Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Ouvrage du CRASC, 2016, p. 53-83, ISBN : 978-9931-598-08-4| Texte intégral


 

Hadj MILIANI

Quelques remarques générales

Le constat de la faiblesse de la pratique de lecture en milieu étudiant fait partie de la longue série des griefs que l’on retrouve en particulier chez les enseignants universitaires en Algérie. Cet état de fait est  davantage déploré dans le domaine de l’enseignement des langues. Pour autant, ce simple constat ne permet pas de rendre compte de l’évaluation précise des pratiques de lecture[1] à un niveau intermédiaire entre l’évaluation qualitative et une perspective plus globalisante. C’est en partie la raison qui nous a incités à entreprendre un sondage auprès d’un échantillon le plus représentatif possible d’étudiants de langue française. Grâce à l’obligeance de collègues[2] dans plusieurs universités, un questionnaire fermé a été distribué dans huit universités (Msila, Tizi-Ouzou, Tiaret, Saïda, Sidi Bel Abbès, Relizane, Djelfa, Mostaganem)[3].

Le public visé principalement était celui des étudiants de première année de licence de français. L’objectif général était d’estimer la nature d’une composante de leur capital culturel et leur conduite en matière de lecture (à la fois en mesurant les pratiques et en identifiant quelques lecta[4]) Nous espérions confronter les résultats avec ceux touchant les étudiants plus avancés de master. Cette comparaison nous aurait probablement permis d’identifier certains acquis en matière de nouvelles références ou de nouvelles pratiques (ce qu’avait laissé entrevoir la pré-enquête réalisée par mes soins en janvier 2013 à l’université de Mostaganem). Malheureusement l’absence de généralisation (au moment de l’enquête : avril-mai 2013) du master dans toutes les universités concernées ne nous a pas permis de procéder à la comparaison systématique voulue et dont les résultats auraient été vraiment significatifs[5].

Globalement, outre l’identification de ce public interrogé au travers, l’âge, le sexe et la profession du père ou du tuteur, le questionnaire visait à déterminer la place de la lecture dans les activités de loisir, à mesurer les pratiques de lecture (nombre et fréquence de livres lus, mode d’acquisition des ouvrages, type de bibliothèque fréquentée, lieu de lecture) et à connaître les choix et les goûts de lecture en privilégiant le texte littéraire (genres, espèces et aspects particuliers du romanesque). Enfin, nous avons tenté de recueillir quelques éléments de ces lecta à travers le souvenir de titres, de noms d’auteurs ou d’œuvres[6].

Dans la présente étude nous aborderons principalement le corpus global des répondants (tous niveaux et universités confondus), le nombre total étant de 719[7]  distribué entre 647 étudiants en première année de licence et 72 étudiants en master. La répartition des répondants par universités a été la suivante (Mostaganem : 168, Tizi Ouzou : 160, Sidi Bel Abbès : 129, Saïda : 75, Relizane : 72, Tiaret : 61 et Msila : 54). Un peu plus de 70 % des répondants sont des filles (510) et 21,4  % sont des garçons (154). Plus de 80 % des enquêtés appartiennent à la catégorie d’âge 19-24 ans (593). Quant à l’appartenance socio-professionnelle des parents, outre le fait que près de 40 % des étudiants ne donnent pas d’indications, on note une forte composante des salariés (45,2 %) suivie par celle des retraités (12, 1 %)

Tableau 1 : Loisirs

Choix /  %

TV

sport

musique

lecture

théâtre

cinéma

radio

1

26

25,5

23,6

12,5

4

3,8

3,2

2

23,6

7,4

26

16,3

4,7

6,5

5,4

3

15,7

8,9

16,4

20,2

4,9

8,1

9,3

4

10

8,6

9,3

14,7

8,8

12,8

11,5

5

7

7,5

4,2

9

12,7

16,7

12,4

6

1,7

6,3

4,2

6,7

19,1

14

14,3

7

1,1

8,8

3,8

3,6

12

6,1

12,4

Non/R

14,7

27

12,4

17

33,8

32

31,3

Les choix de loisirs à classer par ordre d’appréciation montrent assez nettement la prédominance de la télévision, du sport et de la musique. La lecture (en agrégat) arrivant en quatrième position. Ce qui apparaît ici assez curieux est le choix minoritaire de la radio dans cet ensemble. Plus du tiers ne se prononce d’ailleurs ni pour le théâtre, le cinéma et la radio ; ces trois modes de consommation culturelle se révèlent comme des pratiques très minimes pour la génération d’étudiants algériens actuels. Nous n’avons pas inclus l’usage d’Internet dans la mesure où il cumule plusieurs fonctionnalités hormis la simple activité de loisirs. Mais cette place modeste de la lecture n’est-elle pas le signe d’une perte de sa domination symbolique au niveau social, comme cela a été relevé pour les pratiques culturelles des Français :

« […] si la lecture de livres a subi ces dernières décennies la concurrence des nombreuses activités de loisir liées à la culture d’écran (télévision, jeux vidéo, ordinateur), elle a aussi perdu une partie de son pouvoir symbolique auprès des jeunes générations, notamment de sexe masculin, qui ont aujourd’hui tendance à moins surestimer leurs pratiques de lecture que leurs parents au même âge, voire même à les sous-estimer en en oubliant certaines »[8].

Si l’on compare avec l’enquête nationale de l’Office National des Statistiques algériennes en 2012[9], notre corpus rejoint pour une grande part les conclusions de cette enquête dont l’échantillon global était de 9 015 ménages. La collecte des données sur le terrain ayant été effectuée durant la période Mai et Juin 2012 :

« Regarder la télévision semble l’activité de loisir la plus dominante dans la société aussi bien pour les hommes que pour les femmes, lorsque cette activité est pratiquée, les hommes y consacrent 2.5 heures, alors que les femmes y passent en moyenne 2.8 heures.(…) Les loisirs informatiques tel que l’accès à internet non pas pour des besoins professionnels ou pour les études ainsi que les jeux sur ordinateur sont pratiqués par 5.5  % de la population âgée de 15 ans et plus, avec une participation relativement plus importante chez les hommes (8  % contre 3.1  % chez les femmes). Lorsque cette activité est pratiquée, les hommes y consacrent 2.7 heures par jour, soit autant de temps que celui passé devant la télévision. Notons que les activités de loisirs sont plus fréquentes auprès des jeunes aussi bien en termes de participation qu’en termes de nombre d’heures consacrées »[10].

Dans notre enquête, à la question de savoir de combien de livres se compose la bibliothèque personnelle de l’étudiant(e), on voit que la grande part de l’estimation (plus de 80 % des sondés) varie entre 1 et 15 ouvrages, ce qui représente un petit fond mais qui est loin de constituer véritablement une bibliothèque. Même si on note que près de 15 % affirment posséder plus de 50 livres. Lors de la pré-enquête, nous avons pu collecter des témoignages sur la constitution de bibliothèques personnelles nées souvent d’une première dotation d’ouvrages hérités d’une bibliothèque familiale.

Tableau 2 : Composition de la bibliothèque

Choix : nombre de livres

Fréquence

Pourcentage

1 à 5

168

23,4

5 à 10

251

34,9

10 à 15

179

24,9

Plus de 50

106

14,7

Non R

14

1,9

Des conditions et des modes de lecture

Il est important d’examiner les contextes et les manières dont s’effectue l’acte de lecture qui révèlent des dispositions d’ordre qualitatif. Cela porte à la fois sur le temps qui lui est imparti -et que l’on peut comparer à celui consacré à d’autres loisirs, que le biais par lequel est acquis le livre ainsi que la fourchette de prix estimée la plus conforme pour l’achat d’un livre. Enfin, l’espace dans lequel s’effectue la lecture est un bon indicateur des pratiques dominantes en la matière.

Tableau 3 : Nombre d’ouvrages lus et temps consacré à la lecture

Choix/ %

Par mois

Par an

Durée de lecture

Par jour

Pages

2,4

1

10 mn

14,7

1 livre

32,7

8,9

30 mn

40,5

2 livres

15,6

13,4

1h

21,3

+ de 2

8,6

54,5

+ 1h

17

Ne lis pas

8,1

17

Rien

4,7

Non /R

31

19,7

Non/R

1,8

Le tiers des enquêtés reconnait lire au moins un livre par mois et plus de la moitié affirme en lire plus de 2 par an. A première vue, ces scores qui paraissent assez modestes, sont en fait largement supérieurs à la moyenne nationale (en 1987, l’Office National de Statistiques estimait qu’un Algérien lisait en moyenne 1 livre par an). Ceux qui lisent un livre par an sont qualifiés de lecteurs occasionnels, plus de 20 livres par an qualifie la lecture régulière.

Le temps consacré à la lecture au quotidien est relativement moyen (il tourne autour de 30mn à 1h pour près de 60 % de l’échantillon). La question est de savoir si ce temps de lecture est consacré à des ouvrages, à la presse ou à la révision des cours. De même le nombre d’ouvrage lu relève-t-il uniquement d’une lecture de confort ou prend-il en compte des lectures imposées ou de formation ?

Si nous nous référons à l’enquête nationale déjà citée, nous avons les données suivantes qui concernent le temps consacré à différents loisirs dont la lecture (nous n’avons retenus que les données totalisées à travers la variable féminin/ masculin).

Tableau 4 : Nombre d'heures moyen par participant[11]

 

Féminin

Masculin

Sports

1,5

2,1

Promenades

1,8

2,1

Autres sorties

3,0

3,5

Lectures

1,2

1,1

Regarder TV

2,9

2,6

Autres médias

1,4

1,5

Spectacles

2,4

2,2

Loisirs et jeux de société

2,0

2,3

Loisirs informatiques

2,3

2,7

La lecture est l’activité à laquelle on consacre le moins de temps par rapport aux autres groupes d’activités de loisirs Les femmes y consacrent un peu plus de temps que les hommes Cette moyenne nationale est supérieure à la majorité des réponses de notre corpus (seuls un peu plus de 38 % déclarent consacrer plus d’une  heure à la lecture par jour).

Comment les étudiants acquièrent-ils les livres qu’ils lisent ?

Tableau 5 : Mode d’Acquisition

Choix/ %

Librairie

Bibli. Univer.

Bibli. Municipale

Autre bibli.

Bibli. fam

Echanges

1

37,3

18,1

1,9

3,6

21

15,3

2

12,9

14,9

2,6

6,3

15,4

26

3

10,6

10,4

4,5

10

11,1

19,1

4

4,7

10,3

8,6

12,4

6,8

8,9

5

4,5

4,2

15,6

11,7

6,3

5,3

6

6,3

5,7

14,2

8,3

7

4

Non/R

23,8

36,4

52,6

47,7

32,4

21,3

Les résultats montrent en premier lieu que l’achat en librairie vient largement en tête du mode d’acquisition du livre pour plus d’un tiers des répondants. Cela infirme en grande partie l’opinion répandue selon laquelle les étudiants n’achètent pas de livres en raison de leur cherté. Ensuite, cela indique que la deuxième source de lecture est la bibliothèque familiale avant la bibliothèque universitaire. Cela corrobore les analyses sur le rôle de la pratique de lecture familiale dans l’incorporation d’habitus culturels. Si la bibliothèque universitaire constitue la troisième source de lecture, on notera tout de même l’importance de l’échange entre pairs dans le réseau de diffusion du livre. Enfin, il est assez frappant de relever la place  quasi inexistante des bibliothèques municipales dans l’offre de lecture pour les étudiants[12]. Est-ce une simple question de proximité (éloignement de la bibliothèque municipale par rapport au lieu d’habitation) ou d’absence d’offre de lecture suffisante et variée ?

Tableau 6 : Prix du livre moyen

Choix

Nombre

Pourcentage

100 DA

46

6,4

200 DA

186

25,9

300 DA

273

38

400 DA

197

27,4

Non R

16

2,2

Si la moyenne du prix du livre (en 2013) auquel peut consentir un étudiant varie entre 200 et 400 Dinars en moyenne, on remarque que des ouvrages, dans la fourchette haute (400 DA) rassemblent près d’un tiers des répondants ; ce qui relativise en partie l’idée que les étudiants seraient de faibles acheteurs de livres (et du prix du livre comme obstacle principal à l’achat) et conforte ainsi la question antérieure qui montre que la première forme d’acquisition du livre reste encore l’achat en librairie.

Tableau 7 : Lieu de lecture

Choix/ %

Chambre

Bibliothèque

Autre

1

81,4

7,5

8,5

2

7,1

22,7

29,2

3

2,9

24,5

23,1

Non/R

8,5

45,3

39,2

Les lieux préférés pour lire montrent une très forte tendance à privilégier l’intimité du chez soi, alors que la bibliothèque arrive très loin en tant qu’espace de lecture recherché par les étudiants. On retrouve là encore une caractéristique commune aux lecteurs en général. La bibliothèque universitaire, telle que les observations l’ont révélée est davantage un espace de rencontres conviviales, de révisions de cours, voire de discussions que de lectures de livres[13].

Du genre de lecture aux modes d’appréciation

L’appréhension des dispositions en matière de lecture de confort singularise à l’évidence ce qui relève de la littérature. D’autre part, la recherche des préférences en termes d’angle de lecture permet de distinguer la manière dont le roman est lu.

Tableau  8 : Type et genre d’ouvrages

Choix/ %

Roman

Histoire

Poésie

B.D.

Mémoire politique

1

55,6

21,8

10,2

6,3

3,8

2

16,1

27,1

18,4

11

5

3

8,9

14,9

18,9

17

6

4

3,5

8,3

13,4

18,1

13,2

5

1,5

3,1

7,2

11,7

30,9

Non/R

14,2

24,8

32

36

41,2

Le choix du roman comme genre privilégié par les étudiants emporte l’adhésion de plus de la moitié de l’échantillon. Paradoxalement les mémoires politiques qui connaissent une forte demande dans le marché de la lecture en Algérie ne semblent pas susciter l’intérêt (près de la moitié des enquêtés ne répondent pas et moins de 5 % font part de leur goût pour ce type de production). Il est néanmoins assez curieux de noter la place, bien que modeste, de la poésie dans les choix, alors que les recueils de poèmes sont peu achetés en général en librairie (L’enquête de l’IPSOFIM en 2005 auprès de 1500 visiteurs du salon du livre d’Alger estime que 25,7 % choisissent la littérature/poésie, 15 % l’Histoire,
5,5 % le roman policier et 0,7 % la B.D.)[14]. La bande dessinée est peu appréciée, même si elle intéresse une frange notable des étudiants (ils sont un peu plus d’une cinquantaine à la choisir en première position). Il aurait probablement été plus pertinent de citer d’autres genres ou sous-genres pour mieux évaluer les choix (roman policier, roman sentimental, livres pratiques, livre religieux).

Tableau 9 : Axe de lecture

Choix/ %

Thème

personnage

Cadre social

intrigue

écriture

1

53,3

11,1

10,4

6,5

13,6

2

18,5

22,9

14,2

7,8

21,1

3

9,6

20,4

16,7

11

19 ,9

4

3,8

16,3

22,1

18,2

12

5

2,2

8,6

14,6

31,3

14

Non/R

12,7

20,6

22

25,2

19,3

En demandant aux étudiants de préciser ce qui les intéressait principalement dans la lecture romanesque, l’on voit que la thématique est largement plébiscitée en tête des choix. Ce qui correspondrait à une attitude plutôt normative chez les lecteurs de romans en général et du fait que c’est l’un des axes les plus communs de l’enseignement du texte littéraire. Cependant, on remarquera que l’écriture arrive quasiment en seconde position avant le choix du personnage ou du cadre social. Cet aspect est peut être un « effet d’institution » qu’induit probablement le fait que ce sont des étudiants en lettres françaises et que le discours marquant des enseignants tourne souvent autour de la valorisation de l’écriture. Si l’intrigue est peu retenue, on notera la position assez secondaire du cadre social dans les préférences, alors qu’il a été deux décennies auparavant l’un des fondements de l’horizon d’attente. Chez les étudiants de master, si le thème figure comme premier choix, par contre l’écriture est en seconde position. Cela est indicateur de l’effet d’institution que constitue la formation universitaire.

Nous pouvons tenir compte du fait que l’analyse des positions des hommes et des femmes en matière culturelle est une perspective qui est considérée comme distinctive du point de vue de l’habitus : « Mais la question de la différence des sexes est sans doute la plus déterminante de toutes : le lectum est informé par les distinctions du féminin et du masculin et en même temps, il en constitue un des éclairages les plus significatifs »[15].

Le corpus des sondés indique la part prépondérante du sexe féminin [549 filles - 76,35 %, pour 170 garçons - 23,65 %]. Cette répartition correspond en grande partie à la composition par sexe des étudiants de langue française dans les universités algériennes.

A propos des choix génériques l’ordre des préférences est identique pour les femmes et les hommes pour les deux premiers choix (le roman et l’histoire). A la troisième place, 11,65 % des filles choisissent la poésie alors qu’à 8,82 % les garçons donnent à cette place la primauté aux Mémoires.

On pourrait considérer que les choix prioritaires du roman et de l’Histoire pour les deux sexes correspondent à une tendance générale chez les lecteurs algériens (cf. chiffres SILA). Par contre nous avons vu qu’à la troisième place les choix divergent. Même à un taux faible, les filles mettent en avant la poésie alors que les garçons lui préfèrent les Mémoires. Cela rejoint en partie les remarques de Michel Schmitt : « Les hommes sont plutôt du côté de l’action, de l’héroïsme, de la conquête, de la violence physique et verbale. Les femmes affectionnent davantage l’émotion, le sentiment, la psychologie, l’introspection, le document vécu où interfèrent subjectivité et problèmes de société »[16].

Les perspectives de lecture montrent que la thématique est classée en tête des choix pour une bonne majorité des sondés féminins et masculins. Les autres choix, bien qu’ils ne cumulent pas des scores élevés sont dans l’ordre, aussi bien pour les hommes que pour les femmes identiques (écriture, personnage, cadre social et enfin intrigue).

Tableau 10 : Préférences genres par sexe (Nombre)

 

Roman

Histoire

Mémoire

Poésie

BD

Femmes

325(1)

100(2)

12(5)

64(3)

37(4)

Hommes

76(1)

57(2)

15(3)

9(4)

8(5)

Tableau 11 : Préférences angle de lecture roman (Nombre)

Thème

Personnage

Cadre social

Intrigue

Écriture

Femmes

305(1)     59(3)

54(4)

29(5)

71(2)

Hommes

78(1) 21(3)

21(4)

18(5)

27(2)

Que retient-on de la lecture ? Images et représentations

Davantage qu’une recension des conditions de lecture, l’évocation d’auteurs, de titres, voire de personnages d’œuvres littéraires permet de mieux saisir à la fois le répertoire actualisé de ceux-ci auprès d’une population spécifique comme l’est notre échantillon et de repérer la formalisation d’une mémoire patrimoniale des référents littéraires. Certes, il est difficile à travers un questionnaire fermé de procéder à ce que Michel Schmitt a appelé une « cartographie du lectum, […] une topographie des goûts d’un lecteur (sa bibliothèque personnelle) »[17] Pierre Bayard, quant à lui, avait tenté de montrer, au travers d’une typologie qualitative de la lecture ce qui se présente comme un mécanisme de constitution d’un fonds mémoriel inconscient :

« On pourrait nommer bibliothèque intérieure cet ensemble de livres - sous -ensemble de la bibliothèque collective que nous habitons tous- sur lequel toute personnalité se construit et qui organise ensuite son rapport aux textes et aux autres »[18].

Il faut néanmoins préciser, qu’à la différence des étudiants français nourris tout au long de leur scolarité par la « lycérature » (Schmitt), les étudiants algériens n’ont pas suivi au cours de leur scolarité au secondaire de formation littéraire en langue française suivie. La rencontre avec le littéraire est purement fortuite et sert uniquement de fondement à l’enseignement des pratiques de la langue. Mais de cette imprégnation indirecte et improbable, nous pouvons relever quelques données factuelles intéressantes.

Tableau 12 : Titre d'un texte littéraire étudié au lycée

Titre

Nombre

Pour cent

Les misérables

34

4,7

Dar Sbitar

25

3,5

Faut-il dire la vérité au malade ou pas?

6

0 ,8

Le témoin

3

0,4

Boule de Suif

2

0,3

La terre et le sang

3

0,4

la colonisation française

3

0,4

Voyage au centre de la terre

2

0,3

Le voyage forme la jeunesse

2

0,3

La main

2

0,3

Mille et une nuits

2

0 ,3

la guerre d'Algérie

22

3,1

je ne me rappelle pas

9

1,3

Incendie

10

1,4

Nedjma

2

0,3

L’avare de Molière

5

0,7

autres

137

19,1

une vie

1

0,1

Germinal Emile Zola

3

0,4

le fils du pauvre

23

3,2

non réponse

404

56,2

aucun

19

2,6

Total

719

100,0

La question de la mémoire des textes étudiés au lycée révèle pour une grande part l’absence plutôt que la présence de lecta scolaires : plus de
60 % des sondés sont dans l’impossibilité de citer le titre du moindre texte, et ceux qui sont cités le sont par un nombre très faible d’étudiants (98,17 % des étudiantes et 71,17 % des étudiants ne citent aucun texte). Parmi les textes évoqués, on retrouve essentiellement des titres d’œuvres littéraires (Les misérables, Boule de Suif, La terre et le sang, Voyage au centre de la terre, L’Incendie, Nedjma, L’Avare, Une vie, Le fils du pauvre, Germinal), les titres plus factuels sont très peu nombreux (six, bien que les titres demandés devaient être littéraires). On remarquera que la distribution est assez égale entre œuvres françaises et œuvres francophones algériennes. Il s’agit en grande partie d’œuvres transmises par le manuel plus que d’œuvres choisies librement (d’où la dominante des auteurs français du 19ème siècle et des premiers écrivains algériens de langue française). Mais cela montre surtout que le corpus de référence, même s’il est très faible, concerne des œuvres et des auteurs qui composent depuis plusieurs décennies, à la fois le répertoire de recours pour les concepteurs de manuels scolaires et les classiques qui forment une sorte d’horizon de référence littéraire stéréotypé, dans le sens conçu par Michel Schmitt :

« […] les classiques se définissent alors dans leur pragmatique non comme des auteurs à lire – peut-être ont-ils même été rendus illisibles par le laminoir scolaire- mais des auteurs qu’il faut avoir lu. […] les classiques ne parlent pas de littérature, mais de l’histoire de leur institutionnalisation »[19].

Quand on regarde la distribution des réponses entre étudiants de 1ère année de licence (647) et celles des étudiants de 1ère année de master (72 de deux universités) sur les 18 titres cités, seuls 6 le sont également par des étudiants de master et un titre est proposé uniquement par un étudiant de master. Des titres emblématiques comme Dar Sbitar (La Grande Maison), l’Incendie, Nedjma ou le Fils du pauvre sont quasiment absent de la nomenclature des étudiants de master. Si la part de la persistance mémorielle des titres est faible chez l’ensemble des enquêtés, quel que soit leur niveau d’étude universitaire, il apparait à l’évidence que le cursus universitaire loin de sauvegarder ce répertoire a plutôt tendance à l’estomper. Bien entendu, il faut relativiser le fait puisque seules deux promotions de master ont été interrogées et que l’on peut supposer que le souvenir des titres se soit peu à peu effacé.  Rappelons que Bayard a proposé dans ce cas la notion de délecture, c’est-à-dire l’oubli des livres que l’on a lus.

Tableau 13 : Quel est le personnage de roman qui vous a le plus marqué ?

Titre

Fréquence

Pour cent

Madame Bovary

10

1,4

Paulo Coelho

2

0,3

Emile Zola

8

1,1

le fils du pauvre

15

2,1

les misérables

14

1,9

Candide

1

0,1

Yasmina Khadra

6

0,8

Guy de Maupassant

8

1,1

Rosalie

3

0 ,4

Fouroulou

22

3,1

autres

221

30,7

Omar

43

6,0

Edmond Dantes

5

0 ,7

Lélia

1

0 ,1

non réponse

346

48,1

aucun

14

1,9

Total

719

100,0

Quatre titres de romans, quatre noms d’écrivains et cinq noms de héros de romans pour un taux de réponses ne dépassant pas les 50 % forment, en tout et pour tout, les réponses pour savoir quel est le personnage le plus marquant pour les lecteurs étudiants (99,63 % des femmes et 78,82 % des hommes. Mais il faut tenir compte du fait que les étudiantes constituent plus des trois quart des sondés). Ici encore, il faut reconnaître la très faible capacité des étudiants à donner un nom d’œuvre ou de personnage. En fait le plus fort taux de réponses concerne le personnage d’Omar de l’Incendie et de La grande maison de Mohamed Dib (à peine 6 %). La confusion entre titres d’œuvres et personnages est particulièrement apparente ici. C’est le cas de Fouroulou (3,1 %) personnage du Fils du pauvre de Mouloud Feraoun ; le titre est également cité pour 2,1 % des répondants. Le faible taux de répondants et la dispersion des références est un indicateur, par ailleurs de la pauvreté du répertoire de lecture. Les différenciations entre étudiants de licence et étudiants de master sont peu significatives. Cela confirme la remarque de Michel Schmitt pour qui « le souvenir littéraire n’est donc pas celui de l’actualisation linguistique et stylistique d’un référent : il porte sur des codes linguistiquement français, syntaxiquement médiatiques, symboliquement attachés au compte rendu d’un présent réel ou fantasmé ».

Tableau 14 : Citez trois romans d'écrivains algériens que vous avez lus

Titre

Fréquence

Pour cent

Yasmina Khadra

85

11,8

Mouloud Feraoun

205

28,5

Mohamed Dib

97

13,5

Nedjma

42

5,8

Malek Benabi

1

0,1

autres

42

5,8

Rachid Mimouni

1

0 ,1

Kateb Yacine

12

1,7

non réponse

208

28,9

aucun

26

3,6

Total

719

100,0

Encore une fois la confusion entre titres de romans et noms d’écrivains est très révélatrice de l’effet induit par le processus de lecture routinier. Seul le roman Nedjma est cité comme œuvre distinctive (est-elle pour autant réellement lue in extenso, ou cela renvoie-t-il aux extraits présents dans les manuels scolaires ?) Par contre, par rapport à la question précédente, les réponses sont plus importantes en pourcentages (plus de 60 % : 37,52 % des étudiantes et 41,17 % des étudiants ne citent aucun écrivain). On remarquera le score particulièrement significatif de Mouloud Feraoun, suivi de Mohamed Dib et dans une moindre mesure de Kateb Yacine. Chez les étudiants de licence, Mouloud Feraoun est cité par plus de 30 %, alors que parmi les étudiants de master il ne l’est que pour un peu plus de 12 %. Le seul écrivain algérien actuel cité est Yasmina Khadra. La dominante de la référence des noms d’écrivains algériens de la première génération est encore une fois confirmée. Seul écrivain de la génération post-indépendance cumulant un nombre de réponses intéressant, Yasmina Khadra doit une grande part de sa reconnaissance par la forte exposition médiatique qu’il connait depuis plusieurs années aussi bien dans la presse qu’à la télévision et sur Internet. Il est cité proportionnellement par le même nombre d’étudiants de licence ou de master (environ 11 % pour chaque niveau d’étude), ce qui montre bien que la médiatisation hors institution universitaire est ici déterminante.

Tableau 15 : Citez trois romans d'écrivains français que vous avez lus récemment

Titre

Fréquence

Pour cent

Guy de Maupassant

32

4,5

Madame Bovary

18

2,5

Papillon

1

0,1

le voyage dans le passé

1

0,1

Balzac

28

3,9

le rouge et le noir

10

1,4

Rousseau

1

0,1

Molière

17

2,4

Gustave Flaubert

4

0 ,6

Victor Hugo

109

15,2

Rousseau

2

0,3

Emile Zola

36

5,0

Autres

108

15,0

Albert Camus

91

12,7

Henri Charrière

1

0,1

Marie Gray

2

0 ,3

non réponse

240

33,4

aucun

18

2,5

Total

719

100,0

Deux tiers des répondants proposent des noms d’écrivains (Hugo, Maupassant, Balzac, Rousseau, Zola, Camus, Charrière, Molière, Flaubert) et quelques œuvres (Mme Bovary, Papillon, Le rouge et le noir, Germinal,) La majorité des auteurs et des œuvres appartient au 19ème siècle. Les taux sont cependant faibles et l’on comprend qu’il s’agit davantage de lectures individuelles que de lectures proprement scolaires ou universitaires (50,09 % des filles et 53,52 % des garçons ne citent aucun nom).

Dans sa thèse de doctorat Dalila Abadi fait un certain nombre de remarques concernant les textes à caractère littéraires utilisés dans les manuels de français de 2° et 3° AS. L’état qu’elle en donne confirme bien qu’au vu de la restitution des étudiants, une grande partie des auteurs et des œuvres est bien occultée :

« […] l’inventaire a relevé 99 extraits dont 74 ont été identifiés, soit encore une fois,  une proportion de 74.74 %. La majorité de ces textes relèvent de la littérature française. Les  textes des auteurs algériens viennent en second lieu, représentant le tiers des extraits.  Enfin, les extraits appartenant à des auteurs étrangers non français comptent pour moins du  dixième des extraits cités. Les auteurs J.J. Rousseau, H. de. Balzac, sont les français les plus  cités, soit 2 fois chacun. Les manuels de 2ème  et 3ème  AS présentent au total 29 textes d’auteurs  français parmi lesquels, nous citons La Fontaine, V. Hugo, P. Mérimée, T. Tzara, A Lamartine, D. Pennac et T. Gautier. Parmi les auteurs algériens, ce sont M Dib et M. Feraoun qui sont  les plus cités, respectivement 9 et 2fois. Remarquons que La Fontaine est à la fois l’auteur le plus mentionné dans les manuels de 1°  AS (série lettre et science) et dans les manuels de 2° et 3° AS. Sur 16 extraits des auteurs  algériens, on retrouve Tahar Djaout, Malek Haddad, M. Mammeri, A. Djebbar. Chez les  auteurs étrangers non français, nous retrouvons Dino Buzzati cité 2 fois et Marc Twain cité 2  fois qui sont italien et américain respectivement. Mentionnons de plus parmi les 10 extraits  étrangers non français, D. Diop et W. Golding.

[…] De surcroît, la proposition des textes relevant de la littérature francophone diminue dans les  nouveaux manuels, alors qu’elle occupait une place importante dans les anciens manuels de  mêmes niveaux notamment des classes terminales. Enfin, l’époque de publication des textes  est dans la majorité des cas contemporaine »[20].

En termes statistiques généraux nous pouvons constater, à travers le travail de recension de Dalila Abadi, que 85 extraits d’auteurs français sont utilisés dans l’ensemble des manuels de français des trois années du secondaire : 22 auteurs des 16 ème, 17ème et 18ème siècles, 23 auteurs du 19ème siècle et 40 du 20ème siècle. 51 en 1è AS, 13 en 2ème AS et 11 en 3ème AS ; 22 auteurs étrangers (13 en 1AS, 4 en 2AS et 5 en 3AS) et enfin 22 auteurs algériens (10 en 1AS, 2 en 2AS et 10 en 3AS)[21].

Tableau 16 : Un film que vous avez aimé adapté d'un roman

Titre

Fréquence

Pour cent

Ce que le jour doit à la nuit

24

3,3

le voyage dans le passé

1

0,1

La grande maison

17

2,4

Incendie

16

2,2

Romeo et Juliette

21

2,9

Twilight

18

2,5

Harry Potter

15

2,1

les misérables

41

5,7

Titanic

18

2,5

Omar m'a tué

1

0,1

Le rouge et le noir

4

0 ,6

Autres

195

27,1

Emile Zola

6

0,8

Les oiseaux se cachent pour mourir

6

0,8

Papillon

4

0,6

non réponse

319

44,4

aucun

13

|1,8

Total

719

100,0

Chercher à connaître les prolongements éventuels que peut susciter la lecture renvoie presque automatiquement à l’adaptation cinématographique (ou télévisuelle), la consommation de films au travers divers supports est attestée parmi les modes de loisirs les plus fréquents. Les quelques films cités montrent davantage de variété dans les références, même si, encore une fois, une importante majorité d’étudiants (entre 70 et 80 % : 73,40 % des filles et 72,94 % des garçons) ne cite pas de titre. Les œuvres algériennes (en dehors du récent Ce que le jour doit à la nuit) sont en fait les adaptations télévisées des années 70 de la trilogie de Dib. La présence de classiques (Roméo et Juliette) et d’œuvres plus grand public et générationnelles (Twilight, Harry Potter ou Titanic) marquent l’autre pendant des goûts culturels, ceux imposés par l’industrie culturelle numérique mondialisée.

Un premier bilan

Le bilan d’une telle investigation pourrait paraître au final assez mitigé tant il semble conforter les observations empiriques les plus habituelles. Nous pouvons conclure ainsi à une pratique de lecture assez faible et adossée pour l’essentiel aux orientations institutionnelles ; que, d’autre part, la manifestation des choix est dictée par la tradition scolaire plus que par la curiosité personnelle et, enfin, qu’il y a une porosité interculturelle provenant davantage de divers supports de l’industrie culturelle que du livre lui-même. Est-ce que l’on ne peut pas considérer que pour l’actuelle génération d’étudiants la lecture n’est plus le vecteur privilégié du savoir et des loisirs ?  Ce questionnement pourrait en fait être généralisé pour l’ensemble de la population algérienne. Mais cela n’est pas propre à l’Algérie. Ainsi, les analyses concernant les pratiques culturelles des Français indiquent une tendance de même type durant les vingt dernières années :

« La forte baisse de la lecture de livres en France doit être rapprochée de l’augmentation concomitante du temps consacré à la télévision. Les Français ont en effet comblé une grande partie de leur retard en matière d’équipement audiovisuel dans les années 1980 et 1990, tout en bénéficiant d’une augmentation considérable de l’offre de programmes, ce qui s’est traduit par une progression importante de leur consommation : la proportion de téléspectateurs assidus (qui regardent la télévision vingt heures ou plus par semaine) a fortement augmenté en France jusqu’au tournant du XXe siècle, au point d’approcher désormais celle des États-Unis, pourtant largement supérieure au début des années 1980 (46 % contre 35 %). Quelles que soient les réserves qui peuvent être exprimées à l’égard de la thèse qui rend la télévision (ou l’internet pour la période récente) responsable de la baisse de la lecture de livres, il est difficile de penser que ces deux évolutions parallèles – baisse de la lecture de livres et augmentation de la durée d’écoute de télévision – soient totalement indépendantes et ne traduisent pas, en France, un basculement de la culture de l’imprimé vers celle des écrans que la société américaine avait amorcé dix ou vingt ans auparavant »[22].

Enfin, du point de vue de la représentation des auteurs et des œuvres, les écrivains algériens de la première génération (les fondateurs : Feraoun, Kateb, Mammeri, Dib, etc.) et leurs œuvres semblent ainsi fonctionner comme des sortes de repères alibis pour les lecteurs occasionnels (que sont en fait la plupart des étudiants questionnés) lors même que ces auteurs et leurs œuvres ne sont ni étudiés dans les derniers manuels du secondaire, ni vraiment abordés dans les nouveaux cursus du LMD qui sont davantage orientés sur les pratiques et les outils linguistiques que sur l’étude des œuvres littéraires. Néanmoins, ce que j’ai désigné comme un des « effets d’institution », c’est-à-dire, la primauté donnée à l’écriture par rapport au cadre social ou même à l’intrigue dans la lecture romanesque, suggère la tendance à donner à voir des marqueurs de compétences spécifiques (celle d’étudiants de langue française), ce qui ne signifie pas pour autant la maitrise de compétences avérées. 

 Annexes

  • a. Questionnaire

Renseignements généraux

Age :

Sexe :

Année d’étude :

Lieu de résidence :

Profession du père, du tuteur ou de l’étudiant :

Combien de livres lisez-vous ? :

Par mois :

Par an :

Comment obtenez-vous ces livres ? (classez par ordre décroissant)

- Achat en librairie

- Prêt bibliothèque universitaire

- Prêt bibliothèque municipale

- Prêt autre bibliothèque

-  Bibliothèque familiale

- Echange avec des amis

Où lisez-vous préférentiellement ? (classez par ordre décroissant)

- Dans votre chambre

- A la bibliothèque

- Autres lieux

De combien de livres se compose votre bibliothèque personnelle ? :

- 1 à 5

- 5 à 10

- 10 à 50

- + de 50

Quel est le prix moyen d’un livre que vous considérez comme abordable ? :

100 DA

200 DA

300 DA

400 DA

Combien de temps consacrez-vous en moyenne à la lecture de livres par jour ?

-Rien

-10 mn

-30 mn

-1h

-+  d’une heure

Loisirs préférés (par ordre décroissant de 1 à 6) :

- sport

- télévision

- cinéma

- théâtre

- lecture

- radio

- musique

Types d’ouvrages préférés par ordre d’importance :

- romans

- Histoire

- mémoires politiques

- poésie

- Bandes dessinées

Citez le titre d’un texte littéraire étudié au lycée 

Quel est le personnage de roman qui vous a le plus marqué ?

Citez un film que vous avez aimé adapté d’un roman 

Citez trois romans d’écrivains algériens que vous avez lus

Citez trois romans d’écrivains français que vous avez lus récemment

Classez par ordre d’importance ce qui vous intéresse dans un roman :

- le thème

- les personnages

- le cadre social

- l’intrigue

- le style d’écriture

  • b. Recension des extraits d’œuvres littéraires étudiés en 1ère année Secondaire filière lettres (manuel en cours année scolaire 2013-2014)

Nom auteur

Titre œuvre

page

J. Prévert

Paroles

23-24

J. Cocteau

Plain-Chant

55

A. Camus

L’étranger

68

J. La Fontaine

Les deux pigeons

77

M. Feraoun

A la claire fontaine

79

V. Hugo

Demain, dès l’aube

82

B. Cendras

19 poèmes

132

J. Prévert

Paroles

140-141

D. Buzatti

Le K

153-154

J. Verne

20000 lieues sous les mers

160

G. Flaubert

Un cœur simple

164

Grimm

Contes

166

D. Buzatti

Le K

167

D. Buzatti

Les nuits difficiles

173

E. Hemingway

Le vieil homme et la mer

173

F. Amrouche

Histoire de ma vie

175

H. Balzac

Les chouans

176

D. Buzatti

Le K

178-179

J. La Fontaine

Le loup et l’agneau

180

D. Buzatti

Le K

183

E. Zola

Le rêve

186

Source : Français première année secondaire, ONPS, Alger, 2009.

 Notes

[1] Sur les enquêtes de lecture en milieu étudiant en Algérie, il faut signaler l’étude de Meziane Habiba à propos d’étudiants de Constantine, « La lecture et les jeunes », in Cahiers du SLADD, n° 1, décembre 2002 et ma synthèse, « Des langues et des pratiques de lecture en Algérie », in Résolang, n° 5, 1er semestre 2011. Signalons en outre l’enquête de Naji-Aboura Yamina réalisée en 2006 auprès de 3 lycées d’Oran et ayant concerné 367 élèves : « Les pratiques de lecture des jeunes en Algérie. Synthèse des résultats de l’enquête sur les pratiques de lecture à Oran », in Les jeunes et la lecture en Algérie (coordonné par Abdelkader Abdellilah), Oran, Éditions Ibn Nadhim, 2010. Il faut citer, plus globalement, l’enquête de l’IPSOFIM pour l’ANEP, Les Algériens et le livre à travers les visiteurs du Xème SILA, Alger, ANEP, 2006.

Les premières études réalisées sur cette question dont nous disposons sont celles de Tahar Labib, « L’image de la littérature chez les étudiants algériens », in Revue tunisienne des Sciences Sociales, 15ème année, nos 54-55, 1978 ; Haddab, M. (1982), « Scolarisation et modernisation du monde rural », Les jeunes et l’école. Mythes et réalités, CREA et Bouzar, W. (1984), Lectures maghrébines, OPU/Publisud.

[2] Ma gratitude va à Nadjia Ait Mohand à Tizi-Ouzou, Sofiane Bengoua à Relizane, Khedidja Mokadem à Sidi Bel Abbès, Hamid Nacer-Khodja à Djelfa, Mostefaoui Ahmed à Tiaret, Faika Saci et Amel Ouanzar à Saïda et à Msila ainsi qu’à mes collègues du département de français à l’Université de Mostaganem.

[3] La diffusion du questionnaire a été volontairement restreinte à des villes universitaires moyennes. Les grandes métropoles comme Constantine, Alger, Oran ou Annaba ont été exclues car elles ont constitué jusqu’alors les principales entités témoins à partir desquelles sont évalués régulièrement pratiques et changements sociaux (en particulier au plan culturel).

[4] Lecta, pluriel de lectum, notion forgée par Michel P. Schmitt pour désigner  «  le récit du souvenir de lecture ». Nous nous référerons en grande partie aux travaux de cet auteur auquel nous emprunterons plusieurs notions.

[5] Seuls les étudiants de master des universités de Saïda et de Mostaganem ont été interrogés.

[6] Le traitement des questionnaires a été réalisé au moyen du logiciel SPSS. Mes remerciements à Mustapha Labaci qui a extrait les tableaux bruts d’ensemble et par université ainsi que les croisements par variable de sexe et de niveau d’étude.

[7] Les réponses de l’université de Djelfa n’ont pas été agrégées à cet ensemble, lors de la saisie des données. Elles seront ajoutées dans le document final qui rassemblera l’ensemble des tableaux et des croisements.

[8] Donnat, O. (2009), Les pratiques culturelles des Français à l'ère numérique.

[9] ONS, Enquête sur l’emploi du temps, ENT Algérie, 2012. Rapport d’enquête, 2013.

[10] Ibid., p. 25.

[11] Ibid., p. 39.

[12] Naji-Aboura Yamina signale dans son enquête auprès des lycéens que c’est la bibliothèque familiale qui arrive en tête devant la librairie, alors que la bibliothèque du lycée est fort peu sollicitée, Les pratiques de lecture des jeunes en Algérie, op.cit, p. 34-35.

[13] Chez les jeunes lycéens interrogés par Naji-Aboura, la chambre est également plébiscitée auprès de 80 % comme espace préféré de lecture.

[14] Les Algériens et le livre à travers les visiteurs du X ème SILA, op.cit., p. 46.

[15] Schmitt, M.-P. (2006), « Le sexe de la lecture », in Cahiers masculin/féminin, printemps,  
p. 1.

[16] Schmitt, M.-P., op.cit., p. 8.

[17] Schmitt, M.-P. (2006), « École et dégoût littéraire », in Lidil, n° 33, Grenoble, Ellug.

[18] Bayard, P. (2007), Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? Paris, éd. de Minuit, Coll. « Paradoxe », p. 74

[19] Schmitt, M.-P. (1993), « Les côtes aux concours », in Littératures classiques, n° 19, Paris, éd. printemps.

[20] Abadi, D. (2013), Pouvoir de l'image et signifiance du texte en FLE : Vers une analyse sémiotique des manuels scolaires du secondaire algérien, in Pr. Dahou, F. et Pr. Kashema, L. (dir.), Université El- Hadj Lakhdar, Batna, p. 44.

[21] Ces données sont déduites des Annexes de la thèse de Dalila Abadi, Pouvoir de l'image et signifiance du texte en FLE, op.cit., p. 301-308.

[22] Christin, A. et Donnat, O. (2014), Pratiques culturelles en France et aux États-Unis. Éléments de comparaison 1981-2008, Coll. « Culture études », avril, p. 5.