Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Ouvrage du CRASC, 2016, p. 41-61, ISBN : 978-9931-598-08-4| Texte intégral


 

Nadia BENTAIFOUR

Introduction

L’émergence de la littérature « enfance » ou « jeunesse » est la résultante d’une évolution historique, à la fois de l’image de l’enfant mais aussi, du livre qui lui est destiné, dans son contenu et dans son mode de commercialisation. La littérature « enfance » ou « jeunesse » est d’abord le produit d’une édition spécifique qui vise un lectorat spécifique.

En effet, cette littérature est destinée par définition à l’enfant qui est son premier usager. Cependant, l’éventail des catégories sociales auxquelles elle s’adresse dépasse largement celui de la catégorie d’enfants. Les adultes écrivent, lisent, éditent, achètent des livres pour enfants soit pour leur plaisir, soit pour leurs tâches professionnelles ou privées, ce qui fait d’eux des usagers au même titre que les enfants.

Ainsi, nous distinguons deux types d’usagers, les concepteurs, ce sont les auteurs et les éditeurs ; et les consommateurs, ce sont les enfants, les parents, les éducateurs (dans les préscolaires, les crèches, les classes préparatoires et les écoles privées) et les enseignants (dans les écoles).

Nous nous intéressons particulièrement aux consommateurs, c’est-à-dire aux enfants, parents, éducateurs et enseignants en essayant de nous interroger sur l’usage qu’ils font de ces livres. Ce travail n’a guère la prétention de présenter une enquête exhaustive sur les différents usages de  la littérature de jeunesse, néanmoins, nous tenterons à travers une analyse qualitative et non quantitative de comprendre d’une part les représentations de chaque usager de la littérature de jeunesse et d’autre part les résultats obtenus de cet usage.

Qui sont les usagers ?

Le public auquel s’adresse la littérature de jeunesse est en premier lieu l’enfant, puisque les textes de jeunesse respectent dans leur forme et dans leur contenu, leur destinataire qui est le jeune lecteur. Cependant, souvent l’enfant n’accède à cette littérature que par l’intermédiaire d’un adulte (acheteur, diffuseur) qui se charge non seulement de l’acquisition du livre mais souvent aussi de sa transmission. L’adulte joue de ce fait un rôle intermédiaire entre l’enfant et le livre, il devient un médiateur. Plusieurs personnes remplissent chacune à sa façon cette fonction de médiateur : les parents, les enseignants ou bien les éducateurs.

  • a. Les parents

Les parents et, en particulier la mère, sont les premiers intermédiaires entre l’enfant et le livre, c’est eux qui initient l’enfant à la lecture et lui font découvrir le livre. Leur responsabilité est attestée quant au fait qu’ils doivent inculquer aux enfants le goût de la lecture. Malheureusement peu d’entre eux sont conscients de l’importance du livre dans la vie de leur enfant surtout pendant la période qui précède la scolarisation. Ils ignorent peut être ce que la psychologie nous a beaucoup renseignés quant au rôle de la lecture et du livre dans le développement de la personnalité de l’enfant.

Par l’intermédiaire des parents et surtout de la mère, l’enfant découvre un objet nouveau pour lui plein d’images et de couleurs :

« Le livre, l’album illustré, mais aussi la revue aux belles photos, le catalogue des grands magasins, apportent au tout-petit des images de formes encore inconnues, de formes et de couleurs à apprendre, à admirer et à aimer. L’adulte doit être là pour donner noms à ces images, pour expliquer leur signification »[1].

Le rôle des parents est encore plus important à travers la lecture du livre. Ils font découvrir à leur petit les mots et les phrases, la relation entre l’image et sa signification. A ce sujet, Janine Despinette rajoute que :

« Face au livre l’intervention du « compétent de la parole » est nécessaire non seulement pour établir la relation essentielle entre le dessin (c’est-à-dire l’objet, l’animal, la chose) et le mot, mais aussi pour arriver à un élargissement authentique de l’expérience d’acquisition chez l’enfant »[2].

La lecture chez l’enfant passe d’abord par celle de l’adulte. Les éditeurs l’ont bien compris, puisqu’ils font aussi des efforts pour séduire ces acheteurs potentiels. Ils font accompagner le livre d’informations complémentaires (résumé de l’histoire, notice sur l’auteur et l’illustrateur) qui intéresseraient plus les parents que les enfants. Les parents sont devenus plus que jamais la cible des éditeurs qui savent que le livre pour enfant n’est pas uniquement une source d’amusement et de distraction mais aussi un des moyens de soutien scolaire.

  • b. Les enseignants

Pour beaucoup d’enfants, le premier contact avec le livre se fait à l’école, la classe leur permet découvrir le plaisir ou le déplaisir de lire, par l’intermédiaire d’un autre adulte, « l’enseignant ». L’enseignant à l’école primaire, propose à ses élèves des contes, des livres d’images pour éveiller leur curiosité sur ce nouveau support qu’est le livre. Les livres sont à niveau, utilisés à des fins pédagogiques. Pour Daniel Blampain :

« Là se trouve une des raisons du succès de cette littérature de jeunesse auprès des parents ou d’enseignants qui, sous le poids des incertitudes provoquées par la remise en cause des différentes formes d’autorité, se montrent sensibles au jeu de la nouveauté ou de la prévision développé dans le champ de cette littérature nouvellement promue, qui sont tentés de trouver recettes ou remèdes dans cette littérature ou du moins dans les valeurs éducatives sûres qu’elle présente »[3].

L’utilisation de la littérature de jeunesse comme support pédagogique est une réalité dont les résultats sont visibles[4], cependant le rôle de l’enseignant comme intermédiaire entre cette forme littéraire et l’enfant qui reste à définir. Une définition par rapport au choix des livres et son attitude face à ces livres que nous développerons plus loin.

  • c. Les éducateurs

Nous entendons par éducateurs, les personnes qui se chargent de l’éducation de l’enfant dans un cadre non scolaire. Nous parlerons précisément du personnel des crèches. Les crèches jouent un rôle important pour la culture d’enfance. Ce sont un lieu de rencontre pour les enfants.

La période qui précède la scolarisation de l’enfant est déterminante selon les psychologues dans son développement. Découvrir dans les crèches ou dans le préscolaire le livre est un moment important et capital. Beaucoup d’éducateurs ont misé sur la littérature de jeunesse comme moyen d’éducation, en multipliant et en diversifiant les supports. L’enthousiasme pour le livre chez les éducateurs est très présent. Quelques-uns ont un intérêt propre pour la littérature. Ils soulignent l’importance de la lecture pour le développement de l’enfant. Il s’agit surtout pour eux de développer la connaissance linguistique de l’enfant. La lecture aide les enfants à apprendre des mots nouveaux, à prendre conscience des lettres et à commencer ainsi à s’intéresser à la lecture. L’utilisation du livre en crèche donne conscience aux enfants d’abord de la façon dont un texte est construit, puis de comment différents textes se distinguent les uns des autres

C’est après le déjeuner que le livre est utilisé le plus fréquemment, quand les enfants se reposent en même temps qu’ils écoutent l’éducatrice lire. Le personnel attache aussi de l’importance à ce que les enfants apprennent à savoir raconter eux-mêmes une histoire après l’avoir écoutée plusieurs fois. À cette occasion, la lecture a surtout la fonction de réunir et de calmer les enfants. Le livre devient un moyen didactique, pédagogique, voire même un moyen disciplinaire.

La parole aux usagers

  • a. Protocole d’enquête

Afin de prétendre à une meilleure compréhension des usages de la littérature de jeunesse chez les consommateurs, nous avons mené des entretiens qualitatifs. Nous nous sommes appuyés sur la méthode de l’enquête par entretien car cette méthode de recueil de données est préconisée pour comprendre les motivations et les choix des usages. En effet, les entretiens s’adaptant mieux aux objectifs de notre recherche dans la mesure où ils requièrent des réponses assez longues où l’enquêté est à même d’étaler sa réponse, de la clarifier ou de la nuancer, ils offrent ainsi une certaine liberté de réplique.

Nous avons accordé une attention toute particulière à la préparation des entretiens. Dans un premier temps, nous avons défini les objectifs et les questions de recherche: Que cherchons-nous ? Ensuite nous avons délimité le territoire de la recherche : Auprès de qui allons-nous recueillir des données ? Puis, nous nous sommes préoccupés de la collecte des données et avons réglé l’organisation et la conduite des entretiens.

Nous avons élaboré des entretiens différents pour chaque usager. Ils sont d’une durée qui varie entre 30 et 40 minutes. Les entretiens contiennent une dizaine de questions ouvertes pour permettre de cibler les réponses des usagers. Des entretiens trop longs requièrent, d’une part, beaucoup de temps et d’autre part, ils risquent de conduire à des digressions inutiles et sans rapport direct avec notre objectif de travail.

Exceptionnellement, les entretiens avec les enfants se sont faits en langue maternelle. Notre souci a été de mettre l’enfant à l’aise pour qu’il puisse s’exprimer sans aucune contrainte linguistique.

* Déroulement des entretiens

 En raison des objectifs de notre enquête, et de la composante de notre échantillon, l’entretien individuel semi directif semble le mieux adapté. Huit entretiens se sont déroulés, en face-à-face au domicile des répondants pour les catégories « parents » et « enfants », et au lieu du travail pour les catégories « enseignants » et « éducateurs ». Nous avons mené des entretiens auprès de six femmes et de deux enfants durant les mois de décembre 2010 et janvier 2011.

Les deux mamans que nous avons interviewées nous ont reçus toutes les deux chez elles. Nadia nous a reçu le week-end parce qu’elle travaille toute la semaine. L’ambiance était très conviviale, puisque les entretiens se sont déroulés durant l’après-midi autour d’un café. Ce climat a été très favorable pour nous, car les deux mamans étaient très à l’aise pour parler et pour répondre à nos questions. La séance de l’enregistrement a été précédée d’une longue discussion sur les enfants, leur scolarisation et leur avenir. Les deux mamans semblaient inquiètes par rapport à la nouvelle réforme scolaire dont le programme parait dense. La baisse du niveau des enfants en langue française a été au centre du débat.

L’entretien avec les deux institutrices s’est déroulé le matin au sein de l’établissement dans lequel elles exercent, à l’école primaire Ibn Khaldoun, située à la cité Négrel à Mostaganem. Nous avons profité d’un moment de repos où les deux enseignantes n’avaient pas cours pour les interviewer. Le directeur de l’établissement nous a accordé le droit de mener notre enquête et s’est montré très coopérant. Nous avons poursuivi la discussion avec les deux femmes sur les nouveaux programmes scolaires et la difficulté que rencontrent les enseignants sur le terrain, à appliquer un programme trop ambitieux à leurs yeux.

 Concernant l’entretien avec les éducateurs, nous avons choisi la crèche Besma située dans le quartier la pépinière à Mostaganem. La directrice nous a chaleureusement reçu et a répondu volontiers à toutes nos interrogations. Elle a aussi saisi l’occasion de notre présence pour nous confier toutes les difficultés que rencontre son établissement à l’instar de ses semblables dans la wilaya. En plus des problèmes que leur pose la Direction des affaires Sociales (DAS), la gestion des parents au quotidien est un vrai « cauchemar » nous dit la directrice.

Nous avons dû à un moment donné interrompre la directrice pour lui demander si on pouvait interviewer une éducatrice. Elle a tout de suite appelé ZHOR, la plus ancienne nous a-t-elle expliqué pour que l’on puisse l’interroger à son tour. En dépit de la présence des enfants, nous avons pu faire nos entretiens dans le calme et la coopération totale des deux femmes.

Les entretiens avec les enfants étaient cependant les plus difficiles à réaliser. En dépit de la langue arabe que nous avons volontairement utilisé pour garantir la compréhension, nous étions obligés de reprendre plusieurs fois certaines questions. Le rire répété des enfants, les a empêchés de se concentrer. Toutefois, en dépit de ces difficultés, les enfants ont pu répondre à l’ensemble des questions que nous leur avons posées. A la fin des enregistrements nous avons offert des livres de contes aux enfants en guise de souvenir de notre passage.

Il est à signaler que, les principes de base de la non-directivité ont été respectés : une attention positive et inconditionnelle (tout ce qui est dit a de l’importance), et une attitude empathique qui consiste à comprendre le cadre de référence du répondant et de lui restituer cette compréhension. Ainsi, la structure des entretiens n’était pas figée et l’ordre des thèmes abordés a varié selon les réponses des répondants.

Enfin, Les propos ont été enregistrés à l’aide d’un dictaphone et transcrits afin de procéder à des analyses thématiques.

* La composition de l’échantillon 

Comme nous l’avons déjà expliqué, nous avons retenu quatre composantes d’usagers à étudier. Il s’agit des enfants, des parents, des enseignants et des éducateurs. Il s’agit d’une enquête qualitative dont le but est de vérifier les types d’usages de la littérature d’enfance et de jeunesse. Pour chaque type d’usager, nous avons pris un échantillon de deux personnes. Nous estimons de fait que l’échantillon de notre enquête est suffisamment représentatif, au vu des résultats auxquels il pourrait conduire et qui se rapprocheront le plus de la réalité que nous désirons étudier. Les entretiens ont été enregistrés puis transcris.

Tableau 1 : Échantillon des participants aux entretiens

Sujet

Age

Sexe

Situation sociale

catégorie

Asmaa

30

F

Enseignante d’arabe

Enseignants

Aicha

38

F

Enseignante de français

Enseignants

Rachida

60

F

Directrice de crèche

Éducateurs

Zhor

32

F

Éducatrice dans une crèche

Éducateurs

Amel

46

F

Femme au foyer

Parents

Nadia

42

F

Fonctionnaire

Parents

Ayoub

8

M

Élève au primaire

Enfants

Sarah

10

F

Élève au primaire

Enfants

L’âge

Notre corpus est constitué de personnes dont l’âge varie entre 8 et 60 ans. Ceci explique que la littérature de jeunesse s’adresse à tous les âges et pas uniquement aux enfants.

Le sexe

Outre l’âge, le genre est susceptible d’influencer le contenu. Concernant le choix des usagers, il s’agit d’un public nécessairement féminin (nous avons expliqué dans les chapitres précédents la relation du secteur de la littérature de jeunesse avec les femmes), constitué de deux mamans, deux enseignantes, une directrice de crèche et une éducatrice, d’une fille et d’un garçon.

Ce choix n’est pas arbitraire car la présence des hommes dans des secteurs comme l’enseignement ou dans les crèches n’est pas à comparer avec celles des femmes dont le nombre reste largement supérieur. Les hommes marquent un certain recul tandis que les femmes sont plus sensibles et plus rattachées aux questions relatives à l’enfance.

La situation sociale

Compte tenu de la large féminisation du corps professoral, nous avons choisi une enseignante de français et une enseignante d’arabe. Nous voulons comparer l’usage de la littérature de jeunesse dans le cours de français et dans celui d’arabe. Nous avons délibérément choisi dans la catégorie « parent » deux mamans et non pas deux papas en raison du rapprochement de l’enfant de sa mère. Ajouter à cela, le fait que dans notre société c’est souvent la mère qui a à sa charge le suivi scolaire des petits (aider à faire les devoirs, acheter les livres, accompagner à l’école, etc.). Nous voulons aussi mettre en comparaison la vision d’une femme qui travaille par rapport aux livres d’enfants avec celle qui reste au foyer.

S’entretenir avec une directrice de crèche et une éducatrice nous permet de cerner d’une part, la politique éducative adoptée par la crèche en matière de livres et de lecture pour enfants grâce au discours de la directrice et d’autre part, les applications réelles de cette politique sur le terrain avec le discours de l’éducatrice.

Il fallait cerner en dernier la vision des premiers concernés, c’est-à-dire les enfants. Nous avons choisi de nous entretenir avec deux élèves de l’école primaire de sexes différents. Nous voulons voir leurs représentations du livre pour enfant.

* Grille pour la lecture des entretiens

Nous avons tenté d’élaborer une grille d’analyse de nos entretiens sur la base de variables thématiques. Ces variables ont été relevées du contenu du discours des répondants et qui sont à la base pour la construction de la grille de lecture à laquelle nous avons eu recours pour l’analyse des entretiens. Elles cherchent à spécifier les dimensions que nos analyses de contenu cherchaient à mettre en évidence. Les données des entretiens seront triées puis partagées par thème et accompagnées de quelques extraits pris comme des exemples. Nous proposons quatre catégories d’analyse :

La transmission d’un certain héritage de lecture

Cette catégorie d’analyse comprend les tendances chez les usagers à proposer aux enfants des livres qu’eux-mêmes ont lus quand ils étaient enfants. Cette volonté de transmettre un certain héritage culturel se traduit par un choix stéréotypé de livres. Un choix par rapport au contenu du livre mais aussi par rapport à la langue d’écriture.

La dimension éducative

Cette deuxième catégorie d’analyse concerne les buts assignés par les différents usagers au livre d’enfant. La dimension éducative que revêt le livre d’enfant parait au premier plan chez certains usagers.

Les conditions d’acquisition du livre

Dans cette troisième catégorie d’analyse nous avons relevé les expressions faisant allusion au prix du livre et au pouvoir d’achat. Nous nous sommes intéressés tout particulièrement à l’utilisation des adjectifs qui qualifient la valeur du livre.

Les choix de lecture

Cette dernière catégorie concerne le choix que font les usagers des livres d’enfants. Choix mitigé entre forme et contenu.

Les entretiens réalisés avec les enfants seront traités séparément car il ne s’agit pas d’un même usage de la littérature d’enfance et de jeunesse que celui fait par les adultes. Pour les réponses que nous avons recueillies auprès des enfants, elles seront analysées différemment, en mettant en avant les représentations des enfants du livre et leurs préférences particulières en matière de lecture.

* Application de la grille d’analyse

Même si nous avons élaboré quatre entretiens différents en fonction des quatre types d’usagers, certains croisements sont possibles entre les différentes questions qui conduisent aux mêmes données. C’est ainsi que la question « Quels livres lisiez-vous autrefois ? » est posée aux enseignants et aux parents à la fois pour vérifier si à l’école et à la maison, on transmettait à l’enfant le même héritage de lecture. Ce que ces adultes ont aimé lire en étant enfant doit ressembler à ce que leurs enfants ou élèves devraient lire aujourd’hui. L’autre catégorie d’analyse concerne la question « comment utilisez-vous les livres d’enfants ? » qui a été posée aux parents, aux enseignants et aux éducateurs. L’intérêt de cette question est de vérifier l’usage de la dimension éducative du livre d’enfant. Il s’agit aussi de montrer comment le livre d’enfant est utilisé à l’école, à la maison et dans les crèches. La dimension éducative aussi par le ludique et la lecture loisir.

 S’agissant de la question « choisissez-vous les livres en fonction du prix, de la présentation ou du contenu ? » qui a été posé aux différents usagers adultes, son intérêt est de savoir si le livre est accessible à tous par rapport à son prix. Le prix du livre reste un réel handicape et le pouvoir d’achat est si bas que le livre est pour certains un luxe. Le prix du livre conditionne souvent l’achat.

Les deux questions « Quels types de livres préférez-vous donner aux enfants ? », et « Entre un livre et un CD lequel choisirez-vous pour vos enfants ? » ces deux questions relèvent de la catégorie les choix de lecture. Que choisir à lire pour nos enfants ?, les réponses concerneront aussi bien les types de livres que leurs supports.

Les questions proposées aux enfants comme « tes parents t’achètent-ils des livres ? » ou « tes parents te lisent une histoire avant de dormir ? », cherchent beaucoup plus à cerner le rôle des parents en ce qu’il concerne l’éducation à la lecture et aux livres. Quant à la question « préfères-tu un livre ou un CD ? », elle permet de vérifier la place du livre dans un monde envahi par le numérique. L’avenir de la lecture et des livres est tributaire aussi de cette technologie.

  • b. Présentation des résultats

Nous venons de détailler la grille dont nous disposions pour le décodage des protocoles. Notre démarche a d’abord consisté à la retranscription intégrale des entretiens. Un travail de décorticage a ensuite été mené. Il s’agit d’une procédure minutieuse qui consiste à repérer dans l’ensemble des énoncés, ceux qui sont en relation avec les différentes catégories relevées. Le repérage s’est effectué suite à plusieurs lectures et relecture des entretiens.

Cette démarche a été essentielle afin de thématiser les énoncés des interviewés, procédure nous permettant d’obtenir une mesure qualitative des catégories relevées[5]. Ainsi,  nous avons pu regrouper les énoncés par sujet et par catégorie. Dans un premier temps, nous avons sélectionné puis classifié les passages porteurs de sens au regard de nos catégories et indicateurs.

  • c. Interprétation des résultats des usagers adultes

Les analyses qualitatives de l’ensemble des enquêtes nous a permis de démontrer que le livre d’enfant est utilisé à des fins multiples, selon le profil des usagers et leurs préoccupations.

* Le livre d’enfant comme moyen d’apprentissage

Il apparaît clairement que le livre pour enfants est d’abord utilisé par nos usagers adultes pour ses vertus éducatives. Pour tous nos répondants, ces supports écrits appartenant à la littérature de jeunesse sont d’excellents moyens d’apprentissage. Ils favorisent l’apprentissage de la lecture et de l’écriture mais aussi l’apprentissage des valeurs humaines. Ainsi les propos de nos six répondantes confirment cette idée :

Tableau 2 : Le livre d’enfants comme moyen d’apprentissage

Asmaa

« les livres d’histoires et de contes que j’utilise avec les élèves en classe les aident à apprendre la langue, les expressions et à améliorer leur expression écrite en arabe classique »

Aicha

« l’utilisation des contes avec les élèves de 5ème année a donné de bons résultats (…) ils ont appris beaucoup de mots : princesse, fée, sorcière…etc. Certains ont même appris des contes par cœur… rire »

Rachida

« les livres à la crèche sont destinés aux enfants à partir de trois ans. Ils les aident dans l’apprentissage des deux langues : l’arabe classique et le français »

Zhor

« j’utilise les contes avec les enfants en séances d’après- midi, je leur raconte une histoire, je leur montre les images. Mon but est qu’ils réussissent à se rappeler de l’histoire et qu’ils puissent me la raconter à leur façon (…) et ça marche… »

Amel

« j’aime bien acheter les livres d’histoires à mes enfants, mais je préfère les anales qui les aident à faire leurs devoirs surtout pour les enfants qui sont en classes d’examen »

Nadia

« mes enfants ont beaucoup de livres que je leur achète. Des livres de contes, des livres de BD, des livres avec CD surtout en français. Je veux que ces livres les aident à maitriser le français et à bien le parler »

Ainsi, nos différentes répondantes s’accordent à dire que leur usage premier des livres d’enfants ou plus généralement de la littérature de jeunesse, est un usage éducatif qui vise à considérer le livre d’histoires ou le livre de contes comme moyen d’apprentissage favori de la langue que ce soit le français ou l’arabe classique et souvent les deux à la fois, de l’écriture et aussi du vocabulaire.

* Transmission d’un héritage de lecture

Cette deuxième catégorie regroupe les réponses des interviewées sur la question de leurs propres lectures à l’âge d’enfance. Elle s’articule autour de la transmission des goûts de lecture, la volonté de choisir à ses enfants les meilleurs livres et leur proposer les meilleures lectures. Plus généralement, ce choix réside dans la transmission de livres lus pendant l’enfance. On est clairement dans le rôle de « transmetteur ». Il s’agit de faire aimer par les enfants des livres que l’on juge bons, intéressant, voire même importants.

Cette attitude est perçue doublement dans les entretiens ce qui nous a permis de faire ressortir deux sous-catégories : transmission de lectures francophones et transmission des lectures de la culture locale. En effet, certains usagers préfèrent donner aux enfants le goût de livres francophones, un héritage d’un passé colonial et d’une certaine éducation que les usagers ont reçu dans leur jeunesse (lecture de la bibliothèque verte et de la bibliothèque rose). D’autres usagers insistent sur l’importance pour les enfants de lire des livres qui reprennent le patrimoine local comme les contes populaires par exemple (les contes de Djeha, de Mékidèche, etc.). Le tableau suivant illustre nos résultats :

Tableau 3 : Transmission d’un héritage de lecture

Transmettre des lectures francophones

Exemples

Transmettre des lectures du patrimoine local ou national

Exemples

Rachida

« on propose aux enfants dans notre crèche des contes universels que tout le monde connait… impossible pour un enfant de grandir sans connaitre Cendrillon ou le Petit chaperon rouge »

Amel

« je continue à raconter des contes populaires à mes enfants comme je les ai appris de la bouche de ma grand-mère. Et quand j’achète des livres je choisis toujours les contes de notre patrimoine, car ils sont riches et intéressants »

Nadia

« j’ai lu beaucoup de livres en français dans ma jeunesse, je voudrais que mes enfants connaissent ces livres magnifiques et forts intéressants…bien sur je leur achète des livres récents mais toujours en français »

Asmaa

« je demande toujours aux élèves de ramener des contes du Djeha, ils aiment beaucoup ça, et ils connaissent bien ce personnage »

 

Zhor

« j’ai grandi au milieu de livres de langue française et grâce à ça je maitrise maintenant la langue, je veux que les enfants dans la crèche découvrent ces beaux livres de contes et de BD comme Tintin

Aicha

« j’enseigne le conte à mes élèves de 5ème année. Les contes proposés dans le manuel sont des contes occidentaux, je demande aux enfants de chercher des contes algériens…certains me ramènent d’autres non »

Il apparait clairement que les adultes responsables de l’accès au livre, favorisent leurs préférences. Ils ont cette « tendance affective à reconduire auprès des jeunes des livres lus au cours de (leur) propre enfance »[6]. Ces usagers adultes (parents, enseignants et éducateurs), semblent oublier que les temps ont changé et que les lectures qu’ils ont aimées dans leur propre enfance ne sont pas nécessairement celles que leurs enfants aimeront.

* Choix de livres

Cette catégorie renvoie aux critères du choix des livres chez les usagers. Les usagers choisissent les livres pour enfants en fonction de deux sous-catégories : choix par rapport au support, choix par rapport au contenu. Si pour certains usagers la présentation du livre conditionne l’achat, pour d’autres, la forme n’a pas grande importance puisqu’ils choisissent les livres en fonction du contenu.

Tableau 4 : Choix de livres

Choix du livre

Exemples

Le choix selon la présentation

« on achète de beaux livres, avec des images et des couleurs, les enfants aiment ça (…) la qualité du papier est aussi importante, tout ça est important »

 (Rachida)

« les enfants regardent toujours les images… c’est à travers les images qu’ils comprennent l’histoire » (Zhor)

« mes enfants adorent les couleurs et j’ai un fils qui aime beaucoup les dessins, j’essaie de lui choisir de beaux livres… » (Amel)

« la qualité des livres pour enfants en Algérie n’a rien à voir avec celle des livres français par exemple, un livre pour enfant est d’abord un beau livre, doux au toucher, qui attire les enfants » (Nadia)

 

Le choix selon le contenu

« je choisis les livres pour mes élèves en fonction du contenu. Je vois d’abord le texte s’il y a des choses qui m’intéressent pour mon cours par exemple » (Asmaa)

« tous les contes que je propose à mes élèves sont en relation avec le programme. Donc je vérifie d’abord le contenu, si le texte n’est pas long, s’il n’est pas difficile (…) je choisis en fonction de ça » (Aicha)

Les usagers accordent une importance capitale pour la présentation du livre pour enfants. Le choix chez les mamans ou chez les éducatrices à la crèche s’opère en fonction du support. Par contre, à l’école, nos deux institutrices insistent sur le contenu, car le livre est utilisé, tel que nous l’avons déjà expliqué, comme un moyen d’apprentissage. Le choix se fait donc en fonction du besoin.

* Les conditions d’acquisition

Dans cette dernière catégorie d’analyse l’accent est mis sur le prix du livre et comment celui-ci peut devenir un obstacle à l’acquisition. Des livres trop chers ne sont pas à la portée de tous comme nous allons le voir dans les déclarations de nos répondantes.

Tableau 5 : Les conditions d’acquisition

Asmaa

« les livres pour enfants sont chers, je ne me permets pas d’acheter de ma poche pour tous les élèves, (Allah Ghaleb) je leur demande souvent de ramener leurs propres livres »

Aicha

« un livre de contes est plus cher que le manuel scolaire, j’achète deux ou trois pour les offrir aux meilleurs élèves pour les motiver, sinon impossible de donner à toute la classe »

Rachida

« je suis consciente que le nombre de livres dans ma crèche est insuffisant, mais les prix sont tellement inaccessibles qu’il faudrait un budget entier pour l’achat. Je suis obligé de choisir en fonction du prix. Les plus beaux livres sont ceux de l’importation et je ne peux acheter que quelques-uns »

Zhor

« les plus beaux livres sont les plus chers, si on voit le prix, on ferme les yeux sur la qualité »


Amel

« je vous mentirai si je vous dis que je ne regarde pas au prix quand j’achète les livres à mes enfants. Si je veux offrir un livre à chacun, je dois impérativement penser à la facture. Les annales sont aussi trop chers… »

Nadia

« avec mon salaire, je me permets d’acheter des livres à mes enfants sans trop me soucier, mais j’avoue que quelques fois ma surprise est grande quand j’arrive à la caisse, surtout s’il s’agit de livres importés »

 Synthèse

L’analyse qualitative de l’ensemble des données, a permis de dégager des catégories thématiques caractérisant les tendances de l’usage de la littérature de jeunesses. Certaines de ces catégories ont été partagées en sous-catégories.

  • d. Grille d’analyse des entretiens des usagers enfants

Nous avons déjà expliqué que la grille d’analyse que nous avons appliquée aux six entretiens avec les usagers adultes ne pouvait pas mener aux mêmes résultats avec les entretiens effectués avec les enfants. Nous avons tenté d’élaborer une grille d’analyse propre à ces entretiens sur la base de variables thématiques.

Ces variables ont été relevées du contenu du discours des enfants, elles étaient à la base pour la construction de la grille de lecture à laquelle nous avons eu recours pour l’analyse des entretiens. Elles cherchent à spécifier les dimensions que nos analyses de contenu cherchaient à mettre en évidence. Les données des entretiens seront triées puis partagées par thème et accompagnées de quelques extraits pris comme des exemples illustratifs. Nous proposons trois catégories d’analyse :

* Le rôle des parents

Dans cette deuxième catégorie, il s’agit de voir quels sont les critères qui déterminent le choix des livres chez les enfants. Ainsi les deux questions « Tes parents-t-achètent ils des livres ? » et « Tes parents te lisent-ils une histoire ou te demandent-ils de la lire seul ? », ont pour finalité de vérifier le rôle joué par les parents dans l’incitation à la lecture. L’achat des livres et le rituel de lecture peuvent être perçus comme étant des indices d’encouragement des enfants à lire.

* Les choix de lecture

Dans cette deuxième catégorie, il s’agit de voir comment les enfants choisissent leurs livres. Nous avons vu avec les usagers adultes que les choix obéissaient à des critères relatifs soit à la forme, soit au contenu du livre. Avec les enfants, les modalités du choix changeront. Avec les
questions « quels types de livres préfères-tu ? » et « entre un livre et un CD, lequel choisiras-tu ? », nous souhaitons savoir ce que les enfants préfèrent lire réellement et mesurer leur attachement au numérique.

* La langue de lecture

On ne pouvait pas analyser les usages des livres de la littérature de jeunesse chez les enfants sans nous interroger sur la langue dans laquelle ils lisent. La question : « préfères-tu lire en français ou en arabe ? Et pourquoi ? », vise à vérifier l’emploi de la langue de lecture entre la langue de scolarisation, c’est-à-dire l’arabe classique et la langue étrangère, le français. 

  • e. Interprétation des résultats

 L’analyse qualitative des deux entretiens effectués avec les usagers enfants nous a permis de montrer que l’utilisation du livre pour enfant est conditionnée d’une part, par le rôle des parents et d’autre part, par les propres choix des enfants eux-mêmes.

* Le rôle des parents

L’entourage familial a des influences sur les habitudes de lectures chez les enfants. Un psychologue, Michel Labrot, professeur au Centre National de Pédagogie Spéciale à Paris, note à ce propos :

« L’attitude de l’enfant devant le livre ne s’explique pas uniquement par l’importance que son milieu attache à la lecture, elle dépend plutôt de l’existence et de la nature des pressions exercées par ce milieu »[7].

L’influence des parents est plus que déterminante. L’attitude souvent négligente de quelques parents par rapport à l’importance de la lecture de leurs enfants peut avoir des répercussions très négatives. Les enfants nous disent[8] à propos de leurs parents :

Tableau 6 : Le rôle des parents

Rôle des parents

Exemples

Incitation à la lecture

« quand je n’ai pas de devoirs scolaires à préparer, ma mère me demande de lire une histoire » (Sarah)

« ma mère me demande souvent de lire des histoires et de faire le résumé, elle le fait aussi pour me punir » (Ayoub)

Achat de livres

« j’ai plein de livres que mes parents m’ont achetés, j’ai lu quelques-uns mais pas tous. Ma mère m’achète aussi des anales à la rentrée » (Sarah)

« mes parents m’achètent des livres et à la rentrée. Ma mère m’a offert un dictionnaire avec beaucoup d’images pour mon anniversaire » (Ayoub)

La lecture des histoires

« Ma mère me lit quelques fois des histoires, elle dit souvent qu’elle est fatiguée à cause de son travail, papa lui ne le fait jamais » (Sarah)

« ma maman me raconte des histoires magnifiques de sa grand-mère et personne d’autres connait, même papa il les connait pas » (Ayoub)

Les réponses des enfants montrent la bonne volonté des parents à inciter les enfants à lire en leur achetant des livres et en leur racontant des histoires quelques fois mais ceci reste insuffisant si l’on désire inculquer de vraies habitudes de lectures. C’est plutôt la mère qui a à sa charge cette responsabilité comme nous l’avons déjà expliqué auparavant.

* Les choix de lecture

Les enfants ont leurs propres préférences en matière de lectures qui correspondent ou pas avec celles des adultes. Les enfants aiment les histoires de princes et de princesses, d’ogres et d’ogresses, cela les attirent et développent leur imagination. Les images en couleurs sont les préférées des enfants, qui préfèrent souvent les livres illustrés. Cependant, rien ne remplace un CD pour un enfant d’aujourd’hui, qui se voit de plus en plus passionné de numérique. Ces quelques réponses des enfants confirment cela :

Tableau 7 : Les choix de lecture

Rôle des parents

Exemples

Préférence des contes

« je préfère les contes. L’histoire de Cendrillon m’a plu. La maitresse nous lut aussi des contes à l’école sur les fées et les sorcières » (Sarah)

« j’aime l’histoire de Ali Baba et les quarante voleurs. » (Ayoub)

L’image et l’illustration

« je regarde toujours les images dans les livres de contes, je les trouve trop belles, surtout les robes de princesses. Je n’aime pas regarder les livres où il n’y a pas d’images » (Sarah)

« j’adore les dessins et les couleurs, je regarde les animaux et la forêt » (Ayoub)

Les supports numériques

« j’aime les livres mais je préfère les CD, ça me permet de travailler sur l’ordinateur et il y a des images (…) c’est comme un film » (Sarah)

« j’adore les jeux vidéo, j’ai pleins de CD à la maison (…) je télécharge aussi des jeux à partir d’Internet, c’est différent des livres » (Ayoub)

Les enfants montrent leur intérêt pour le conte car il y a le côté merveilleux qui les attire. Ils expriment aussi leur attirance envers tout ce qui est image et illustration. Toutefois, les livres ne parviennent pas à rivaliser avec les jeux vidéo et les CD.

* La langue de lecture

Les livres pour enfants existent comme nous l’avons déjà expliqué dans les chapitres précédents dans les deux langues : l’arabe et le français. La production an langue arabe est la plus abondante. Les enfants peuvent lire dans les deux langues, mais ils préfèrent la langue arabe à cause de sa facilité par rapport au français pas suffisamment maitrisé.

Tableau 8 : La langue de lecture

Langues de lecture

Exemples

L’arabe

« je lis beaucoup plus en arabe car je comprends tout le texte » (Sarah)

« j’ai beaucoup de livres en arabe, je préfère l’arabe parce que c’est plus facile à comprendre » (Ayoub)

Le français

« j’aime lire en français mais je fais des erreurs et je ne comprends pas tous les mots (…) la maitresse de français nous a demandé de lire les livres en français même si on ne comprend pas » (Sarah)

« les livres en français sont difficiles pour moi, je fais des erreurs, les histoires que j’aime sont toutes en arabe » (Ayoub)

La langue de lecture chez les enfants reste l’arabe. La langue française n’est pas rejetée mais elle constitue beaucoup, plus selon les enfants, un handicap pour la compréhension. Ce penchant pour l’arabe peut s’expliquer aussi par la prédominance des titres en langue arabe.

Conclusion

L’analyse qualitative des entretiens réalisés avec les enfants a permis de dégager des catégories thématiques caractérisant le rôle des parents dans les pratiques de lecture de leurs enfants, les choix des lectures chez les enfants et enfin la langue qu’utilisent les enfants pour lire.

Ce travail s’est principalement interrogé sur les usages de la littérature de jeunesse à travers une enquête de terrain que nous avons mené auprès des usagers consommateurs de cette littérature. Flexible et itérative, notre approche s’est appuyée sur une méthode qualitative basée sur l’utilisation des entretiens semi directifs. Elle sera nécessaire à l’analyse en profondeur des données concernant les usages des livres pour enfants.

La mise au point d’une grille d’analyse de catégories et de sous-catégories thématiques, instrument indispensable pour la lecture des entretiens, est intervenue dans une première phase de l’évolution de notre démarche de recherche. Puis, l’apport de cet instrument s’est prolongé en constituant une seconde grille d’analyse pour la lecture des entretiens avec les enfants.

En ce qui concerne notre méthode pour l’analyse des usages de la littérature de jeunesse, nous avons pu relever toutes les tendances d’usage par catégories thématiques. Nous avons pu constituer un nombre de critères de l’utilisation de cette forme littéraire à l’école, dans le milieu familial et dans les crèches. A partir d’une étude qualitative portant sur huit entretiens semi directifs, nous avons :

Dégagé pour les usagers adultes quatre catégories thématiques : « transmission d’un héritage de lecture », « le livre comme moyen d’apprentissage », « les conditions d’acquisition » et enfin, « les choix de livres ».

Certaines de ces catégories ont été subdivisées en sous-catégories : « transmission de lectures francophones », « transmission de lectures du patrimoine national », « choix selon la présentation » et, « choix selon le contenu ».

Dégagé pour les usagers enfants trois catégories thématiques : « le rôle des parents », « les choix de lecture » et enfin, « la langue de lecture ».

 Certaines de ces catégories ont été à leur tour découpées en sous-catégories : « incitation à la lecture », « l’achat des livres », « lecture des histoires », « préférence des contes », « l’image et l’illustration », « le support numérique », « l’arabe » et « le français »

Pour les usagers adultes, la littérature de jeunesse est utilisée surtout comme un moyen d’apprentissage de la langue. La lecture de ces livres aiderait les enfants à obtenir de meilleurs résultats scolaires. La lecture loisir est reléguée au second plan. La volonté de certains usagers, de reconduire chez les enfants certaines lectures faites durant la jeunesse est très visible. Or, les enfants d’aujourd’hui ont leur propre préférence et le domaine de la littérature de jeunesse qui a beaucoup évolué.

Puisque les adultes sont les premiers responsables à l’accès au livre pour l’enfant, ils opèrent leur choix de livres en fonction pour certains du contenu du livre et pour d’autres en fonction du support et de la présentation. Toujours est-il que le prix du livre demeure un critère sérieux quant au choix du produit.

Quant aux enfants, leur usage de la littérature de jeunesse dépend en partie du rôle joué par leurs parents dans l’incitation à la lecture et dans l’achat des livres. Très peu d’entre eux semblent vraiment s’impliquer pleinement. Les enfants préfèrent choisir des histoires merveilleuses, des contes et surtout des livres avec images et illustrations, qu’ils lisent surtout en langue arabe. Le français présente pour eux des difficultés à la lecture et surtout à la compréhension. Toutefois, la présence du numérique est susceptible de remplacer sans aucun souci le livre.

Bibliographie

Blampin, D. (1979), La littérature de jeunesse, pour un autre usage, Bruxelles, Fernand-Nathan, Labor, coll. « Dossiers Medias ».

Despinette, J. (1972), Enfants d’aujourd’hui, livres d’aujourd’hui, comment choisir les lectures de vos enfants, Paris, Casternam, coll. Enfance, éducation, enseignement.

Niers-Chevrel, I. (2005), Littérature de jeunesse, incertaines frontières, colloque de Cerisy la salle, Paris, Gallimard Jeunesse.

 Paille, P. et Mucchielli, A. (2008), L’analyse qualitative en sciences humaines et sociales, Paris, Armand Colin, 2ème édition.

Soriano, M. (2002), Guide de littérature pour la jeunesse, 2ème édition, Paris, Delagrave.

 Annexe

Les entretiens

Entretien avec les enfants

  • Tu te rappelles du premier livre que tu as lu ?
  • Quels types de livres préfères-tu lire ?
  • Tes parents t’achètent-ils des livres ?
  • Tu préfères des livres qui racontent de belles histoires ou bien des livres qui montrent de belles images, ou les deux à la fois ?
  • A part le manuel scolaire, lis-tu d’autres livres en classe ?
  • Préfères-tu lire une histoire ou l’écouter ?
  • Tu lis dans la journée, ou bien le soir dans ton lit ?
  • Est-ce que tes parents te lisent une histoire ou est-ce qu’ils te demandent de lire tout/toute seul (e) ?
  • Entre un livre et un CD/DVD, lequel choisis-tu ?

Entretien avec les parents

  • Vous vous rappelez du premier livre que vous avez lu ?
  • Quel livre lisiez-vous autrefois ?
  • Lisez-vous toujours aujourd’hui ? Si oui, quel type de livres ?
  • Achetez-vous des livres pour vos enfants ?
  • Vous choisissez vous-même ces livres ou leur laisser-vous le choix ?
  • Lisez-vous des histoires à vos enfants ?
  • Les incitez-vous à lire ?
  • Dans quelle langue préférez-vous faire lire vos enfants ?
  • Choisissez-vous les livres selon leur prix, leur présentation ou leur contenu ?
  • Entre un livre et un CD, lequel choisirez-vous pour vos enfants ?

Entretien avec les éducateurs

  • Consacrez-vous une séance de lecture aux enfants dans votre école ?
  • Quels types de livres leur proposez-vous ?
  • Sont-ils intéressés par ces livres ?
  • Comment choisissez-vous ces livres ? Selon le prix, la présentation ou le contenu ?
  • Estimez-vous ce chiffre suffisant ?
  • Comment utilisez-vous ces livres ?
  • Les livres en français, sont-ils privilégiés par rapport à ceux en arabe ?
  • Quels résultats positifs obtenez-vous de l’utilisation de ces livres ?
  • Quels résultats positifs obtenez-vous de l’utilisation

Entretien avec les enseignantes

  • Vous vous rappelez du premier livre que vous avez lu ?
  • Quels livres lisiez-vous autrefois ?
  • Lisez-vous toujours aujourd’hui ? Et quels types de livres ?
  • A part le manuel, utilisez-vous des livres de classe ?
  • Quels types de livre ?
  • Comment les utilisez-vous ?
  • Vous les choisissez toujours en fonction du programme scolaire ?
  • Les enfants, ramènent-ils eux-mêmes leurs livres ou est-ce que vous leur proposez les vôtres ?
  • Sont-ils intéressés par la lecture ?
  • Pensez-vous que l’utilisation de ces livres en classe contribue à améliorer leur niveau de langue ?
  • Utilisez-vous l’activité de lecture comme une forme de punition ?

 Notes

[1] Despinette, J. (1972), Enfants d’aujourd’hui Livres d’aujourd’hui, Comment choisir les lectures de vos enfants, Paris, Casterman, p. 38.

[2] Ibid.

[3] Blampain, D. (1979), La littérature de jeunesse pour un autre usage, Paris, Fernand Nathan/ Éditions Labor, coll. « Dossiers Média », p. 90-91.

[4] Nous avons montré les différentes possibilités de l’exploitation du conte en classe de langue.

[5] Paillé, P. et Mucchielli, A. (2008), L’analyse qualitative en sciences humaines et sociales, Paris, Armand Colin, 2ème édition, p. 52.

[6] Blampain, D., op.cit., p. 91.

[7] Cité par Despinette, J., op.cit., p. 40.

[8] Pour donner des exemples des réponses nous avons eu recours à la traduction car les entretiens se sont déroulés en langue arabe.