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Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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 Introduction

La jeunesse, qu’est-ce que la jeunesse ? Une catégorie d’âge ? Une simple transition biologique ! Ou simplement une représentation sociale de l’individu ? De part toutes les définitions portées au sujet de la jeunesse, celle de Bourdieu est la mieux placée pour établir une approche explicative de cette problématique. Désignant la jeunesse comme étant   « qu’un mot qui peut prendre plusieurs sens » Bourdieu. p. 1980. Dans ce cas-là, le besoin de pouvoir déterminer la représentation symbolique de cette catégorie d’âge aux contours incertains nous éclaire sur l’importance de comprendre la jeunesse dans sa totalité, et sa significativité sociologique. En conséquence, tous les travaux théoriques et empiriques sur la jeunesse nous démontrent l’importance et l’intérêt que nous procure l’investigation sociologique dans la « youth culture ».

Étant simplement un cycle de vie ou un phénomène social, il en reste, tout de même, que la jeunesse avec toutes ses divergences et similitudes demeure le pilier du développement de toutes les nations, quoiqu’il en soit, la jeunesse reste le thème majeur de ce siècle, que ce soit dans les sciences sociales, économiques ou même dans les sciences politiques.

Ainsi la sociologie de la jeunesse fait en sorte de comprendre la réflexion de cette catégorie et d’expliquer les processus par lesquels un jeune peut être conduit à adopter des comportements et des choix multiples. Notre enquête, étant donné qu’elle traite un phénomène de cette discipline, se consacre à la question de l'avenir et des sources d'angoisse de ces jeunes, et l’influence de l'environnement sociétal ainsi que le vécu social sur leurs visions futures. Cette incertitude entourant la définition de la jeunesse s'est accrue avec l'affaiblissement des rites de passage, l'allongement des transitions professionnelles et la prolongation du temps des expériences qui tendent à repousser toujours plus tard l'âge d'accès à un plein statut adulte.

Problématique

Aujourd’hui, la question de la jeunesse occupe de plus en plus le champ d’investigation des sciences sociales, et plus spécialement le champ des études sociologiques. Pourtant une inadvertance et une grande part de négligence au sujet de la sociologie de la jeunesse ont bien été observées, et ce n’est que dans les années quarante du siècle dernier que l’on a commencé à parler de la jeunesse (du cycle de vie en général). Dans un article publié en 1942, Parsons proposait une des premières analyses sociologiques de la « youth culture »[1]. Pourtant, ce n’est qu’après les événements de mai 1968 que l’on s’interrogea vraiment sur la question de la jeunesse : c’est cela qui attirera l’intention des sociologues à l’égard de cette catégorie d’âge qui est essentielle à tous peuples. En outre, à l’exemple de « la sociologie française », qui n’abordera que beaucoup plus tard la question des âges de la vie, dans une perspective sociologique. Dans le domaine de la jeunesse, après les travaux pionniers de Morin, puis les mises en garde de Bourdieu (1980), l’objet de recherche « cycle de vie » ne prendra corps qu’au milieu des années quatre-vingt » (Béjin, 1983 ; Galland, 1984)[2]. Depuis, de multiples travaux sociologiques ont été faits sur la question et les enjeux de cette catégorie d’âge «aux contours incertains ». En Algérie la question de la jeunesse ne représente pas la grande préoccupation de quelques travaux existants dans le domaine de la sociologie, cela malgré le poids et l’importance de cette tranche d’âge dans la structure démographique de notre société, ainsi que les phénomènes qui en ressortent sont multiples. On peut dénombrer en ces dernières années plusieurs phénomènes sociaux qui ont surgi de cette catégorie, dont la plupart sont une grande source d’inquiétude ; tels que l’immigration (haragas), le suicide, la délinquance etc.

L’âge est considéré comme un critère de différentiation naturel, car il est universel. Par contre le sentiment de l’âge n’est pas spontané, dans certaines sociétés primitives, les hommes ne savent pas se situer dans l’échelle des âges, et ils se déclarent jeunes, adultes ou vieux, car c’est à partir de ce point de vue qu’on est traité comme jeune, adulte ou vieux qu’on se considère comme tel. En d’autres termes, les catégories d’âges

sont une production sociale qui varie d’un pays à l’autre et d’une époque à une autre (M. Halbwachs, 1938)[3].

Cela dit, l’avancée en âge mène automatiquement à des statuts et des rôles différents. L’approche traditionnelle considère que l’enfance et la jeunesse constituent le temps des apprentissages, sous le contrôle essentiellement des deux instances de socialisation que sont la famille et l’école. En effet, dans le cadre du milieu familial que se forge le système de dispositions à partir duquel seront filtrées toutes les autres expériences de la vie sociale, car elle intervient dès le plus jeune âge de la vie au moment où la personnalité de l'enfant est la plus malléable. Elle est particulièrement intense en raison des contacts quotidiens entre enfants et parents ; elle se déroule dans un climat affectif qui rend l'enfant particulièrement réceptif aux apprentissages nouveaux. Considérant que la famille n’est explicable que dans un contexte sociétal. Pour pouvoir comprendre les finalités et les missions quelles s’attribues, il faut revenir automatiquement à son rôle de socialisateur. En outre, ce que les adultes souhaitent inculquer aux jeunes met en évidence l’importance de l’espace domestique, dans le processus d’intégration par rapport à la société d’appartenance.

En revanche, l'école joue un rôle important dans la socialisation des futurs citoyens. Donc, elle contribue aussi, en transmettant des normes et des valeurs, à l'intégration sociale des membres de la société, car, si on examine les finalités générales de l'école, qui sont : instruire, éduquer et former le citoyen de demain, on peut constater que ce processus de socialisation peut se traduire tout simplement par l’ajustement de l'institution aux attentes sociales.

Pour Galland : « la sociologie doit montrer comment l'âge est une production sociale qui a évolué au cours de l'histoire et qui varie en fonction des situations sociales. Cette incertitude entourant la définition de la jeunesse s'est accrue avec l'affaiblissement des rites de passage, l'allongement des transitions professionnelles et la prolongation du temps des expériences qui tendent à repousser toujours plus tard l'âge d'accès à un plein statut adulte »[4]. Notant que Galland a constaté que, si les valeurs auxquelles se réfèrent les adolescents et les jeunes ne sont plus aussi éloignées de celle des adultes ; en revanche, il existe une vraie distance culturelle. Cela veut dire que les jeunes ne s'opposent plus aux adultes : ils sont plutôt indifférents à leur univers culturel. Sans révolte, sans conflits, ils s’éloignent…

L’insertion d’un jeune dans sa société peut se faire par le biais d’un poste de travail ; en effet exercer une profession lui permet une intégration. Ainsi pouvons-nous parler de socialisation, car par la définition, le travail dans la société « moderne » est un moyen de valorisation et créateur de reconnaissance sociale et de soi-même[5]. Pour Max Weber, le travail est la preuve la plus sûre et la plus évidente comme source de «régénération », parce que le travail dans la société « moderne » devient valorisant et valorisé.

Ce que l’on doit mettre au clair, c’est que la situation d’un jeune qui a en sa possession un diplôme et des qualifications comme moyens nécessaires à son intégration socioprofessionnel. Cette situation peut être considérée comme moins dangereuse que celle d’un autre jeune non diplômé ou celle de quiconque n’ayant pas ces mêmes moyens. Car, non seulement, l’insertion est plus difficile pour le non diplômé, mais aussi celui-ci est exposé à plusieurs tentations et de phénomènes anomiques qui peuvent l’éloigner de la société, d’un côté, et d’éloigner lui-même la société dans ses choix et ses pratiques futurs, de l’autre côté.

Toutefois, ce qu’on peut constater c’est que les valeurs et les normes culturelles des jeunes sont partagées, et même le mode de consommation de tout un chacun est le même. Par conséquent, la proximité du choix de la société de référence est presque analogue pour tous les jeunes Algériens. Un sentiment de déception est bien visible de la part de ces jeunes, ressentiment qui se répercute négativement sur leurs choix et leurs actes. Ce qui affirme cette opinion, c’est bien l’adoption par certains jeunes des méthodes illégales et très dangereuses, donc néfaste pour eux et pour leur société.

Le fait qu’un jeune est dans cette situation économique et psychosociologique lui ouvre le passage vers des différentes formes de déviance, et même de violence sociale. Car selon la définition de Galland, être jeunes est le temps de la sociabilité et des loisirs : « c’est le temps de vivre en famille, le temps des amis, des loisirs et des amours »[6], cependant, nos jeunes se mettent en isolement et prennent la délinquance comme ultime loisir.

Par voie de conséquences, rompre le débat avec la jeunesse conduit à un refoulement qui ne fera que nuire à tout le monde. À titre d’exemple, les émeutes de l’automne 2005 en France (sur ce fait, les débats ont porté, en particulier, sur les origines sociologiques de la crise : « discrimination, ségrégation urbaine et scolaire dont sont victimes les jeunes habitants des quartiers sensibles, souvent d'origine immigrée »[7]) cette forme de réaction aux sentiments de répression subis par cette frange de la société juvénile ou plus encore la crise de 1980 comme étant la première crise et manifestation qu’a connue l’Algérie de l’après indépendance , crise régionale en faveur de la culture berbère laissant derrière elle une date symbolique célébrée chaque année. Nommée aussi « grève du cartable » car elle était chapotée et organisée par des jeunes universitaires dépassant une simple revendication d’un groupe et répondant aux trois conditions d’un mouvement social de Touraine que sont l’Identité, et cela par rapport, au groupe revendicateur [MCB], principe d’Opposition à un régime (arabisant), et enfin, le principe de Totalité, renvoyant à un projet social ou politique qui est le droit à la culture Berbère.

La société algérienne a connu également d’autres mouvements (octobre 88 et janvier 2011) durant ces trente dernières années que nous pouvons considérer comme étant des mouvements sociaux de la jeunesse témoignant d’un malais social très profond, et qui ne cesse de toucher de plein fouet la jeunesse algérienne.  

L’ouverture médiatique de l’Algérie sur d’autres cultures (industrielles) à travers les antennes paraboliques, n’est pas sans conséquences.[8] Le fait de voir un monde meilleur que le sien, au-delà des mers, incite les jeunes Algériens à l’immigration quelle qu’elle soit (réglementairement ou clandestinement). Maintenant, choisir la clandestinité pour quitter son pays sans l’assurance du résultat sans se soucier du risque de mourir noyé ou de faim, nous éclaire sur le désir ardent qui motive les jeunes qui « se jettent à l’eau » à ses risques et périls.

Ces jeunes hommes et femmes qui tentent la traversée de la mer sur une épave, d’une côte à une autre, séparées par près 235km sont mus par la réalisation d’un rêve quasiment impossible…. Le bilan de ces dernières années établit par le commandement des forces navales confirme cette tendance qui va de mal en pis. En effet, 2008 a été l’année la plus meurtrière pour les ‘harragas’. Les forces navales ont repêché 98 corps sans vie, soit une hausse de 37% par rapport à l’an 2007, année durant laquelle les garde-côtes avaient enregistré 61 morts. Pour la même période, plusieurs interventions ont été faites dans le cadre de la lutte contre ce fléau. Ces opérations ont permis l’interception de 1 327 jeunes Algériens majoritairement âgés entre 21 et 29 ans[9]. Le choix de la violence peut s’observer également à travers un jeune qui se met à se gaver de drogues et d’alcools jusqu'à ne plus hésiter à agresser une personne, voire la tuer, pour un téléphone mobile ou une chaîne en or.

Cette violence qui fait objet de débat dans le monde de la sociologie se doit d’être élucidée ; par la théorie de la déviance (déviant behaviour).  Ainsi, peut-on comprendre le rôle de la société par rapport à cette déviance et l’explication de cette dernière ne peut être analysée indépendamment de celle des normes, car c’est à partir du non-respect des normes qu’on est sanctionné. La théorie de l’étiquetage (Label Theory) nous explique bien le rôle de la société comme régulateur, l’étiquetage est donc une forme de sanction. Howard Becker (in Outsiders) résume lapidairement la théorie de l'étiquetage et nous dit que « le déviant est celui à qui on a réussi à coller cette étiquette ».Autrement dit on est déviant, lorsque qu’il y a non-respect des valeurs et des normes, ce que l’on veut démontrer par là c’est bien le rôle de la société. En d’autres termes on parle du contrôle social, ainsi ce contrôle renvoie-t-il à l’ensemble des conditions de socialisation de l’individu dans la société par les instances régulatrices (la religion, l’opinion publique, l’éducation les mœurs, le droit. etc.).

Ajoutant que les sociétés occidentales ont connu des changements économiques et sociologiques pendant le XXème siècle. Cette évolution sociologique est génératrice de problèmes car quand il y a changement, il y a en même temps des questions qui se posent sur l'avenir de la société. Ainsi Durkheim associe, à la notion d'intégration, la notion de régulation : car la société doit se disposer de moyens pour faire respecter les règles. En résumé « L'intégration est importante pour les individus, mais le contrôle social est indispensable au bon fonctionnement de la société. Alors, on doit revenir à la fonction de la société comme étant un système global et régulateur, car dès qu’il y a disfonctionnement, le groupe intervient pour le rendre fonctionnel » (T. Parsons).

Dans Les Règles de la méthode sociologique (1895) Durkheim nous expliques que «La fonction d’un fait social doit toujours être recherchée dans le rapport qu’il soutient avec quelque fin sociale », et étant donné qu’on doit expliquer le social par le social (E. Durkheim). M. A. Faradji nous explique dans un article qu’ « il faut situer la violence comme étant un produit social, (aussi), la violence n’est pas une qualité de l’acte
commis par une seule personne mais plutôt la conséquence complexe de raisons à la fois subjectives et objectives» (El Watan 25/08/09)

La question principale que nous proposons d’analyser dans ce thème c’est d’examiner sociologiquement l’esprit d’appartenance et de confiance des jeunes vis-à-vis de leur nation et leur sentiment à l’égard des responsables politiques.

1- Le poids du groupe d’appartenance sur les jeunes Algériens :

L’influence du groupe d’appartenance sur les jeunes s’exprime essentiellement le degré d’impact de plusieurs facteurs macrosociologiques tels que la famille, la société, le travail, le statut social et la religion, qui sont des facteurs déterminants par rapport aux choix futurs des jeunes. En outre l’influence du vécu social et des conditions socioéconomiques sur l’individu détermine les débouchés de ces jeunes. Dans cette lecture on peut constater clairement le poids d’influence de ces facteurs sur le projet prioritaire de ces jeunes.

Graphique n° 1 : influence du facteur matériel sur la perception des jeunes de leur propre avenir

Source : les données du tableau sont élaborées par nos soins.

Les données du graphique (1) montrent d’une façon très claire comment la situation matérielle des jeunes influence leurs choix futurs. Comme on peut le voir, l’idée du mariage prend la seconde place chez les jeunes de classe "assez aisés" avec un taux de 8.40% contrairement aux deux autres catégories ("aisé" "moins aisé") qui situent  le choix du mariage bien après l’immigration respectivement avec un taux de 4.40% et de 3.40%.

 Contrairement au sens commun et au discours dominant au sein de la société Algérienne, en particulier chez les jeunes, consistant à conditionner la réussite avec l’immigration. Les données de notre enquête nous démontrent que le choix de l’immigration vient en seconde place avec 14.6% dont 10.40% sont de sexe masculin contre 4.30% de sexe féminin. Toutefois nous pouvons noter que l’immigration dépend de la situation matrimoniale puisque 13.8% des répondants à cette variable sont célibataires. En revanche les jeunes mariés n’ont pas cette idée de quitter le pays avec un taux assez faible qui est de 0.8%.

En conclusion, cette idée de quitter le pays est due au fait de chercher à établir une situation financière plutôt stable et à réaliser une satisfaction matérielle. Le travail est donc source de régénération (M. Weber), de développement et d’épanouissement personnel ainsi qu’un signe de reconnaissance sociale.

À l’instar de ceci nous pouvons affirmer que le travail intervient dans la conception de l’identité de ces jeunes et de ce fait il peut même déterminer leur choix futur.

Nonobstant, cette idée de quitter le pays n’est pas une idée aussi formelle qu’on puisse le penser, puisque 35.4% seulement des jeunes affirment que même s’ils ont un bon travail en Algérie, ils quitteront tout de même le pays, contre 62.1% représenté par 683 jeunes affirmant que s’ils ont un bon travail, ils ne quitteront pas le pays.

Le tableau suivant représente les réponses à cette question [Pensez-vous que le fait d'avoir un bon poste de travail vous désengagerez de toute idée de quitter le pays ?].

Tableau n° 1 : rapport entre avoir un poste de travail et l’idée de quitter le pays

Poste de travail

Nb. citation.

Fréquence.

Non réponse

28

2,5%

oui

683

62,1%

non

389

35,4%

Total

1100

100%

Source : les données du tableau sont élaborées par nos soins.

 En résumé l’idée de quitter le pays n’est pas aussi ardente qu’on se laisse croire et ces chiffres répondent d’eux même à cette question et 62.1% est un chiffre assez confortant qu’on devrait prendre en charge. De par l’étude comparative de "FIP" on a pris un tableau représentant la vision avenir des jeunes de différents pays du monde et on a inséré les données que nous avons récoltés dans notre enquête sous le titre « couleur de l’avenir[10] » (op.cit.) : Couleur de l’avenir.

pays

Mon avenir est promoteur

Je suis certain que j’aurai un bon travail dans l’avenir

Danemark

60%

60%

États-Unis

54%

60%

Algérie*

53%*

59%*

Suède

49%

43%

Chine

43%

56%

Allemagne

36%

34%

Espagne

32%

36%

France

26%

27%

Japon

5%

9%

Source : les données du tableau sont élaborées par FIP et les données de l’Algérie sont réalisées par nos soins.

Comme au Danemark et aux États-Unis, les jeunes Algériens semblent et estiment avoir la maîtrise de leur existence future à un taux de 53% qui ont répondu favorablement à la question « pensez-vous que votre futur est promoteur en Algérie » et 59% ont répondu qu’ils sont sûr d’avoir un travail à l’avenir. Cependant les réponses négative sont d’un taux de 45.5% affirmant qu’ils n’auront pas un poste de travail et 38% des jeunes avancent que leurs avenir ne serait pas promoteur en Algérie, ceci peut nous dévoiler le sentiment contradictoire à la fois : optimiste et pessimiste qui caractérisent la structure mentale des jeunes algériens ces dernières années.  

Cela dit ces réponses nous poussent à expliquer cette positivité dans la vision future des jeunes, par d’autres facteurs tels que la religion, en sachant qu’au préalable que la société Algérienne est une société conservatrice, dont l’effet religieux est bien présent dans leur vie quotidienne.

Graphique n° 2 : influence de la religion sur la vision des jeunes Algériens

Source : les données du tableau sont élaborées par nos soins.

Le graphique ci-dessus schématise l’ampleur de la religion et son influence sur les jeunes Algériens, illustré dans la question se rapportant à la religion et son poids dans la prise de décision. Avec une proportion de plus 88% des jeunes pensent que la religion fait partie de leur propre vie quotidienne. (Influence de la religion)[11]. Ce qui prouve sociologiquement l’existence d’un sentiment de religiosité très solide et sa présence qui se manifeste à travers le quotidien des jeunes Algériens.

L’analyse des données collectées nous confirment que le sentiment religieux est tellement présent dans la vie courante de la jeunesse algérienne, d’où deux points se mettent en valeurs par rapport à l’importance que projettent la religion et les valeurs spirituelles dans l’optimisme et la confiance en l’avenir – personnel et sociétal – qui anime cette jeunesse. Ajoutant que la religion peut expliquer en partie le niveau de confiance interpersonnelle, en outre, le sentiment d’intégration au sens croissant ou décroissant s’explique, par la baisse ou ascension de l’intégration religieuse et politique. Le tableau suivant nous éclaire sur l’anxiété omniprésente dans la pensée future des jeunes sur le projet à accomplir dans les dix prochaines années.

Tableau n° 2 : la vision des jeunes Algériens de leur avenir

Avenir

Nb. citation.

Fréquence.

Non réponse

51

4,7%

Créer une entreprise

348

31,8%

s’installer à l’étranger

156

14,2%

je ne sais pas

489

44,7%

Autre

51

4,7%

Total

1095

100%

Source : les données du tableau sont élaborées par nos soins.

 Cela nous permet d’établir le rapport existant entre le jeune et son ambition future, démontrant ainsi un phénomène assez intrigant. 44,7% des jeunes algériens semblent ne pas avoir aucun projet d’avenir   dans les dix prochaines années. Un effectif alarmant de 489 personnes, affirmant « ne pas savoir » quoi envisager au futur. Dans cette conception vide de l’avenir renvoyant à un futur incertain, sans but ni projet démontre un esprit négatif non entrepreneur causant ainsi une mauvaise représentativité des jeunes de leurs futurs ceci est le résultat de processus de construction de normes d’âpres S. Erbes–Seguin : la flexibilité d’entrée dans le marché du travail n’est pas le résultat de l’économie mais le produit des rapports et des processus sociaux de construction de nouvelles formes et normes d’emplois et de chômage[12]

2. Le sentiment d’appartenance et de confiance des jeunes Algériens

L’influence du sentiment d’appartenance et de confiance  des jeunes, constitue une autre piste de recherche sociologique qui peut nous éclairer sur le niveau d’intégration sociale et professionnelle de cette tranche d’âge, comme elle peut nous aider à  comprendre la nature du lien qui rapproche ou éloigne  le jeune de sa  société (État ou nation, famille).cette lecture sociologique peut se résumer à l’analyse des questions tels que :le sentiment d’appartenance des jeunes par rapport aux autres (les gens), le sentiment de confiance par rapport aux responsables politiques et l’analyse du sentiment de fierté par rapport à l’histoire du pays d’appartenance de ces jeunes.

  • A. le sentiment d’appartenance

Dans l’enquête du FIP, Olivier Galland a observé la capacité des jeunes de se projeter dans le futur et comment le sentiment d’intégration sociale influence sur leurs avenirs et la particularité des jeunes dans la réalité et la vision volontairement optimiste ou pessimiste, et l’intégrité dans la confiance par rapport aux dirigeants de l’État. De là nous nous sommes demandé comment les jeunes Algériens perçoivent-ils leur société d’appartenance et ses institutions politiques ?

Graphique n° 3 : radar explicatif du sentiment d’appartenance

Source : les données du tableau sont élaborées par nos soins

Dans l’enquête du FIP, Olivier Galland a observé la capacité des jeunes de se projeter dans le futur et comment le sentiment d’intégration sociale influence sur leurs avenirs et la particularité des jeunes dans la réalité et la vision volontairement optimiste ou pessimiste, et l’intégrité dans la confiance par rapport aux dirigeants de l’État. De là nous nous sommes demandé comment les jeunes Algériens perçoivent-ils leur société d’appartenance et ses institutions politiques.

Dans un sens plus au moins explicatif, l’appartenance à une société, peuple ou à un groupe ethnique présume le partage de valeurs communes et avoir le sentiment d’interdépendance entre les membres du groupe formant un système global. Un taux assez important des jeunes affirment qu’ils ont confiance en leur nation avec une proportion de 67% des enquêtés ont répondu par « oui » à la question "avez-vous le sentiment d’appartenir à cette nation ?". Cette confiance transcendante comprend des finalités attribuées à la socialisation familiale. Le sentiment d'appartenance à un même ensemble renvoi au sentiment d'intégration qui doit être suivi par des activités que les individus exerceront au sein de leur groupe (activité familiales, professionnelles, de consommateurs ou et citoyennes). Vincenzo Cicchelli nous expliques que les qualités que les adultes et les jeunes inculquent aux enfants mettent en évidence de « grandes corrélations » entre ces qualités et plusieurs dimensions : importance de la réussite individuelle, définition de l’espace domestique, degré d’intégration sociale.

    B. Le rapport de confiance des jeunes par rapport aux autres et par rapport aux responsables politiques :

L’appartenance à une société est déterminée par deux facteurs : avoir des valeurs communes, et développer le sentiment d'appartenance collective. Cette intégration ou sentiment d'appartenance n'existe que si la notion "confiance" comme capital social existe. La construction de leurs identités est en rapport avec la société d’appartenance et de société(s) de référence. Néanmoins la confiance dans les gens n’explique pas à elle-même le sentiment d’intégration, en outre L’intégration ou le sentiment de confiance est conditionné par la confiance dans les institutions la société d’appartenance.

Tableau n° 3 : rapport de confiance des jeunes Algériens dans les gens (autres)

 

Confiance

Nb. citation

Fréquence.

Non réponse

30

2,7%

méfiant

330

30,0%

Indifférent

319

29,0%

Confiant

336

30,5%

Très confiant

85

7,7%

Total.

1100

100%

 Tableau n° 4 : opinion par rapport à l'État (responsables politiques)

État

Nb. citation.

Fréquence

Non réponse

41

3,7%

méfiant

471

42,8%

Indifférent

401

36,5%

Confiant

148

13,5%

Très confiant

39

3,5%

Total

1100

100%

Source : les données des tableaux sont élaborées par nos soins

Les jeunes Algériens déclarent ne pas avoir confiance en leurs représentants politiques (gouvernement de leur pays). Une méfiance dangereusement représentative avec 471 (42,8%) des jeunes, affirmant être méfiant vis-à-vis des responsables politiques. Ainsi que 36.50% des jeunes restent indifférent à l’égard de cette institution. Subséquemment comme on là déjà cité on peut aborder la question d'intégration en rapport avec la similitude des valeurs qu'on partage sans méfiance ni ostracisme avec les gens en général

Nous pouvons expliquer cette méfiance ou bien cette faible intégration par ses propres racines historiques et culturelles liées aux bouleversements sociaux, économiques, et identitaires, généré par l’histoire de l’Algérie coloniale d’une part et par les profondes mutations qu’a connue la société algérienne depuis son indépendance.

  • C. Les jeunes Algériens et l’histoire de leur pays

L’histoire est considérée par la sociologie comme le meilleur laboratoire pour étudier ou analyser les déférents phénomènes de la société. Un facteur assez important dans la construction identitaire ainsi que dans la construction du sentiment de confiance et d’appartenance.

Tableau n°5 : histoire et fierté

Histoire

Nb. cit.

Fréq.

Non réponse

17

1,5%

oui

983

89,4%

non

100

9,1%

Total obs.

1100

100%

Source : les données du tableau sont élaborées par nos soins

Comme on peut l’observer 89.4% de jeunes algériens affirment qu’ils sont fiers de leur histoire. Affirmant que l’Algérie a un passé glorieux, les commentaires ou les explications des jeunes à la question liée à l’histoire du pays, nous renvoi à des réponses irréfutablement similaires : "un million et demi de martyrs". "Histoire honorable, de martyrs farouche" etc.

Néanmoins, 9.1% représenté par 100 jeunes ne partageant pas cet avis. Cause de facteurs à la fois objectif et subjectif ces jeunes affirment que l’histoire n’est pas celle qu’on raconte à l’exemple de ces propos "quelle histoire pour quel pays". "Ce n’est pas notre histoire elle est falsifié" ...etc.

Conclusion

La jeunesse est une réalité incontestablement importante, et un élément de recherche sociologique incontournable dans les processus d’innovation de réponses globales aux défis de notre pays. Les jeunes représentent au niveau mondial et au sein des pays une véritable force démographique en constante évolution. Chose qui rend nécessaire la tâche de comprendre les particularités de la jeunesse et de prendre en compte son hétérogénéité au sein d’une société donnée.

L’analyse de la réalité sociale de la jeunesse algérienne nous a montré que la satisfaction de ces jeunes vis-à-vis de leur futur est faible, par contre notre étude a révélé également que la conception du travail par ces jeunes est extrêmement forte. Cela semble cohérent avec l’idée selon laquelle le travail est réellement la source de régénération et de construction de statut social et professionnelle. La sécurité de l’emploi est également une dimension privilégiée par les jeunes. C’est aussi dans ce groupe que s’exprime le plus l’idée selon laquelle : le chômage est une menace à la fois pour la société, et pour le sentiment de confiance et d’appartenance des jeunes algériens vis à avis de leur société.

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 Notes

[1] Parsons, Talcott (1942), « age and sex in the social structure of the united states » American sociological review”, October.

[2] Galland, 1984. http://www.cess.paris4.sorbonne.fr/dossierpdf/tgall.pdf Galland Olivier, sociologie de la jeunesse, Paris, Armand Colin .2004

[3] Etienne, J. ; Bloess, F. ; Noreck, JP et Roux, JP., (2004), Dictionnaire de sociologie, 3e édition, Paris, Hatier, p. 20 ; Ibid., p. 17

[4] Galland, Olivier (2001), Sociologie de la jeunesse, Paris, Armand Colin.

[5] Etienne, J. ; Bloess, F. ; Noreck, JP et Roux, JP., op.cit., p. 398.

[6] Galland, Olivier, op.cit.,  http://www.unige.ch/fapse/life

[7] Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation. Dictionnaire encyclopédique de l’Algérie, Édition ANEP, 2007, p. 645.

[8] Medjahdi, M. (2005), « La jeunesse algérienne et les techniques de l’information et de la communication (TIC) : usage et influences de la télévision », in Insaniyat, n°29-30, p.35-47.

[9] http://actualite.el-annabi.com/ 20/08/2009.

[10] Stellinger, Anna et Wintrebert, Raphael, op.cit., p. 8.

[11] On peut ajouter les 38% qui ont répondu par « des fois » au 50% qui ont répondu par : oui,

[12] Erbes-Seguin, S. (2004), La sociologie de travail, Paris, La Découverte.