Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Préliminaire

Ma formation d’architecte n’avait pas pour vocation de me préparer à l’écriture. Diplôme en poche, le travail ne manquait pas en Algérie des années 1970 qui dans l’exercice de sa souveraineté recouvrée après l’indépendance, lançait alors, de vastes programmes de construction. Au bout d’une dizaine d’années d’activité en service civil et fonctionnaire de l’État, j’ai été invitée à rejoindre l’université où parallèlement à l’enseignement, s’imposait la préparation d’une thèse de doctorat. Ce fut le premier écart avec le métier car différemment à d’autres disciplines telles que la médecine et le droit, la pratique professionnelle en même temps que l’enseignement, n’était pas autorisée institutionnellement.

La deuxième distanciation m’amenant à me confronter à d’autres domaines d’intervention que l’architecture, fut l’obligation à devoir poursuivre des études doctorales en urbanisme, improprement qualifiée
d’« option » alors qu’il n’y avait pas d’autres choix. Last but not least, la troisième disjonction m’a orientée vers la question des espaces verts urbains. Pour autant, interruption ne signifiant pas rupture, ces concours de circonstances ont auguré la consolidation de liens transdisciplinaires relatifs à la composante végétale en tant qu’élément transversal à l’architecture et l’urbanisme, l’urbain et le rural. C’est ainsi que le travail que je propose ici, est le produit d’une somme de conjonctures dont le point de convergence s’est consolidé à l’Institut d’Études Avancées de Nantes durant l’année académique 2016/2017.

Compte tenu de mon parcours disciplinaire, mes préoccupations épistémologiques se limitent aux questions de composition de l’espace habité, des points de vue de la formalisation intégrant les aspects morphologiques et topologiques. Mais, au-delà des approches spécifiques à ces notions, l’humain étant au centre de toutes les disciplines, l’extension à des approches basées sur l’observation des pratiques sociales, a permis d’appréhender d’autres composantes de conception et d’usage de l’espace.

Le recours à l’histoire associée à des techniques d’analyses rapportées à l’anthropologie urbaine, a non seulement clarifié les questions liées à la genèse de l’espace anthropisé, mais aussi et surtout, ouvert d’autres voies de réflexion touchant à la culture urbaine. Face à cette complexité accentuée par la profusion de travaux scientifiques, le paradoxe se reflète à travers la relation urbain/rural rapportée à la question de culture partagée des lieux communs.

Dans cet esprit, l’ambivalence de l’expression « cultiver l’urbain », se ramifie en une pléiade de paradoxes qui émergent dans divers champs disciplinaires signalant ainsi d’autres pistes de réflexion et d’interrogations.

En lien avec l’urbanisme, l’objet de cet ouvrage invite à des travaux contextualisés impliquant plusieurs domaines de connaissance autour desquels s’est concrétisée l’idée qui consiste à débusquer le paradoxe en tant qu’ « indicateur de subjectivité ».

La subjectivité étant une part de « la réalité qui ne relève ni seulement de l’objet ni seulement du sujet ; relevant de la trajection des deux, elle est trajective » (Berque, 1986). La démarche d’identification de la nature des paradoxes rapportés à la relation urbain/rural dans le contexte oranais, illustre la lecture mésologique du processus de son anthropisation. C’est là une des intentions de cet exercice invitant à l’ouverture, à l’appétence…