Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Ouvrage du CRASC, 2017, p. 253-274, ISBN : 978-9931-598-10-7 | Texte intégral


 

 

Tayeb REHAÏL

 

 

A la faveur du déclenchement de la Guerre de libération, le 1er Novembre 1954, en Algérie, les conditions de la pratique du football sont bouleversées. Ce fut le cas pour l’Association Sportive du Khroub (ASK) que nous avons retenu pour la démonstration. Des joueurs sont appelés à rejoindre les rangs de l’ALN, tandis que d’autres choisissent de cesser toute fréquentation de l’ASK. En fait, les cas de figure se multiplient au gré des évènements liés à la Révolution. C’est donc en termes de ruptures ou de continuités qu’il s’agit d’aborder les différentes positions adoptées par les joueurs de l’ASK.

L’un des intérêts de cette investigation est qu’elle apporte un éclairage sur une composante essentielle de la société algérienne : la jeunesse en « situation coloniale »[1].

Après une période de refus et d’attente, les jeunes algériens ont commencé par s’initier au jeu du football. L’engouement est tel que des clubs à composante exclusivement algérienne sont créés, en particulier durant l’entre-deux-guerres. Leur développement est étroitement lié à l’évolution du Mouvement national algérien et à l’amplification des mobilisations politiques qui l’accompagnent. De ce fait, le football comme le scoutisme va faire l’objet de la plus grande attention de la part des formations nationalistes qui les utilisent comme forme d’encadrement de la jeunesse et lieu de sociabilité.

Conscientes des enjeux sociopolitiques que la pratique du football induisait, les autorités coloniales tenteront de prévenir les affrontements ethniques et freiner l’esprit communautaire, en imposant la présence d’équipiers européens aux clubs musulmans.

A la veille de novembre 1954, la majorité des joueurs de l’ASK est à dominance algérienne. Le club initialement européen est de fait sous la coupe du PPA-MTLD. L’ASK sert de creuset à la fermentation des idées nationalistes… Aussi, ce n’est pas vraiment une surprise, si plusieurs de ses joueurs se retrouvent parmi les pionniers du mouvement d’indépendance, dès le 1er Novembre 1954.

Faute de sources écrites, cette étude a été réalisée grâce à l’enquête orale auprès de témoins ou acteurs de l’A.S. Khroub. Les fragments d’information recueillis ont permis de retracer un bref tableau de l’évolution de l’ASK à la veille de Novembre 1954. La participation au déclenchement de la Guerre de libération nationale de plusieurs joueurs provoque une première rupture dans l’équipe. Dès 1956, obéissant aux directives du FLN, les joueurs algériens abandonnent la compétition. Ce retrait oblige l’ASK à se redéployer autrement. Face à l’action du FLN, les autorités coloniales réagissent à leur tour en initiant un plan d’encadrement, au nom de la guerre psychologique, à travers la multiplication de foyers sportifs placés sous la houlette des Sections Administratives Spécialisées (SAS).

L’enquête orale[2]

Au départ, les matériaux utilisés pour démarrer notre enquête de terrain avec des témoins et acteurs du football institutionnel de l’époque se limitaient à deux listes de joueurs. La première liste reproduite ci-dessous, comporte dix-sept noms de joueurs de l’ASK qui ont participé de manière active à la lutte de libération nationale. Nous l’avons élaborée grâce au témoignage d’Aoubida Abdelmadjid (1939-2011), membre refondateur de l’Association Sportive du Khroub à l’indépendance.

Tableau 1 : Dix-sept noms de joueurs de l’ASK

Noms

Observations

1.     Abdenouri Mostefa

Né le 14 décembre 1936, il rejoint les rangs de l’ALN en 1956 et tombe au champ d’honneur le 5 avril 1960. Après l’indépendance, on attribua son nom à l’école des garçons du Khroub.

2.     Abed Hamdani

Né en 1938, il monte au maquis en 1957,
et tombe au champ d’honneur. Après l’indépendance, on attribua son nom au stade Eugène Artz du Khroub.

3.     Achouri Tayeb

Supporter de l’ASK, militant du PPA-MTLD, il fait partie du groupe à l’origine des actions commises, la nuit du 1er Novembre 1954, au Khroub.

4.     Ayaïdia Amar

 

5.     Benabdelkader Mohamed Larbi (1926-2009)

Joueur de l’ASK, militant du PPA-MTLD, membre du groupe à l’origine des actions commises, la nuit du 1er Novembre 1954

6.     Benabdelkader Salah

Cousin du précédent

7.     Bouafia Mahmoud

 

8.     Boudjendlia Saadoune

 

9.     BouttdjarMaamar

 

10. Khouri Abdelkader

 

11. Lachter Mostefa

Instituteur à l’école des garçons du Khroub.

12. Lachter El Garmi

Même famille

13. Lachter Moussa

idem

14. Mezili Aboud

 

15. Talhaoui Mohamed

 

16. Talhaoui Omar

 

17. Toufouti Ahmed

 

La seconde liste provient du site officiel de l’Association Sportive du Khroub[3]. Les noms cités sont ceux d’un certain nombre de footballeurs du Khroub qui se sont distingués au cours des différentes compétitions, entre 1948 à 1954 :

Tableau 2 : Certain nombre de footballeurs du Khroub (1948-1954)

Noms

Observations

Zender

(Gardien de but)

Belatrache Saâdoune

 

Zefzef Abdelhamid

(dit : Titouh)

Abdoun Tahar

 

Boudersa Mohamed

 

Hamdi Salah

 

Radja Ali

 

Zouad Mahmoud

 

Benabdelmoumen Sadek

 

Benabdelkader Bachir

 

Toufouti Hamid

 

Tebich Lamine

 

Zefzef Abdelmadjid

(entraineur/ ex. joueur)

Ali Khodja Tahar

(secrétaire)

 

Ces deux listes ont servi de guide de prospection pour prendre contact avec les joueurs encore vivants. Pour remédier à la rareté des archives[4], nous avons eu recours à la photographie pour mieux cerner le monde des footballeurs de l’ASK entre 1945-1962.

La première photographie que nous avons obtenue nous a été fournie par Belatrache Saâdoune[5], ancien joueur de l’ASK, de 1947 à 1954. Elle date de 1948. Les onze joueurs en rang sont accompagnés du secrétaire général de l’ASK Massoni. Ce sont (à commencer par le premier) : Zender (goal), Bouhamla Abdelmadjid, Maâza Mohamed, Lachtar Mostefa, Sadek Benabdelmoumen, Khamèche Mohamed, Raâja Ali, Belatrache Saâdoune, Boudersa Mohamed (Athmane), Zefzef Abdelmadjid (entraineur et capitaine), Abdoune Tahar.

Figure 1 : Equipe ASK 1948

 

Source : photo Belatrache Saâdoune

Les autres photographies, datant des saisons 1957/58, 1958/59 et 1959/60, ont été remises par Boudjendlia Saâdoune[6] également ancien joueur de l’équipe de football. Elles représentent les joueurs du foyer sportif mis en place par la SAS. On remarque que seuls Boudjendlia et Guenifi ont joué sans interruption au football, au sein du foyer sportif. Lors de la saison 1958/59, certains joueurs disparaissent au profit d’autres, mais regagnent le foyer sportif l’année suivante. Cette mobilité est révélatrice à la fois des tâtonnements de l’administration militaire à mettre en pratique les directives concernant l’encadrement des jeunes algériens et de la méfiance de ces derniers à rejoindre le nouveau foyer sportif.

Figure 2 : Equipe du foyer sportif du Khroub 1957/58 

Source : photo Belatrache Saâdoune.

Debout de gauche à droite : Benazzouz (moniteur), Bendjebar Rachid, Lebssir Slimane, Benâmar Ahmed, Benhafad Abderrezak, Guenifi Amar, Benazzouz Abdelmadjid

Accroupis, de gauche à droite : Kouri Mohamed Chérif, Boudjendlia Saâdoune, Antonna Etienne, Benazzouz Abdelhamid, Benhabsa Dahmane.

 

Figure 3 : Equipe du foyer sportif du Khroub 1958/59

Source : Boudjendlia Saâdoune

De gauche à droite et debout : Guenifi Amar, Bendjebar, Boudjendlia Saâdoune, Abderrezak Belhafaf, Benazzouz Madjid (tué par l’OAS), Benamar Ahmed, Kourimouha Mohamed Cherif,

De gauche à droite et assis Lebsir Slimane, Benazzouz, Antonna Etienne, Benhabsa Dahmane.

Figure 4 : Equipe du foyer sportif du Khroub 1959/60

Source : Boudjendlia Saâdoune

De Gauche à droite : Hashas, Fekrane, Beloucif Messaoud, Yzlioui, Kilama, …, Kouza, …, Boudjendlia Saâdoune, …, Guenifi Amar.

Dans le contexte de guerre, beaucoup de photographies ont été perdues. Elles ont été détruites par leur propriétaires car pouvant constituer une source de problème[7] si elles venaient à être découvertes par l’armée française, au cours des fouilles. De nombreuses traces concernant l’équipe ont ainsi disparues. Belatrache Saâdoune[8] possédait par exemple une photographie du joueur Abed Hamdani qu’il a volontairement fait disparaître par peur de représailles de la part de la police et de ses indicateurs à cause de son engagement.

Grâce à ces premières investigations croisant sources orales
et documents iconographiques, nous avons dégagé un échantillon composé de huit acteurs du football liés à la résistance du Khroub. La réalisation d’entretiens avec ces derniers est à l’origine de l’élaboration d’une grille de lecture qui a permis de dégager quatre cas de figure. Les différences observées reflètent la diversité des trajectoires qui illustre le parcours des footballeurs de l’ASK et nous renseignent sur leurs positions politiques vis-à-vis de la cause nationale.

Les quatre cas de figure se répartissent comme suit :

  • Les joueurs montés au maquis et engagés dans la résistance armée.
  • Les joueurs restés au Khroub et qui ont abandonné la pratique du football.
  • Les joueurs qui ont continué à jouer au football en rejoignant d’autres clubs en Algérie ou en France.
  • Cas des jeunes intégrés au foyer sportif.

Figure 5 : le martyr Abed Hamdani (1938 - 1957)

Source: les responsables des services administratifs du stade Abed Hamdani

Tableau 3 : Représentant les quatre différentes trajectoires empruntées par les footballeurs de l’ASK

Cas de figure

Nom& prénom

Date de naissance

footballeurs de l’ASK montés au maquis

Benabdelkader Mohamed Larbi*

19.10.1926

Abed Hamdani*

1938

footballeurs de l’ASK qui ont aidé la Révolution

Belatrache Saâdoune

10.12.1928

Boudersa Mohamed

11.12.1928

footballeurs de l’ASK qui ont rejoint d’autres clubs pour continuer à jouer au football en tant que professionnels

Benabdelkader Bachir

8.12.1929

Benabdelkader Mohamed Salah*

 

footballeurs du foyer sportif du Khroub

BoudjendliaSaâdoune

22.03.1941

KhattabiEl-Hani

15.03.1944

Beloucif Messaoud

26.02.1943

Saâda Bachir

04.01.1943

*Les noms suivis d’un astérisque concerne les acteurs que nous n’avons pas interviewés.

Les premiers entretiens réalisés fournissent des renseignements sur les relations qu’entretenaient les acteurs avec le football
et avec la résistance, et apportent des éclairages sur le contexte historique, politique et socioculturel de la période étudiée. Le traitement de ces données a permis de périodiser notre travail selon trois étapes : avant et après le 1er Novembre 1954. La troisième période va de 1958jusqu’à 1962 ; elle est caractérisée par la mise en place d’une politique d’encadrement de la jeunesse soutenue par les autorités françaises.

A la veille de 1954, l’examen du contexte local révèle l’implication des acteurs dans le Mouvement national et la préparation de la résistance armée pour un petit noyau.

Entre 1954 à 1957, on observe différentes attitudes adoptées par les joueurs dont ceux qui sont montés au maquis, ceux qui sont restés au Khroub et ceux qui sont partis ailleurs.

Entre 1958 à 1962, les autorités françaises mettent en place une politique d’encadrement de la jeunesse destinée à mieux assurer le contrôle de la jeunesse algérienne et faire barrage à la propagande du FLN/ALN.

Quelques jalons de l’histoire de l’ASK

Alors que le Khroub est érigé en commune de plein exercice dès 1863[9], la première Association Sportive du Khroub A.S.K. ne voit le jour que le13 avril 1927.

 

« L’Association Sportive du Khroub est une société régulièrement déclarée, le 13 avril 1927, conformément à la loi du 1er juillet 1901, sur les associations » (Journal officiel du 13 mai 1927).

Elle fut créée par Berdou François Céleste, ancien directeur de l’école communale. C’est une équipe de football mixte où se côtoient Européens et Algériens. La population européenne est peu nombreuse. En 1921, on compte 568 Européens pour 9336 « indigènes ».

Lorsque le football institutionnel fait son apparition en Algérie coloniale vers la fin du XIXe et début du XXe siècle[10], il fait partie des privilèges dont jouissent les Européens. Une « méfiance de la grande majorité des musulmans vis-à-vis de tout ce qui est initié par le pouvoir colonial et perçu comme une politique de déculturation »[11] tient les indigènes à distance de cette pratique. Mais la plasticité et le minimum de moyens matériels et techniques que demande le football et la popularité qu’il acquiert auprès de la jeunesse fait qu’il se popularise très rapidement et qu’il est très vite utilisé comme « structure d’encadrement et de formation nationalistes »[12]. C’est ainsi que sont créées dans les années 1930des associations sportives musulmanes, telles le Mouloudia Olympique Constantinois[13] 1939, l’Étoile Club Musulman constantinois 1916[14], l’Union Sportive Musulmane de Sétif (USMS) en 1933.

Ces associations utilisent des dénominations (Mouloudia, Etoile, Union,…) et des couleurs (le rouge, le vert et le blanc) qui renvoient à des symboliques religieuses (musulmanes)
et nationalistes[15]. Ce sont là des repères identitaires qui contribuent à consolider l’esprit communautaire.

Par mesure de précaution et dans une logique de briser les aspirations nationalistes que la pratique de ce sport pouvait encourager, les autorités coloniales ont appliqué certaines restrictions (à travers les lois de 1928 et de 1936)[16]. Ces dernières obligent toute équipe indigène à intégrer dans ses rangs de trois à cinq joueurs européens. De cette manière, il était possible d’éviter des confrontations interethniques[17]dans les stades de football.

Si dans l’Est algérien, ces restrictions ont touché certains clubs comme le Club Sportif Constantinois (CSC), l’Espérance Sportive de Guelma (ESG) et bien d’autres, l’ASK, en tant que club européen y a échappé.

Alors que durant l’entre-deux-guerres, la présence algérienne au sein de l’ASK est limitée, elle sera de plus en plus importante à partir de 1945. Au cœur de la Seconde guerre mondiale, la jeunesse manifeste un engouement pour les manifestations sportives.

Les déplacements offrent des opportunités de rencontre avec les jeunes des autres villes et villages[18]. Il n’y a pas que la compétition physique et le souci de remporter le match qui motivent les jeunes joueurs et les supporters. Les contacts ouvrent des perspectives nouvelles aux uns et aux autres, accélèrent la circulation des informations et élargissent l’horizon national.

C’est le cas de Rehaili Bourahla qui découvre pour la première fois, au siège des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML)[19], lors d’un match amical contre l’Union Sportive Musulmane de Khenchela[20], à Khenchela, le drapeau algérien et les chants patriotiques. Il en fut marqué profondément et manifesta dès lors un intérêt plus soutenu pour les idées nationalistes. Ces occasions ont contribué ainsi, à tisser des liens sociaux et à conforter la construction des identités politiques des jeunes footballeurs. En ce sens, la pratique du football a participé à la socialisation d’une partie de la jeunesse, devenue plus soucieuse de sa situation, dans le sillage de l’éclosion nationaliste créée par les AML en mars 1944.

Des joueurs de l’ASK participent à l’organisation de la Révolution et montent au maquis

Le club de football est désormais un lieu favorable à l’éducation politique de la jeunesse[21]. De nombreux joueurs s’intéressent à la politique. Sympathisants ou adhérents, joueurs et supporters de l’ASK répercutent les slogans nationalistes dans les tribunes des stades. Pour certains joueurs, l’affiliation au parti PPA-MTLD va prendre le dessus sur les compétitions.

C’est le cas de Mohamed Larbi Benabdelkader (1926- 2009) dit Larbi Djaroua[22], figure emblématique de l’ASK et militant de la cause nationale.

En effet, Il s’est rapproché du PPA, sans doute au cours de la Seconde guerre mondiale. Rapidement, Il devient l’un des éléments les plus dynamiques à partir de la refondation du parti devenu MTLD en 1946.

Il participe activement lors des campagnes électorales[23] pour le compte du PPA-MTLD. Il fréquente assidument le cercle du parti, situé rue de la gare où il rencontre ses camarades, Il a fait partie du groupe des 26 pionniers[24] qui ont organisé les attaques du 1er Novembre 1954 au Khroub et qui ont visé le commissariat de police et la caserne de l’armée coloniale[25]. Recherché par la police française, il prend le maquis, à Tarfana aux alentours du Khroub, avant de gravir les échelons dans les rangs du FLN/ ALN. Il fut responsable de la région[26] 3, dans la zone[27] 2 de la wilaya 2 (Nord Constantinois).

D’après un entretien avec son cousin Benabdelkader Bachir, ce serait dans leur domicile (que l’on appelait dar el Tolba[28]) que se tenaient les réunions de préparation à la Révolution. Une vingtaine de personnes se réunissaient dans une des pièces de la maison qui possédait trois portes d’entrée, ce qui permettait d’entrer et de sortir en toute discrétion.

Du fait de sa participation à la Révolution, des représailles sont menées à l’encontre des membres de sa famille (hommes et femmes). Une seule personne va y échapper, son cousin Bachir car il était connu comme joueur de football[29].

« Après les attaques du 1er Novembre, les soldats recherchaient les Benabdelkader à cause de Larbi… ils ont embarqué tous les membres de la famille qui se trouvaient dans la maison,… moi, je jouais au football, ils me connaissaient. L’agent de police leur a dit : non, Bachir, non, il faut pas le toucher » (Benabdelkader Bachir).

Benabdelkader Bachir ne rejoignit pas le maquis mais il aida son cousin par l’intermédiaire d’un agent de contact en lui envoyant des médicaments. Malgré les mesures de surveillance, il collectait les médicaments destinés à Benabdelkader Larbi avec l’aide du médecin du village (le dénommé Lahsinate). Bachir aura l’occasion de revoir son cousin et beau-frère à plusieurs reprises, au maquis, en compagnie de sa femme[30] (sœur de Larbi).

Depuis le déclenchement de la Révolution et de la lutte armée, l’ASK continua de mener ses activités d’encadrement de la jeunesse. L’année 1954-55, malgré le contexte de guerre, les jeunes partagent leur temps de loisir entre la fréquentation des cafés où ils jouent au baby-foot ; ils se déplacent à Constantine quand ils en ont les moyens pour aller à la piscine ou au cinéma.

« On jouait aussi au football sur la place de l’église en prenant les bancs publics pour buts » (Saâdoune Boudjendlia)

Leurs conversations portent le plus souvent sur les évènements liés à la guerre. Lors de l’insurrection du 20 août 1955, le Khroub est touché par la répression. La mémoire des gens du Khroub évoque les fosses où furent enterrées les personnes massacrées[31]. Pour les jeunes joueurs, ce fut un moment décisif. Certains choisirent de prendre le chemin de l’émigration pour continuer la pratique de leur passion.

Des joueurs de l’ASK en France

« Après la maturation du Mouvement national et la prise de conscience du rôle de la violence armée révolutionnaire pour mettre bas l’édifice de l’oppression coloniale et recouvrer la souveraineté nationale, le FLN donne l’ordre de mettre en sommeil les "clubs musulmans de football" en 1956 »[32].

Benabdelkader Bachir continua à jouer avec l’ASK jusque vers 1957. Ensuite, l’attitude des gens commença à devenir de plus en plus hostile envers les footballeurs qui jouaient avec les Français.

« On a tout de même joué jusqu’en 1957 avec la venue de Renault-Sport au Khroub. Pour jouer avec l’équipe de Renault –Sport, on avait reçu moi et mes amis une somme d’argent. Et avec mon camarade dont je ne me souviens plus du nom, nous décidâmes de ne plus jouer. Nous passions nos journées à Ras el Kantara[33] à Constantine. Mais la cause principale pour laquelle nous décidâmes de ne plus jouer était surtout politique, parce qu’on entendait les dires des habitants du Khroub : " qu’un tel jouait avec les Français " » (Benabdelkader Bachir).

Benabdelkader Bachir essaya avec un ami de rejoindre le CSC[34] mais sans résultats. C’est alors qu’avec l’aide de son ancien entraineur Lachter Mostapha (qui avait des relations avec des clubs français où il avait été professionnel), il émigre vers la France pour rejoindre l’équipe du Football Club de Grenoble[35]en 1958.Il découvre avec stupeur, la misère des Algériens lors de son passage à Marseille pour rejoindre son club à Grenoble. Son frère Benabdelkader Mohamed Chérif a lui aussi quitté le Khroub, avant de devenir professionnel en Algérie dans le club de l’Equipe Vedette du Kouif[36] (l’EVK) qui avait des moyens financiers importants[37]. Mais son départ était surtout dû au fait qu’il était constamment importuné par les services de l’armée coloniale à cause de son cousin Benabdelkader Mohamed Larbi. Les clubs professionnels français enrôlèrent beaucoup de joueurs nord- africains ce qui leur a permis de poursuivre leur carrière de footballeur. Ceux qui restèrent au Khroub, durent abandonner leur pratique sportive. Cependant, ils ne ménagèrent pas leurs efforts pour venir en aide à la Révolution.

Les joueurs de l’ASK ont aussi participé à la Révolution

Certains autres joueurs ne sont pas montés au maquis et sont restés au Khroub. Parmi eux, Belatrache Saâdoune (né le 10 décembre 1928) qui s’était blessé à la jambe au cours d’un match dans la période précédant les évènements du 1er Novembre 1954. Après son passage à l’école jusqu’à l’âge de 14 ans, il se mit en quête d’un travail. A cette époque le travail n’était pas disponible, on portait les bagages des voyageurs à la gare ou les courses des femmes des colons au marché, ou bien, on cirait les chaussures au village… tandis que l’agriculture n’offrait que peu d’emploi.

D’après ses propos, il était très pauvre et n’avait même pas de vêtements, juste une chemise (blousa) à se mettre sur la peau. Il commença par vendre des œufs aux Américains, en 1944, avant d’être embauché pour « décharger les wagons de marchandises pour "seven days two ten"[38] comme ils disent ».

Il était joueur à l’ASK depuis 1947. En 1948, le cadi Belhadi Lamine s’était présenté comme candidat aux élections des membres de l’Assemblée algérienne au Khroub, sur la liste du MTLD. Au lieu de jouer un match, Belatrache Saâdoune et ses compagnons allèrent faire la campagne électorale du MTLD, en distribuant des tracts et en assistant aux meetings.

En 1953, après les protestations des joueurs qui n’avaient pas de travail, l’ASK les embaucha à la minoterie qui venait d’ouvrir. Devenus salariés, lui et son ami Boudersa Mohamed purent verser leur cotisation au FLN. Au niveau de la minoterie, deux personnes étaient responsables des cotisations : Salah Saâdallah et Miloud Yakhlef. Leurs activités ont été découvertes en 1956.

« On faisait partie d’un petit groupe constitué de quatre ou cinq personnes et on ne pouvait pas faire confiance à d’autre personnes même si nous étions sûrs qu’ils adhéraient à notre cause. Nos objectifs étaient de rassembler des vêtements et tous les produits nécessaires aux maquisards…on leur procurait les choses dont ils avaient besoin » (Belatrache Saâdoune).

Au niveau du Khroub, Miloud Benayache, Mohamed Boulsina et Salah Saâda (chauffeur de taxi, agent de liaison et père de Bachir Saâda qui évoluera dans le foyer sportif du Khroub de 1958 à 1962) étaient aussi chargés de collecter les cotisations auprès des propriétaires et des commerçants. Lorsque leurs activités ont été découvertes en 1957[39], ils ont été arrêtés, torturés avant d’être liquidés[40]. Les gens qui avaient été identifiés comme cotisants ont eux aussi été arrêtés.

La lutte engagée pour l’indépendance de l’Algérie fut également une lutte pour soustraire les joueurs algériens à l’ASK. Pour contrer l’appel du FLN qui avait entraîné le retrait des joueurs algériens de l’ASK, les autorités françaises tentèrent de les rappeler. Pour encourager leur participation, des subventions substantielles sont allouées par le conseil municipal[41].

Le sport devenait un enjeu essentiel de la guerre que se disputaient le FLN et l’armée française. Voici ce que Mohamed Boudersa dit à ce propos : « "C’est l’armée (coloniale) qui commandait, ils nous ont appelé moi et Saâdoune (Belatrache) pour que l’on se remette à jouer, c’était une équipe constituée d’Européens et d’autochtones, de militaires et de civils, il y avait d’anciens joueurs de l’ASK,… Puis on a reçu un ordre du maquis pour nous dire : « ne jouez plus avec eux, car nous sommes en guerre avec eux,… Ils se servent de vous pour faire de la propagande"… ».

Au niveau national, dès la saison 1956/57, la plupart des footballeurs algériens cessèrent leur participation aux compétitions[42], à la suite de l’appel du FLN. Au Khroub, l’ASK dût faire fusion avec Renault durant la saison 1957/1958. Elle prit le nom de Renault Sport et adopta les couleurs tricolores. Pour combler le manque d’effectifs, on fit appel aux appelés de la caserne militaire de Oued Hamimine qui gardait le terrain d’aviation (situé à quelques kilomètres du village du Khroub). Cette reprise en main de la jeunesse algérienne, encouragée en sous mains par les autorités française fut doublée d’une politique d’encadrement, plus directe, sous l’égide des Sections Administratives Spécialisées (SAS)[43].

Les jeunes entre surveillance et encadrement

Belloucif Messaoud[44], -ancien joueur international- a appris à jouer au football alors qu’il était encore élève de l’école primaire. Il le fut jusqu’à l’obtention du certificat d’études primaires (en 1957). Les mauvais traitements qu’il subissait lui ont fait abandonner l’école comme bon nombre de ses camarades. D’après ses propos, il était insulté et traité « de sale race, de sale bicot». Et après une altercation avec son instituteur, qu’il frappa avec son cartable, il quitta les rangs de l’école.

A ce moment-là, Belloucif Messaoud jouait déjà au football dans les rues du village avec des ballons qui se vendaient à l’époque à 2 francs 50. Chaque quartier du village du Khroub avait une équipe et les jeunes organisaient des matchs entre eux[45]. Les parties se déroulaient dans le stade ou sur le terrain situé à l’emplacement actuel de la pépinière du Khroub.

Remarqué à travers les belles prestations qu’il présentait dans sa pratique du football, les responsables[46] de l’équipe de Renault-sport, lui firent appel malgré son jeune âge (15 ans) pour un essai. Lorsque Belloucif arrive au stade, on lui demande de mettre la tenue de l’équipe qui était composée d’un maillot bleu, d’un short blanc et de bas rouges: il refuse de s’exécuter[47] et il propose de porter des bas blancs qu’il avait ramenés. Ce n’est qu’après l’intervention des grands joueurs de l’équipe, qui le connaissaient, que ses conditions furent acceptées. Mais après cet essai, il choisit de se retirer finalement de cette équipe, malgré l’amour qu’il porte à son village et à la pratique du football.

Cependant, cette conduite individuelle n’est pas observée par tous les jeunes du Khroub. Dès 1956 des groupes « Sport et Loisirs » sont créés à Constantine. Ils font partie d’un vaste programme destiné à encadrer et surveiller la jeunesse algérienne.

La note de service n° 3045 du 11 juillet 1957 sur le fonctionnement des Sections Administratives Urbaines (SAU) inscrit parmi leurs différentes missions, la mise en place de foyers sportifs. Les Services de formation de la jeunesse Algérienne sont créés à travers l'Arrêté du 1er décembre 1958[48] avec comme objectifs : « d’améliorer par une action de masse la situation matérielle et morale de la jeunesse non scolarisée ». Cette politique d’encadrement de la jeunesse était en fait un outil de propagande.

Au Khroub, ce programme se concrétise par la création d’un foyer sportif, par l’entremise de la SAS.

Quatre de nos témoins (dont l’âge variait de 14 à 17 ans) ont fréquenté ce foyer sportif du Khroub : Boudjendlia Saâdoune (né le 22 mars 1941), Saâda Bachir (né le 04 janvier 1943), Belloucif Messaoud (né le 26 février 1943) et Khattabi El Hani (né le 15 mars 1944).

La fréquentation du foyer sportif n’a pas réussi à endiguer les aspirations nationalistes de ces jeunes qui n’ignoraient rien des faits liés à la Guerre de libération, par leur famille, leurs voisins. Chez beaucoup de jeunes, les maquis de l’ALN exerçaient un réel attrait. Ainsi le jeune Messaoud Belloucifa voulu en faire l’expérience :

« Je suis monté au maquis, c’était en 1959/1960, j’ai passé une nuit et à cause de mon jeune âge(il avait 16 ou 17 ans) ils m’ont renvoyé le lendemain et m’ont dit : si on a besoin de toi on t’appelle » (Belloucif Messaoud).

Par contre, Boudjendlia Saâdoune a rejoint le maquis parce que l’organisation du FLN avait besoin de ses services. Ce dernier travaillait dans l’institution militaire de matériel de transmission, l’Etablissement Régional du Matériel (ERM) du Khroub et le FLN l’avait contacté pour qu’il y vole une arme. L’opération eut lieu un 14 juillet 1960 à l’occasion de la fête nationale française. Il attendit que tout le monde soit saoul, prit la carabine et monta au maquis avec deux de ses camarades.

« (Djaâlab Abdelaziz) avait un contact avec les gens du maquis, ils lui ont demandé de me dire de leur procurer une carabine…je lui ai dit d’accord, il était resté de l’autre côté du grillage pour que je lui donne la carabine et c’est comme ça qu’on est monté au maquis ». (Boudjendlia Saâdoune)

Arrivé au maquis, il fut envoyé dans la région de Jijel pour suivre un stage accéléré d’infirmier qui était assuré par Boucherit Abdelkader avant de rejoindre le maquis dans la région du Khroub.

En 1958, c’est un sergent du secteur militaire dénommé Fugue (avec l’aide de deux autres moniteurs) qui gérait l’équipe de football du Foyer sportif du Khroub. Originaire de Mulhouse, il était responsable et entraîneur. Parmi les soldats qui ont aussi été recrutés dans cette équipe, la mémoire a retenu les noms de Lemerre Roger, Piscado et Schmidt[49].

Les foyers sportifs étaient des structures d’encadrement, entraînaient les jeunes qui participaient à des compétitions contre des Foyers sportifs d’autres villes. Les déplacements se faisaient à l’époque par camions militaires « pour dire que la France s’occupe des jeunes algériens…c’est politique» (Khattabi El Hani).

Belloucif Messaoud intègre le foyer sportif du Khroub durant la saison sportive 1958/59. Pour lui, entrer dans ce foyer sportif relevait d’un choix personnel[50].

Au Khroub, Khattabi El Hani entre au foyer sportif à l’âge de 16 ans, en 1960 et y reste jusqu’en 1962. Il raconte que la politique d’intégration consistait en des œuvres sociales et qu’on leur offrait des cadeaux lors des fêtes.

« …Ils avaient créé des foyers sportifs pour occuper la jeunesse. C’était le plan de De Gaulle pour l’intégration des Algériens… En tant que Français à part entière…leur donnant le droit au vote par exemple » (Khattabi El Hani).

« …On savait que ces foyers sportifs, c’était pour nous occuper et pour que l’on ne s’occupe pas d’autre chose... (Saâda Bachir).

« Il faut noter que l’un des objectifs politiques de cette époque était l’assimilation d’une certaine catégorie de la population autochtone »[51].

Conclusion

Nous avons pu constater à travers les trajectoires et le vécu de quelques jeunes footballeurs de l’A.S.K. de la période allant de 1945 à 1962 qu’ils faisaient aussi partie des réseaux de la résistance du Khroub. Ils ont tout d’abord fait partie du noyau dur qui participa à l’organisation du déclenchement du 1er Novembre 1954 et s’inscrirent parmi les premiers maquisards. Ensuite, la conscience patriotique faisait en sorte qu’ils ont participé à la résistance, car chacun d’entre eux, avait au moins un membre de sa famille qui était activement impliqué dans cette lutte armée.

Les autorités coloniales ne pouvaient pas, pour leur part faire l’impasse sur la jeunesse dont la conscience se forgeait sous l’influence de l’actualité des évènements. Elle pouvait constituer en effet, un potentiel apte à intégrer aussi bien les mouvements armés au maquis que les réseaux de résistance qui se développaient parmi la population civile. D’où la mise sous surveillance de ce potentiel juvénile.

Et tandis qu’au Khroub le football est instrumentalisé à travers son foyer sportif comme lieu d’intégration de la jeunesse, au niveau national se constitue l’équipe de football du FLN avec la prise de conscience que le football pouvait aussi servir d’arme contre le colonisateur. Il fut mobilisé pour défendre la cause nationale dans le monde «Alors qu’il était pour l’administration coloniale un moyen d’intégration ‘de la population indigène’ dans les valeurs plurielles (ethniques et religieuses) et républicaines de la France, pour le mouvement nationaliste algérien, le sport était un moyen de résistance politique contre l’hégémonie coloniale»[52].

Annexes

Liste du groupe de militants du 1er Novembre 1954 du Khroub :

« Le groupe de militants du Khroub du 1er Novembre est constitué d’un groupe dirigé par Hadjadj Bachir, il incorpore les hommes suivants :

  • Bouzitouna Boumendjel,
  • Si Larbi El Khroubi Ben Abdelkader,
  • Dehili Amar,
  • Benhabssa Omar,
  • Menaifi Boudjemaa,
  • Remili Khodja,
  • Belmessaoud Bachir dit El Hachemi,
  • Smati Mohamed,
  • Tebbib Bachir,
  • Bouchama Hocine,
  • Almi Abderahmane dit Rahmani,
  • Achouri Tayeb,
  • Bourras Ahmed,
  • Malki Saâd,
  • Khene Laid,
  • Aissani Amar,
  • Bouzitouna Tayeb,
  • Khenchouch Ali dit Abdelkrim,
  • Madjdoub Said,
  • Boutaba Amar,
  • Hadjadj Mekki dit Rabah,
  • Gadouh Lakhdar et
  • Bouzitouna Abdelkader, déclenchent leur attaque ».

Source : Page 62 du livre d’Ahmed Boudjeriou, Guerre d’Algérie Mintaka 25 Constantine, 2ème édition Constantine, 2009, 395 pages.


Notes

[1] Balandier, G. (1951), « la situation coloniale ; approche théorique », Les Cahiers internationaux de sociologie, vol. 11, Paris, PUF, p. 44-79.

[2] Les enquêtes ont été réalisées en 2010-2011. Concernant l’enquête orale voir :

- Joutard, Ph. (1983), Ces voix qui nous viennent du passé, Paris, éd. Hachette.

- Duclert, V. (2002), « Archives orales et recherche contemporaine. Une histoire en cours », in Sociétés & Représentations, (n° 13), 1, p. 69-86.

- Todorov, T. (1995), « La mémoire devant l’histoire », in Terrain, n° 25, p. 101-112.

[3] http://www.askhroub.org/index.

[4] Les archives de l’ASK ont disparu du local de leur cercle situé dans l’actuelle rue Rachid Benyahia au Khroub.

[5] Né le 10 décembre 1928 au Khroub.

[6] Né le 22 mars 1941 au Khroub, joueur au Foyer sportif du Khroub de 1958 à 1960.

[7] Chominot, M. (2007), L’image photographique, une source pour écrire l’histoire de la Guerre d’Algérie / Guerre de libération ?, Remaoun, H. et Bensalah, M. (coor.), Image, Mémoire, histoire, les représentations iconographiques en Algérie et au Maghreb, Oran, éd. CRASC, p. 83.

[8] Entretien du 31 mars 2011.

[9] Bulletin Officiel page 103 : Service de la colonisation, Répertoire méthodique, archives nationales, Centre des archives d’Outre-Mer, Aix en Provence, 2002, p. 143.

[10] Rey, D. (2006), « Le temps des circulaires ou les contradictions du football colonial en Algérie (1928-1945) » (article en arabe traduit par Mohamed Daoud), Insaniyat, p. 29.

[11] Boulebier, Dj. (2007), « Constantine, fait colonial et pionniers musulmans du sport », Insaniyat, p. 23. 

[12] Fates, Y. (2003), Le club sportif, structure d’encadrement et de formation nationaliste de la jeunesse musulmane pendant la période coloniale, Bancel, N. (sous dir.), De l’Indochine à l’Algérie : la jeunesse en mouvement des deux côtés du miroir colonial, 1940-1962, Paris, La Découverte, 248 p., p. 150-162.

[13] Amouchi, S.B (1991), Mémoire d’un éducateur de la jeunesse, Constantine, Publication de la direction des Archives de la Wilaya de Constantine, p. 91.

[14] Club de football qui a existé de 1916 à 1918 (ancêtre du Club Sportif Constantinois).

[15] Fatès, Y. (1997), « Les marqueurs du nationalisme, les clubs sportifs musulmans dans l’Algérie coloniale », Quasimodo (« nationalismes sportifs »), Montpellier, n° 3-4, printemps, p. 127.

[16] Rey, D., op.cit., p. 32.

[17] Fatès, Y. (2002), « La jeunesse sportive de Kabylie entre sport et politique », Revue AWAL, Paris, n° 25, p. 51.

[18] Alors que les restrictions de déplacements étaient fréquentes, le village du Khroub abritait le marché hebdomadaire à bestiaux qui se tenait tous les vendredis. C’était l’occasion d’échanger, de rencontrer les habitants des villages voisins et de s’enquérir de la situation d’autres régions du pays. Le marché a joué un rôle important dans la circulation et l’échange d’informations (inter-région) surtout avec le déclenchement de la Révolution. De ce fait des rafles avaient lieu régulièrement les vendredis, suivies d’arrestations pour contrôle d’identité et de laissez-passer.

[19] Voir : Kaddache, M.et Sari, Dj. (1989), L’Algérie dans l’histoire : La résistance politique (1900-1954), Alger, OPU.

[20] Club musulman créé en 1937. Voir Zani, A. (2003), Les associations sportives d’Algérie 1867-1952, Alger, éd. ANEP, p. 154 ; et Siari-Tengour, O. (2010), « Autres lectures, mai 1945 dans l’Aurès », Histoire de l’Algérie contemporaine, nouveaux objets, Oran,
éd. CRASC, p. 17-34.

[21] Carlier, O. (1995), Entre nation et djihad. Histoire sociale des radicalismes algériens, Paris, Presses de sciences po.

[22] Le surnom de Djeroua lui a été donné parce qu’il présentait des qualités de jeu en football similaire à celle d’un ancien grand joueur de l’ASK au Khroub qui s’appelait Bentarcha Rabah (dit Djeroua).

[23] En particulier, au cours des élections municipales d’octobre 1947 et des élections pour l’Assemblée Algérienne, au mois d’avril 1948. Lors des élections municipales de 1947, la liste du MTLD triomphe et siège au conseil municipal au titre du second collège. Entretien avec Tayeb Achouri.

[24] Cf. Siari-Tengour, O. (2009), « Le réseau de la résistance au Khroub, Novembre 1954 », communication, Antenne CRASC, Constantine, Novembre 2011et liste en annexe dans l’ouvrage de Boudjriou Ahmed, Guerre d’Algérie Mintaka 25 Constantine, 2ème édition Constantine, p. 62.

[25] Comme il rejoindra également les rangs de l’organisation secrète (OS), voir : S. A., Mohamed-Larbi Benabdelkader, ou le parcours d’un meneur d’hommes, El Watan du 06 janvier 2015.

[26] Nahia.

[27] Mintaka.

[28] Dar el Tolba en référence au fait que les Benabdelkader ont étudié et appris le Coran.

[29] La notoriété acquise à travers l’appartenance au club de football pouvait générer des liens de reconnaissance et des rapports de sympathie avec la population et les représentants des autorités locales.

[30] Larbi et Bachir sont cousins et Bachir était marié à sa cousine, sœur de Larbi.

[31] Cf. Mauss Copeaux, C. (2011), Algérie, 20 août 1955. Insurrection, répression, massacres, Paris, Payot, 272 p.

[32] Fatès, Y. (1994), Sport et Tiers-monde, Paris, Presse universitaire de France, p. 32.

[33] Il s’agit ici du pont de Sidi Rachad.

[34] Club Sportif Constantinois, club musulman créé en 1926.

[35] Club de football français fondé en 1892 et évoluant en Ligue 2 de 1957 à 1960.

[36] Equipe de football créée en 1912. Voir : Zani, A., op.cit., p. 155.

[37] Les moyens dont bénéficiait l’équipe de l’EV Kouif (village situé à Tébessa à l’Est de l’Algérie aux frontières de la Tunisie) provenaient des gisements de phosphates qui ont commencé à être exploités dès 1894 par la Compagnie des Phosphates de Constantine.

[38] Ils étaient payés à la semaine 2 francs 10 centimes.

[39] Leurs noms furent donnés par des militants membres d’une cellule du Khroub qui auraient été arrêtés et torturés lors d’interrogatoires par les services du deuxième bureau.

[40] Le réseau de l’organisation civile du FLN du Khroub comprenait, outre Salah Saâda et Miloud Benayache, Mebrouk Guerziz, Messaoud Boulsina, Abdelkader Kourri, Abdallah Belhamadi et Allaoua Belmadani qui furent arrêtés par l’armée coloniale le 30 juin 1957 et furent tués le 24 juillet 1957 faisant croire à une tentative d’évasion de la prison.

[41] Un grand intérêt pour ce sport paraissait à travers les subventions allouées à cette association dont 160 000francs en avril 1951 d’après le registre de délibération des archives du Khroub. Comme elle a aussi bénéficié de subventions en 1954, 1955, 1956 et 1958.

[42] L’exemple le plus spectaculaire est celui enregistré au mois d’avril 1958 où de grands joueurs - dont Rachid Makhloufi - quittèrent leurs clubs. Cf. Lanfranchi, P. (1994),
« Mekhloufi, un footballeur français dans la Guerre d’Algérie », Actes de la recherche en Sciences Sociales, n° 103, Paris, p. 70-74 et Fatès, Y. (2002), « La jeunesse sportive de Kabylie entre sport et politique », Revue AWAL, Paris, n° 25, p. 51.

[43] Sur les SAS, voir : Mathias, G. (1998), Les Sections Administratives Spécialisées en Algérie, Entre Idéal et Réalité (1955-1962), Paris, l’Harmattan, 260 p. et Biesse, R. (2008), Constantine dans la Guerre d’Algérie : 1954-1962, Paris, R. Besse, 155 p.

[44] Né le 26 février 1943 et ancien international de 1964 à 1968.

[45] D’après Saâdoune Boudjendlia qui habitait la rue du cimetière (appelée surtout à l’époque la rue Jeanne d’Arc), « nous avions des équipes de quartier qui s’affrontaient. On appelait aussi la rue du nom de son chef d’équipe « la rue Zouad » et il y avait un autre quartier, la rue de la gare, la rue Denboule, la rue bouboula et plus bas, un autre quartier qu’ils appelaient la rue Kouri. Il y avait donc 3 quartiers ».

[46] De 1954 jusqu’en 1958, c’était le duo d’européens Antonna Dominique et Biano qui gérait l’équipe de football du Khroub.

[47] Ce qui montre la forte charge symbolique que véhicule le football. Car en plus du nom du club, les couleurs de la tenue sportive des équipes représentent aussi un support privilégié pour marquer la distinction entre équipes sportives indigènes et équipes françaises. Voir : Fatès, Y. (1997), « Les marqueurs du nationalisme, les clubs sportifs musulmans dans l’Algérie coloniale », Quasimodo, n° 3-4 (« nationalismes sportifs »), printemps, Montpellier, p. 126.

[48] Faivre, M. (1995), Les combattants musulmans de la Guerre d'Algérie: des soldats sacrifiés, Paris, l’Harmattan, 268 p.

[49] Remarque : un certain nombre de noms dans le texte ne sont pas accompagnés de prénoms, cela est dû au fait qu’ils nous ont été communiqués tels quels au cours de nos entretiens et n’ont pas pu être complétés même suite à des recherches plus approfondies, auprès d’autres enquêtés.

[50] « Les militaires étaient des appelés et n’avaient aucune rancune envers le FLN ou les fellagas » extrait d’entretien réalisé avec Khattabi El Hani.

[51] Sergent, E. (1946), traité élémentaire d’exploration clinique médicale (technique et sémiologie), Paris, 2ème éd., Masson, 1102 p.

[52] Kessous, N. (2009), Algérie, Vers le cinquantenaire de l'indépendance, Paris, l’Harmattan, p. 245 (280 p.).