Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Ouvrage du CRASC, 2014, p. 05-12, ISBN : 978-9961-813-57-7 | Texte intégral


Mohamed DAOUD et Faouzia BENDJELID

 

Ces deux dernières décennies, la production romanesque en Algérie a connu une certaine profusion. Beaucoup d'écrivains sont venus et continuent à venir à l'écriture. Cette génération est témoin du déroulement de faits et d'événements de l'Histoire qui constituent un fond sur lequel se tisse la trame de l'histoire racontée. Durant la décennie 1990, le déferlement de la violence donne naissance à de nombreux écrits qui inondent le champ littéraire algérien. Ils tentent de dire l'horreur et l'indicible. Ces textes dits "de l'urgence" font place à une période de l' "après urgence". La période des années 2000 voit émerger sur la scène littéraire des textes romanesques dont les préoccupations scripturaires s'adaptent à l'évènement et aux faits de la référentialité historique. Ces derniers temps, les romanciers algériens varient les formes génériques et les modalités, les procédés narratologiques et les styles d'écriture qui sont subordonnés au contexte socio-historique de production qui leur donne naissance et sens. Cette recherche dans l'écriture du roman évoque les possibilités de son énonciation tout en soulevant une problématique de l'écriture qui s'enracine dans la vie de la société algérienne et son Histoire plus que jamais. Les textes fictionnels se forgent dans une recherche de techniques romanesques qui s'inspirent aussi bien du contexte immédiat que du patrimoine littéraire universel.

L'écriture de l'événement et des faits exploite les outils formels et théoriques du langage qui puisent eux-mêmes dans la force de l'intertextualité qui ouvre le roman à d'autres champs littéraires. Ce dialogue des textes et cette recherche semble caractériser ce que Rachid Mokhtari appelle "Le nouveau souffle du roman algérien".

Compte-tenu de ce préalable, un certain nombre de questions peuvent se poser : Quels lieux de l'Histoire sont visités ou revisités par les écrivains contemporains ? Quelle est la part de l'imaginaire dans l'écriture du fait ou de l'évènement ? Par le biais de quels procédés et quelles techniques narratifs sont-ils formalisés ? Pour quelles significations ou lectures ? Quelle fonctionnalité pourrait-on attribuer à l'intertextualité ? Peut-on avancer que le dialogisme et l'intertextualité sont producteurs du renouvellement  du roman algérien et dans quelle mesure ?

Les différentes communications présentées au colloque répondent à ce questionnement qui tend à mettre en relation écriture, intertextualité, procédés formels et leur fonctionnement dans les fictions en vue de générer du sens.

 Dans sa communication, Fêlures du silence, roman de Dalila Hassain-Daouadji, paru en 2007 aux éditions Dar el Gharb (Oran), Mme Leila Dris analyse la composante historique du roman. En effet, ce dernier met en évidence l’insertion de nombreux fragments riches en citations, en allusions à l’Histoire et à différents textes de la pensée religieuse et mystique. Dans ce roman, la fonction de l’intertextualité est de faire connaître quelque peu, le Coran, la Bible, les enseignements des Soufis, la littérature française, l’histoire universelle, mais aussi l’univers des mythes. La part documentaire prend de l’ampleur et pose la problématique de l’intervention de l’imaginaire dans l’acte créateur du roman.  Pour sa part, Mme Kheira Merine, dans Intertextualité et interdiscours dans le roman « L’épreuve de l’Arc » de Habib Tangour (1990, Sindbad) : poétisation de lieux communs ou perversité du langage poétique ?, s’interroge sur la corrélation dans la fiction de Tangour entre deux notions contigües : l’interdicursivité et l’intertextualité. Le texte fictionnel se construit par les propos du personnage-narrateur qui associe la citation et le commentaire. La référence culturelle de l’énonciateur est puisée dans un répertoire varié ; il se constitue d’éléments faisant référence à l’Histoire, à la religion, à la parole ancestrale, à la mythologie, à la science … Sous l’angle de l’analyse du discours, Mme Merine montre, au plan sémiotique et structurale, que le texte romanesque est le lieu privilégié où sont confrontées et interactives, intertextualité et interdiscursivité pour construire le sens dans un éclatement du genre romanesque. Par ailleurs, dans Poétique du fragmentaire et intertextualité de la violence dans Les Funérailles de Rachid Boudjedra, Leïla Moussadek propose une étude du texte romanesque qui dévoile le croisement de plusieurs textes et disciplines, comme l’Histoire, la philosophie, les arts plastiques, la politique… Ce sont autant de fragments qui se côtoient dans le tissu narratif pour dire les influences culturelles, civilisationnels et linguistiques, les plus diverses, qui collaborent pour élaborer la signifiance. La stratégie de l’écriture est de rendre compte de l’Histoire de l’Algérie des années 90 à travers un évènement : l’assassinat des moines de Tibahrine. Les mécanismes intertextuels permettent à l’auteur d’instaurer un dialogue Orient/Occident destiné à marquer une résistance à toute forme d’enfermement prôné par l’univocité du discours idéologique intégriste.

C’est avec un tout autre registre et une toute autre perspective que Soumeya Bouanane aborde, dans Le roman contemporain algérien entre héritage ancestral et renouvellement des formes. Corpus d’étude : « La trilogie Les élucubrations d’un esprit tourmenté de Djamel Mati », l’évolution des techniques d’écriture et leurs variations dans les romans de Djamel Mati. Les textes affichent la présence de thèmes récurrents tels que l’exil intérieur, l’amour, l’identité, le suicide, la violence et l’errance. Pour peindre la réalité algérienne, l’auteur use de mécanismes particuliers  comme l’ironie, la folie, la symbolique des noms et l’intertextualité dans une écriture fantasmagorique qui se déploie en fragments. La vision du monde que tente de transmettre l’imbrication de ces procédés est celle de l’absurdité du monde et le délire du sens qui devient alors insaisissable. Quant à Lynda-Nawel Tebbani-Alaouache, dans le Nouveau roman algérien : entre la mémoire de l'événement et la fable du récit, naissance d'une nouvelle poétique, examine les rapports entre Histoire et roman dans les romans de Mourad Djebel car « la nouvelle littérature algérienne se meut entre la mémoire de l'événement et la fable du récit ». Ainsi, le questionnement repose sur la contigüité du factuel et du fictionnel dans l’écriture de la référentialité historique. Pour faire preuve de poéticité, la création littéraire se doit de « lire l'Histoire non dans ses repères mais dans les arcanes plus sensitives de la mémoire personnelle ». Ainsi, dans le corpus analysé, tout une dynamique de l’écriture de l’Histoire s’installe autour d’une réflexion pour mettre en corrélation la « fable », l’ « utopie », le « faux », le « vrai » dans le récit. Car l’enjeu de l’écriture littéraire est de faire dans l’inventivité d’une poétique et non de faire dans le documentaire. En outre, dans son texte, Le roman algérien contemporain : pour un renouvellement évolutif et dynamique, Najib Redouane éclaire le lecteur sur les contours du paysage littéraire algérien contemporain de ces deux dernières décennies. Ce paysage est marqué par l’arrivée sur la scène littéraire de nouveaux écrivains qui témoignent de l’évolution socio-politique et religieuse de l’Algérie dans leurs écrits ; donc, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle mouvance littéraire influencée grandement par les années de la terreur intégriste et que les intellectuels et écrivains ont sans cesse dénoncé et décrié très courageusement au prix de leur vie. C’est dans l’espace de l’exil que cette littérature va connaître une expansion certaine, ce qui diversifie et amplifie le champ littéraire algérien par la pluralité des voix, la diversité et la densité des styles. Cette génération de nouveaux écrivains conditionnés par l’Histoire récente du pays propose des écrits qui convergent vers une stigmatisation des idéologies extrémistes et du régime politique totalitaire. En guise d’application, Najib Redouane présente quelques romans récents de Salim Bachi, Boualem Sansal et Yasmina Khradra.

Dans, sa communication Espace urbain et écriture fictionnelle dans « Le Chien d’Ulysse » de Salim Bachi, Sonia Zlitni Fitouri traite de la représentation de l’espace urbain dans la fiction par la réappropriation du mythe d’Ulysse par S. Bachi. Les espaces de l’écriture sont ceux de l’Algérie sous l’emprise de la décennie violente des années 90. L’auteur reprend à son compte les espaces de la mythologie à la lumière des phénomènes de l’intertextualité qui jouent sur les aspects d’une métaphorisation à travers le travail créatif de l’auteur. La vision des espaces est très proche de celle offerte par Joyce, Dos Passos, Kafka, Borges et Butor à travers une représentation labyrinthique et tourmentée des lieux. L’auteur, tout en écrivant l’Histoire douloureuse et récente de l’Algérie, donne à son récit des formes modernes qui se fondent sur la fragmentation, la mise en abyme, une réflexion sur le langage et la poéticité du texte littéraire qui s’ouvre franchement aux apports de toutes les civilisations du monde à travers des millénaires d’Histoire et de progrès. Allant également dans ce même sens de l’exercice intertextuel à l’intérieur de l’écriture, Yamina Zinai examine les formes de la réactivation d’un discours idéologique préexistant dans son travail, Réactivation d’une vulgate : le stéréotype de l’Arabe dans les textes romanesques contemporains. Sa réflexion part du constat que la typologie du personnage stéréotypé de l’ « Arabe » a largement dominé les écrits littéraires coloniaux. Cette image très ancienne de l’ « Autre », de l’ « Etranger » (« le Sarrazin »), est constituée de vocables dévalorisants : « sale », « paresseux », « toujours accroupi dos au mur », « brutal », « violent et sanguinaire », « individualiste et sauvage » …bref, d’une « race inférieure » … Mme Zinai concentre son attention sur les reprises de la représentation du personnage opérées par le biais des influences intertextuels dans  les fictions publiées dans les années 1990 et 2000, c’est-à-dire dans la littérature dite « de l’urgence » ; l’approche en est comparatiste. Son examen porte sur les romans d’auteurs édités dans la revue Algérie / Littérature / Action, et dont la norme d’édition est de vouloir « transcrire le réel » dans son authenticité. L’examen comparatif au plan sémiotique du personnage tend à démontrer l’existence d’un discours sous-jacent qui contribue à faire renaître, dans l’espace tragique algérien des années 90, « la peur ancestrale de l’Arabe et par ricochet de l’Algérien », tels que perçus dans les romans coloniaux. Quant à elle, Batoul Benabadji, s’arrête sur la valeur de la typographie et sa place dans l’écriture romanesque, ainsi intitule-t-elle sa communication Textes superposés et fonctionnalités de la typographie dans « Si Diable veut » de Mohammed Dib. L’usage de la typographie caractères romains / italiques dans le texte de Dib est porteur de signifiance. L’une des fonctions principales de ce procédé est le désir de voir se démarquer la parole du narrateur de celle du personnage. D’autres fonctions sont analysées dont le but est de livrer le sens dans la prise en charge des modalités formelles de l’énonciation du texte dans le croisement perpétuel récit/discours. Sémiotiquement, il s’agit de la superposition de deux formes textuelles dont la complémentarité et la contigüité marquées et permanentes sont soumises à une interprétation. Enfin, Fouzia Amrouche, revient à la réécriture moderne du mythe dans : Réactualisation du mythe d’Ulysse dans « Les Sirènes de Bagdad » de Yasmina Khadra ou l’extrême présence de l’autre en soi. Son intérêt se porte sur le terme très suggestif de « Sirènes » contenu dans le titre du roman et dans le texte où il forme un champ lexical et une autre sémantique caractérisée par leur densité. Le mot « Sirène » est pris dans le sens de voix qui transmettent le propos trompeur dont la finalité ne peut qu’être macabre et tragique. C’est cette lecture du mythe que reprend l’analyse pour étudier l’itinéraire du héros trompé, abusé par des discours extrémistes, sous forme d’un langage de séduction, qui le conduisent à sa perte au terme de son trajet narratif. Il s’agit d’un investissement symbolique du récit. Ainsi, dans un mouvement de transfert, l’intertextualité permet la lecture de la charge symbolique du roman de Yasmina Khadra à la lumière du mythe, de montrer de ce fait le dialogue qui s’instaure entre le roman contemporain et le récit mythique ; et par là-même, les échanges interculturels entre les civilisations du monde. Ce lien pourrait faire des Sirènes de Bagdad une Odyssée moderne grâce à un titre simplement allusif.

Ce qui précède se rapporte au roman algérien de langue française. Quand au roman algérien de langue arabe, il a, également, fait l’objet de plusieurs  communications.

Ces contributions s’inscrivent dans la même perspective, celle qui est en rapport avec cette étape historique qui a donné lieu à des textes, des thématiques, des styles d’écritures et des techniques narratives.

Dans ce sens, Mohamed Bachir Bouiadjra a analysé le roman « Feux de table » de Mohamed Meflah, en intitulant sa communication comme suit : « Thème du lien entre le référent et la narration ». Bouidjra s’est attaché à examiner l’intertextualité qui s’établit entre la religion et l’Histoire à travers le texte.

Il met l’accent sur  «  le thème du lien », un repère historique et civilisationnel  métamorphosé en thématique donnant lieu à des tissages où s’enchevêtrent des rapports avec la fiction et l’imaginaire. Considérés comme des dispositifs actifs dans la communication et  l’interprétation du texte, et en particulier lors de la libération de la ville d’Oran et celle d’Alger, ces derniers permettent au romancier de revisiter l’Histoire pour mieux appréhender le présent et le futur.

Pour sa part, Abdelkader Chérif Hosni, tente une lecture de l’expérience romanesque de Laredj Ouassini  en considérant « L’incipit et  la perspective d’une lecture intertextuelle ».

La fonction de l’incipit dans les textes romanesque  de Ouassini, s’inspire, dans ses nombreux textes, du patrimoine culturel arabe et de la littérature universelle.

Lakhdar Bensayah, mène, dans une autre démarche, une étude comparative entre le roman algérien et le roman maghrébin, en mettant l’accent sur l’effet esthétique du roman féminin contemporain.

Ainsi, le rapport de la langue au corps est largement commenté. La suggestion,  l’implicite y jouent un rôle fondamental, car ce type de narration entraîne automatiquement la séduction du lecteur qui se hasardera à trouver le sens caché et /ou absent. La dimension allégorique transparait dans tous les textes, ayant fait l’objet d’analyse, dans cette communication.

Ouafia Ben Messaoud s’est intéressée, à la faveur de sa lecture critique, aux romans de Azzedine Djalaoudji, en centrant sur le roman « Houba et la quête du Messie ».

Le texte implique nécessairement un véritable examen du lieu qui articule la fiction à l’Histoire. La distinction entre ces deux éléments n’est pas chose aisée, même si le fait historique porte sur une expérience humaine vécue, validée et inscrite dans le patrimoine, le fictionnel, par contre, est un produit individuel, subjectif de surcroit, et dont l’existence et/ou la véracité n’est pas reconnue. L’auteure se permet, par le biais de l’écriture et de l’esthétique romanesques, de susciter l’intérêt du lecteur afin qu’il partage cette expérience créée par l’imagination, car l’Histoire est liée au passé et à l’évènementiel, mais la littérature relève du domaine du possible. Revisiter la mémoire dans ce roman est un acte destiné à générer à partir d’événements et faits intelligibles, des situations complexes ayant plusieurs trajectoires et qui aboutissent à un point commun, logique et justifié dans la trame narrative : les massacres du 08 Mai 1945.

Pour sa part Souad Hamadache tache d’aborder, les mécanismes de l’expérimentation artistique par l’étude de l’esthétique et le référentiel dans le roman « Un pas dans le corps » de Hocine Allam. Elle met l’accent sur la violence qui s’empare de la société algérienne généralement et de la ville de Tlemcen en particulier. Une violence générée par des pratiques politico-religieuses douteuses.

Cette thématique se réfère à l’actualité brûlante dans le Monde arabe et en Algérie. C’est une opportunité pour mettre en œuvre plusieurs styles dans la construction des univers romanesques, dont les dimensions sémantiques  et symboliques, donnent lieu à une forte présence à la fantaisie et à la subjectivité.

La contribution de Hind Saadouni s’attarde sur : «  Les nouvelles formes romanesques en Algérie », afin de signaler que l’importance du genre romanesque se situe dans sa capacité d’être un lieu de réflexion, se situant à l’intercession de la poésie et de la  prose, de la science et de la fiction.

Pour cette auteure, le roman algérien a connu une évolution graduelle, il a vécu l’épreuve des premiers balbutiements dans les années 1960, pour effectuer une mutation exigée par l’expression idéologique guidée par le contexte des années 1970. L’ouverture politique et économique des années 1980, a eu pour effet la perte de repères, avec comme corollaire la quête identitaire comme assertion thématique.  La crise qui s’ensuit dans les années 1990 donnera une autre profondeur au roman qui va connaître, à l’orée du troisième millénaire, une écriture singulière, plutôt inventive, confortée par un travail sur la langue et par l’utilisation des techniques narratives développées ailleurs.

Noura Aggag, du point de vue de l’analyse textuelle, s’emploie à mettre en relief « le langage soufi dans le roman « Cet amour-là » de Habib Sayah ». Pour elle, le romancier a introduit une dimension soufie dans son texte en se basant sur l’intertextualité, comme pratique d’écriture afin d’agencer tous les matériaux. Il s’est appliqué à user de symboles soufis, pour dire l’implicite et suggérer des situations énonciatives qui débouchent sur le fantastique.

De son côté, Amine Bahri revient sur « La signification des culturels dans la construction fictionnelle chez Tahar Ouettar dans les années 2000 ». Il reprend à son compte les définitions du discours romanesque en s’appuyant sur un large corpus (« la bougie et les ténèbres »,  « Le Saint Tahar rentre au bercail », « Le Saint Tahar prie le ciel », etc.), pour interpréter la perspective anthropologique et fictionnelle des procédés culturels qui s’enchevêtrent dans le texte, mêlant le réel au factice, le concret au fabuleux.

D’autre part, Fariza Rafil s’interroge sur « La signification des paratextes dans le roman « La mer du silence » de Yasmina Salah. Son souci était de répondre à la question qui relève de l’apport du hors-texte dans la composition sémantique et communicative du discours romanesque. Pour ce faire, elle analyse la signification du titre, car il a pour fonction la séduction en rapport avec l’aspect commercial, mis en avant par la  maison d’édition dans sa stratégie de communication. La page de couverture du roman, avec la photo comme icône, jouent un rôle prépondérant dans l’attraction du lecteur. En plus du nom de l’auteur et du genre littéraire, la page de couverture est un élément fondateur de l’identité du roman et de sa thématique. Le paratexte est du point de vue de l’auteure de la communication, une clé primordiale dans la compréhension du texte, car il invite le lecteur à s’interroger sur la pertinence des évènements, du discours narratif et poétique du texte.

Enfin, Tahar Rouainia reprend dans sa communication « Le livre de l’Emir » de Laredj Ouassini pour observer que l’Histoire, en tant que champ de connaissance, et comme condition humaine et existentielle, revient sans cesse dans les écrits de ce romancier. Ce dernier a adopté une stratégie qui repose sur le questionnement de l’Histoire en empruntant les catégories qui ont caractérisé les ruptures idéologiques du discours religieux en Europe à partir du dix-Septième siècle. Il a fait une incursion dans l’imaginaire populaire, dans le merveilleux et le fantastique, afin de mêler la vérité historique à la fiction, et de dialoguer avec le passé en prenant en compte les contraintes et les violences du présent, et  démystifiant la xénophobie et le chauvinisme. La figure de l’Emir y est évoquée sous une vision moderne. L’autocritique et l’ouverture sur les autres religions font partie de cet amalgame textuel, qui invite à dépasser les certitudes idéologiques et de susciter de nouvelles manières de voir les choses et enfin de créer les conditions d’un vivre ensemble plus commode.

Enfin, on peut croire que ces contributions sont venues à un moment opportun afin de porter un éclairage sur un certain nombre de textes et de faits littéraires qui ont accompagné les années 1990 et le début du 21ème siècle.

Ces textes romanesques qui ont marqué le champ littéraire algérien caractérisé depuis longtemps par son multilinguisme (la langue arabe et la langue française en particulier) selon une logique du « conflit » et de « l’apaisement », portent un témoignage sur une période vécue dans la douleur par les groupes et les individus. Plusieurs styles ont été mis en œuvre afin de rendre l’écriture de ces textes plus captivante : intertextualité avec l’Histoire, le patrimoine et le mythe afin d’interroger le passé, le présent et le futur. Une nouvelle génération a également vu le jour, ayant une nouvelle approche et une vision du monde fondée sur la mise à nu des idéologies extrémistes et du système politique totalitaire, en ayant pour alternative la poéticité de la langue et de la beauté fictionnelle. Ces quelques contributions ont tenté d’approcher la thématique du roman algérien contemporain et pourront également donner lieu à d’autres recherches plus approfondies du texte littéraire algérien.

Mohamed DAOUD et Faouzia BENDJELID