Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Ouvrage du CRASC, 2017, p. 77-92, ISBN : 978-9931-598-10-7 | Texte intégral


 

Fouad SOUFI

 

Dans la problématique de la connaissance et de l’écriture de l’histoire de la Guerre de Libération Nationale (G.N.L.), un chantier doit être pris en charge, celui de l’histoire des wilayas. Une grande voie nous est ouverte avec la publication des mémoires des moudjahidine[1].

Dans un discours prononcé devant des lycéens à Alger le 19 juin 1966, Houari Boumediène appelait « la Génération de Novembre, la plus glorieuse, celle qui a fait ce qu’aucune avant elle n’avait réalisé »[2], à transmettre le flambeau aux générations nouvelles ; ce faisant, il posait un problème de fond. Il ne s’agissait pas de transmettre le flambeau de la politique, c’est-à-dire le pouvoir. Il ne s’agissait pas de demander à la Génération de Novembre de céder sa place. Nous sommes en 1966, il n’a pris le pouvoir que depuis une année et n’a que 34 ans ! Ne peut-on pas faire une autre lecture ? Ne s’agit-il pas d’inciter les moudjahidine, les acteurs, à transmettre, aux générations nouvelles, leurs souvenirs, quels que furent leur rôle et leur place durant la Guerre de libération nationale ? Ce seraient tous ces souvenirs individuels qui nous aideraient à fabriquer notre mémoire collective nationale. Ce sont tous ces souvenirs qui vont aider à constituer notre patrimoine archivistique national de la G.L.N. et à construire notre mémoire historique nationale, notre histoire de la G.L.N.

La question des archives est centrale

Les historiens algériens du mouvement national durant la première moitié du XXe siècle (mais également leurs collègues français) ont exploité les archives du Gouvernement général de l’Algérie, celles des trois départements ainsi que celles de la police coloniale. Ils ont pu et su les confronter à la presse coloniale
et nationale, aux archives des partis nationaux d’abord puis aux souvenirs des militants. En quoi et pourquoi la question des archives devient-elle particulièrement centrale lorsque l’on prétend construire l’histoire de la G.N.L. et surtout l’histoire intérieure des wilayas ?

C’est une exigence élémentaire du métier d’historien que de fonder sa recherche sur les fonds d’archives. Pour le sujet qui nous préoccupe, nous nous trouvons en présence de deux fonds d’archives en principe fondamentalement opposés, parce que le F.L.N. / A.L.N. et l’armée française, qui les ont produits, se sont frontalement opposés. La presse coloniale s’est, petit à petit, transformée en caisse de résonnance des services de police et des services de renseignements de l’armée française, autant par solidarité politique et idéologique que par nécessité[3]. Enfin, les témoignages des officiers français remplissent les rayons des bibliothèques et les articles et livres de nos historiens. Mais c’est vers les fonds d’archives du Service Historique de la Défense à Vincennes surtout et ceux des Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM), que nos historiens se tournent chaque fois qu’ils en ont la possibilité matérielle. La question qui se pose alors est aussi simple que complexe : quel savoir historique nos historiens peuvent-ils constituer sur la base des seules archives militaires françaises et des livres écrits par des officiers français? La force de ces écrits est telle qu’ils ont fini par devenir des références pratiquement incontournables. Mais que faire lorsque seuls ces fonds d’archives sont accessibles (avec ou sans dérogation) ?

En attendant l’ouverture, qu’il faut espérer prochaine, des fonds d’archives de l’ALN, les historiens algériens frustrés s’estiment doublement sanctionnés. Ils sont privés de ces archives et ne peuvent pas accéder régulièrement aux archives militaires françaises pour des contraintes bassement matérielles, certes, mais réelles. Dans tous les cas, et pour répondre aux attentes, aux interrogations, aux angoisses de notre société, il leur faut se libérer de ce tragique face-à-face avec les archives militaires françaises. Il est vrai par ailleurs que, dans les cartons des archives du Service Historique de la Défense (S.H.D.), se trouvent aussi des documents récupérés sur les corps des soldats de l’A.L.N.[4]. Ces documents d’archives, rapports, comptes rendus, lettres personnelles, photographies, journaux personnels, exemplaires de journaux dont ceux de la Wilaya 4
(Les échos du Titteri et La Guerilla puis La Révolution) et des autres wilayas, etc., montrent des militants qui se battent et qui écrivent. Ils donnent un aperçu de la richesse potentielle des fonds encore inaccessibles chez nous. Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que ces documents d’archives, sont isolés de leur contexte de production
et c’est le contexte de leur conservation qui fait sens et parfois contre-sens.

Lorsque l’on travaille sur les archives militaires françaises, c’est l’histoire de la Guerre d’Algérie, celle menée en Algérie par l’armée française, que l’on fait ; faire l’histoire de la Guerre de libération nationale[5], c’est retrouver celle vécue par ces civils vêtus en militaires et celle enregistrée dans les archives de l’A.L.N. qu’elles soient en France ou en Algérie.

Comment alors répondre aux interrogations et aux attentes de notre société à partir des archives de l’armée française ? C’est seulement avec un esprit critique, avec le doute méthodologique, loin des discours ronflants et dithyrambiques qui masquent à peine l’absence de la critique des sources (et leur traduction littérale en arabe), sinon même l’absence de sources, que peut se construire une histoire scientifique[6], loin des thèses de ceux qui se contentent de prendre le contre-pied des textes produits outre-méditerranée.

Avec les autres sources de toute nature, écrites, photographiques[7], filmées, sonores, audio-visuelles[8], télévisuelles, mais aussi archéologiques[9], les mémoires des Moudjahidine constituent une source inestimable pour la lecture et compréhension de l’histoire de la G.L.N. tant au niveau local qu’au niveau national. Mais, hélas, souvent, cette mémoire prétend imposer ses règles et ses convictions à l’histoire. La non-publication des travaux des rencontres organisées par l’Organisation Nationale des Moudjahidine (O.N.M.) au début des années 1980 sur l’écriture de l’histoire en est la démonstration.

La Wilaya 4 et la mémoire de ses militants

Mais la mémoire n’est pas l’histoire

Il n’est pas question, ici, de faire l’histoire de la Wilaya 4. Il s’agit de montrer comment les mémoires des moudjahidine de cette wilaya ainsi que le site de la Fondation de la Wilaya 4 Historique, bien fait malgré certaines maladresses, participent de la construction d’une histoire de la wilaya et de la fabrication de sa mémoire[10].

Trois préalables, au moins, sont plus que nécessaire à rappeler :

  • Les souvenirs qu’on appelle mémoire sont des sources pour l’histoire mais ne sont pas l’histoire.
  • Il faut confronter ces souvenirs, ces « archives provoquées »[11]
    aux archives : archives de l’ALN, archives personnelles des moudjahidine[12], archives de l’armée et de l’administration françaises. Les chercheurs pourraient tirer profit des journaux de l’époque, ne serait-ce que pour fixer les dates.
  • Il faut enfin sortir de l’histoire généraliste et donner à l’histoire locale, c’est-à-dire la ville ou le village, un lieu particulier où s’est déroulé un événement particulier, à l’histoire de l’homme ou de la femme toute sa place, aller donc vers le détail sans complexe, « faire de l’histoire au ras du sol »[13].

Faire alors l’histoire des wilayas, c’est certes mettre en évidence les spécificités de chacune. Mais il ne faut pas oublier, qu’en dépit des conflits internes et des crises, le combat est le même et que l’ennemi est le même : c’est le système colonial, son administration, son armée, sa police et ses supplétifs. Il ne faut pas oublier que ce fut une guerre dure, une guerre totale. Le renseignement militaire a fini par prendre une place importante et les théories de la guerre révolutionnaire des colonels français Charles Lacheroy, Roger Trinquier, Henry Jacquin et David Galula, étudiées en Indochine, furent implacablement appliquées[14].

Les spécificités sont déterminées et lisibles dans les conditions même de ce combat : conditions historiques, conditions sociales, conditions géographiques et économiques et bien évidemment militaires (armement, liaisons, forces françaises). Mais peut-on évoquer pour autant « un vif patriotisme régional » ?[15] Certes les conflits internes, souvent violents et sanglants, n’ont pas manqué[16], nés la plupart du temps de la puissance de l’arme psychologique et de la propagande d’une armée française à peine remise du choc de sa défaite en Indochine[17].

Ces tragiques événements, ces contradictions, ces violences internes, n’ont pas remis en cause les fondements du combat de libération. C’est qui explique comment et pourquoi ce sont les maquis de l’A.L.N. qui se sont installés à travers tout le territoire national et qui ont été reconnus comme tel par la plus large majorité de la population algérienne[18]. Il importe peu alors que l’A.L.N. n’approchait que très difficilement des grandes villes,
et encore moins Alger et Oran. Les éléments de la Wilaya 4 ont su et pu agir à Berrouaghia, Médéa, Blida, Teniet el Had, Cherchell, Ténès… Le combat de ces civils en armes qui composaient les groupes urbains du F.L.N. (les fidayine) finit par faire reconnaître et admettre par l’État français et l’opinion internationale, l’adhésion de la majorité des populations des villes aux thèses de l’A.L.N., du F.L.N. et du G.P.R.A.[19] Les wilayas ont eu chacune de son côté à gérer cette adhésion, à combattre les réticences de certaines populations locales et les trahisons ou réputées telles. La Wilaya 4 n’a pas été en reste. Elle aura tout connu.

A niveau de la prise en charge du passé, si les moudjahidine de la Wilaya 3 ont le plus écrit, ceux de la Wilaya 4 ont également beaucoup fait et la Wilaya 4 a eu en Mohamed Teguia, un premier et excellent historien. Mohamed Teguia a ouvert, en 1974, un chantier aussi immense que noble, mais, il n’a pas été suivi[20].

Le métier de l’historien, en attendant l’ouverture des archives institutionnelles, c’est l’art de comparer les témoignages écrits ou oraux. C’est par et grâce à cette recherche qu’il essaie de reconstituer la vie des chouhada et des moudjahine, c’est-à-dire faire une histoire à l’échelle humaine. Faire connaître les grands et les petits héros. Les grands sont bien sûr ce qui commandèrent la zone puis la wilaya : Rabah Bitat, Amar Ouamrane, Saddek Dehilès ou pas c’est selon, M’hamed Bougara, Salah Zaamoum, Mohamed Bounaama et Hassan Khatib.

Mais il ne faut pas oublier ceux qui furent présents dès le déclenchement, entre autres : Souidani Boudjemaâ, Ahmed Bouchaib, Tayeb Djoughlali, Abderahmane Laâla, Ali Khodja, Lakhdar / Rabah Mokrani. Mohamed Alili (Si Baghdadi), qui avait été secondé par Djillali Bounaâma (Si Mohamed), le capitaine Lounici et Taleb Slimane (Si Zoubir). Un peu plus tard, le commandant Azzedine[21], le commandant Lakhdar Bouregâa, et d’autres, bien d’autres[22].

Mais se pose alors la question de la biographie officielle. Qui peut écrire sur qui ? Tout le monde, mais que peuvent en penser la famille et les compagnons de lutte ?

Il nous faut aussi prendre en charge le souvenir de tous ces jeunes qui avaient gagné le maquis et puisque nous sommes à Aïn Defla, parmi eux, feus Larbi et Mustapha Zerkaoui, Zendari (Ahmed Embarek) Moha el Meliani (Mohamed Benmokhtar) et à Tenès, Si Djelloul, Mustapha Krimi (tous deux décédés), Ahmed Fergag (encore en vie) et Pierre Ghenassia dit el Hadj[23], les étudiants en médecine Damerdji, Dahlouk, Youcef Khatib (futur colonel Hassan). Il faut aussi travailler sur les femmes, connues comme Baya el Kahla, Meriem Belmihoub, Mimi Ben Mohamed, Zoulikha Oudaï (La femme sans sépulture sublimée par Assia Djebbar) et celles oubliées, sur les moussebiline bref refaire, reconstituer la Wilaya 4, avec l’ensemble de ses structures.

Construction de la Wilaya 4

Le découpage en zone a d’emblée créé un statut particulier à chacune d’entre les zones devenues wilayate.

Les conditions et les raisons même du découpage en 5 zones de l’Algérie seraient intéressantes à étudier. On peut poser l’hypothèse que les six ont procédé à la création des zones en fonction de l’implantation des militants sûrs ayant appartenu à l’O.S., certes, mais en tenant compte de conditions politiques locales.

Ils étaient six et ils ont créé cinq zones. Ces zones cassent la division administrative de l’Algérie en trois départements, héritiers eux-mêmes des trois beyliks.

Le département de Constantine est divisé en deux zones : les Aurès/arrondissement de Batna (Zone 1) et le Nord Constantinois/ arrondissements de Philippeville, Bône, Constantine (Zone 2), avec comme premier et grave problème, premier et grave conflit interne, la question de Souk-Ahras, la future Base de l’Est, comme nous le rapporte Tahar Zbiri dans ses Mémoires[24].

Le département d’Alger est également divisé en deux : l’arrondissement de Bougie/Bejaïa, de ce département, constitue avec celui de Tizi-Ouzou, la Zone 3, la Kabylie.

Le reste du département (arrondissements d’Orléansville/ Chlef, Médéa, Djelfa) forme la Zone 4.

Le département d’Oran constitue la Zone 5.

Il est difficile de suivre le rédacteur du site de la Fondation de la Wilaya 4 historique quand il affirme que c’est lors de la réunion des 22 qu’il fut décidé la création des 6 zones ! Non seulement Krim Belkacem n’avait pas été convié à cette rencontre mais également la Zone 6 n’est créée que plus tard par extraction du Sud Constantinois. Tahar Zbiri révèle que par la suite certains chefs de zone de la Wilaya 1 avaient souhaité que leurs zones respectives soient érigées en wilaya pour obtenir le grade de colonel.

La Zone 4 aura eu à gérer dans un premier temps la capitale qu’elle perd en fait assez vite, Alger étant constituée en zone Autonome (Z.A.A.). C’est de la capitale et à partir de la capitale que Abane Ramdane, libéré de prison, va organiser son ascension politique après l’arrestation en mars 1955 de Rabah Bitat. Abane Ramdane va prendre non pas la tête de la Wilaya 4 - puisque le commandant en était Ouamrane - mais de l’ensemble de la Révolution. Entre temps, il serait intéressant de comprendre la nature de ses liens avec les groupes qui activaient à Alger à savoir les groupes de Mohamed Fettal, Chérif Debbih, Arezki Bouzrina
et Belkacem Bouchafa[25].

La Zone 4, avant même que devenue Wilaya 4, est dirigée jusqu’en 1960 par des officiers venus de la Wilaya 3 ou dont ils sont originaires. Nous sommes dans le même cas de figure que la Wilaya 5 par rapport à la Wilaya 2. Mais c’est là une très mauvaise lecture, une lecture malsaine et pernicieuse de l’histoire. Celle qui veut opposer entre elles les wilayate. Il y en aurait eu de plus dynamiques que d’autres. La Wilaya 4 reçoit enfin beaucoup de ces étudiants de l’université d’Alger, jeunes gens et jeunes filles originaires de toute l’Algérie, à la suite de la grève du 19 mai 1956. Certains auront publié leurs souvenirs[26].

La première particularité de la Zone 4 est sa géographie : la riche Mitidja, la plaine du Chéliff, mais aussi et surtout l’Atlas blidéen avec les monts Bouzegzeg et Zbarbar, les monts de Tablatet de Palestro (avec les fameuses gorges de Palestro[27]), l’Ouarsenis et au nord les monts du Chenoua, de Cherchell, le Zaccar et le Dahra. On y retrouve toutes les tendances politiques qui ont forgé et structuré le mouvement national avant 1954, ainsi que les forces antinationales qui ont combattu le FLN-ALN entre 1954 et 1962.

La seconde particularité aura été de donner des noms à son organisation militaire[28]. Au plus fort des combats en 1957, et avant l’opération Courroie du Plan Challe d’avril-juin 1959, chacune des trois zones avait son commando et chaque région (26), sa compagnie (katiba). Les djounoud étaient répartis dans le commando Ali Khodja, le plus célèbre, le commando Si Djamel dont les exploits ont été rapportés par Omar Ramdane et le commando Si Mohamed. Au moins quinze compagnies auraient ainsi reçu un nom : Omaria, Hamdania et Zoubiria[29] qui se regroupèrent lors d’un terrible accrochage le 30 décembre 1958 au djebel Mongorno. Les autres étaient la Rahmania, Othmania, Souleimania, Youssoufia, Azzedinia, Hoceinia, Hamdia, Koudria, Karimia, Hakimia, Djelloulia, Zabana. En fait, les mémorialistes n’en font pas toujours mention.

La Wilaya 4 était effectivement une Algérie en réduction

Comme la présente si bien Madeleine Réberioux : « particulièrement étendue, la Wilaya 4, la wilaya algéroise se présente comme une Algérie en réduction : elle rassemble les hommes des djebels et ceux des cités, les paysans, la petite bourgeoisie urbaine et les ouvriers ; Alger la prestigieuse n’en est détachée qu’à l’automne 1956, au lendemain du Congrès de la Soummam) »[30]. De plus, la Wilaya 4 a été alimentée en militants et maquisards de l’ensemble des régions du pays. La grève des étudiants du 19 mai 1956 a dirigé vers la wilaya des dizaines de jeunes venus de partout étudier à Alger.[31] Mohamed Téguia, qui en fut, avait écrit à ce propos : « plusieurs centaines d’étudiants, de collégiens et de lycéens gagnent les maquis en 1956. Ils seront versés dans les unités de combat : commandos et katiba dans des services annexes, santé, propagande, secrétariat, artificiers, etc. Nombre d’entre eux figureront parmi les cadres les plus élevés de la Wilaya 4 comme le colonel Hassan et les commandants Ramdane Omar et Mohamed Bousmaha »[32].

La Wilaya 4 regroupe des populations, que les ethnologues coloniaux et le Service d’Action Psychologique se faisaient fort d’en démontrer les différences et les oppositions qu’ils voulaient quasi-ataviques. Sur le terrain, le maintien d’un contre-maquis comme celui de Chérif Bensaïdi[33] s’expliquerait ainsi. On comprend alors le danger que pouvait représenter pour l’armée coloniale, des hommes de qualité comme M’hamed Bougara, Salah Zamoum, Djillali Bounaama, Rabah Mokrani, Ahmed Embarek, Mohamed Bousmaha dit Mohamed Berrouaghia, par la force des liens de confiance qu’ils entretenaient avec leurs djounoud comme le décrit très bien Mohamed Saïki[34].

Le territoire de la Wilaya 4 a connu pratiquement la première la mise en place des forces anti-nationales[35] les plus violentes et les plus tragiquement célèbres. La Wilaya 4 a connu Kobus, Djillali Belhadj[36], dans la belle région de Zeddine qui avait reçu une réunion du comité central du MTLD, en décembre 1948. Elle a vécu les maquis messalistes de Bellounis et le contre-maquis de Cherif Bensaïdi et ses FAFM[37]. C’est le Bachagha Boualem qui aura marqué toute une partie de la Wilaya 4, à un point tel qu’on oublie qu’il y eu d’autres harkas, G.M.P.R., moghzanis, un peu partout, les commandos Georges et Yatagan dans la Wilaya 5, les harkas et les maquis messalistes de la Wilaya 3 et les autres groupes d’auto-défense et harkas de la Wilaya 1 formés tout au début de la guerre avec les premiers goums. La Wilaya 4 ne fut donc pas la seule à connaître, vivre et combattre ce phénomène qu’il faudra bien un jour, analyser et comprendre. Mais elle aura subi avec la Wilaya 3, les maquis messalistes. Elle a partagé avec la Wilaya 3 également la tragique affaire de la Bleuite.[38] Mustapha Tounsi, aussi troublé que désorienté par cette tragique affaire, admet la réalité de l’implication de moudjahidine dans ce complot. Dans ses Mémoires, le Capitaine Mourad (Abderrahmane Krimi) est plus direct quand il évoque cette période. Il y bien complot qui justifie cette épuration[39]. Tout comme il ne renonce pas à critiquer les commandants Azzedine et Omar Oussedik. C’est cette affaire qui permet aujourd’hui à Rémy Madoui[40] d’attaquer l’ALN, lui qui a rejoint l’OAS. De plus, c’est bien dans l’Ouarsenis que l’OAS a essayé d’organiser un soi-disant maquis, vite liquidé.

L’histoire de la Wilaya 4 est marquée aussi par L’affaire de l’Elysée dite de La Paix des Braves[41] qui avait impliqué le Colonel Salah et le Commandant Mohamed, futur colonel[42]. Elle est aussi marquée par ses rapports avec les Wilayas V et VI. Se sont accumulés des problèmes de limites frontalières et des interventions dans les zones frontalières Tiaret, Relizane et Mostaganem que Youssef Khatib présente comme une aide de la Wilaya 4 à la Wilaya 5 : « la Wilaya 5 est un cas particulier dans l’histoire de la Révolution. Elle a pu tenir le coup en partie grâce au soutien de la Wilaya 4 »[43] Youssef Khatib rapporte, sans autre précision, que la Wilaya 4 avait reçu un message de Boumediène, commandant la Wilaya 5, « respectez les frontières entre les wilayate. Ne vous mêlez pas des affaires de la Wilaya 5 ». Les deux hommes se sont rencontrés en juillet 1957 en Zone 4 de la Wilaya 5 commandée par le commandant Othman. Il fait par contre l’impasse sur la nomination du capitaine Tarik en qualité de commandant de la Wilaya 5 par les officiers de la Wilaya 4. Mohamed Téguia avait qualifié l’attitude de la Wilaya 4 de politique hégémoniste[44]. Le capitaine Bensadoun, dans ses Mémoires, a rapporté ses discussions avec celui qui va devenir le Colonel Hassan et explique le recul des officiers de la Wilaya 4[45]. Dans son numéro 59 daté du 5 février 1960, El Moudjahid ouvre un débat entre trois officiers : Saïd (Wilaya 3), Mahiedine (Wilaya 4) et Omar (Wilaya 5) sur entre autres, les relations inter-wilayas et notamment entre la 4 et la 5 et contre le Plan Challe.

Avec la Wilaya 6, les rapports furent compliqués à cause de l’attitude du Conseil des Capitaines dirigés par celui qui va devenir à 24 ans le colonel Chabani. Hamoud Chaid rapporte des informations que personne n’a reprises sur la responsabilité du Conseil des capitaines de la Wilaya 6 dans la mort le 29 juillet 1959 de Tayeb el Djoghlali, nommé contre leur avis, colonel commandant leur wilaya[46].

Il est encore un point d’histoire à débattre : les manifestations de décembre 1960. La Fondation de la Wilaya 4 historique en revendique la paternité. L’histoire de ces événements reste encore à faire malgré leur impact national et international. Ces manifestations ont secoué toutes les villes d’Algérie et ont constitué le grand tournant de la Guerre de libération nationale. L’histoire officielle a retenu le 11 décembre 1960, comme date-symbole de ces journées excluant de l’histoire nationale, alors non seulement ce qui s’est déroulé le 9 à Aïn-Témouchent, mais également et plus particulièrement ce qui s’est passé à Oran le 10 décembre ! En fait la question de la spontanéité des manifestations d’Oran puis d’Alger hante l’histoire de ces journées. Mais leur prise en charge quasi immédiate par le FLN, tant à Oran
et à Alger et même à Aïn-Témouchent, leur a donné sens. Le rôle du capitaine de la Section Administrative Urbaine (S.A.U.) de Belcourt est certainement à réévaluer mais pas à négliger.

D’autre part, mais il ne faut pas se tromper, un mot est un mot et mal utilisé, il peut faire mal. Le site de la Fondation est certes bien fait. Mais on peut y lire plus qu’une maladresse : « A toutes ces difficultés, la Wilaya 4 fut aussi le théâtre des plus grandes opérations de contre-révolution, de contre maquis et d’expérimentation de techniques de la contre-guérilla. Du maquis de Kobus aux groupes d’autodéfense, du bachagha Boualem au maquis communiste de Maillot, des infiltrations à l’affaire de l’Elysée, elle eut à faire face à des situations très délicates, qui ont épuisé une partie de son énergie »[47]. Kobus un maquisard ? Et les moudjahidine alors ? Qu’est-ce qu’un groupe d’autodéfense ? Autodéfense contre qui ? Contre les moudjahidine ? Mettre l’action du Bachagha Boualem à côté du maquis communiste est une affreuse indélicatesse, une atteinte à la mémoire de Maillot et de Laban morts les armes à la main pour leur pays, l’Algérie alors que Boualem est mort, dans son lit, pour la France. Mais n’y a-t-il pas là un problème de source ? Un officier de l’armée française aurait pu signer un pareil texte ! Cela fait mal et induit le lecteur en erreur. L’action de Maillot du 5 avril 1956 était à l’opposé de celles de Kobus, de Boualem etc. A ce sujet, le témoignage de Sadek Hadjeres remet les choses en place : « Amar Ouamrane, qui commandait l’ALN dans l’Algérois, nous a transmis ses remerciements. J’ai appris ces dernières années que le commandant Lakhdar Bouregâa avait évoqué en termes élogieux et fraternels les contacts qu’il a eus à l’époque de cet épisode avec les groupes communistes (non encore intégrés à l’ALN) dans la région de Bouinan/Hammam Melouane : « Je te jure - avait-il confié au milieu des années 90 à notre camarade Haydar Hassani - que les premières balles de mitraillette que j’ai tirées nous provenaient de l’armement des communistes, plus précisément de Henri Maillot, Allah yrahmou »[48].

Il est vrai que le maquis communiste des CDL était autonome de l’ALN jusqu’aux accords FLN-PCA de juillet 1956 alors que dans la région de Tlemcen, à Terni, avec Abdelhamid Benzine, Berraho, Boumediene en Wilaya 5, ils formaient des unités de l’ALN.

Mais et en conclusion, ce qui singularise la Wilaya 4 et la rapproche de la V du temps du colonel Lotfi, c’est la pratique de la collégialité et du respect qui ont permis de surmonter les crises et maintenir la confiance. Crises qui souvent provenaient des wilayate voisines. Collégialité aussi grâce à l’affection que les moudjahidines ont porté à leurs officiers et grâce à la proximité de ces derniers avec leurs soldats. A Boukhalfa Amazit, qui lui demandait « Est-ce que, en tant que djoundi ou sous-officier, vous aviez toute latitude de critiquer les décisions de vos supérieurs hiérarchiques ? », Mustapha el Blidi du commando Ali Khodja avait répondu : « Un ordre est un ordre ! Il ne pouvait pas y avoir de discussion. Mais après un accrochage ou une embuscade, nous avions des séances de critique et d’autocritique. Chacun relevait les erreurs éventuellement commises pour éviter qu’elles ne se reproduisent. Mais jamais au combat ! »[49].

Collégialité, affection, respect, proximité, confiance réciproque, c’est peut-être là la grande leçon que nous donne l’histoire de la Wilaya 4, c’est en tous les cas ce que nous livrent les mémoires des moudjahidines. Et c’est sur ce point plus qu’il faut écrire et lire les mémoires des moudjahidine de la Wilaya 4.


Notes

[1] Ouanassa Siari-Tengour a présenté une première liste commentée de mémoires d’acteurs de la Guerre de libération nationale « Dits et non-dits dans les mémoires de quelques acteurs de la Guerre d’Algérie », Savoirs historiques au Maghreb. Constructions et usages, Oran, éd. CRASC, 2004.

Avec Ouanassa Siari-Tengour, nous avions présenté une recension « Les Algériens écrivent enfin leur guerre. Mémoires, autobiographies, biographies et témoignages, 1962–2004 », Insaniyat, L'Algérie avant et après 1954. Approches historiographiques
et représentations, n° 25-26, 2004.

[2] Cf. mon texte : « Essai de lecture d’un événement fondateur : le 1er Novembre 1954 ». Tunis, Publications de l’Institut Supérieur d’Histoire du mouvement National, 1995.

[3] Il est bien évident qu’Alger Républicain n’appartient pas à cette catégorie, contrairement à ce que veulent faire croire et enseignent certains historiens de la presse chez nous. D’autre part, Oran républicain, quotidien de la démocratie, qui fut très proche des socialistes de la SFIO, et même avant la Seconde guerre mondiale proche des tendances de gauche de ce parti, s’est petit à petit aligné sur le discours ambiant et les communiqués officiels.

L’usage de la presse coloniale a ceci d’important qu’elle nous rapporte, à sa manière, ces petits détails de la vie quotidienne mais elle a ceci de dangereux pour la méthode, et la compréhension du mouvement d’ensemble, c’est qu’elle n’évoque, en les mettant en évidence, que les événements qui se sont déroulés dans sa région/département. Pour une histoire globale de la G.L.N. la lecture des seuls quotidiens d’Alger ne suffit certainement pas. Il en est de même pour les quotidiens des deux autres départements. En fait, le risque signalé est de se retrouver avec trois histoires et participer à la construction de trois mémoires qui alimentent ces guéguerres mémorielles.

[4] On sait que le colonel M’hamed Bougara, commandant de la Wilaya 4, complètement défiguré par ses mortelles blessures à l’issue d’un violent accrochage, le 5 mai 1959 à Ouled Bouachra, près de Médéa, avait été identifié par la qualité des documents qu’il portait sur lui. Son corps n’a pas été retrouvé à ce jour. Il en est de même pour la musette retrouvée sur le corps du colonel Amirouche et sur celui du commandant Zakaria Mejdoub (Tayeb Chib) de la Wilaya 5.

[5] Guerre de libération nationale, Guerre d’indépendance ou Révolution ? Le débat est encore ouvert.

[6] Histoire scientifique ne signifie pas absence d’empathie pour l’objet de la recherche
et encore moins attitude hypercritique sous prétexte de neutralité et d’équilibre dans le traitement de l’information.

[7] Deux exemples peuvent illustrer la place de la photographie. Le premier est une photo qui nous est donnée par Mohamed Saïki (édition en français de 2009). Prise en 1950, selon l’auteur, elle nous montre côte à côte, ceux qui devinrent plus tard, les colonels Amirouche, Bougara et Othmane, stagiaires au centre professionnel pour adultes (C.F.P.A.) de Kouba. Cette photo a également été publiée par Saïd Sadi dans la biographie qu’il a consacrée au Colonel Amirouche. La légende précise que le groupe rendait visite à Messali Hadj à Bouzaréah. Dans son texte, Saïd Sadi écrit : Amirouche « fréquenta pendant quelque temps le centre de formation professionnelle de Kouba… Cette promotion verra les trois quarts de ses membres tomber au maquis » ; Amirouche (2010), une vie, deux morts, un testament. Une histoire algérienne, Blida, imprimerie Mauguin. Aucune notice biographique de M’hamed Bougara n’évoque ce moment de sa vie et le colonel Othman attend son biographe. Le second exemple est cette photographie prise en Wilaya 4, en mai 1956, montrant Abane Ramdane et Amara Rachid, tenant chacun une mitraillette et encadrant Baaziz Safia, Mesli Fadhila, Belmihoub Meriem toutes les trois en tenue blanche immaculée d’infirmières et portant la coiffe classique d'infirmière d'hôpital.

[8] Selon le journal Le Temps d’Algérie du 23 mars 2013, le président de la Fondation de la Wilaya 4 Historique, Youssef Khatib (Colonel Hassan) a déclaré que sa fondation a réalisé, depuis sa création en 2002, plus de 6.000 enregistrements de témoignages à travers neuf wilayas composant la wilaya historique. Ces archives audiovisuelles sont, en principe, consultables au siège de la Fondation.

[9] Les sources archéologiques de la période qui nous intéresse ne sont-elles pas en danger ? Il est regrettable qu’aucune institution nationale ne les prenne en charge, laissant le soin des découvertes fortuites à des personnes ou des associations qui déplacent les ossements, les matériels mis au jour sans se soucier des conséquences négatives sur le contexte archéologique (« la scène du crime » dirait un inspecteur de police), sur les indices d’identification et même leur datation. Enfin, si « la terre ne ment pas », elle n’a certainement pas encore tout dit.

[10] Il est bien évident que le contenu du site n’est pas exempt d’un regard critique. Certains textes sont reproduits sans présentation, sans renseignement sur la source. Un exemple est donné dans ce texte. Par ailleurs, la Fondation comme d’autres associations et même certaines institutions d’Etat essaie d’imposer leur version de l’histoire.

[11] Cette expression est empruntée à Joutard, Ph. (1983), Ces voix qui nous viennent du passé, Paris, Hachette.

[12] Chaque ouvrage fournit des fac-similés de rapports, lettres, notes et surtout une formidable iconographie. Ces photographies prises au maquis, au Maroc, en Tunisie ou ailleurs peuvent constituer à elles seules une source extraordinaire pour comprendre d’abord les intentions de l’auteur et in fine la place de la photo dans l’imaginaire des combattants. C’est un autre champ de recherche à investir.

[13] Revel, J. (1989), L'histoire au ras du sol, préface de l'édition française du Pouvoir au village de Giovanni Levi, Paris, Gallimard.

[14] Villatoux, M.-C et P. (2012), « Aux origines de la " guerre révolutionnaire" : le colonel Lacheroy parle », Revue historique des armées, n° 268. Mathias, G. (2012), David Galula, combattant, espion, maître à penser de la guerre contre-révolutionnaire, Paris, Economica, Ce personnage a écrit deux ouvrages qui avaient servi de référence aux services militaires de renseignements, notamment américain, Galula David, Contre-insurrection : Théorie et pratique, Economica, 2008 et Pacification in Algeria, 1956-1958, New York, Rand Corporation, 2006. Commandant en Kabylie une compagnie d'infanterie, entre 1956 et 1958, il avait appliqué dans son secteur« les méthodes de contre-insurrection » tirées de son expérience indochinoise.

[15] Meynier, G. (2002), Histoire intérieure du FLN (1954-1962), Paris, Fayard, p. 172. Du même : « Le FLN/ALN dans les six wilayas : étude comparée » ; Jauffret, J.-C. (2001), Militaires et guérilla dans la Guerre d'Algérie, Paris, éd. Complexe. Ce texte, qui est repris dans des chapitres différents de son Histoire intérieure, n’a, à ma connaissance, pas donné lieu au débat qu’il mérite.

[16] La littérature militaire française en a fait ses choux gras.

[17] Le tragique épisode de la « bleuïte » né en Wilaya 3 a affecté presque aussi violemment la Wilaya 4. Mohamed Téguia qui utilise le terme « épuration », a écrit des pages très dures sur l’usage de la torture. Téguia, M. (2002), L’Armée de Libération Nationale en Wilaya 4, Alger, Casbah Editions. Préface de Madeleine Rébérioux. p. 110-117. Cet ouvrage, édité post-mortem, est en fait son mémoire de D.E.S. soutenu en 1972 à Paris.

[18] Seuls les maquis communistes ont rejoint l’A.L.N., les autres ont tous échoué (dont ceux du M.N.A.) et la plupart ont fonctionné et vécu en « contre-maquis » (notion qu’il faudra analyser) au service de l’armée française.

[19] L’histoire des manifestations de décembre est à faire. Les livres de Hocine Hamouma et de Mohamed Fréha permettent au moins d’avoir une vue d’ensemble de ces événements. Fréha, M. (2013), Décembre 1960 à Oran, Oran, éd. Dar el Qods el Arabi ; Hamouma, H. (2007), Les enfants de Décembre, édité à compte d’auteur, 3 tomes.

[20] Téguia, M. (2002), L’Armée de Libération Nationale en Wilaya 4, op.cit.

Téguia, M. (1981), L’Algérie en guerre, Alger, O.P.U. 2ème édition, 2007.

[21] Le commandant Azzedine a été parmi les tous premiers à rédiger ses mémoires.

[22] Cf. notamment : Ould Hocine, M.-C., (2007), Au cœur du combat. Récits authentiques des batailles du commando Si Zoubir et de la katiba Hamdania. ALN, Wilaya 4, Alger, Casbah éd. ; Saïki, M. (Capitaine) (2009), Témoignages d’un révolutionnaire au cœur de l’Algérie, Oran, Dar el Gharb. Enfin le commandant Omar Ramdane a donné à la presse une somme d’articles sur le Commando Djamel, Liberté à compter du 23 juillet 2012.   

[23] Rebah, M. (2007), Des chemins et des hommes, Alger, éd. Mille-Feuilles.

[24] Zbiri, T. (Colonel) (2012), Un demi-siècle de combat. Mémoires d’un chef d’état-major algérien, Alger, Ech-Chourouk.

[25] Cf. Basta, A., (2011), Les tragiques vérités qui n’ont pas été dites sur la Révolution algérienne. La foi en Dieu et en l’Islam, Alger, Arkcanes.

[26] Entre beaucoup d’autres, l’historien Mohamed Téguia, Amara Rachid du lycée franco-musulman de Ben Aknoun, Benyoussef  Boumahdi, lycéen.

[27] Branche, R. (2010), L'embuscade de Palestro. Algérie 1956, Paris, Armand Colin.

[28] Cf. le site de la Fondation de la Wilaya 4.

[29] Pour Saddek Sellam, « La katiba Zoubiria (Région 4 Zone 2) était l’une des plus redoutées et s’était signalée dans des combats fameux comme celui du djebel Louh (avril 1957) où une compagnie entière de l’armée française avait été anéanti ou celui d’Oued Senane (mars 1958) après lequel le commandement de la zone Sud-Algérois a fait replier les troupes qui encerclaient plusieurs autres unités de l’ALN concentrées à Beni Slimane ». Sellam Sadek, « La situation de la Wilaya 4 au moment de l’Affaire Si Salah (1958- 1960) », Jauffret, J.-C., Militaires et guérilla dans la Guerre d'Algérie, op.cit.

Sur la Zoubiria, lire également Ould El Hocine Mohamed Chérif, « Accrochage du commando Si Zoubir avec le commando Noir (Tamesguida, Médéa, le 12 mars 1957) », Le Maghreb, 31 octobre 2010.

[30] Téguia, M., L’armée de libération nationale en Wilaya 4, op.cit., p. 9.

[31] « Le 22 février 1957, le matin très tôt, le Commandement de la Wilaya 4 a chargé Si Zoubir d’aller au douar Sbaghnia où se trouvaient plus de 400 étudiants qui ont fui les villes après la grève générale de 8 jours. Il a commencé à sélectionner parmi eux, ceux qu’il pouvait garder au maquis comme commissaires politiques, d’envoyer les autres vers l’extérieur afin de terminer leurs études et d’autres pour l’acheminement d’armes de Tunis ou du Maroc dont on avait beaucoup besoin à l’intérieur du maquis et pour qu’ils reviennent combattre à côté de nous ». Ould Hocine, M.-C. (2007), Au cœur du combat, Récits authentiques, Alger, Casbah Editions, Texte repris par le site Tablat.

[32] Téguia, M., L’armée de libérationop.cit., p. 30. Dans son témoignage donné à Mohamed-Lakhdar Maougal, Youssef Khatib (Colonel Si Hassan) estime à 10% le nombre d’étudiants à l’intérieur et à l’extérieur du pays,… qui ont rejoint les maquis. Il insiste surtout sur les étudiants en médecine, in La Guerre de libération vue de l’intérieur. Deux héros parlent. Wilaya 2 Salah Boubnider et Wilaya 4 Youssef Khatib, Alger, éd. Marinoor, 1998. Mohamed Chérif Ould Hocine nous donne le chiffre de 400 étudiants et lycéens.

[33] Valette, J., Un contre-maquis durable…, op.cit.

[34] Saïki, M. op.cit., p. 449.

[35] Il est également vrai que les premiers harkis ont été enrôlés dans les Aurès dès le 2 Novembre 1954 et que vingt jours plus tard, 64 goums sont été armés par l’armée française. Aucune étude n’existe sur cette curieuse affaire et donc sur la suite qu’elle a eu !

[36] Sur la fin de la bande de Kobus (Belhadj Djillali) : Omar Ramdane, la force K rallie l’ALN, Liberté, 4 mai 2014 et suivants.

[37] Ageron, Ch.-R. (1998), « Complots et purges dans l’Armée de libération algérienne (1958-1961) », Vingtième siècle, n° 59.

[38] Selon Mohamed Benyahia, les officiers de la III, Mohand Oulhadj et Abderrahmane Mira juste avant sa mort, s’étaient débarrassés du capitaine Ahcène Mahiouz, l’un des principaux protagonistes de la Bleuite (il était appelé Ahcène la Torture) en l’envoyant en Wilaya 4. Benyahia, M. (1993), La conjuration au pouvoir, Alger, ENAP. Abdelhafidh Yaha confirme le rôle d’Ahcène Mahiouz dans l’Affaire de la Bleuite, dans Au cœur des maquis en Kabylie. Mon combat pour l’Indépendance de l’Algérie, Alger, INAS, 2011.

[39] Krimi, A. (Capitaine Mourad) (2006), Mémoires, Alger, Dar el Ouma.

[40] In J’ai été fellagha, officier français et déserteur, du FLN à l’OAS, Paris, Le Seuil, 2004.

[41] Sellam, S., « L'affaire Si Salah, vécue par le commandant Lakhdar Bouregaâ », Guerres mondiales et conflits contemporains, n°201/ 2001.

[42] Sur le colonel Si Mohamed (Djillali Bounaama) : Ramdane Omar, « Si Mohamed Bounaâma, chef de la Wilaya 4 historique. Un chef… Un très grand chef », Liberté, 7 août 2012.

[43] Témoignage de Youssef Khatib in La Guerre de libération vue de l’intérieur. Deux héros parlent. Wilaya 2 Salah Boubnider et Wilaya 4 Youssef Khatib, op.cit., p. 65.

[44] Téguia, M., L’Armée de libération nationale en Wilaya 4, op.cit. et surtout Zamoum, R. (2005), Si Salah. Mystères et vérités, Alger, Casbah Editions.

[45] Bensadoun Ahmed, Guerre de libération. Parcelle de vérités de la Wilaya 5, Tlemcen,
El Boustane éd., 2006. Un militant de base, comme il se définit lui-même, explique que sa demande de carte de membre du FLN déposée à Khemis-Miliana en 1963, lui avait été rejetée parce qu’il avait volontairement omis de déposer sa carte de démobilisation de l’ALN/ANP, « pour éviter les remarques rancunières qui sévissaient encore de la part des gens de la Wilaya 4 contre ceux qui avaient servi à travers la Wilaya 5 et la frontière. (…) car une possible vindicte aurait pu m’atteindre. La rancune entretenue à travers la wilaya quatre contre ceux de l’ouest est relative à la malheureuse confrontation ayant opposé l’ANP et l’ALN et ce juste après l’Indépendance à Masséna… ». Mohamed-Belkébir Mustapha, Récit. Péripétie d’un ex-militant de base du FLN, Khémis-Miliana,
éd. Om Derman, 2014.

[46] Chaïd, H., Sans haine, ni passion, Alger, éd. Dahlab, s.d. Selon cet auteur, c’est en fuyant les troupes de la Wilaya 6 que Tayeb el Djoghlali est tombé dans une embuscade de l’armée française dans le Djebel Gargar.

[47] Fondation de la Wilaya 4 historique.

[48] Site socialgerie.

[49] Amazit, B. (2005), « Les parachutistes violaient, pillaient et assassinaient sans état d’âme », Entretien avec Mustapha el Blidi, El Watan, 25 août.