Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Ouvrage du CRASC, 2016, p. 185-193, ISBN : 978-9947-598-09-1| Texte intégral


 

Badreddine LOUCIF

Introduction

La marginalité dans sa basique schématisation peut être considérée comme un écart par rapport à une norme. Par passivité, ou plus communément, par une volonté effective de refus ou de transgression à l’encontre de l’opinion commune admise, un individu, ou même un groupe, peut être considéré comme marginal. De l’exclusion jusqu’à l’exécution, la société a, de tout temps, réagi à l’égard du marginal. Sans doute la marginalité est-elle mal vue parce qu’elle accompagne l’égoïsme, l’individualisme et la non solidarité avec le groupe puisque la société n’admet pas la diversité de trajectoires, il n’y a qu’une seule direction, celle qu’elle a prise. Toute différence de comportement, de paraître ou plus profondément d’être sera mal interprétée, voire inadmissible, considérant tout écart comme une traitrise caractérisée.

En littérature, la marginalité concerne généralement tout corpus ou toute praxis non autorisée par l’institution littéraire en tant que garante d’une certaine littérarité. On peut inclure dans cette acception les productions des minorités ethniques ou celles des groupes marginaux socialement et même les auteurs délaissés pour des raisons politiques par exemple, ou autres, qui n’ont pas eu la place qui leur était due dans l’histoire littéraire. Qu’il s’agisse de bohème, de poète maudit ou de l’image de l’exploité, la littérature a traité de la marginalité sans pour autant la nommer explicitement. La plus courante d’entre elles serait celle qui s’est intéressée à la composante socio-économique, étant la plus spectaculairement touchante. La marginalité en littérature correspond ainsi à la thématique romanesque qui prend en charge les situations ou les circonstances qui racontent une marginalisation d’ordre moral, intellectuel ou physique et forcement par-delà, le personnage, objet du présent article. Ce qui a suscité notre intérêt pour ce travail c’est qu’il s’agit d’une marginalité voulue, choisie par ce personnage et non imposée, explicitement du moins, par une quelconque volonté qui lui soit extérieure.  Nous avons essayé de développer les deux aspects de cette marginalité romanesque qui s’est manifestée spatialement et psychosocialement.  Et puis, vers la fin, leurs confirmations par les choix scripturaux de notre auteur.

Parmi les auteurs algériens qui cultivent en exploitant la marginalité comme forme de transgression : Rachid Boudjedra. De par ses choix scripturaux, intellectuels, politiques ou même éthiques, il a su se faire, puis garder, une image et un style parmi les grands romanciers de ce siècle. Nous avons choisi de nous intéresser à L’Escargot entêté. Et s’il y a une phrase qui puisse résumer et justifier notre choix du corpus cela serait : « Ma mère me manque. Je lui dois tout. L’ordre et la rigueur et l’horreur des jours de pluie, de la fonction reproductrice de l’homme et des miroirs »[1].  Ce qui explicite, de la part du personnage principal, un dégout qui entraine in facto l’isolement et la marginalisation. Comme nous allons le voir, ce personnage principal a le sentiment de se trouver au sein d’une société envahissante qui, par solidarité zélée et non par méchanceté délibérée, n’oublie personne, croyant bien faire. Elle contient l’individu, l’enveloppe, jusqu’à l’étouffement. D’ailleurs, l’auteur n’utilise pas de nom pour désigner le personnage principal, encore moins les autres protagonistes. Il doit rester anonyme, dilué, sans aucune distinction patronymique, jusqu’à ce que coïncident ses propres contours avec ceux de la société.

Type de marginalité

Quel type de marginalité peut caractériser notre personnage ? Il n’est pas exclu ou stigmatisé par la société puisqu’il n’est pas répugnant ou caractérisé physiquement, on ne lui connait pas de passé pénitentiaire ou une défaillance psychiatrique clairement identifiable ou une addiction particulière à l’alcool par exemple, ou encore moins à une forme flagrante d’extrémisme politique ou autre. Sauf peut-être le fait d’être considéré comme bizarre, mais pas plus que cela. A plus de quarante ans, célibataire et vivant seul, dans le contexte sociologique décrit dans le roman, il est statistiquement marginal. D’ailleurs il le savait pertinemment : « ils me prennent pour un jeteur de sorts parce que je suis un vieux célibataire »[2]. Qui d’autres que lui, dans la société qu’on connait, était assez consciencieux pour travailler en plus les minutes qu’il avait accusé comme retard. Qui d’autre encore était passionné par son travail jusqu’au point de s’enfermer dans son laboratoire, rien que pour son propre plaisir.

Jusque-là, les aspects décrits de cette marginalité ne sont valables que s’ils sont souscrits dans une culture bien définie localement. Mais si on regarde de plus près, en rajoutant d’autres éléments, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une marginalité pathologique. En effet, le poste de travail en question qu’occupe ce personnage est “le chef du service de dératisation“. Et à force d’étudier et de côtoyer les rats, il a fini par avoir de la tendresse et de l’admiration pour eux plus qu’il en a pour les humains, ou pour les bébés, ce qui est encore plus cruel. L’une des œuvres qui le passionne et qui les concerne, est celle d’un traité scientifique sur les animaux. Il en est fasciné jusqu’au point d’avoir des « pollutions nocturnes »[3] à sa lecture. Pour lui tout passe après la dératisation. En effet, « il vaudrait mieux construire des mosquées sans minarets pour augmenter le budget de la dératisation »[4]. Les jours de congés, il préfère reste à la maison pour étudier les rats qui pullulent dans sa cave-laboratoire.

Il s’agit, dans le cas de ce personnage, d’un écart des valeurs individuelles qui sont par définition égocentriques par rapport à des valeurs collectives qui devraient être altruistes. Cette marginalité se situe au niveau psychosocial, et non au niveau économique, culturel ou autre. Touchant la personnalité propre de l’individu, le marginal est, comme la souligné A. Bailly : « dans un état d'isolement relationnel (voulu ou non) qui génère une pratique spatiale spécifique qui contribue à son tour à l'écarter des processus d'interaction »[5]. Tous ceux qui ne suivent pas l’ordre de marche de la société sont mal vus, d’où la charge négative qui pèse sur le marginal. Il peut être perçu comme un narcissique, ou encore pire, un déviant, ou dans une moindre mesure, un malade mental ou physique ; d’où la volonté de l’isoler en prison[6], à l’asile ou à l’hôpital. Et pour prévaloir sa notoriété, la société a à sa disposition des agents qui rappellent aux marginaux leurs fonctions de repoussoir. Dans ce cas précis de notre corpus, ce sont les enfants qui jouent le rôle de l’entité marginalisante par leurs divers agissements, volontaires ou non. Par des insultes, des moqueries ou des facéties, ils rappellent au marginalisé son statut de déviant  et donc par voie de conséquences ils justifient leurs attitudes envers lui. « Leurs mères les incitent [les enfants] à la violence contre moi. Elles m’accusent de vouloir éliminer l’espèce humaine »[7].

Avec un soutien social défectible, la santé mentale de ce personnage s’est vue affectée. Il a des visions : un escargot qui s’est entêté à le suivre. Cette imagination délirante est une absence au monde, une défection à la réalité. Et comme la présence au réel exige une conscience qui raisonne, cartésienne, rationnelle, n’admettant aucune fantaisie, voir ce qui n’est pas visible pour les autres est une forme de marginalité vis-à-vis d’une société. Ces apparitions sont le fruit de la pression qu’exerce cette dernière pour sociabiliser cet individu. Elles lui donnent le sentiment d’être surveillé par ses supérieurs et ses subordonnés.

L’isolement spatial et psychosocial

La solitude est l’autre composante qui confirme voire trahit la marginalité. La solitude du personnage est un état qu’il a stabilisé depuis longtemps. On ne le sens pas contrarié de l’être, ni dans un processus pour le devenir. Ce statut qu’il assume, il l’a bien cherché et voulu : « Je revendique ma solitude. Eux, veulent y échapper »[8]. « J’aime ma solitude » ajoute-t-il à la page 43. Il ne prend jamais part aux activités de groupe ni aux communions collectives : il ne va pas au stade, ni même à la mosquée, il ne participe pas non plus à la cuite hebdomadaire. Plus flagrant encore, personne n’est jamais entré chez lui. Même pas sa sœur. C’est lui qui va lui rendre visite « quatre fois par an. Le premier vendredi de chaque saison »[9]. Aucune explication n’est donnée pour justifier ces dates minutieusement choisies. Sociologiquement, ce personnage n’est pas en rupture radicale avec ses semblables, mais il a opéré une scission par rapport à certaines normes de sa société. Il vit dans une bulle immergée dans un espace sociétal qu’il ne renie pas complètement mais auquel il n’adhère pas totalement. Il est à proximité. Il prend un bus bondé tous les matins. Il va à son travail où il côtoie des collègues.

Les lieux de sa marginalisation sont des espaces à focalisation interne, non pas avec des frontières implicites -comme l’espace interpersonnel que tout un chacun respecte, mais avec des barrières physiques pour les délimiter, une sorte de marge où le rejet se concrétise, symbolisé par des objets : « Entre moi et les rares visiteurs que je reçois, je mets un immense calendrier que je coince entre deux dictionnaires. L'un de zoologie. L'autre de vocabulaire »[10].

Cette marge mise en scène avec des objets en apparence anodins, impersonnels -ne faisant pas partie de son intimité- sont toutefois significatifs. Ils n’opèrent pas un marquage d’un espace personnel, mais une marge de sécurité que les deux parties doivent respecter et ne pas transgresser. Une marge qui, encore une fois, est créée non pour réguler les interactions interpersonnelles, mais pour les bloquer. Ces objets suggèrent, par la signification qu’ils pourraient proposer, l’ordre, l’organisation et la rigueur qui imposent un respect et une retenue. Cette marge il se l’est créée sur son visage, même si elle semble être fictive, elle n’en reste pas moins visible ne serait-ce que par une simple expression faciale car : « Il y a longtemps qu’(il a) plaqué sur (son) visage une nodosité rugueuse. Tout le monde y bute. Les rats aussi. Et les escargots s’y heurterons, le jour où (il) leur déclarera la guerre »[11]. Il veut rester « Calme et rigoureux. Ripoliné, sec et inoxydable. [Personne ne doit lire en lui]. Indéchiffrable »[12]

La voix de la mère

N’ayant pas de contact direct avec les gens, il s’informe à travers les journaux ou écoute ce qui se dit dans son environnement immédiat. Il avoue l’effort qu’il a à fournir pour « franchir le vide qui enroule frileusement (s)es mots »[13] et la difficulté qu’il a à percevoir « les voix (qui lui) parviennent mouillées et comme à l’envers »[14].

La seule voix qu’il entend de la société, elle lui vient de sa feue mère, à travers les différents proverbes. Une sagesse populaire, aphoristique, qu’il prend comme vérité incontestable et applique comme grille de lecture pour expliquer les comportements de la vie sociale. C’est de sa mère qu’il tient d’elle tous les traits caractéristiques majeurs qui forment sa personnalité. Il est, comme l’était son père, sous l’emprise d’une femme qui elle-même était, à sa façon, marginale. Elle a altéré son processus de socialisation, empêchant toute assimilation des valeurs et des normes sociales. Elle les a tronqués dès son enfance.

Croyant acquis les bonnes normes, il ne se voit pas en tort ; au contraire, ce sont les autres qui le sont. Tous ceux qui ne répondent pas à ses normes sont dénigrés, d’où la très haute estime qu’il a de soi.

  Il dira : « Ma vie est précieuse »[15] ; « Je suis malin »[16] ; « Je suis un savant »[17]. De par les qualités dont il se gratifie, se considérant comme le sauveur, le personnage principal, peut être rattaché, a fortiori, à une sorte de racisme différentialiste[18], qui est une forme plus subtile d’une marginalité qu’on pourrait qualifier d’eugéniste, pris comme mécanisme d’auto-défense, où le marginal conçoit un modèle vertueux de lui-même, dénigrant, ou à la rigueur n’accordant aucune importance, à ceux qui l’entourent. A ses critiques, personne n’échappe : à sa mère, il lui trouvait « de vilains traits »[19], et à son père, il lui reprochait, entre autre, la fragilité des poumons et l’onanisme qu’il a hérités. Sa sœur, quant à elle, avait une jambe plus petite que l’autre  et la femme qu’on lui a proposée pour le mariage avait un bras plus court que l’autre. Ainsi, tous les autres personnages sont décrits négativement que ce soit de par leurs aspects physique ou moral.

La voie de la marginalisation

Ce personnage principal il ne dit rien de ce qu’il pense. Il l’écrit. Il note toutes ses observations, celles du quotidien ou celles relatifs à son travail ou encore ses émois. Il tient un fichier sur sa mère ; l’une des rubriques porte le titre de « traits maternels »[20]. Il focalise toute son attention sur des données qu’il amasse, classe et met à jour, tel un collectionneur ; un autre aspect d’un trouble obsessionnel compulsif[21] qui cache généralement une phobie sociale. Il a confiné ses petites pensées intimes, ainsi que les expressions qui relèvent d’un semblant de poéticité, dans des bouts de papiers (de deux centimètres par deux), qu’il cache dans la vingt et unième poche sans cesse déplacée à travers ses habits. Il dissimule ainsi tout ce qui peut le rattacher aux autres, rompant tout lien autre que professionnel, et évite tout sentimentalisme qui risque tôt ou tard de se confronter à son horreur de la reproduction. On comprend mieux sa haine des miroirs et de la pluie, puisqu’ils ont le pouvoir de la démultiplication. Et que dire de l’escargot. Hermaphrodite, possédant les deux organes génitaux à la fois, c’est l’idéal pour la prolifération, réalisée avec le double plaisir, masculin et féminin, qui l’accompagne. En somme, tout ce que notre homme méprise ; lui, que seule l’idée « qu’une femme puisse toucher à un de [ses] vêtements [suffit à lui donner] la nausée »[22].

 Le métier, qu’il a choisi de faire avec passion n’est pas non plus anodin : Il empêche l’accroissement d’une race de rongeurs, les plus nocifs et les plus prolifiques. Avec la méthodologie et la rigueur scientifique qu’on lui connait, il a la maîtrise de la dératisation mais aussi le contrôle de la prolifération, pouvoir qu’il aimerait exercer sur les humains. « La sensualité c’est ce qui mine l’humanité de l’intérieur. Elle débouche toujours sur la reproduction et la terre se rétrécie »[23]. Il est convaincu par cette formule implicative qui anime la conscience de ce personnage tout au long du roman. Il a peur qu’on envahisse son espace personnel et vital. C’est son image obsédante. « Heureusement qu’ils [les humains] vont moins vite [dans leurs proliférations] que les rats, les escargots et les cochons ! »[24], la pire injure pour un arabe. Il tient cela de sa mère qui s’est obstinée à n’avoir qu’un garçon et une fille, « juste de quoi perpétuer la race »[25]. Là-dessus, elle était intransigeante ; peu lui importait d’être la risée de sa famille et de ses voisines.  

Cette absence de communication, flanquée d’une méfiance manifeste, a rendu ce marginal  paranoïaque. Le simple sentiment d’être guetté présent au début du roman, s’est transformé, vers sa fin, en conspiration, en complot. Cette évolution a suivi analogiquement les apparitions de l’escargot qui, elles aussi, étaient, au début, sans soucis particulier, puis, ont laissées place à un comportement oppressant et agressif. Le gastéropode a les « cornes croisées » et la « coquille redressée »[26]. La pression monte, ses angoisses aussi. Il n’en peut plus. Il est à bout. Il commence à lâcher prise au point d’utiliser un « formule paternaliste »[27] avec un planton. Pour se libérer, dans le dernier paragraphe du roman, il va, d’un geste violent, écraser l’escargot. Avec le talon de sa chaussure cela ne va pas sans une certaine forme de rancœur, de violence animée par un sentiment d’insécurité et d’une insupportable pression subit depuis six jours, depuis le début du roman. Il a écrasé avec la même violence, quelques pages auparavant, sa montre. Cet objet, qu’il a hérité de son père, l’a rendu fou avec son tic-tac obsédant qui lui rappelle incessamment les minutes qu’il perd et récupère, les horaires des bus, la ponctualité et la rigueur. Après avoir jeté les débris dans les toilettes, il se sent soulagé.

Avec la dernière phrase du roman, la dernière action hautement symbolique, ce personnage principal va se constituer prisonnier pour un crime qu’il n’a commis que dans son imagination. Tuer un escargot s’est transformé en un assassinat passible d’expiation. Manifestement, il ne s’agit donc pas d’un vulgaire gastéropode mais il s’agit là de la sublimation de tout ce que cet homme révulse.

Les choix scripturaux

Les différents choix formels de Boudjedra ne font que renforcer le caractère marginal de son personnage. Génériquement, ce roman peut s’inscrire dans le journal intime dans la mesure où il présente des éléments d’un « récit de soi »[28], avec ses repères temporels scalaires indéfinis : premier jour, deuxième jour, etc., mais aussi puisqu’il comporte des réflexions et des intimités rédigés par celui qui les a vécu. Ce texte peut aussi être rapproché, dans une moindre mesure, à un rapport professionnel d’un fonctionnaire notant toutes les méthodes et techniques expérimentales relatifs à son travail. Mais les deux reflètent une volonté d’introversion, de confession pour soi, à défaut de les communiquer à autrui.

La même tendance est respectée quant aux modalités narratives. L’absence de prise de parole de la part de tous les personnages dans un récit monologique, indique l’absence totale d’une volonté d’affrontement, un discours qui ne cherche pas à atteindre un quelconque interlocuteur et cela dans le même but de se préserver des autres, d’éviter tout contact ou communication. Le personnage est présent par un « Je » égocentriste qui nie et dénie toute autre présence, comme nous venons de le voir sur le plan romanesque. C’est un narrateur-personnage qui vit ce qu’il raconte et écrit ce qu’il vit. Omnipotent mais en marge, ce narrateur est en retrait par rapport aux événements, il adopte le point de vue d’un observateur.

Les phrases isolées par une ponctuation très présente par sa forme la plus radicale, le point, imite celle que le narrateur inscrit sur de petits papiers morcelant ainsi toute idée totale, claire et compréhensible que peut prendre ses sentiments. Ces phrases courtes, avec le minimum syntaxique, sèches, coupant tout développement argumentatif et annulant tout déploiement sentimentaliste, ont pour effet de créer une certaine distanciation vis-à-vis du lecteur, un refus de partage émotionnel et/ou intellectuel. Ce qui a aidé à transcrire les sentiments, ou plutôt les ressentiments, du personnage principal, non seulement par la substance du discours, mais aussi par sa forme.

Conclusion

Rachid Boudjedra a créé un personnage atypique. En lui fournissant tout l’apport scriptural nécessaire à sa distinction marginale, il a su créer un microcosme autotélique qui se tient par une logique interne implacable d’éléments qui ne se contredisent aucunement. Si on adhère, en tant que lecteur, aux idées de ce personnage, et si on les considère comme des postulats, au centre de son univers, tout nous paraîtra cohérent et tout peut être justifié. La nature de sa subjectivité obsessionnelle apparait dès lors d’ordre psychologique et non sociale, s’agissant d’une exclusion volontaire et non d’une expulsion punitive. Nous avons pu, de même, dévoiler la stratégie de mise en situation de cette marginalité. Les espaces textuels qui ont permis l’inscription spatiale de l'individu pour la construction et le marquage de son espace personnel se sont manifestés aussi grâce à l’orientation et à la référentialité spatiale qui s’en est trouvée affectée. Elles ne sont plus traduites en terme gradients ou directionnels mais elles le sont en terme de « mon espace » qui ne doit pas être agressé par « les autres ».

Bibliographie

Bailly, A.-S. (1986), « L'émergence du concept de marginalité : sa pertinence géographique », in Marginalité sociale, marginalité spatiale, Paris, CNRS, p. 48-53.

Barel, Y. (1982), La Marginalité sociale, Paris, PUF.

Fischer, G.-N. (1992), Psychologie sociale de l'environnement, Toulouse, Privat.

Foucault, M. (1975), Surveiller et punir, Paris, Gallimard.

Freud, S. (Réd. 2010), L'Homme aux rats : un cas de névrose obsessionnelle, suivi de Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot ».

Hall, E.T. (1966), La dimension cachée, Paris, Seuil.

Lejeune, P. (1975), Le Pacte autobiographique, Paris, Seuil.

Lucchini, R. (1977), « Aspects théoriques de la marginalité sociale », in Revue suisse de Sociologie, n° 3, vol. 3, Fribourg, La Société Suisse de Sociologie,
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Taguieff, P.-A. (1994), Sur la Nouvelle droiteJalons d'une analyse critique, Paris, Descartes & Cie.

 Notes

[1]  Boudjedra, R. (1977), L’Escargot entêté, Alger, éd. A.N.E.P., p. 14.

[2]  Ibid., p. 15.

[3] « Excrétion […] involontaire pendant le sommeil, à la suite ou non de rêves lascifs », in Dictionnaire des sciences médicales, T. 44éme, Paris, Panckoucke, 1820, p. 92.

[4] Boudjedra, R. (1977), op.cit., p. 38.

[5] Bailly, A.-S. (1986), « L'émergence du concept de  marginalité : sa pertinence géographique », in Marginalité sociale, marginalité spatiale, Paris, CNRS, p. 51.

[6] Au lieu de les châtier jadis en plein public comme l’a fait remarquer M. Foucault (1975) dans Surveiller et punir, Paris, Gallimard.

[7] Boudjedra, R. (1977), op.cit., p. 15.

[8] Ibid., p. 21.

[9] Ibid., p. 44-45.

[10] Ibid., p. 62-63.

[11] Ibid., p. 82.

[12] Ibid., p. 137.

[13] Ibid., p. 28.

[14] Ibid., p. 140.

[15] Ibid., p. 10.

[16] Ibid., p. 79.

[17] Ibid., p. 130.

[18] L’autre forme étant celle du racisme universaliste. Voir à ce sujet les réflexions de Taguieff,
P.-A., (1994), Sur la Nouvelle Droite. Jalons d'une analyse critique, Paris, Descartes et Cie.

[19] Boudjedra, R. (1977), op.cit., p. 86.

[20] Ibid., p. 86.

[21] Tel que défini par Freud dans L’Homme aux rats. Un cas de névrose obsessionnelle, Paris, Payot, 2010.

[22] Boudjedra, R. (1977), op.cit., p. 45.

[23] Ibid., p. 37.

[24] Ibid., p. 131.

[25] Ibid., p. 44.

[26] Ibid., p. 130.

[27] Ibid., p. 143.

[28] Tel que compris par Philippe Lejeune dans son ouvrage de référence Le Pacte autobiographique, Paris, Seuil, 1975.