Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Ouvrage du CRASC, 2016, p. 87-120, ISBN : 978-9931-598-08-4| Texte intégral


 

Leila MOUSSEDEK

De 2007 à 2013 : le Festival d’Oran du Film Arabe, un enjeu culturel régional

Le FOFA se présente comme le premier festival dans le monde arabe dédié totalement et exclusivement au film arabe. Depuis sa première édition qui s’est tenue le 27 juillet 2007 à la faveur de la manifestation « Alger, capital de la culture arabe », la ville d’Oran est devenue ainsi une des places fortes de référence du cinéma arabe. L’ouverture de cette manifestation artistique et culturelle organisée sous le haut patronage du président de la République a été marquée par la présence de ce dernier. La ministre de la culture de l’époque, Mme Khalida Toumi, a caractérisé le FOFA comme « la lampe d’Aladin qui réalise nos beaux rêves et une joie qui s’ajoute à celles de l’Algérie. Il est aussi une initiative pour saisir l’humain et découvrir l’énergie existant dans son être ainsi que la vraie image de l’être arabe pour que ce dernier puisse s’apercevoir »[1]. De son point de vue le FOFA était une initiative algérienne sérieuse pour pousser le cinéma arabe vers l’universel.

L’initiateur et premier président du festival, Hamraoui Habib Chawki, a considéré, pour sa part, que le FOFA était « un pas fait pour la constitution d’un espace important de discussion et de dialogue libre dont les principes sont tirés de la civilisation arabo- musulmane basée sur le respect, la responsable et la libre expression »[2].  Les principes et les ambitions de cette grande fête cinématographique ont été traduites positivement à travers les impressions et les déclarations de plusieurs personnalisés algériennes et arabes invitées d’honneur ou participantes au festival (Hossein Fahmi, président du jury de la première édition du FOFA, l’écrivain Yasmina Khadra, etc.) Depuis son avènement, le FOFA continue à adopter le principe de rendre hommage, dans chaque édition, à des artistes vivants ou disparus comme : Mustapha Al Akkad, Lakhdar Hamina, Ahmed Rachedi, Leila Taher, Ahmed Zaki, Nadia Lotfi, Mahmoud Abdelaziz, Mouna Wassif, …

Le Festival du Film Arabe de 2013 et son public : les révélations d’un sondage

 L’intérêt et l’importance d’un tel festival dédié entièrement et particulièrement au cinéma arabe nous a incités en tant que chercheurs au CRASC d’Oran à effectuer un sondage. L’objectif était de mesurer la manière dont s’expriment les pratiques et les choix auprès d’une population restreinte qui a eu à fréquenter les salles de projection pendant la septième édition du FOFA en septembre 2013.

 Parmi les interrogations posées celle de la différenciation du genre sexué est marquée au travers des réponses et donc aux attitudes et aux attentes que les hommes et les femmes entretiennent par rapport au cinéma.

 D’autre part, les distinctions qui traduisent la différenciation entre genres cinématographiques (institués ou imposés par la tradition) et thématiques semblent redoubler parfois les perceptions admises ou font émerger des nuances. Une étude de la stéréotypie dans les modes de classification se révèle ici importante tant le caractère souvent vague des catégories de genre et de thème cinématographiques impose de procéder probablement à des entretiens plus personnalisés qui permettraient de montrer que les frontières catégorielles ne sont pas aussi nettes, voire au fait qu’elles ne renvoient pas à l’histoire des genres et des thèmes dans le cinéma.

 Ce sondage fait écho à une expérimentation similaire quant à son public (des spectateurs d’un festival de cinéma), mais différent par rapport à son questionnement et à son projet. Dans son étude « Des spectateurs et des spectatrices au Panorama des cinémas du Maghreb à Saint-Denis en Mai 2009 », Patricia Caillé enquête sur l’importance de cette manifestation, l’intérêt porté aux films et la portée de la dénomination Maghreb[3] auprès du public qui a assisté aux différentes projections. L’enquête fondée sur des observations participantes et un questionnaire de 300 exemplaires (140 récupérés, 113 exploités) en plus de 22 entretiens avec des spectateurs. Le profil des répondants était de 64 femmes et 49 hommes[4].

En premier lieu Caillé constate une réception positive du questionnaire. Elle note que ce qui se révèle c’est un sentiment de découverte et de ressentis en termes affectifs ou politiques par rapport à cette manifestation, d’où la place importantes des débats : « In fine, par les débats, les ‘cinémas du Maghreb’ constituent une dénomination en creux, ou par défaut »[5]. Elle montre que le terme de Maghreb est une dénomination mineure en concurrence avec d’autres dénominations régionales (arabes, Méditerranée, Afrique, Amazigh) Après avoir rappelé que l’Algérie et la Tunisie produisent 2 à 4 films par an en moyenne et le Maroc une vingtaine, la plupart fruits de co-productions, Patricia Caillé remarque que « Les cinémas du Maghreb renvoient enfin à des manifestations organisées en France qui regroupent et rendent visibles des films produits, à tout le moins en partie, par chacun des pays de cette région ou dont les réalisateurs en sont issus. Dans ce cadre, elles visent des publics originaires du Maghreb et s’inscrivent avant tout dans une histoire de l’immigration, et ne peuvent s’appréhender que dans une réflexion sur les dimensions post-coloniales des cultures en France métropolitaine »[6].

En s’interrogeant sur les modes d’appréhension du film, Caillé se réfère à Bernard Lahire qui avait développé, en matière culturelle, la notion de pratiques dissonantes, c’est-à-dire de pratiques qui relèvent aussi bien de la culture de l’élite que de la culture populaire. Pour elle, les modes d’acquisition culturelle relèvent de deux logiques, l’une qui renvoie à la formation d’un goût personnel, l’autre à un univers d’images, de symboles et de valeurs dans lesquels des publics peuvent se reconnaître et s’identifier. Caillé soulève le problème des analyses sur le cinéma du Maghreb qui se sont souvent focalisées sur les productions et très peu sur les publics. D’autre part, elle signale le fait qu’il est fondamental de prendre en compte d’autres formes de consommation dans la mesure où l’accès aux films se fait de plus en plus à travers d’autres supports et d’autres médias que la salle de cinéma (télévision, DVD, Internet).

 Synthèse de quelques résultats du sondage

Le sondage a été réalisé durant la période du 23 au 30 septembre 2013. Il a été réalisé sous forme d’un questionnaire papier distribué dans les deux principales salles où étaient projetés les films (Cinémathèque et Régent). 500 questionnaires ont été distribués, 280 ont été récupérés, 35 ont été éliminés parce que non renseignés et 32 non pas été pris en compte parce que raturés et surchargés. Nous présentons quelques-uns des résultats les plus caractéristiques quant aux choix et aux représentations après avoir traité les données par logiciel.

Nous remarquons en premier lieu que le questionnaire est assez paritaire pour les réponses (52,2% féminin, 47,8% masculin).
Femme : 106   Homme : 97

Origine : 15 villes algériennes ; Oran (143)

Syrie : 1

France : 3

Non-réponse : 22

Niveau scolaire : 68% supérieur, 20,2% secondaire

Profession : 42,4% salariés, 36,5% étudiants

Age : 119 moins de 30 ans

  • a. Genre préféré (Nombre et classement par ordre de préférence de 1 à 4)

Les femmes sont à peine plus nombreuses à préférer le film dramatique que les hommes ainsi que le film social ; bien que dans l’ensemble les scores soient faibles.

Tableau 1 : Répartition par sexe des préférences (film dramatique/
film social)

Drame

Femme

Homme

Social

Femme

Homme

1

27

21

1

26

19

2

8

10

2

13

14

3

16

4

3

9

11

4

15

8

4

8

6

Le film historique est largement plébiscité par les hommes, alors que le genre sentimental correspond à un choix et une inclination apparemment plus féminine.

 Tableau 2 : Répartition par sexe des préférences (film historique/
 film sentimental)

Historique

Femme

Homme

Sentimental

Femme

Homme

1

13

25

1

22

10

2

17

15

2

15

10

3

7

7

3

21

13

4

10

9

4

14

8

Le film comique et le film policier recueillent très peu de suffrages du public interrogé. Nous pouvons estimer que la fréquentation d’un festival et le niveau d’études supérieures très largement représenté concourent à définir le public des répondants comme « intellectuel cinéphile ».

Tableau 3 : Répartition par sexe des préférences (film comique/
film policier)

Comique

Femme

Homme

Policier

Femme

Homme

1

6

6

1

2

8

2

10

5

2

6

8

3

13

11

3

10

10

4

9

9

4

8

7

Même cas pour le film d’action ou d’horreur qui sont des catégories plus proches du cinéma populaire. On remarque que malgré les faibles scores, les femmes sont davantage intéressées par les films d’horreur que les hommes (ce qui dément en quelque sorte les présupposés de genre)

Tableau 4 : Répartition par sexe des préférences (film d’action/
film d’horreur)

 

Action

Femme

Homme

Horreur

Femme

Homme

1

4

7

1

8

1

2

9

15

2

14

7

3

6

7

3

/

4

4

7

6

4

2

5

Enfin, la comédie musicale est minorisée aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Il s’agit encore d’une catégorie du cinéma populaire.

Tableau 5 : Répartition par sexe des préférences (comédie musicale)

Comédie musicale

Femme

Homme

1

2

1

2

8

5

3

4

6

4

7

5

  • b. Thème préféré (Nombre et classement par ordre de préférence de 1 à 4)

Les scores sont importants quand il s’agit du thème de l’amour aussi bien chez les hommes et les femmes, avec une dominante chez les femmes. Le fait que la préférence soit plus marquée par rapport au genre sentimental nous amène à supposer que la catégorie Amour doit recouvrer soit un champ plus large (tous les types de relation amoureuse), soit a contrario être réservée à la relation homme et femme. Une enquête plus qualitative pourrait permettre de lever cette ambigüité.

Tableau 6 : Répartition par sexe des préférences par thème de film (amour /espionnage)

Amour

Femme

Homme

Espionnage

Femme

Homme

1

34

25

1

10

11

2

25

6

2

8

14

3

8

12

3

17

18

4

10

7

4

20

14

La thématique de la guerre est minorisée chez les femmes, mais elle est, d’une manière générale peu choisie par les répondants. La biographie (le biopic) est à égalité dans les préférences des deux sexes, mais peut advenir comme thématique ascendante.

Tableau 7 : Répartition par sexe des préférences par thème de film (guerre/biographie)

Guerre

Femme

Homme

Biographie

 Femme

Homme

1

8

13

1

17

17

2

6

18

2

19

14

3

16

8

3

15

12

4

19

17

4

15

11

L’Aventure fait partie des thèmes les plus cités avec une légère supériorité chez les femmes. Mais en tant que catégorie polysémique il aurait été intéressant de savoir à quoi est liée cette thématique (exotisme, péripéties, rencontres, etc.) En tout cas elle parait assez distincte du genre action qui avait recueilli peu de suffrages.

Tableau 8 : Répartition par sexe des préférences par thème de film (aventure)

Aventure

Femme

Homme

1

33

31

2

25

20

3

18

14

4

4

10

  • c. Critères de choix du film

Parmi les six critères proposés le nom de l’acteur et le synopsis sont largement en tête des choix quel que soit le sexe. Le nombre des femmes étant légèrement supérieur. Ensuite vient le nom du réalisateur. On relèvera surtout les scores très insignifiants concernant la critique écrite et télévisuelle. Le média le plus faible étant la radio selon les enquêtés

Tableau 9 : Critères de choix du film par sexe (réalisateur/ acteur)

Réalisateur

Femme

Homme

Acteur

Femme

Homme

1

10

16

1

34

26

2

13

14

2

20

21

3

20

11

3

12

11

4

16

7

4

7

5

Tableau 10 : Critères de choix du film par sexe
(
Synopsis et résumé / Critique écrite)

Synopsis/
résumé

Femme

Homme

Critique écrite

Femme

Homme

1

35

24

1

13

6

2

17

15

2

13

5

3

6

15

3

13

10

4

7

4

4

10

22

Tableau 11 : Critères de choix du film par sexe
(
Critique TV / Radio)

Critique TV

Femme

Homme

Radio

Femme

Homme

1

6

9

1

0

2

2

12

12

2

0

2

3

13

5

3

5

4

4

16

15

4

7

1

  • d. Catégorie du dernier film vu en salle ou sur un autre support

Il apparaît évident que ce sont les films mondialisés qui bénéficient de l’ensemble des réseaux de diffusion qui sont principalement vus par les sondés au-delà la qualité intrinsèque de ces produits. Les films arabes enregistrent un score moyen (environ un cinquième des sondés), alors que les films algériens ne sont cités que par une infime minorité.

Tableau 12 : Catégorie du dernier film vu en salle ou sur un autre support par sexe

 

Femmes

Hommes

International       

41,5%

52,6%

Arabe

20,8%

16,5%

Algérien

12,3%

10,3%

  • e. Langue et variétés de dialectes arabes préférés

La question des usages dialectaux dans les films arabes comme cause importante de la difficulté de compréhension dans les différents pays arabes pose à la fois un problème de proximité et d’authenticité et d’intercompréhension pour les publics de ces pays. Notre sondage montre que près des deux tiers des sondés (proportion égale pour les deux sexes) préfèrent le dialecte algérien. Nous remarquerons cependant que le dialecte syrien l’emporte aisément sur le dialecte égyptien qui fut pendant plusieurs décennies le dialecte arabe le plus compris grâce à la puissance du cinéma égyptien. La prépondérance relative du parler syrien tient à la fois à la dominante des feuilletons diffusés sur la multitude de chaînes satellitaires arabes, mais au fait que beaucoup de feuilletons d’autres pays (Turquie, Mexique, Brésil, etc.) sont adaptés dans ce parler.

Tableau 13 : Langue et variétés de dialectes arabes préférés par sexe

 

Femmes

Hommes

Algérien

67,9%

66%

Syrien

17,9%

17,5%

Egyptien

6,6%

9,3%

Marocain

2,8%

1,0%

Tunisien

0,9%

1,0%

  • f. Modes de consommation

Globalement c’est la télévision qui vient en tête du mode d’accès au film en termes de préférence (109), suivi par le DVD, l’Internet et la salle de cinéma. En Algérie, la quasi disparition des salles de cinéma est un fait qui est devenu structurel depuis une vingtaine d’années. Notons néanmoins que l’offre satellitaire télévisuelle et surtout celui des bouquets qui proposent plusieurs chaines thématiques de films a trouvé un large public.

  • g. Critères pour le choix d’aller dans une salle de cinéma

Majoritairement pour ceux qui répondent à cette question, c’est la programmation qui est le premier critère, suivi du confort, du prix et enfin de la proximité. Cela est tout à fait compréhensible étant donné la pauvreté de l’offre cinématographique et le nombre insignifiant des salles.

  • h. Quels sont les supports qui vous ont informé sur le festival

Ce qui domine, c’est la part importante de l’affichage, suivi par la presse, la télévision, internet, la radio et enfin le bouche-à-oreille. Soulignons qu’en effet à Oran, l’affichage omniprésent et imposant marque l’environnement urbain pendant toute la manifestation.

  • i. Commentaires personnels

Très peu de sondés ont apporté des commentaires. Pour les quelques dizaines d’avis, ce qui est récurrent, c’est la demande d’ouverture des salles de cinéma et la programmation de films internationaux récents.

Annexes

Sondage sur la réception des films arabes au FOFA  Septembre 2013

- Identification de l’enquête

Sexe :      Age :       Lieu de résidence :

Niveau scolaire :    primaire,          moyen,           secondaire,      supérieur.

Profession :            salarié,                        profession libérale,      chômeur,         retraité,           étudiant.

- Questionnaire

- Quels genre de films préférez-vous ? (classez par ordre de préférence) :

Dramatique ( )/ social ( ) / historique ( )/ sentimental ( )/ comique ( )/ policier ( )/ film d’action (  )/film d’horreur (  ) /comédie musicale ( )/ …

- Quels thèmes ou sujets préférez-vous ? (classez par ordre de préférence) : Amour ( )/ guerre (  ) /espionnage (  ) /biographie (  )/aventure (  )/ …

- Sur quels critères est basé votre choix de films?(classez par ordre de préférence) :

le nom du réalisateur ( )/ le nom de l’acteur principal ( )/ le synopsis ou le résumé (  )/ la critique écrite (  ), télévisée (  ), radiophonique (  ), internet (  ), autre (  )

- Dans quelle langue ou dialecte préférez-vous suivre un film ? (classez par ordre de préférence) : l’algérien (  )/ le syrien (  )/ l’égyptien (  )/ le marocain (  )/ le tunisien (  ) … ?

- Votre consommation de films se fait à travers : (classez par ordre de préférence)

  • Télévision ( )
  • DVD ( )
  • Internet ( )
  • Salle de cinéma ( )
  • Autre ( )

- Quel est le dernier film que vous avez regardé en salle ou hors salle ? (donnez le titre)

  • En général ou international :
  • Cinéma arabe :
  • Cinéma algérien :

- Comment avez-vous été informé sur le Festival d’Oran du Film Arabe:(classez par ordre de fréquence) :

  • La presse ( )
  • L’affiche ( )
  • La radio ( )
  • La télévision ( )
  • L’internet et les réseaux sociaux ( )
  • bouche à oreille ( )

- Quels sont les conditions qui vous encouragent à aller dans les salles de cinéma ? (classez par ordre de préférence)  La proximité ( )/ Le confort ( ) / La mise des places ( )/ Les films programmés ( )

Commentaire personnel (facultatif)

Entretiens

Les entretiens qui suivent ont été réalisés au cours de la septième édition du Festival d’Oran du Film Arabe (FOFA) qui a eu lieu en septembre 2013 à Oran. Le choix a porté sur des personnalités représentatives du cinéma et de la culture en Algérie. Ahmed Rachdi, Hassan Khachach et Bachir Derrais, chacun dans son domaine, donnent une vision personnelle, mais professionnelle et informée de l’activité cinématographique de ces dernières années.

  • a. Entretien avec le réalisateur Ahmed Rachedi

Comment évaluez-vous cette septième édition du FOFA ?

Je ne peux pas l’évaluer maintenant parce que je suis membre du jury mais je pourrai le faire après le palmarès.  Je peux dire que c’est une année qui est, à mon avis, réservée spécialement aux premiers films de réalisateurs arabes ; c’est intéressant en ce sens qu’elle montre ce que va être le cinéma arabe dans les années à venir car on y décèle beaucoup de talents mais un peu de précipitation aussi.

C’est toujours le cas quand un réalisateur a la possibilité de faire son premier film, il veut y mettre toutes les idées qu’il a dans la tête ; ça fait un peu disparate mais le nombre d’idées qu’il y a dans un film indique aussi que si le metteur en scène se concentrait, s’il faisait un travail un peu plus efficace sur le scénario, il ferait probablement un très bon travail.

Figure 1 : Ahmed Rachedi

 

Source : auteure

Avez- vous des remarques sur le plan technique ?

Sur le plan technique, ils sont tous plus ou moins aboutis parce que  ce sont leurs premiers films et constituent une espèce d’exercice de style où ils veulent montrer leur capacité à dominer la machine mais ce n’est pas cela la chose la plus importante dans la réalisation d’un film.

Puis-je avoir votre avis personnel sur la situation du cinéma algérien durant ces cinq dernières années ; peut-on parler d’une dégradation ou d’une évolution ?

Le cinéma algérien est en convalescence actuellement, il est passé par une période où il avait connu son âge d’or, puis par un grand creux dû à plusieurs facteurs s’est installé : les salles ont été attribuées en gestion aux communes et ces dernières après les élections, les ont données au FIS qui en a pris la grande majorité (plus de 90%) et les a transformées. Au lieu de 500 salles, on en a que 20 ou 25 qui fonctionnent dans tout le pays et cela est un très grand problème car on est en train de faire des films sans public et la télévision algérienne reste notre seule chance d’atteindre ce dit public ; il faut par ailleurs noter que celle-ci s’intéresse peu à la production cinématographique nationale.        

Les structures de production et de diffusion cinématographiques existent elles en Algérie ?

Elles n’existent pas, il n’y a pas de structures de production ni de diffusion en Algérie ; on peut dire qu’il y avait auparavant des organismes d’état.

A votre avis, quels sont les facteurs qui causent ce recul du cinéma algérien ?

Parmi ces facteurs de recul du cinéma algérien, il y a cette décision, un peu inappropriée, prise par l’état pour dissoudre les organismes étatiques qui avaient comme charge de s’occuper du cinéma ; ils ont éliminés toutes les institutions et tous les organismes qui s’occupaient du cinéma : l’ENSIC, le CAIC, l’ENPA, l’office des actualités algériennes. Du jour au lendemain, on s’est retrouvés sans personne, aucun interlocuteur face au créateur pour pouvoir éventuellement étudier, encourager, accepter ou refuser les projets de films ; ce qui fait que le cinéaste doit aujourd’hui s’adresser directement au ministère dont la mission n’est pas de produire des films car ce n’est pas à l’Etat d’en produire.

Justement je voudrais vous poser une question sur le secteur privé qui ne s’implique pas réellement dans la production cinématographique en Algérie ! S’agit-il d’une question d’intérêt ou d’un manque de culture ?

Pour une raison fort simple : le privé ne s’implique que dans les affaires susceptibles de couvrir ses frais d’investissement. Il n’ya pas de marché de cinéma en Algérie (ni de TV, ni d’exportation, ni de DVD). Le privé algérien ne met pas de l’argent dans la culture, au mieux il le place dans le football, au pire, la culture ne l’intéresse pas du tout, peut-être manque-t-il de culture aussi !

À juste titre, je voudrais évoquer ce sujet ; avons-nous un problème de culture par rapport au cinéma ? On remarque que les salles de cinéma sont ouvertes uniquement lors du festival alors qu’elles sont fermées pendant toute l’année. Pourquoi ?

Une des conséquences les plus graves, est le fait que les salles ont été fermées ou transformées pendant des années et que le public a perdu cette habitude, cet élan qui le conduisait dans des salles de cinéma pour aller voir un film. Il y a un grand problème qui peut-être irréversible, c’est qu’il n’y a plus de public qui va au cinéma ; des jeunes de 25 à 30 ans n’ont jamais mis les pieds dans une salle de cinéma parce que tout simplement, ils ont chez-eux 500 ou 600 chaînes à leur disposition et une pluie torrentielle d’images qui tombent des paraboles. Ils peuvent aussi acheter les dernières productions du cinéma mondial au bas de leurs maisons, sur le trottoir, ça se vend pour rien du tout, ceci, est un inconvénient majeur, mais cela peut être aussi un avantage parce qu’à force de se programmer tout seuls , ils finissent par acquérir une culture cinématographique qui exige des cinéastes algériens de s’élever à pour pouvoir capter l’attention du public ; ces jeunes voient tous les jours des films et ainsi que ce qui est fait dans le monde.

Comment pouvez-vous évaluer la production cinématographique algérienne des cinq dernières années ?

Il y a très peu de films algériens réalisés pendant ces cinq dernières années ; les seuls à avoir été produits, sont subventionnés, soit par le ministère de la culture soit par le ministère des moudjahidines, dans le cadre d’un programme précis, arrêté sur un certain nombre de héros de la guerre de libération nationale. Le nombre total de films en Algérie ne dépasse pas 4 à 5 par an ; je parle des longs métrages, par contre il y a beaucoup de courts métrages qui se font à l’occasion de manifestations ponctuelles : Alger, capitale culturelle- Tlemcen, capitale islamique arabe- qui offrent la possibilité aux jeunes réalisateurs algériens de réaliser un nombre important de courts métrages, ce qui est intéressant : car ils se font la main sur cela en attendant que se présentent des opportunités.

Avons-nous un problème de production, d’auteurs ou de scénario ?

Nous avons tout d’abord un problème de production, il n’y a pas de mécanismes de production c’est-à-dire que nous ne savons pas très exactement comment ça se passe, il n’y a pas de règles. D’une part, c’est l’État qui choisit ce qu’il veut subventionner ou pas, d’autre part, il y a une faiblesse générale dans le cinéma arabe et pas seulement algérien.

Nous avons aussi un problème de scénario qui se pose car il faut trois conditions pour faire un film : la première, c’est le scénario, la seconde, c’est le scénario et la troisième, c’est le scénario. Après cela, je peux dire que mon film est prêt et qu’il ne me reste plus qu’à le tourner. La phase du tournage du film est la plus simple et la plus facile et y arriver veut dire qu’on a réglé un nombre considérable de problèmes de financement : comment couvrir les frais, comment trouver les techniciens qu’il faut ? Parce qu’il y a peu de techniciens spécialisés dans le cinéma, ils travaillent tous, plus ou moins, à la télévision.

On avait de très bons techniciens mais la longue période d’inactivité les a obligés à changer de travail, certains se sont reconvertis ; cela est aussi l’un des problèmes qu’il faut considérer lorsqu’on parle du cinéma algérien parce qu’ on doit quasiment tout refaire : former des techniciens, construire des infrastructures pour qu’on puisse les utiliser spécialement pour le cinéma, importer des équipements car on en a pas du tout en Algérie, revoir les conditions fiscales et douanières imposées au cinéma et qui sont hautement plus fortes que celles qui sont soumises à n’importe quelle autre marchandise. Le cinéma paie plus d’argent que pour l’importation de kiwis par exemple (rire).

A votre avis, est-ce qu’on doit faire appel tout le temps à l’état pour résoudre ce genre de problèmes ?

C’est à l’État de régler ces problèmes, les lois sont faites par lui parce que le cinéaste n’a aucun pouvoir sur le système pour faire avancer les choses, mais peut-être que les choses commencent à changer car on est en train de tout reconstruire à zéro. Il y a déjà une très belle initiative prise par le Ministère de la culture, celle de récupérer des salles, de les remettre en état à ses frais pour les donner aux APC (qui les refusent parce qu’elles ont probablement d’autres projets qu’elles considèrent plus prioritaires).

Ça veut dire qu’on a un problème de culture pour ce qui concerne le cinéma ?

On a un problème de prise en charge de la culture mais il y va de la volonté de tout le monde pour que la production culturelle ou artistique en général, soit encadrée, encouragée comme dans tous les pays du monde. Elle doit être défiscalisée et doit disposer de bon nombre d’infrastructures et d’écoles de formation pour pouvoir se développer, Tous ces facteurs doivent être mis ensemble pour pouvoir dire que notre cinéma démarre… mais assez curieusement nous avons eu tout cela , voilà pourquoi maintenant on  peut considérer qu’il y a une régression.

Y a-t-il une relation entre le cinéma algérien, arabe et international ?

Il y a une relation à travers les festivals sans plus, et cinématographiquement parlé, il n’y en a pas.

Qu’est-ce qu’une relation cinématographique selon vous ?

Une relation cinématographique nous permet de produire ensemble et facilité l’échange : nos films passeront chez eux et leurs films passeront chez nous, cette relation contribuerait à laisser nos films apparaitre dans les 1001 chaînes arabes qui ne réservent pas du tout d’espace au cinéma algérien.

Avons-nous un problème de langue ?

On n’a pas de problème de langue car le cinéma n’en a pas ; moi par exemple, j’ai vu un de mes films doublé en chinois, donc la langue du cinéma c’est l’image, elle est l’outil vernaculaire du cinéma. Elle peut être doublée dans tous les idiomes du monde. On a peut-être un problème d’accent, de lahdja,  Ça aussi nous pouvons le dépasser, pourquoi nous,  algériens nous arrivons à comprendre les accents des syriens, des égyptiens, des émiratis, des tunisiens ? … cela, est un faux fuyant, ce n’est pas un vrai problème.   

En fait pour que ça soit institutionnalisé, il faut que les Etats arabes fassent comme les Etats européens, c’est-à-dire une loi qui organise l’exception culturelle pour que notre cinéma ne meure pas.

Pouvez-vous nous définir l’exception culturelle ?

L’exception culturelle, c’est obliger les chaînes de télévision à réserver une partie de leurs programmes strictement au cinéma, mais par une loi qui les oblige, sinon elles ne le feront jamais parce que ce sont des chaînes commerciales. On voit déjà peu de films algériens à la télévision algérienne, presque pas ! Nos films ne passent même pas à la télévision nationale.

  • B. Entretien avec l’acteur algérien Hassan Kachach

Tout d’abord, je voudrais vous demander de vous présenter.

Je suis Hassan Kachach, comédien algérien. Je peux parler de mon premier film : « C’était la guerre » mon premier contact avec le cinéma avec un film produit en 1992 ; une co- production algéro-française dont les réalisateurs sont Mr Ahmed Rachedi et Mr Maurice Failevic ; mais le public m’a découvert avec « Mostefa Ben BoulaÏd ».

Figure 2 : Hassan Kachach

 

Source : auteure

Peut- on avoir plus de détails sur le premier film ?

Dans le premier film, il y avait deux équipes de tournage ; l’une algérienne et l’autre française, deux réalisateurs, deux scénarios, deux films en un : C’est un téléfilm, sorti en 1994, qui a eu le premier prix à Biarritz à l’occasion du Festival international de la production audiovisuelle. Par la suite, il y a eu d’autres productions.

On vous a découvert dans Mostefa Ben Boulaïd et on s’est interrogés sur vos rôles antérieurs !

Dans ce film, j’ai eu le premier rôle car dans la carrière artistique d’un acteur, il y a toujours un film qui le fait connaître plus qu’un autre et à travers lequel, le public commence à découvrir le comédien.

Mostefa Ben Boulaîd, c’était un choix ou un hasard ?

Pour moi, ce n’était pas un choix, c’était une chance et un honneur. J’ai été choisi et j’en suis content.

Je veux savoir si ce rôle vous a été proposé parmi d’autres ; Est-ce une question de choix ?

Non, je n’avais pas de choix ; on a annoncé le casting, je connaissais l’équipe et aussi Mr Rachedi, mais dans ce genre de films, on est dans le typage et non pas dans le personnage donc connaître ou ne pas connaître des personnes n’est pas vraiment important. Il y a un critère essentiel, c’est qu’il faut ressembler au personnage ; quand je dis ressembler cela ne veut pas dire produire une photocopie mais je parle de traits de ressemblance ; quand on voit deux personnes qui se ressemblent, on dit qu’il y a du sang.

Peut-on parler d’une ressemblance d’âme au cinéma ? Peut-on parler d’un maquillage intérieur et extérieur ?

Il faut des traits aussi, une ressemblance. Pour le comédien ou l’acteur, il y a un travail de préparation de soi de l’intérieur : comment entrer dans le personnage et comment en ressortir, c’est un va –et- vient entre les deux parce qu’il y a souvent des techniques qu’on n’utilise pas ici ou presque pas. Mais ailleurs, là où il y a beaucoup de productions, les acteurs ont besoin de revenir à la réalité. Quand je suis en tournage, je suis dans le personnage mais une fois que j’ai terminé, je fais une marche arrière progressive ; certains sont assistés parfois par des spécialistes, des coachs parce que c’est une charge émotionnelle et ce n’est pas facile, ce n’est vraiment pas facile. Pour moi, il en est ainsi. Quand on parle de choix, de typage, je dis qu’on a besoin d’une personne, d’un acteur de préférence, parce que parfois il arrive de faire un casting sur une ressemblance chez quelqu’un qui n’est pas acteur mais il faut être disponible et avoir les moyens de le former pour quelque temps et essayer de tirer de lui quelque chose ou le maximum. Mais en général, on fait un casting chez les acteurs et c’est sur ce seul critère que se font les choix.

A la différence des autres castings, quand on a besoin d’interpréter un personnage qui n’est pas connu, à titre d’exemple, un personnage historique dont on n’a pas de photos et dont l’existence remonte à quinze ou vingt siècles et sur lequel on n’a pas assez de documentation, hormis quelques descriptions (physiques ou morales), on fait alors un travail sur le personnage ; on a besoin de quelqu’un qui rentre dans le personnage et là on est dans l’obligation de ressemblance.

Allons-nous vous voir dans d’autres rôles ?

C’est une question de propositions ; j’ai fait autre chose : mon dernier film avec Mohammed Chouikh intitulé « L’Andalous », c’est le personnage d’un prince de Mostaganem.          

Cela veut dire qu’on est toujours dans le registre historique ?

Là oui, c’est le 15ème siècle après la chute de Grenade, mais c’est autre chose ; ce film raconte l’histoire d’un prince autoritaire- un personnage cartésien. Je ne sais pas si je peux appliquer ce terme qu’on ne pouvait appliquer avant, c’est impolitique ; c’est quelqu’un qui veut préserver son pouvoir et sa famille. J’ai également joué dans un film policier, qui n’est pas encore sorti, et dans lequel j’interprète le rôle d’un inspecteur de police. C’est l’adaptation d’un roman de notre grand écrivain Yasmina khadra et dont le réalisateur est notre ami Bachir Derraîs.

C’est tiré de quel roman de Khadra ?

C’est une série qui s’inscrit dans le type du polar et c’est un scénario écrit pour le film. Quand j’ai discuté avec Yasmina Khadra enfin Si Mohammed, il m’a dit qu’à la base on voulait avoir un polar algérien, un commissaire Liob algérien comme dans les autres séries policières un peu partout dans le monde. Pourquoi pas ?

Qu’est-ce qui vous a vraiment attiré ou intéressé dans le rôle ?

Ce qui m’a intéressé dans le rôle, c’est le policier, et les nombreuses péripéties qui se passent chez lui : c’est l’histoire d’un couple en souffrance où le mari est appelé à accomplir des fonctions qui nécessitent beaucoup de déplacements : une permanence, des heures supplémentaires, une absence de temps en temps, et lui comme il aime son travail, ça crée des problèmes avec son épouse, un personnage incarné par notre amie la comédienne Nadia Oukassi et ça a bien fonctionné.

J’ai aussi interprété le rôle d’un musicien compositeur dans un film de Abdellatif Ben Ammar ; c’est une coproduction algéro-tunisienne, produite par PROCOM international. Le film a obtenu en 2010 le premier prix en Algérie dans le cadre du FOFA.

Peut-on avoir un peu plus de détails sur ce film ?

C’est un défi autre, dans le film on parle d’un musicien algérien qui a beaucoup de sensibilité et qui décide de partir en Tunisie avec sa femme afin de fuir les évènements de l’Algérie des années 90. En Tunisie, il se retrouve doublement dépaysé ; premièrement, il n’est pas chez lui et deuxièmement, il ne fait pas ce qu’il veut (il enseigne et s’intéresse à une chorale d’enfants, il essaye de leur transmettre ses connaissances).

Pourquoi parlez-vous d’un défi ?

Le défi dans ce rôle est de convaincre le public ou le téléspectateur que je suis compositeur ou musicien : j’ai travaillé sur le personnage et je suis allé à l’orchestre symphonique où je connais beaucoup d’amis, sans dire que c’était pour un film. J’ai dit que je venais assister aux répétitions pour observer les musiciens et leurs différents comportements sur scène. J’ai fait beaucoup de séances de travail avec Farid Aouameur qui a composé la musique du film, avec Aida Jiati et son mari Riad, un couple très sympathique ; ils m’ont projeté dans le personnage et je faisais même un travail supplémentaire en dehors du tournage, je restais sur le plateau et je répétais.

J’ai interprété aussi le rôle du syndicaliste Ferhat Hached dans le feuilleton « Ferhat Abbas » qui par rapport à Ben Boulaïd, représente une autre forme de lutte contre le colonialisme. J’ai joué aussi le rôle d’un poète au Maroc dans « El Hayyani « réalisé par Kamel Kamel qui voulait donner une dimension arabe et maghrébine à son feuilleton. Il est constitué de quatre épisodes qui pourraient correspondre à quatre films, presque 1h 15 minutes chacun. Moi je suis dans le deuxième et représente un chanteur marocain de la génération de Doukali et de Belkhayat mais qui a une histoire et un parcours un peu particuliers ; c’est l’histoire d’amour d’un couple où la femme est très jalouse et dont le mari vit beaucoup de contraintes de la part de sa famille puis il part en Égypte pour se faire connaitre et là-bas encore, il rencontre des obstacles.

Vous êtes en train donc d’élargir votre palette de choix !

J’essaye en effet d’élargir un peu la palette de mes choix : J’ai participé à un vidéo clip de Warda El Djazairia intitulé « Ayyam » réalisé par Monès Kammar. J’ai prêté ma voix dans un film sur la wilaya de Tipaza. J’ai fait une lecture scénique avec le metteur en scène autrichien Martin Valtz à Alger. On a fait la lecture d’Arthur Schnitzer qui a été traduit par Abou El Aïd Doudou, lui, a lu le texte en allemand et moi, je l’ai fait en arabe, puis pour un petit clin d’œil au public, j’ai proposé d’inverser : C’était très sympa de lire le dernier paragraphe en allemand et de demander au traducteur de le faire en arabe.

 C’était facile pour lui de lire en Arabe ?

On a travaillé ensemble : Je lui ai écrit le texte phonétiquement et cela s’est très bien passé car le public s’est beaucoup intéressé et était à l’écoute même quand je parlais en Arabe et quand lui, parlait en Allemand parce qu’on disait le même texte. C’était très intéressant de voir comment on peut capter l’attention du public à travers l’intonation, les silences, les virgules, les points, tout cela. J’estime donc que je ne suis pas que dans le registre historique mais j’essaye de varier car je pars du principe que l’acteur doit apporter toujours quelque chose de différent, un plus !

Dans toute cette différence et tous ces choix, quel genre de rôle préférez-vous ?

Moi en réalité, je préfère les rôles de composition, mettant de côté tout ce qui n’est pas conviction, bien sûr, je suis trop attaché à Ben Boulaïd, ça, c’est sûr, il n’y a pas de doute là-dessus, mais j’aime beaucoup les rôles qui ont une profondeur humaine, qui permettent à l’acteur d’utiliser ses capacités, ses compétences, de s’exprimer, de se découvrir parce que pour moi, un film de cinéma, c’est raconter une histoire avec de belles images et beaucoup d’émotions. Si on réussit tout cela, le film accroche et il y a un message qui passe. Pour dégager de l’émotion, il faut que l’écriture et l’interprétation soient profondes et touchent l’humain avec  beaucoup de sensibilité. J’aime beaucoup ce genre de rôles, mais il peut m’arriver de jouer dans un film d’action, pourquoi pas ?mais en général, ce que j’aime, ce sont les rôles où on voit des contrastes et quand ce n’est pas linéaire.

Vous parlez peut- être du roman ou de l’écriture fragmentée ?

Dans le roman fragmenté, il y a un ciment, un quelque chose qui lie des situations géographiques, sociales un peu différentes, on parle presque de la même chose, une même situation dont l’écrivain traite les différents aspects à travers plusieurs facteurs de la vie et des personnages de son histoire ; il y a des films qui se font comme ça, c’est ce qu’on appelle un montage parallèle.

Dans le cinéma pour faire ce genre d’histoire, il faut un fil conducteur et un lien qui cimente toutes les histoires, ce n’est pas évident, entre le livre et le cinéma, ce n’est pas la même chose car les films, ce n’est pas de la fragmentation, ce sont des situations vécues, ce n’est pas un truc monotone, linéaire, il faut que ça soit profond, c’est ce que j’appelle les rôles de composition où il faut bâtir, où il faut créer le silence, le désarroi, la joie, tout cela dans des situations différentes.

Je voudrais avoir votre avis sur cette septième édition du festival par rapport aux précédentes et quelles en sont les caractéristiques ?

J’étais là pratiquement tout le temps sauf dans une édition où j’étais en tournage. Il y a une caractéristique qu’on attribue spécialement aux algériens et tout particulièrement au FOFA, c’est une dimension culturelle, nos festivals sont très proches des publics

Comment ?

Déjà, la projection des films se fait au centre-ville en contact direct avec le public ; je suis allé dans des festivals, où tout se passait dans un cadre restreint, des hôtels, des complexes, dans le super luxe, (je ne parle pas de Cannes) où on n’est qu’entre nous. Ici, on est en contact avec le public, c’est très intéressant, très important et primordial ; on fait des films pour le public n’exagérons pas !, si on fait des films, c’est pour qu’ils soient vus.

On a ici la possibilité de voir directement la réaction du public qui regarde le film, qui le suit, qui s’intéresse avec simplicité et spontanéité, qui vient dans la générosité, qui demande le programme ; il faut que ça continue, j’espère qu’on va prendre en considération cela ; les films ont eu des échos que le public a aimés, qui sont primés. Qu’on prolonge leur projection même après le festival pendant deux ou trois semaines, un mois pourquoi pas ? C’est ce que je voulais dire, on est dans la rigueur et la simplicité, dans le luxe et la modestie. J’aime ce mélange, lorsqu’on voit le Méridien et le Centre des conventions, on est dans un festival de renommée mondiale, on n’a rien de moins que les autres.

Ça fait vraiment plaisir d’entendre cela !

C’est une réalité, lorsqu’on voit l’entrée, le tapis rouge, l’organisation, la couverture médiatique, les chapiteaux, la salle, les moyens mis à la disposition des personnes…s’ajoute à tout cela, cette touche tout oranaise de notre public qui est dans la joie, cela enrichit un festival que je peux dire mature, qui est en train de prendre vraiment de l’ampleur, je suis très optimiste, les choses se font dans la continuité, progressivement il est vrai, mais ça se construit doucement mais sûrement. Le festival est bien installé, voilà !

C’est ce qu’on a vraiment remarqué et tant mieux !

C’est ce que tout le monde a remarqué, on est tout le temps ensemble avec des artistes arabes invités, on discute, on anime des débats. Il y a une admiration certaine, ils le disent et le répètent tout le temps. C’est de l’étonnement dans son sens le plus positif, ils découvrent agréablement le pays et les gens, voilà !

Quel est votre avis sur la situation du cinéma algérien, surtout durant les cinq dernières années ?

Historiquement, le cinéma algérien a fait ses preuves, tout le monde le reconnait d’ailleurs : la palme d’or, les différents prix dans le monde. On sait que le cinéma algérien est sérieux, car à thèmes, et engagé sur tous les plans et à tous les niveaux. Ce n’est pas un cinéma nouveau, ce qui l’est, c’est cette relance, cette renaissance après la décennie noire, une période difficile qu’on a laissée derrière nous. La caractéristique de cette renaissance, est qu’il y a un sang nouveau : de jeunes réalisateurs vivant à l’étranger participent aussi au cinéma algérien.

Ce dernier ne se développe pas tout seul d’ailleurs, il y a aussi le théâtre, la musique classique, l’édition des livres, les frames,… Si on est aujourd’hui à 170 festivals institutionnalisés entre régional, national et international, c’est qu’on a réussi à faire quelque chose de très important. Mais les gens ne savent pas vraiment ce qui se passe parce qu’il y a un véritable problème de communication.

Le cinéma algérien sur le plan des techniques et des compétences est au même niveau que tout le monde car pour faire un film, on n’a aucun problème. Les difficultés résident uniquement au niveau des scénarios il faut qu’on les travaille, que ça soit à travers des ateliers d’écriture, par la formation ou la co-écriture car il y a énormément de sujets qui peuvent être transformés en film : il faut par ailleurs que le cinéma algérien s’intéresse un peu plus à la littérature algérienne, et commence à en faire des adaptations.

Le théâtre est en train de faire de l’adaptation de romans, de pièces théâtrales universelles, c’est bien, mais il faut qu’on s’intéresse davantage à la littérature et au livre algériens : il y a tellement de sujets ! L’écriture de scénarios, est une formation spécifique qui n’est pas donnée à tout le monde, il faut savoir écrire pour la caméra : c’est une écriture qui est particulière, et, à ce niveau, on est un peu en retard. Par ailleurs, il y a également tout un travail qui se fait pour la sortie des films. C’est au niveau des salles que cela se pose car il n’y en a pas assez  pour la projection des films

A-t-on des problèmes de production et de diffusion ?

Il y a des organismes qui financent le cinéma : le FDATIC et l’A A R C, à ma connaissance ce sont les deux seuls organismes, je n’ai jamais été producteur mais je sais que l’Etat les soutient.

Pourquoi le privé algérien ne s’implique pas dans la production cinématographique ?

Il faut poser la question au privé car je ne peux pas répondre à sa place mais je peux essayer de comprendre sa position : quand il veut investir son argent, un privé pense au retour de ce dernier ; s’il met un milliard, il a envie de gagner 15 milliards. Pour pouvoir faire cela, on doit parler d’industrie qui a des besoins. La production, c’est toute une chaîne : l’idée, le scénario, déposer le dossier, le montage financier, le casting, filmer, la post production, la diffusion, la distribution. Combien de distributeurs a-t-on en Algérie ? Il n’y en a pas beaucoup parce qu’on a un problème de salles.

Le privé aime investir de l’argent en pensant aux retombées qu’il trouve dans les défilés de mode, les vidéo-clips, les soirées, les galas, la publicité, s’il voit demain qu’il peut investir de l’argent dans un film qui sera diffusé dans 50 ou 70 salles de cinéma en même temps à l’échelle nationale, il investira, pourquoi pas ? Son investissement sera rentabilisé.

Si on est dans la logique de l’industrie cinématographique et on attend le retour, je ferai des choix qui sont bien pour cette dernière mais ça ne sera pas un plus énorme pour la culture. Il y a des chaines qui passent des films durant toute la journée mais est-ce qu’il y a un apport culturel vraiment consistant dans ce qu’elles diffusent ?

Ça dépend du film !

Ça dépend du film, il faut que les deux aillent ensemble. C’est quoi la mission du cinéma ? C’est mettre de l’éclairage sur des problèmes sociaux, raconter, débattre, … mais ces sujets ne rapportent pas d’argent.

Donc nous avons un vrai problème de diffusion ?

Dans un premier temps, je voudrais parler d’infrastructure car il y a eu beaucoup de travail concernant la restauration des salles il y a quelques années. Le FOFA a permis à la restauration de beaucoup de salles à Oran comme la Cinémathèque, le Maghreb, El Saâda. On a eu à Alger trois salles aussi et plusieurs sont en train d’être restaurées : la Maestra, l’Afrique, l’Atlas, l’Alegria, mais dans certaines villes, les salles restent fermées

Peut- on savoir pourquoi ?

Parce qu’il y a un problème juridique, car ces salles sont devenues des propriétés ou sous la tutelle de l’APC et pour qu’elles soient restaurées ou retapées, il faut de l’argent. Le Ministère de la culture ne peut pas débloquer des budgets pour des structures qui ne sont pas sous sa tutelle et dont il n’a pas l’acte de propriété. Je ne vais pas restaurer une chose qui ne m’appartient pas comme même ! !c’est une réalité et elles sont devenues après des marchés, des salles de fêtes ; ce n’est pas possible ça ! mais comme même, maintenant il y a tout un travail qui se fait dans ce sens, un cahier de charge ; tous les nouveaux centres commerciaux, les grands moles doivent contenir des salles de cinéma, par exemple à Bab El Zouar d’Alger, il y a deux ou trois salles, il y a le projet de l’Opéra d’Alger qui va être construit, il y a des projets d’avenir, donc diffusion = salles = droits d’auteur et contrôles parce qu’après le film il y a le DVD.

Il y’a tout un travail qui est en train de se faire pour que beaucoup de salles soient restaurées, mais l’Algérie c’est un continent, une quarantaine ou une cinquantaine de salles ne vont pas suffire ! Mais ce n’est pas à l’arrêt, c’est un chantier ouvert car il y a beaucoup de choses qui ont été faites.

Le second volet c’est le public lui-même étant donné que si on sort maintenant ici ou dans n’importe quelle ville algérienne on peut rencontrer des jeunes de 14 ou de 15 ans qui  n’ont jamais été dans une salle de cinéma pour voir un film.

Moi je propose souvent d’aller dans les universités où il y a des salles de conférences et de projection ; on a été à Laghouat, à Blida, un peu partout, on est venu ici à l’université d’Oran où on a inauguré le cinquantenaire par la première sortie du film Ben Boulaîd, on l’a faite ici et elle a été suivi d’un débat avec les étudiants de communication.

Ça c’est très intéressant car qui est le public de demain ? Ce sont ces gens-là, les universitaires, les lycéens, les couples nouveaux, les familles qui sont en construction. Pour moi et c’est ma conviction, on doit aller les voir, pourquoi pas ? Ils regardent, ils découvrent qu’est-ce que c’est un film à travers le data à show, mais dans les salles de cinéma, c’est autre chose, donc il faut qu’on aille et qu’on motive le public pour que ce dernier vienne dans les salles de cinéma. C’est un travail qui demande du temps, c’est l’une des fonctions, l’un des avantages du festival car ça permet au public de découvrir ou de redécouvrir ou même de faire une mise à jour de ce qu’il a compris.

On aimerait avoir cette culture pendant toute l’année parce qu’on ne remarque l’ouverture des salles et la présence du public que pendant le festival !

Mais est-ce qu’il diffuse des films à Oran après le festival ? je ne sais pas !

On diffuse généralement dans une seule salle seulement des films anciens et je crois que le public s’intéresse surtout à la nouvelle production

C’est juste et c’est son droit car aujourd’hui on a l’existence de mille chaines de télévision et on est dans la facilité du DVD. Les gens préfèrent rester chez eux avec une télécommande à la main ; ça c’est un plaisir mais aller au cinéma c’est un acte, ça veut dire que je vais au cinéma pour voir quelque chose de nouveau. C’est une sortie aussi, culturelle et didactique. Je le fais dans le sens positif, c’est pour voir quelque chose de beau, de récent et bien fait. Parfois, on fait des semaines de films et on ramène des films d’Amérique latine, russes, jordaniens, asiatiques, engagés,…le problème n’est pas celui du public qui ne va pas au cinéma mais de communication car il faut couvrir l’évènement et informer.

Si on parle par exemple du festival d’Oran, on remarque que nos chaines se centrent sur des choses qui ne sont pas vraiment intéressantes par rapport à ce qui se passe vraiment alors que les chaines arabes couvrent amplement les évènements artistiques et culturels du monde entier !

On ne fait pas d’amalgame entre une chaine généraliste et une chaine culturelle ou une chaine de cinéma ; une chaine publique ou généraliste comme la nôtre, n’a pas que la culture, mais concernant cette dernière, on a un manque, il nous faut une chaine spécialisée parce qu’on a besoin d’une chaine culturelle. Certains disent qu’on ne peut pas la couvrir et je dis qu’on peut le faire parce qu’on peut diffuser et rediffuser des films, parler des plateaux, des festivals, des artistes, diffuser des débats, des informations artistiques, les making-off, l’orchestre symphonique, les coulisses, les rencontres littéraires,…c’est mon souhait mais je ne veux pas comparer une chaine généraliste et publique qui a plusieurs tâches à des chaines culturelles.

Notre problème fondamental c’est qu’on doit revenir à la lecture et se réconcilier avec cette dernière. Les gens doivent revenir à la culture et c’est comme ça qu’on pourra résoudre tous les problèmes. Ce n’est pas seulement la responsabilité des moyens de communication car plus je lis plus mon horizon s’élargit, je demande plus et je ressens toujours le vide.

Je voudrais avoir votre avis sur le film algérien « C’est dans la boite »

Je ne sais pas si on peut appeler ça un film parce que je crois que dans un film, on doit quand même employer des techniques cinématographiques importantes. Ce n’est pas un film professionnel si on parle techniquement, on n’y trouve pas les constituants d’un film à mon avis. Il y a des histoires, des témoignages mais ce qui a été fait n’est pas professionnel.

Quel est votre avis sur le film égyptien « Harag wa Marag », je ne sais pas si la réalisatrice a été influencée par le réalisateur Khaled Youssef dans le traitement du sujet surtout en ce qui concerne el achwaiatte qu’on remarque souvent dans les films de ce metteur en scène !

Elle est influencée beaucoup plus par son père, le grand cinéaste Mohamed Khan

Mais c’est l’un des plus grands réalisateurs égyptiens comme même !

Bon il y a du travail, en effet, elle s’est basée sur ce qu’on appelle l’absurde mais même si on veut traiter d’un sujet à travers ce dernier, à mon avis, il faut que les choses soient vraiment réglées. Elle a fait un reflet de la société égyptienne rythmée par la pénurie et la nourriture et c’est elle qui a imaginé ce contexte. C’est pour cela que je parle d’absurde qui n’est pas très loin de la réalité mais ce n’est pas la réalité et c’est à travers cela qu’elle a voulu critiquer la société.

Moi, j’ai des reproches concernant le film ; j’aurais aimé que les personnages aient des dimensions profondes car je n’aime pas tout ce qui est invraisemblable au cinéma ; celui qui demande par exemple à sa fille d’aller lui acheter des cigarettes, c’est invraisemblable, ça peut être vrai mais il ne fallait pas le représenter de cette façon scandaleuse !

J’espère que le film algérien « Ayyam Al ramad » qui sera diffusé aujourd’hui sera intéressant par rapport au premier !

Je connais le scénario, il contient un peu d’action mais je ne l’ai pas vu en entier et j’ai envie de voir ce que ce jeune a fait car dans cette édition, la plupart des réalisateurs participent avec leurs premiers longs métrages.

Est-ce qu’il s’agit de donner dans cette édition de la chance ou de l’opportunité à des jeunes réalisateurs pour participer à un festival ?

C’est la caractéristique de cette édition ; passer des longs métrages qui sont réalisés généralement par des jeunes. Je ne veux parler ni de chance ni d’opportunité, je parle d’un festival qui a des critères car il y a une commission de visionnage composée de plusieurs personnes (réalisateurs, critiques, acteurs,…) ayant de l’expérience 

Est-ce qu’il y a une relation entre le cinéma algérien, arabe et international ? Voyez-vous un rapprochement ou un grand écart ?

Sur quel plan ?

Sur tous les plans : technique, thématique, visionnaire,…

Je pense que les techniques et les règles sont les mêmes partout ; depuis son début, le cinéma a évolué et on a tracé ses critères. En le faisant, on a commencé à établir des règles cinématographiques parce que la psychologie du téléspectateur demande cela. Comme être humain, notre concentration prend quatre minutes et à travers ce temps, on doit ramener un nouvel évènement. Cela est établit dans le cinéma américain car Il y a des gens qui étudient le scénario et en même temps la psychologie de la personne pour lui donner un renouvellement et préserver son attention.

Ça a un rapport avec le découpage, l’intrigue dramatique, les techniques de l’évènement ; ce sont des critères que tout le monde respecte. Le cinéma se diffère en ce qui concerne les moyens disponibles : par exemple on voit dans le cinéma américain des techniques employées qu’on ne trouve pas dans un autre cinéma du monde ; ça a un rapport avec l’infographie, le clonage, la technique des 3 dimensions. Le film d’Avatar par exemple demande d’énormes moyens bien que les règles restent les mêmes, mais l’espace qui a été consacré à l’imagination, au fantasme et au rêve est très large par rapport à d’autres parce qu’ils ont les moyens pour le réaliser.

Cependant avec les mêmes règles cinématographiques internationales, vous pouvez voir un film coréen ou chinois qui se base sur les mêmes critères cinématographiques, un film simple mais dans lequel on raconte une histoire originale ayant une dimension authentique et humaine au point de laisser chez le téléspectateur un effet comme celui que laisse Avatar.

Donc, ce n’est pas seulement une question de moyens ?

Ce n’est pas seulement une question de moyens, mais c’est la créativité qui fait la différence et ça a un rapport avec le réalisateur, avec la force du scénario et les moyens disponibles. Le plus important c’est la position de la caméra dans la réalisation d’un film, en effet ; ça a un rapport avec ce qu’on dit et c’est le langage cinématographique qui est important, car rien n’est gratuit au cinéma : les couleurs, le silence, la scène, l’éclairage,…si la caméra est en haut, en plongée, ça veut dire que les personnages sont en difficulté et on est en train de les écraser. Si la caméra est en bas, en contre plongée, ça veut dire qu’on est en train de remonter le personnage.

Même le téléspectateur non averti sent cela mais il ne peut pas donner des termes spécifiques à ces techniques employées.

On joue sur le subconscient et le jury ou le technicien fait une autre lecture. Le téléspectateur le voit comme histoire mais le jury doit le voir normalement comme : histoire, cadre, intrigue dramatique, composition, éclairage, tournage,…tous les éléments constituants le film puis il y a la touche de la créativité du réalisateur. Vous avez vu le film d’hier « Mariem » ? On sent la force du travail dès la première scène !  La charrette, le cheval qui coure,… des scènes très fortes, la pression psychologique, les angles,…

On sent que l’image s’impose et attire le téléspectateur malgré lui !

Là, il y a de la créativité : le brouillage, l’arrière-plan, le suspense,…si tu ramènes un autre réalisateur, va-t-il faire la même chose avec les mêmes techniques ? là l’expérience, le sentiment, l’artiste,… jouent un rôle mais techniquement, on n’est pas différent d’eux.

Il y a une autre question qui se pose : comment raconter l’histoire ? Comment narrer ? Quel est le scénario ? Parfois ce qu’on écrit, on ne peut le filmer. Il faut savoir filmer aussi : quand je vois, je comprends la situation du personnage, je dois savoir quoi employer comme rythme, musique et, effets pour exprimer tout cela. A mon avis, c’est ça le cinéma, un cinéma dans lequel on peut employer des moyens énormes et produire un travail, comme on peut employer des moyens minimes et donner beaucoup d’art et d’originalité.  

Il faut posséder ses outils et comprendre la langue de l’image car le réalisateur doit avoir une vision et beaucoup de sensibilité. La langue de l’image doit être comprise par tous les réalisateurs. Parfois on veut rénover, mais il faut le faire dans les règles de l’art, dans le respect de ce dernier, sauf si on veut faire l’exception.

Quel est votre avis sur cette septième édition du FOFA ?

Je pense qu’il y a une amélioration sur le plan de la sélection car on en a vu quand même une très bonne concernant les courts métrages qui sont très actuels parce qu’ils évoquent ce qui se passe dans la région arabe, mais on aurait aimé voir aussi des courts métrages d’autres pays : de la Mauritanie, du Soudan, de la Somalie, des îles Comores,… de ces pays qu’on oublie souvent.

Il y a une très bonne sélection aussi de documentaires par ce que ça pose des questions qui n’ont pas été abordées auparavant comme la question de la Nubie en Egypte ou celle de nationalité en Jordanie. Pour les longs métrages, on a vu aussi des films intéressants. Nous aurions aimé voir des films récents du Maroc qui est le pays qui produit plus de films actuellement dans le monde arabe, et aussi du Soudan… Dans les débats, il y a beaucoup de choses qui ont été dites sur ce cinéma qui offre une réflexion sur l’avenir et sur la société arabe actuelle.

Que pensez-vous de la situation actuelle du cinéma algérien et peut-on avoir votre avis sur les deux films algériens « Jours de cendre » du réalisateur Djamil Beloucif et « C’est dans la boîte » d’Ammar Fodil ?

Je suis très déçu en ce qui concerne le cinéma algérien car ce qu’on a vu est un film à la limite, moyen, c’est un très mauvais film même s’il est nouveau parce que le réalisateur a l’habitude de faire des courts métrages. De même pour le film de Djamil Beloucif qui est un film français en fait, à part la nationalité du réalisateur car je ne vois pas l’algérien dans son film. Pour les courts métrages, il y a 1 ou 2 qui sont bons comme celui de Karim Moussaoui, mais on peut dire qu’il y a un problème sérieux avec le cinéma algérien.        

Peut- on parler d’un problème de production ?

Pas forcément de production, car il me semble que le ministère de la culture donne beaucoup d’argent à ce secteur à travers le FDATIC et l’AARC également. 

A votre avis, pourquoi le privé algérien ne s’implique pas dans ce domaine ?

Malheureusement le privé algérien ne donne pas de l’argent au cinéma mais il le fait pour le sport et spécialement pour le foot bal ; ce qui est dommage ! Il y a aussi un problème d’adaptation à ce qui se passe dans le monde actuellement, un problème de scénario, d’idées, de conception, de renouvellement et de liberté dans le traitement des sujets.

Donc le problème ne se limite pas seulement au financement ?

Pas uniquement au financement. Il y a surement des difficultés qui se présentent mais il y a aussi des fonds destinés à cela. C’est vrai que les cinéastes ont tendance à se plaindre et à dire qu’il n’y a pas suffisamment d’argent et que c’est très difficile pour eux d’accéder à ces fonds du gouvernement mais Il faudrait bien qu’il y ait des sociétés privées pour qu’il y ait émergence de ce secteur.

Le cinéma c’est une industrie qui peut employer des milliers de personnes surtout dans les métiers des techniques, du montage, d’éclairage, de plateau, d’accessoiristes,…Il faudrait qu’on conçoive une fois pour toutes que le cinéma est une industrie. Il faudrait également qu’il y ait une réflexion au niveau national sur l’économie culturelle ou sur les économies culturelles parce qu’il y en a plusieurs.

Il faudrait aussi qu’on aille vers une production plus soutenue mais cela doit être accompagné de salles de cinéma parce que la distribution est un problème et l’état doit décider une fois pour toutes car ce conflit entre le Ministère de la culture et le Ministère d’intérieur sur qui doit gérer doit se résoudre. Les APC ne doivent pas gérer les salles de cinéma car c’est une question qui relève de la culture et il faut donner les espaces existants aux jeunes qu’on doit former aux arts cinématographiques et à la gestion comme on doit aussi renouveler le parc actuel et le doter de moyens techniques modernes comme la DCP ou le burlesque pour oublier un peu le 35 mm ou laisser une salle ou deux pour cela.  

Il faut que le privé investisse dans le multiplexe car Il n’est pas normal qu’une ville comme Oran, la 2ème ville du pays et qui accueille l’un des plus grands festivals du monde ne soit pas dotée de multiplexe, de salles dignes de sa taille. Les multiplexes existent partout dans le monde ; on a appris ici à Oran qu’un homme d’affaires palestinien a investi pour que Ramallah soit dotée de multiplexes malgré l’occupation et les difficultés sociales et économiques qui existent dans ce pays, donc, la distribution des films, il faut en faire une priorité nationale.  

Si on parle des films algériens qu’on ne voit pas sur les chaines arabes, peut- on dire qu’on a un problème de langue ?

Non, moi je pense qu’il n’y a plus de problème de langue d’autant plus qu’il y a le sous – titrage et il y a même le sous - titrage instantané, mais il faudrait que le producteur algérien notamment l’AARC et les producteurs nationaux veillent à avoir des copies qui soient diffusables dans tous les pays du monde. Des copies sous- titrées dans toutes les langues du monde ; sous- titrées en Anglais, en Français, en Russe, en Chinois,… dans toutes les langues parlées  pour que les films soient diffusés.

Que pensez- vous du doublage ?

Il ne faut pas aller voir le doublage parce que ce dernier dénature un peu les films. Maintenant, il y a un problème sérieux avec les chaines arabes surtout celles spécialisées en cinéma comme Rotana cinéma ou Nil cinéma qui ne diffusent pas des films arabes ou qui ne donnent pas beaucoup d’accès à ces derniers parce qu’elles préfèrent diffuser des films commerciaux comme les films américains, égyptiens ou un peu les films libanais, mais elles n’achètent pas de films arabes.

Quel genre de solution peut-on proposer concernant ce problème ?

Il faudrait lancer une réflexion à partir peut être d’Oran ou d’Abou Dhabi pour qu’il y ait une obligation quelque part à travers l’URTA pour que les chaines arabes prennent au moins un quota de films pour qu’ils soient diffusés ou connus parce qu’un cinéaste qui n’est pas diffusé à la télévision ne peut pas être connu s’il n’est pas vraiment un géni dans la production et dans la conception des films.   

Vous avez qualifié le film algérien de mauvais, qu’est-ce qu’un bon film à votre avis ?

Il me semble qu’un bon film doit raconter une histoire et le faire correctement selon les techniques du cinéma, du scénario, de la narration, du jeu des acteurs,

 Il doit être réalisé dans la forme artistique et technique convenable et doit plaire au public. Je ne parle pas du cinéma du message !

Que pensez- vous de la situation actuelle du cinéma arabe ?

Je pense que les changements politiques qui ont eu lieu dans la région arabe (ce qui s’est passé en Égypte, en Tunisie, au Yémen, en Syrie,…) déteignent maintenant sur la production, mais je crois que le cinéma arabe a beaucoup évolué ; c’est ce qu’on peut appeler la nouvelle vague ou une nouvelle conception du cinéma arabe.

On remarque que les jeunes s’intéressent beaucoup plus au court métrage !

Il y a beaucoup de jeunes qui font des courts métrages parce qu’ils n’ont pas les moyens pour faire de longs métrages mais il y a comme même dans leur discours des remises en cause d’ordre social : de l’interdit, de la moralité, de l’hypocrisie sociale,...de beaucoup de choses qui paraissent dépassées. Je peux dire donc qu’il s’agit d’une évolution à la fois quantitative et qualitative et je crois que cette tendance doit être renforcée par tous les intellectuels de la région arabe.

  • C. Entretien avec le producteur et réalisateur Bachir Derrais

Tout d’abord, je voudrais vous demander de vous présenter

Je suis Bachir Derrais, producteur de films. J’ai produis une dizaine de longs métrages dont Le soleil assassiné de Abdelkrim Bahloul, Morituri de Oukkacha Tuita, L’autre monde de Merzak Alouache et récemment Les jours de cendre de Ammar si Fodil, j’ai produis Dix millions de centimes que j’ai réalisé moi- même, … voilà grosso modo.

Figure 3 : Bachir Derrais

Source : auteure

Je voudrais avoir votre avis sur cette septième édition du FOFA ?

J’ai connu les premières éditions mais à celles de l’année passée et d’avant je n’y ai pas assisté. Sur le plan positif, ça permet au public de voir des films, c’est important. Sur le plan négatif, j’ai appris que les salles sont fermées une foi que le FOFA est fini parce que le matériel de projection est loué de l’étranger et qu’on doit le rendre après le festival. C’est dommage, le cinéma à Oran est comme une maison de vacances qu’on ferme après le festival mais c’est une occasion de montrer de nouveaux films au public, c’est très important.

Pour les points noirs, c’est qu’il y a peu de gens intéressants dans ce festival !

C’est-à-dire ?

Les invités ne sont pas des riches qui financent des films ; il n’y a pas de vendeurs ou d’acheteurs de films.

Les structures de production et de diffusion existent elles en Algérie?

Non, Non, il n’y a pas de structures cinématographiques en Algérie parce que structure veut dire industrie et il n’y a pas d’industrie en Algérie. La chaine est coupée car une chaine englobe la production, la distribution, la vente, la promotion, Toute cette chaine qui a existé dans le passée, n’existe plus maintenant. Il y a de petits producteurs ou de petites productions qui travaillent difficilement de manière très artisanale en essayant de monter des films avec le ministère de la culture et la télévision.

Pourquoi le secteur privé algérien ne s’implique-t-il pas dans la production cinématographique ?

Le secteur privé ne s’implique pas parce qu’il veut gagner de l’argent et le cinéma aujourd’hui n’est pas rentable, pourquoi voulez-vous que le privé mette de l’argent alors qu’il sait à l’avance qu’il va le perdre ? !

C’est une réalité de penser à l’argent ou à l’intérêt mais peut-on dire que le producteur algérien ne s’intéresse pas à la production cinématographique parce qu’il ne possède pas vraiment cette culture ?

Je n’ai pas vraiment saisis cette question ; vous voulez parler de producteurs ou d’investisseurs ?

Quelle est la différence ?

Les producteurs sont ceux qui produisent des films et qui galèrent pour le faire comme nous alors que les investisseurs sont ceux qui ont de l’argent. Moi, je suis producteur, la production c’est mon métier.

Vous êtes producteur, vous produisez des films, ça un rapport avec l’argent ou l’intérêt mais vous aimez aussi ce métier ?

Penser à l’argent, c’est automatique et c’est normal ! Je suis réalisateur avant d’être producteur. On se retrouve en train de produire des films malgré nous parce qu’on n’a pas de producteurs en Algérie. S’il y avait de grandes structures de production, on les aurait fait produire par d’autres mais le cinéma aujourd’hui n’intéresse pas les investisseurs, pas uniquement en Algérie mais au Maghreb, en Europe, en France,…Le privé n’investit pas dans le cinéma.

Quel est votre avis sur la production cinématographique algérienne des cinq dernières années ?

Le cinéma algérien a beaucoup reculé ces dernières années, il faut dire la vérité, à l’exception de quelques cinéastes qui sont entre les deux, entre l’Europe et l’Algérie et qui font des films un peu corrects sinon le cinéma a reculé et le niveau a baissé.

A votre avis, quelles sont les causes de ce recul ?

C’est à l’image du pays car les 20 ans du terrorisme ont complètement ravagé le secteur dans tous les domaines et la société est devenue moins exigeante. Le cinéma a dégringolé, c’est clair !

Lorsque vous décidez de produire un film, vous vous basez sur quoi ? Qu’est-ce qui vous pousse à la production d’un film ?

Ça dépend du sujet, du scénario, il y a des sujets qui m’intéressent et d’autres non et je me bats pour trouver de l’argent pour les sujets intéressants. Mais avant tout c’est la qualité du scénario qui m’intéresse puis la personne, le réalisateur, la qualité humaine, artistique,…

Malgré tous les obstacles et les difficultés, qu’est-ce qui vous attire à produire des films en Algérie ?

J’aime faire ce travail parce que c’est mon pays ; on doit produire des films, écrire l’Histoire, la mémoire et la société par l’image. Un film c’est un reflet de la société dans laquelle on vit. On doit exister et c’est une manière d’exister.

Par exemple, qu’est-ce qui vous a poussé à produire le film que nous avons vu hier, à savoir « Ayyam Arramad » (Les jours de cendre)?

D’abord c’est un jeune qui a réalisé ce film, c’est son premier et on doit l’aider.

S’agit-il d’un devoir que vous ressentez vis-à-vis des jeunes metteurs en scène algériens ?

On a le devoir d’aider les jeunes car tous les réalisateurs algériens ont dépassé un peu soixante-dix ans aujourd’hui et on se rend compte qu’il n’y a pas de relève. Voilà, c’est notre devoir car il y a des jeunes intéressants, il faut le dire par ce qu’il va arriver un moment où il n’y aura plus de cinéastes si on continue comme ça. La relève ne fonctionne pas et la majorité des réalisateurs sont vieux et à un moment donné, il faut s’occuper des jeunes qui ont des idées comme ça, il faut les prendre en charge tout de suite.

Peut-on avoir votre avis sur le film diffusé il y a deux jours intitulé Dans la boîte ?

Je ne l’ai pas vu malheureusement car j’étais à Alger mais je connais le réalisateur, il est très intéressant et a un nouveau style.

Comment peut-on expliquer cette absence du public qu’on remarque dans les salles de cinéma après le FOFA ?

Les gens ne vont pas dans les salles parce qu’il n’y a pas de films, pas de distributeurs et le cinéma ne répond pas aux normes car il n’y a pas de régularités dans la distribution des films et il n’y a pas de films nouveaux. le public a perdu l’habitude d’aller voir des films dans les salles de cinéma parce qu’il préfère aussi les regarder à la maison en DVD.

Comment peut-on sensibiliser le public et l’inciter à retrouver l’habitude d’aller au cinéma selon vous ?

Je pense qu’il faut toute une politique pour sensibiliser les gens à cela et on doit commencer par l’école, le lycée,… Il faut qu’ils apprennent à aimer les films, à aller les voir dans les salles. C’est une politique nationale qui n’existe pas pour l’instant et qu’il faut mettre en place. Les gens ne savent même pas qu’il y a des salles de cinéma, qu’il y a un festival ni pourquoi les salles restent fermées pour de bon parce que la télévision algérienne ne joue pas son rôle, elle ne fait pas de la promotion pour le cinéma car elle ne diffuse pas les films algériens ou elle en diffuse quelques-uns qui datent de 30 ans mais pas ceux d’aujourd’hui. Elle ne fait pas d’émissions spécialisée sur le cinéma, elle ne fait rien pour inciter les gens à aimer le cinéma et c’est normal qu’ils perdent l’habitude d’y aller.

Est-ce qu’il y a une relation entre le cinéma algérien, arabe et international ? Peut-on parler d’un rapprochement ou d’un écart ?

Oui il y a une relation dont la preuve est les quelques bons films que j’exporte d’ailleurs bien ; on le voit dans les festivals de Cannes, de Venise, L’année dernière Merzak Allouache était à Cannes et cette année, il est à Venise. Il y a quelques films comme même qui sortent de l’eau, qui sont d’un niveau universel et c’est pour cela qu’ils arrivent à décrocher des prix.

Si on fait une comparaison entre le cinéma algérien et le cinéma arabe, qu’est-ce qu’on peut dire ou constater ?

Le cinéma arabe commence à politiser : avec tous les conflits, on voit maintenant que depuis trois ans tous les festivals diffusent des films arabes réalisés sur les révolutions arabes. Il s’est orienté vers l’engagement et est devenu un cinéma engagé alors qu’avant les égyptiens ainsi que les syriens ne savaient pas ou faisaient rarement des films engagés.

Pourquoi à votre avis ?

Maintenant tous les cinémas arabes s’orientent vers la politique parce qu’il y a de la demande et parce que les européens aiment ce genre de films aujourd’hui.

Si on parle de notre cinéma algérien et de sa diffusion, peut-on dire qu’on a un problème de langue ?

On n’a pas un problème de langue, chaque pays a sa langue, on a notre langue et on doit faire des films dans notre langue. Aujourd’hui il y a le sous titrage et dire qu’il y a un problème de langue, c’est de la mauvaise foi. Nous les algériens par exemple, nous regardons des films américains ou indous sous titrés en français et la langue n’a jamais été un problème dans la diffusion des films, c’est un faux problème.

Le problème se pose donc au niveau de la diffusion ?

Les pays arabes ne diffusent pas de films algériens et le cinéma arabe ne circule pas entre les pays arabes car aucun pays arabe n’a diffusé un film algérien, jamais, depuis l’indépendance.

Comment peut-on expliquer cela ?

C’est un problème de chauvinisme car chacun veut garder sa culture et avoir le monopole. Les chaînes arabes ne veulent pas ouvrir leurs portes au cinéma algérien et il y a que le Maghreb qui achète les films arabes mais il faut que ces chaînes s’ouvrent sur notre production cinématographique ; Si j’avais du pouvoir, j’aurais interdit d’acheter des films arabes alors qu’aucun pays ne s’intéresse à acheter nos films.

Comment peut-on changer cette position envers le film algérien ?

S’ils achètent notre production, on achète la leur sinon on n’achète pas et on ne diffuse pas ou bien on s’échange des films. Pourquoi nous les algériens nous achetons et diffusons des films et feuilletons égyptiens alors qu’eux non ? Je crois qu’il faut arrêter de payer.

  Notes

[1] Al Ahaggar, A. (2008), le journal du FOFA, 2ème édition, n° 1, 26/06/2008, p. 2.

[2] Ibidem.

[3] « Les cinémas du Maghreb et leurs publics », in Caillé, P. et Martin, F. (dir.) avec la collaboration de Kamel Ben Ouanès et Hamid Aidouni, in Africultures, n° 89-90, Paris, l’Harmattan, 2012.

[4] 74 Français, 16 Marocains ou Franco-Marocains, 14 Algériens ou Franco-Algériens, huit Tunisiens ou Franco-Tunisiens, 4 d’autres nationalités. Pays d’origine : 24 Algérie, 20 Maroc, 11 Tunisie.

[5] « Les cinémas du Maghreb et leurs publics », in Caillé, P. et Martin, F. (dir.) avec la collaboration de Kamel Ben Ouanès et Hamid Aidouni, in Africultures, n° 89-90, Paris, l’Harmattan, 2012,
p. 175.

[6] Ibid., p. 158.