foncière d’Alger, Lespès René, Oran, Étude de géographie et d'histoire urbaines, Paris, 
F. Alcan ; Alger, J. Carbonnel 1938.

Figure 4 : Les Djebels Mokaad el Bey et Yfri (Sud-Ouest d’Oran)

Source : Doumergue François,  « Herborisations Oranaises », BSGAO, décembre 1913, p. 529.

 

NOTES

[1] Bien que le tracé naturel de cette chaâbet soit devenu quelque peu imperceptible du fait de la viabilisation et de l’urbanisation de cette partie du site urbain, il n’en demeure pas moins qu’en période de fortes pluies, comme celle de décembre 1979, pendant laquelle nous avons pu observer que chaâbet El Haïdj, recevant les eaux de ruissellements des pentes du Murdjadjo, renaît en quelque sorte et reprend son ancien lit, en inondant tout sur son passage et ceci jusqu'à la Dhaya Morselli.

[2] L’Oued Rouina a été comblé en partie, à la fin du XIXe siècle.

[3] Du nom de Hadj El Morsli, notable des Douaïr qui, selon Derrien possédait presque tous les terrains à l’Est de la Sénia autour de la Dhaya qui porte son nom « Dhaya Morsli » (Petit Lac).

[4] Il s’agit des plans dressés dans le cadre de l’élaboration des Plans directeurs d’urbanisme, qui de l’avis de René Lespès, « quelques municipalités bien inspirées ont fait dresser d’autres à celle du 1/5.000 par des géomètres. Il en est de remarquables, comme ceux d’Oran et de Bône, dont l’exécution a été confiée à la Société des plans régulateurs de villes que dirigent MM. Danger, Frères ». In Lespès, R., « Deux sources de la géographie urbaine particulièrement en Algérie », deux cartes hors-texte en héliogravure, R.A.3éme Congrès des sociétés savantes d’A.F.N. Constantine 1937, T.II, p. 715.Cf. également Frey Jean-Pierre, « Figures et plans d’Oran : 1931-1936 ou les années de tous les Danger », Insaniyat, spécial « Oran, ville d’Algérie », n° 23-24, janvier-juin, 2004, pp. 111-134.

[5] Pour les grottes préhistoriques d’Oran et de ses environs, il faut se référer en premier aux travaux de François Doumergue et de Paul Pallary, dont la plupart des articles ont été publies dans le Bulletin de la Société de Géographie et d’Archéologie d’Oran

[6] Sur les différentes étymologies du toponyme d’Oran, voir Ben Youssef Ez-Zayani Mohamed, Dalil el Hayrane wa Anis Es-Sahran fi Akhbar Madinati Wahran, texte établi par Cheikh El-Mahdi Bouabdelli, Alger, Publications de la Bibliothèque Nationale d’Alger, 1978. Une bonne synthèse est faite par Farid Benramdane (janvier-juin 2004), De l’étymologie de Wahran : de Ouadaharan à Oran », Insaniyat, « Oran, ville algérienne », n°S 23-24, pp. 249-272.