Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Ouvrage du CRASC, 2016, p. 371-384, ISBN : 978-9931-598-05-3 | Texte intégral


 

 

Badreddine YOUSFI

 

Introduction

Depuis plus d’un siècle, une nouvelle forme d’organisation spatiale s’est mise en place dans le Sud-ouest algérien. S’articulant sur une poussée urbaine rapide, un réseau de villes s’est développé dont les nouvelles fonctions urbaines structurent
et hiérarchisent des aires d’attraction de ces nouveaux centres. Encadré par le volontarisme politique, la promotion administrative dans le Sud-ouest a servi non seulement à intégrer les espaces sahariens dans le territoire national mais à rehausser également l’armature urbaine saharienne. Celle-ci a bouleversé le fonctionnement et l’organisation antérieure du Sud.

La mise en place d'une série d’équipements publics de rang supérieur et le développement des activités commerciales dans les villes du Sud-ouest ont permis un renforcement de l’armature urbaine et le développement de réseaux d'échanges locaux qui forment aujourd’hui des sous-ensembles urbains fonctionnels. Les agglomérations urbaines nouvelles occupent plus de place dans l’économie de la région, et dans les échanges villes-campagnes
et entre les villes.

Genèse de nouveaux centres urbains : l’urbanisation vue par le haut

L’existence de foyers de peuplement ruraux denses durant la colonisation dans la Basse-Saoura, le Touat et le Gourara, qualifiait certaines agglomérations de centres organisateurs des échanges. L’implantation des premiers équipements dans les oasis les plus importantes où les populations avoisinaient 2 000 habitants par la colonisation, leur ont sans doute procuré un rôle territorial avéré comme Béni Abbes, Timimoun et Adrar ; elles assumaient des fonctions primaires. La décadence économique du commerce transsaharien et plus  tard la découverte du pétrole dans le Sud-est dans les années 1950 ont quelque peu étouffé l’émergence d’un réseau urbain suffisamment étoffé dans cette région.

L’armature urbaine des années 1960 présentait une forme macro céphalée et déséquilibrée; la ville de Béchar (plus de 42 000 habitants) dominait toute la région du Sud-ouest. Les autres centres n’étaient que de simples petites agglomérations « rurales » ne dépassant guère le seuil des 5 000 habitants comme Timimoun, Adrar et Abadla. Il est à signaler qu’au niveau du Sahara algérien à titre d’exemple, Béchar occupait la 3ème position, Adrar n’arrivait qu’à la 29ème, sur l60 agglomérations sahariennes en 1966.

Les décennies suivantes marquées par l’accélération de l’urbanisation, due en grande partie au redécoupage territorial
et simultanément à une redistribution des fonctions politico-administratives, vont permettre la mutation de petits centres sahariens à de véritables villes. L’armature urbaine coloniale héritée s’en trouve modifiée et vient renforcer le réseau territorial dans le Sahara : « En hiérarchisant systématiquement le réseau urbain le pouvoir a souhaité organiser en quatre ou cinq strates les agglomérations afin de parvenir à une gestion pyramidale "cohérente". Simultanément, afin de densifier la trame urbaine, l’on n’a pas hésité non plus à promouvoir des villages au rang de villes moyennes : le phénomène est particulièrement net au Sahara et dans les hautes plaines »[1].

Les découpages territoriaux successifs (1975, 1985) supplantés de l’introduction des services publiques dans les centres nouveaux ont permis l’apparition d’une série de villes moyennes, dans la wilaya d’Adrar en particulier, de petites villes et un renforcement de petits centres ruraux.

Cette urbanisation[2] s’est accompagnée du développement des services publics grâce à l’injection des équipements nécessaires au fonctionnement de ces espaces. Le  secteur tertiaire y a créé de nombreux emplois, dans la fonction publique notamment, faisant appel à la qualification non disponible sur place. Il en est résulté deux mouvements de population à deux échelles : extra-saharienne et intra-saharienne. La paupérisation des oasis a favorisé les départs des populations les plus vulnérables depuis les ksour les moins convoités vers les villes les plus attractives.

Il faut attendre l’année 1987 pour voir le fait urbain s’amplifier suite à la réalisation des programmes liés à l’équipement et au logement « chronologiquement, si les villes des strates supérieures (en 1975, les chefs-lieux de wilaya) peuvent être considérées comme équipées dès 1975-1978, les villes moyennes n’ont reçu véritablement leurs premiers équipement qu’au début de la décennie 1980 ; quant aux petites villes, elles attendent encore, sauf exception »[3].

Cette dynamique a été soutenue par un programme de relance économique entre 1999 et 2004 et un autre complémentaire initié entre 2005 et 2009 à travers lesquels, l’Etat a tenté de promouvoir le cadre de vie des citoyens par la prise en charge des problèmes locaux relatifs à l’insuffisance des moyens communaux. Dans ce cadre, des actions multiples ont été entreprises dans les espaces urbains, pour réaliser des logements, corriger les carences des voiries et des réseaux divers et doter ces espaces par des équipements socio-économiques défaillants ; un programme assez ambitieux qui ne s’inscrit pas clairement dans une perspective d’aménagement du territoire mais révèle plutôt une logique de redistribution de rente pétrolière. L’aisance financière de l’Etat dans ces dernières années a transformé les villes algériennes en grands chantiers où le logement est la locomotive de cette nouvelle dynamique.

En 2008, l’armature urbaine est ainsi formée d’une série de villes de rangs différents (figure 1) à savoir : une grande ville (Béchar), une ville moyenne (Adrar) qui a dépassé le seuil des 60 000 habitants, deux villes intermédiaires Timimoun et Aoulef avec plus de 20 000 habitants et six petites villes Kenadsa, Beni-Abbès, Abadla, Béni-Ounif Bordj-Badji-Mokhtar et Reggane (10 000 à 20 000 habitants) et un groupe de petits centres semi-ruraux (4 000 à 10 000 habitants). Ces centres urbains et ruraux se caractérisent par une forte dynamique démographique (tableau 1) propulsée par des investissements publics, mais également par une grande mobilité
et les échanges qui s’effectuent au-delà des frontières. Bordj-Badji Mokhtar est expressif à ce propos, en quelques années seulement ce centre passe du dernier au quatrième rang avec plus de 16 000 habitants, se positionnant ainsi, devant les villes de la Saoura.

Figure 1 : Réseau urbain dans le Sahara algérien en 2008

Source : Ministère des travaux publics, Trafic routier en Algérie,
INC 2001 – RGPH 1998, ONS.

 Cette nouvelle urbanisation a provoqué une extension rapide des villes d’une manière linéaire à Béchar, Aoulef, Reggane et Béni-Ounif, radioconcentrique à Adrar, Béni-Abbès et Timimoun, et éclatée à Abadla. La contrainte majeure des ces extensions est liée à l’espace physique. Des oueds traversent quelques villes comme Bechar, Beni-Abbès et Beni Ounif et constituent une rupture dans la ville. Dunes (Beni-Abbès) et Sebkhas (Timimoun) constituent également des barrières infranchissables, imposant l’orientation de l’urbanisation. Les palmeraies forment une contrainte environnementale majeure, car très proches et en contact avec l’espace urbain. Certaines villes sont confrontées aux problèmes fonciers (Béchar) ; des terrains attribués aux agriculteurs dans le cadre des mises en valeur agricoles se trouvent aujourd’hui dans le périmètre urbain de la ville. Les terrains habous (Biens des institutions religieuses) représentent une part non négligeable dans ces espaces. Sous la pression de l’urbanisation, les ksour se dégradent progressivement, se transforment et se vident de leur habitants, encourant la perte de ce patrimoine.

Tableau 1 : Croissance démographiques des agglomérations (de plus de 5000 habitants) dans le Sud-ouest algérien

Commune/

zone

T.A.A* (%)

1966-1977

T.A.A (%)

1977-1987

T.A.A (%)

1987-1998

T.A.A (%)

1998-2008

Béchar

2.69

6.55

3.65

2.06

Béni-Ounif

2.62

4.74

2.92

2.90

Kenadsa

0.32

3.29

1.64

1.42

Abadla

7.42

0.42

2.86

2.22

Haute-Saoura

4.69

4.77

1.92

2.03

Béni-Abbes

4.69

5.21

3.87

2.23

Basse-Saoura

4.69

5.21

3.87

2.23

Wilaya de Bechar

2.98

5.55

1.88

2.08

Adrar

4.24

14.85

7.24

3.92

Reggane

4.42

14.11

/

/

Touat

4.27

14.75

2.36

3.98

Timimoun

4.13

5.33

1.83

2.54

Gourara

4.13

5.33

4.83

2.54

Aoulef

22.39

4.88

10.08

3.58

Tidikelt-occidental

22.39

4.88

10.08

3.58

Wilaya d’Adrar

7.31

9.68

2.14

3.55

Ensemble Sud-ouest

3.78

6.61

1.96

2.54

Source : ONS, RGPH (1966, 1977, 1987, 1998, 2008).

*Taux d’accroissement annuel

 Caractéristiques fonctionnelles des agglomérations dans le Sud-ouest : essai d’une typologie

Dans le but d’une hiérarchisation, mise en rapport  avec le fonctionnement du réseau urbain, nous avons élaboré une typologie de ces centres via quatre critères : le nombre d’habitants, de commerces et d’équipements ainsi que le rang administratif de chaque agglomération. Un abaque d’analyse[4] sous forme de graphe a permis de distinguer quatre types d’agglomérations (figure 2) : les villages, les bourgs, les petites villes et les villes moyennes.

  • a. Des villages excentrés par rapport aux grands axes de circulation

Une grande partie des agglomérations secondaires (elles ne sont pas toutes représentées : (figure 2) ont un profil-type « village ». Disposant d’un équipement sommaire et d’activités commerciales de proximité (10 commerces), ces villages constituent les unités de base de vie de la population rurale dans l’espace saharien du Sud-ouest algérien. Il s’agit des nombreux ksour du Touat et du Gourara. En revanche, cinq agglomérations chefs-lieux de communes n’arrivent pas à se détacher de cette catégorie, malgré leur fonction administrative basique ; leurs dynamiques fonctionnel
et démographique (500 à 1500 habitants) demeurent encore faibles. Seul Talmine, dans le Taghouzi, connaît une dynamique démographique exceptionnelle.

L’enclavement est un élément commun à toutes ces agglomérations, car  excentrées par rapport aux grandes voies de communication, et en particulier par rapport à l’axe routier nord-sud (la RN 6). Cet enclavement est naturel puisqu’il s’agit des zones de l’Erg-Occidental pour Talmine et Ouled-Aissa et de
nature politique pour Méridja, Mogheul et Boukais, dû au verrouillage des frontières algéro-marocaines.

 Par ailleurs, il existe peu d’agglomérations ou ksour dans les périmètres administratifs de ces agglomérations sur lesquelles elles pourraient s’appuyer pour générer une centralité.

Figure 2 : Typologie des centres dans le Sud-ouest

 

  • b. Des bourgs appuyés par la promotion administrative

Dans cette catégorie, le seuil minimum est de 10 commerces
et 10 équipements par centre, couvrant les besoins de première nécessité. Ce groupe compte 30 centres de rang administratif intermédiaire (chefs-lieux de daïra) qui leur a permis d’acquérir de fait une série d’équipements. La dynamique démographique de ces centres (un accroissement moyen de 3 % pour une population variant entre 1 500 et 5 000 habitants) a contribué à la naissance des premiers noyaux d’activités commerciales. Il s’agit souvent du commerce alimentaire et des équipements de proximité : écoles primaires, salles de soins et bureaux de poste et dans les meilleurs des cas d’un collège, d’une polyclinique ou encore d’un stade de football, d’une maison de jeunes…

Spatialement, ces agglomérations se concentrent dans la Saoura (Taghit, Igli, Kerzaz, Ouled-Khoudir, Tabelbala et Lahmar), dans le Touat (Tsabit et Fenoughil) et le Gourara (Charouine). Ces centres se sont appuyés sur l’existence d’une série de ksour
et d’agglomérations secondaires dans leurs périmètres administratifs et d’une dynamique rurale sans précédent liée à la mise en valeur agricole. Cependant, ni leur croissance démographique, ni leur rang administratif ne leur ont permis une véritable évolution fonctionnelle. Seuls les centres d’Igli et de Tamentit sont passés à la strate semi-rurale selon la nomenclature de l’ONS (2002). Dans cette catégorie, deux agglomérations secondaires seulement se distinguent par leur poids démographique en franchissant le seuil des 5 000 habitants : Tilouline (commune d’In-Zgmir) dans le Touat et Kasbate-Djena (commune de Timokten) dans le Tidikelt-Occidental.

  • c. Genèse de petites villes renforçant l’armature urbaine

Cette classe représente des centres qui assurent une fonction administrative de chef-lieu de daïra. Ces agglomérations se caractérisent par un développement important de leur structure commerciale et de leurs équipements, et d’un essor démographique parallèle. Ils sont dotés de plus de 20 équipements et de plus de 100 commerces. Les activités commerciales sont plus variées couvrant des besoins élémentaires et, dans certains cas, ceux occasionnels. Les équipements relèvent d’un niveau proche du supérieur (lycée, polyclinique, piscine, banque, poste, hôpital, hôtel et centre de formation professionnelle dans certains cas). Ces centres possèdent des jalons permettant de conforter le réseau urbain déséquilibré et dominé par la seule ville de Béchar dans un rayon de 800 km vers le Sud. Cette mutation a été déclenchée durant la colonisation avec la création des postes militaires et s’est poursuivi après l’indépendance par la promotion administrative. Paradoxalement, certains centres classés dans cette catégorie sont toujours définis comme des centres semi-ruraux par la nomenclature de l’ONS (2000) comme Reggane, Sali, Tinerkouk, Aougrout et Bordj-Badji-Mokhtar. Ils rencontrent des difficultés en matière de création d’emplois bien qu’ils disposent d’une structure commerciale et d’équipement convenable. Souvent accessible par les routes nationales, ces agglomérations exercent une centralité en direction des bourgs et des villages et constituent une plaque tournante des échanges villes-campagnes dans la région du Sud-ouest.

  • d. Villes intermédiaires : essor de Timimoun

Il s’agit de villes de plus de 20 000 habitants à savoir Timimoun
et Aoulef. Toutefois et malgré son poids démographique, Aoulef n’arrive pas à s’imposer comme centre de diffusion des services et des commerces dans cette partie du Sahara algérien. Elle se trouve concurrencée par In-Salah plus à l’est constituant un nœud important des échanges est-ouest et nord-sud  depuis le 18ème siècle. Ceci dit, Aoulef se présente comme une ville-relais, assurant les échanges entre le Touat et In-Salah puis Tamanrasset. Ses échanges se sont affaiblis puisque le Touat est désormais orienté vers le Nord. Néanmoins, Aoulef dispose d’un rôle de desserte locale pour les oasis de Timokten, Akabli et Tit, leur distribuant les services et les commerces de premier niveau (besoins élémentaires) au regard de sa structure commerciale faiblement diversifiée.

Par ailleurs, Timimoun se démarque nettement dans cette catégorie par le volume et la diversité de ses activités commerciales et de ses services. En rapport avec un arrière-pays agricole peuplé, dominé par les petits bourgs dans un ensemble d’oasis, Timimoun devient le centre urbain du Gourara et la troisième ville dans le Sud-ouest algérien. Avec des relations commerciales orientées vers le M’zab via une population chaânbi, elle s’insère dans un réseau national d’échanges commerciaux. En plus de son rang administratif (chef-lieu de daïra), ses infrastructures de transport (aéroport) et ses équipements supérieurs (hôtels et hôpital) lui procurent de nouvelles fonctions urbaines commerciales, de services et touristiques.

  • e. Ville moyenne potentielle et grande ville : vers un nouveau rôle

Les deux chefs-lieux de wilaya s’accaparent toutes les fonctions de services et concentrent un nombre important d’activités commerciales tant de détail que de gros, dont l’affinage est de plus en plus apparent. Le niveau fonctionnel atteint par la ville de Béchar se justifie par son poids démographique (plus de 160 000 habitants) et sa situation stratégique dans la région, qui lui permet de s’équiper et de développer sa structure commerciale. Le rang fonctionnel supérieur d’Adrar (60 000 habitants) révèle sa forte dynamique urbaine sur une courte période. Celle-ci s’est appuyée sur la promotion administrative et un arrière pays agricole bien peuplé et qui connait lui aussi une dynamique rurale particulière. Bien que les fonctions libérales demeurent limitées à Adrar, elle arrive à s’imposer comme ville régionale avec Béchar en se dotant d’équipements et d’infrastructures de haut niveau (université, hôpital, hôtel, aéroport, zone industrielle), générant des mobilités multidimensionnelles.

Fonctionnement spatial du réseau urbain dans le Sud-ouest algérien : carences et dysfonctionnements

Sur le plan spatial, le réseau urbain prend une forme linéaire qui répond à une logique de circulation nord-sud[5], développée depuis plusieurs siècles dans la région, dans laquelle les agglomérations jouaient le rôle de centres-relais. Bien que leurs fonctions aient été modifiées depuis près d’un siècle, leur disposition dans l’espace reste inchangée.

Constitué d’une grande ville (Béchar) dans la partie septentrionale, et en l’absence d’une grande ville dans la partie centrale et méridionale, le réseau tend à s’orienter vers celles du Tell en particulier, Saïda, Tlemcen et Oran.

Le développement des villes moyennes (Adrar) et des villes intermédiaires (Timimoun et Aoulef) dans la partie centrale, a contribué peu à peu à créer de nouvelles relations fonctionnelles en direction de ces villes à rééquilibrer les dysfonctionnements. Tandis qu’Adrar est devenue le centre de gravité et d’influence par excellence dans cette partie saharienne, les deux autres forment des nouvelles mailles reliant le réseau urbain du Sud-ouest algérien à la partie centrale et orientale du Sahara algérien. Ville de taille moyenne, Adrar produit des prestations de niveau distingué. L’absence d’une ville de taille supérieure au sud de Béchar, lui donne  la possibilité de piloter le réseau urbain dans sa partie centrale au Sud-ouest saharien sur un rayon de 500 kms. Quant aux villes intermédiaires, chacune joue différemment son rôle dans le réseau urbain. Timimoun rassemble tous les critères de ville de rang intermédiaire pilotant une partie du réseau, notamment la partie centre-est. Elle assure des nouvelles fonctions en amassant des flux locaux (Gourara) qui étaient auparavant orientés vers El-Goléa, Ghardaïa et Ouargla. En revanche, Aoulef est certes loin d’être à titre d’égalité fonctionnelle de Timimoun, car elle est dépourvue de fonctions lui permettant d’acquérir le rôle de ville intermédiaire mais elle a permis de démonopoliser l’influence d’In-Salah et de Tamanrasset sur le Tidikelt- occidental.

Quant aux petites villes, elles remplissent un rôle purement local et sont orientées vers les villes des strates supérieures du Sud-ouest algérien. Elles forment le premier niveau des échanges avec la campagne, puisqu’ils sont en majorité entourés de ksour, notamment là où le peuplement est ancien. Toutefois, elles sont réparties d’une manière moins équilibrée dans l’espace : aucune petite ville dans le Gourara, alors qu’elles sont timidement présentes dans le Bas-Touat (Reggane) et dans la Basse-Saoura (Béni-Abbès), et bien déployées dans la Haute-Saoura (Abadla, Béni-Ounif et Kenadsa). Ce déséquilibre est comblé par le développement des centres qui dépassent 5 000 habitants (en 2008) dont la quasi-totalité est classée semi-rurale, notamment dans le Touat (Tiliouline et Tamentit et Zaouiet-Kounta) et dans le Gourara (Tinerkouk et Aougrout) et moins dans le Tidikelt-occidental (Kasbate-Djena) et la Basse-Saoura (Igli).

Bien que le réseau urbain dans le Sud-ouest ait évolué
ces dernières années, il reste lâche vue la dispersion des agglomérations urbaines dans l’espace. Ainsi, il est difficile d’évoquer une cohérence spatiale, puisque les distances entre les agglomérations de différents rangs sont importantes. Autrement dit, les articulations entre les villes des strates successives dans l’espace se heurtent à l’étendue spatiale, à la faiblesse de la densité et à l’hétérogénéité de la répartition de la population. On peut constater la faiblesse des villes intermédiaires du niveau de Timimoun dans le Bas-Touat et dans la Basse-Saoura où la
jonction entre un petit centre et un grand centre urbain s’effectue sans articulation avec des villes moyennes dans ces territoires.

Dans la Saoura, l’inexistence des villes moyennes face à l’imposante  centralité de Béchar déséquilibre le réseau urbain. A cela s’ajoute l’hétérogénéité des fonctions dans ces centres qui peuvent être différentes dans la même strate. Classés au même rang, certains centres assurent différemment leurs fonctions, comme Beni-Abbès et Reggane face à Kenadsa et Beni-Ounif, ou comme Timimoun face à Aoulef.

Faisant référence à cette organisation spatiale et fonctionnelle, trois sous-ensembles peuvent être distingués: la Saoura, le Touat et le Gourara. Ceci s’explique aussi bien par l’histoire du peuplement que par les distances entre les villes des deux parties, méridionale et septentrionale (500 kms en moyenne).

Conclusion

Une nouvelle organisation spatiale s’est mise en place sous l’effet de l’urbanisation dans le Sud-ouest algérien, plaçant la ville au centre de ces mutations et remettant en cause les anciennes formes de fonctionnement de l’espace Saharien. Ces mutations ont été amorcées depuis la colonisation et se sont accélérées après l’indépendance par un volontarisme étatique visant à promouvoir certaines agglomérations, afin de faire face au déséquilibre de l’armature urbaine.

Le développement urbain de nombreuses agglomérations dans le Sud-ouest algérien, notamment dans la wilaya d’Adrar et au sud de Béchar, a permis de réajuster le dysfonctionnement du réseau urbain régional colonial hérité. Cette dynamique urbaine a pourvu quelques agglomérations de nouvelles fonctions par l’injection des services publics, des activités commerciales et de services comme elle a contribué à la recomposition des habitants de ces villes consécutivement à la forte mobilité des hommes.

Les nouvelles fonctions, tertiaires de distribution (commerces)
et de service (administration, santé et enseignement), hiérarchisés d’une manière pyramidale, permettent aux villes promues, situées dans la partie centrale et méridionale de développer de nouveaux processus d’échanges au niveau régional, national voire, international. Ainsi, en développant de nouvelles fonctions, les villes du Sud-ouest élargissent leurs relations d’échange avec les villes du Nord, négocient leur place dans la réorganisation spatiale dans le Sud algérien et renouent les liens avec les autres régions sahariennes.

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  • a. Sources statistiques

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  • b. Rapports institutionnels

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 Notes

[1] Bendjelid, A. ; Brulé, J.-C. et Fontaine, J. (2004), Aménageurs et aménagés en Algérie, Paris, l’Harmattan, 419 p.

[2] Aucun projet industriel d’envergure n’a été inscrit dans ces zones, à l’exception de quelques unités industrielles à Béchar. Par ailleurs, l’urbanisme quasi-absent en Algérie à cette période, n’était opérationnel qu’aux  années 1970 avec la création des réserves foncières (1974) et la mise en place des instruments d’aménagement (Z.H.U.N, Z.I.) et la création de lotissements et de coopératives immobilières (1975-1976).

[3] Brûlé, J.-C. (2004), « Conception et mise en œuvre du modèle de développement algérien », Bendjelid, A., Brûlé, J.-C., Fontaine, J., Aménageurs et aménagés en Algérie, Paris, l’Harmattan, p. 16-30.

[4] Cette méthode a été développée par J.-F Troin (1971) puis reprise dans les travaux de J. Fontaine (1983) et plus récemment par M. Hadeid (2006). Nous nous sommes appuyés sur les seuils développés par ce dernier chercheur, car le contexte économique
et politique depuis cette date n’a que peu changé, mais également parce que les deux espaces d’analyse présentent un certain nombre de similitudes.

Compte tenu du nombre élevé des agglomérations secondaires, majoritairement rurales, et de la contrainte d’accès aux données concernant chacune de ces agglomérations, nous n’avons retenu dans notre classification que les agglomérations chefs-lieux de commune et les agglomérations secondaires classées semi-rurales par la nomenclature de l’ONS de 2000.

[5] La compréhension du fonctionnement du réseau urbain dans le Sud-ouest s’articule sur l’analyse du réseau des transports, et les échanges commerciaux que nous avons bien développés dans nos travaux antérieurs (Yousfi, B., 2012).