Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Ouvrage du CRASC, 2016, p. 117, ISBN : 978-9947-598-09-1| Texte intégral


 

 

Qu’elle touche le personnage ou qu’elle constitue une pratique scripturale, la marginalité est intrinsèquement liée à la création romanesque maghrébine contemporaine en général et algérienne en particulier. On ne compte plus, en effet, les marginaux qui peuplent les romans maghrébins de 1978 à nos jours. Moha le fou à Moha le sage de Tahar Ben Jelloun, Démantèlement de Rachid Boudjedra, Le fleuve détourné de Rachid Mimouni, L’interdite de Malika Mokkedem, Cette fille-là de Meyssa Bey, Mèjnoun de Bouziane Ben Achour ou encore L’Olympe des infortunes pour ne citer que ces quelques exemples sont autant de romans qui mettent en scène des personnages en rupture de ban avec la société dans laquelle ils évoluent, des personnages que la narration inscrit dans une isotopie de la marge. Qu’il incarne l’image du révolté, de l’illuminé, de l’excentrique, du fou, du lascar, de l’ivrogne, du drogué, de l’halluciné, de l’idiot, du déraciné ou de la prostituée, le marginal romanesque algérien s’inscrit incontestablement dans la transgression et la subversion. Dissident, rebelle, il véhicule une parole, incarne une vision de la société et du monde dans lesquels il vit. 

La marginalité est aussi la marque de fabrique de nombreux écrivains algériens contemporains qui n’hésitent pas "dé-unifier" la forme traditionnelle du roman en opérant une rupture nette au niveau de la composition inscrivant de facto leurs écrits dans cette dynamique du renouveau de l’écriture romanesque algérienne. Nous pensons notamment à des auteurs comme, à titre d’exemples simplement, Akram El Kebir, Djamel Mati, Salim Bachi, Mustapha Benfodil, Chawki Amari, Amin Zaoui ou encore Nour Eddine Saoudi, Kamel Daoud qui font dans l’informe et la polygénéricité, en un mot dans la déconstruction scripturale et structurelle.

Nous retiendrons pour cette journée d’étude les axes suivants :

  • Le personnage marginal comme élément de la narration (représentation, trajectoire, statut)
  • La marginalité comme procédé scriptural ou esthétique
  • La marginalité comme vecteur du discours social (lecture et réception)