Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

C’est en parcourant  la bibliographie qu’Abdelkader Azza (1905-1967) a donnée à la fin de son  anthologie bilingue consacrée au poète Mestfa Benbrahim[1], que nous avons pris connaissance, pour la première fois, de l’existence de notre ouvrage ci-présent. Benguennoun, poète populaire de la plaine de Ghriss y est non seulement cité comme référence, mais il est aussi largement utilisé dans l’étude et apparaît souvent dans l’appareil critique[2]. Ce qui prouve, s’il en était besoin, qu’Azza avait travaillé sur un exemplaire de ce manuscrit en sa possession. Notre curiosité ayant été ainsi éveillée, nous n’avons plus cessé, depuis ce jour, de rechercher ce mémoire inédit[3], en Algérie,  mais sans succès. Bien des années après, il nous a fallu un séjour scientifique à Aix-en-Provence, en 2005, et des recherches au CAOM pour le découvrir, presque par hasard, parmi un ensemble de documents du Gouvernement Général[4].

Le manuscrit 

Notre manuscrit se présente sous la forme d’un ensemble de 38 feuilles, en papier d’emballage[5] légèrement brillant, cousues en un cahier unique dont les pages sont numérotées de 1 à 148. Une page, la numéro 98, est bissée. L’écriture, très soignée, est faite à la plume et à l’encre bleue. La page contient une moyenne de 25 lignes. Le manuscrit est assez lisible dans l’ensemble, sauf en quelques endroits où l’encre s’est effacée. Des tâches de moisissure commencent à gagner certaines parties du manuscrit. En guise de couverture, il est simplement enveloppé dans une grande feuille de papier, probablement du papier d’emballage aussi, de couleur ardoise, sur laquelle nous lisons, écrit au crayon bleu, sur ce qui fait office de 1ère de couverture : « Prix de traduction, 1942 ». Et à l’encre bleue, sur la 4ème de couverture : « Exp. Azza Prof. Collège Laperrine- Sidi Bel-Abbès, Gouvernement général de l’Algérie (Direction des Affaires musulmanes) Alger ». Le nom de Abdelkader Azza, au lieu de celui d’Ahmed Tahar (1905-1981), auteur du manuscrit, tendrait à suggérer que cette couverture était primitivement celle du manuscrit de Azza sur « Mestfa Benbrahim » qui a été renvoyé, sur sa demande à l’auteur[6]. Ce manuscrit est accompagné d’un ensemble de lettres
et documents qui vont nous aider à retracer les circonstances qui ont entouré l’obtention, en 1942,  du « Prix de traduction de l’Algérie » par ce mémoire.

L’histoire : Le « Prix de Traduction de l’Algérie »

 Pour  décrire la genèse de ce prix en le replaçant  dans son contexte politique, culturel et scientifique nous devons remonter à l’année 1941[7] : au niveau politique, la France est défaite, et nous sommes en pleine période de ce que l’on a appelé le « vichysme colonial », après la signature de l’armistice par Pétain le 17 juin 1940 et l’appel de de Gaulle du 18 juin, censuré à Alger. Le PPA, qui a refusé de rejoindre l’ « union sacrée », est dissous le 26 septembre 1939, ses dirigeants jugés et condamnés, tel Messali Hadj qui écopera de 16 ans de travaux forcés et de 20 ans d’interdiction de séjour.

A l’Université d’Alger,   Georges Hardy (1884-1972), ancien directeur de « l’école coloniale », est appelé au rectorat en remplacement de Pierre Martino. Augustin Berque (1884-1946), qui est nommé directeur des affaires musulmanes au GG[8], écrit dans son « Esquisse d’une politique musulmane »(1941)[9] : « Ne laisser aucune supériorité intellectuelle ou sociale se révéler sans l’absorber ou la neutraliser aussitôt de façon à ce qu’aucune force véritable ne passe à l’opposition »[10]. Et plus loin[11] : « main tendue aux intellectuels », « ils (les élus) constituent une force grandissante que nous devons capter comme toutes les autres forces de ce pays. Capter
et utiliser… ». C’est cette stratégie de séduction et d’absorption adoptée par le pouvoir colonial à l’endroit de l’élite musulmane, clairement exprimée ici par Augustin Berque, responsable rompu aux « affaires indigènes », qui va servir de cadre favorable à la mise en œuvre d’une action culturelle en direction des indigènes[12], la forme et le contenu de cette action seront du ressort de l’institution académique qui va proposer ses propres projets. Il y a ici convergence entre le désir du politique et celui du savant d’obtenir la collaboration des musulmans algériens. Et cela est largement conforté par un arrière-plan  idéologique que Jean-Claude Vatin décrit longuement dans sa post-face à l’ouvrage d’Augustin Berque :

« Au moment où l’Algérie transitait vers personne ne savait au juste quoi, une grande partie de l’énergie des savants était consacrée au sauvetage des lieux-refuges, des croyances-origines, des institutions-survies, à la chasse aux cérémonies, rituels, us, et fêtes. Comme si la recherche se préoccupait plus d’accumuler des témoignages du passé que d’observer le présent, insistait sur l’archive plutôt que sur l’action en cours. A bien y regarder cela correspondait assez bien avec les préoccupations des gouvernants, visant à ramener la société à ses valeurs ancestrales, à redynamiser les codes. Les contre-feux n’eurent pas l’effet escompté, parce que ces valeurs se trouvaient déjà, pour la plupart, en rupture avec l’humus qui les avait produites. Il était certes un peu tard pour renvoyer l’indigène à sa culture archaïque et pour tenter de le détourner en même temps des refrains révolutionnaires ou réformistes des organisations politiques. Mais enseignants et politiques français tentaient, plus ou moins confusément, d’ancrer l’Algérie, de la relier à ses racines, de la bloquer dans ses élans menaçants »[13].

Lieu-refuge par excellence de la mémoire et de l’identité « indigène », la poésie populaire, écartée d’abord du prix de traduction qui, au départ, ne concernait que le « meilleur ouvrage de caractère littéraire écrit en arabe classique » (à côté du meilleur ouvrage de caractère scientifique écrit en français)[14], va être défendue par le recteur qui écrira[15] :

 En outre, la majeur partie de la poésie populaire d’Algérie, en arabe dialectal, demeure inaccessible parce qu’elle n’a pas encore été recueillie par écrit et traduite en français avec toute la précision désirable. Cette poésie dialectale, si intéressante au point de vue littéraire et linguistique comme au point de vue historique
et sociologique, risque de disparaître si on ne veille pas à la réunir en Corpus dans le plus bref délai.

Henri Pérès (1890-1983)[16], qui va publier, à la même époque, son appel à la constitution d’un corpus de la poésie populaire[17], est visiblement l’inspirateur de ce texte. Sur accord de Berque, un « Prix de traduction […] destiné à récompenser un ouvrage consacré à un poète populaire de l’Algérie » est donc adjoint au « Prix de traduction […] destiné à récompenser un ouvrage consacré à un texte d’un auteur arabe classique »[18]. Le Prix institué en 1941 sera décerné à partir de 1942.

Cette année 1942 sera marquée par le débarquement américain le 8 novembre. Bien avant cela, en mars 1942, la répression s’abat sur les responsables du PCA qui seront traduits en justice. Le verdict sera de 6 condamnations à mort et plusieurs perpétuités. Juste après le débarquement, en décembre 1942, Ferhat Abbas, dont Ahmed Tahar sera un compagnon de lutte au sein de l’UDMA, rédige un « message aux autorités responsables » qui préfigure le « Manifeste du peuple algérien » de 1943.             

 Les candidats pour « le prix de traduction destiné à récompenser un ouvrage consacré à un poète populaire » sont, pour cette année 1942, Ahmed Tahar, professeur au collège René Basset (Mostaganem) pour son Benguennoun, poète populaire de la plaine de Ghris et Azza Abdelkader, professeur au collège Laperrine (Sidi Bel-Abbès) pour Mestfa ben Brahim et ses chants[19]. Le jury, qui se tenait sous la présidence du Recteur de l’Académie d’Alger, et en présence du Directeur des Affaires musulmanes,  était composé des personnalités scientifiques suivantes : Georges Marçais (directeur de l’Institut d’études orientales de l’université d’Alger), Henri Pérès (professeur à la faculté des Lettres d’Alger), Marius Canard (maître de conférence à la Faculté des Lettres d’Alger) et Ibnou Zekri[20] (Directeur de la Médersa d’Alger). L’étude d’Azza sur le poète Mestfa ben Brahim fera l’objet plus tard d’une thèse de doctorat soutenu en 1963 à la Sorbonne, et publiée en 1979, à la SNED[21].

L’auteur : Ahmed Tahar[22]

Cet ancien sénateur de la IVe République[23], Ahmed Tahar Ben Mohamed, appelé, couramment Bettahar par ses concitoyens de Mascara,  est né le 14 mars 1905 à Mascara et décédé le 11 novembre 1981 à Oran. Sa tombe se trouve à Sidi Ahmed Benali, son terroir d’origine.

Après avoir fréquenté les Médersas de Tlemcen et d’Alger, il devient professeur d’arabe et enseigne au collège René Basset de Mostaganem (aujourd’hui lycée Zerrouki) d’où, en 1942, il concourt au Prix de traduction. Sa carrière politique commence dès les années 30, passant des Oulémas, au Congrès des Elus musulmans (1936), puis aux Amis du Manifeste, enfin à l’UDMA dont il fait partie du Bureau Politique. Professeur au lycée de Mascara (aujourd’hui Djamel-Eddine El-Afghani),  il est membre de l’association dissoute des AML et participe aux élections générales du 21 octobre 1945[24]. Il fait également partie du « Comité d’initiative de Mascara pour l’amnistie aux détenus politiques » (1945) en tant que chargé de la commission de propagande[25]. Conseiller municipal de Mascara, il démissionne, dès 1957, ainsi que l’ensemble des élus musulmans pour « manifester son attachement au FLN et appuyer le juste combat des Algériens »[26].  Arrêté, interné puis libéré en 1959, il rejoint le Maroc où il poursuit sa carrière d’enseignant, tout en militant. L’indépendance venue, Ahmed Tahar occupa le poste de directeur du Lycée El-Afghani de Mascara, jusqu’à sa retraite qu’il passa à Oran.

Tahar et El-Habib Benguennoun

C’est seulement après sa retraite qu’Ahmed Tahar se consacrera à sa thèse sur la métrique du melhoun qui sera publiée en 1975[27]. Cette thèse,  nous en trouvons les prémices dans le chapitre V du mémoire de 1942 où il nous livre une sorte d’ébauche de ce qui sera sa préoccupation scientifique future. Ne pouvant, naturellement pas, se baser sur un corpus aussi mince que celui de Benguennoun, grand poète mais poète peu prolifique[28], pour en faire une thèse, à l’instar de son contemporain, ami et homologue Abdelkader Azza avec Mestfa Ben Brahim, poète fécond, Tahar a choisi la voie ardue d’une étude plutôt technique sur la métrique du melhoun.

Pour revenir à notre sujet, Benguennoun, il faut rappeler qu’au moment où Tahar rédige son étude peu de choses ont été écrites sur ce poète : des citations chez Bresnier[29], Delphin[30] et Guin[31],
et seulement un texte complet chez Yafil[32](le poème V de notre mémoire), sans traduction. Ce texte de Yafil faisait partie du répertoire du genre hawzi à Alger vers le début du 20è siècle. Il a certainement commencé sa longue carrière à Tlemcen, d’abord, qui l’a emprunté au melhoun bédouin, d’où il a pu migrer jusqu’à Alger et atteindre Constantine où il a connu la consécration, en s’intégrant au répertoire des plus grands maîtres du malouf, sous le titre de « Al-Ďālma »[33]. Hormis ce texte, l’ensemble du recueil comporte donc des qacidas restées jusque-là inédites. Inédites mais largement présentes dans les cahiers et manuscrits des interprètes et autres amateurs de poésie melhoun. Car Benguennoun est un poète lyrique peu prolifique mais très prisé et ses textes circulent aussi bien à travers les répertoires citadins que les répertoires bédouins. Le répertoire du genre hawzi ou ‘aroubi comporte une autre qacida célèbre, le poème VI du mémoire[34]

Le mémoire est composé selon les règles académiques[35] reprises par l’arrêté, dans son article 4, alinéa 2, instituant le prix pour récompenser : « un ouvrage consacré à un poète populaire de l’Algérie et comprenant une introduction en français sur la vie
et l’œuvre, le texte des poésies en caractères arabes sur la page de gauche, avec indication des variantes et en transcription phonétique sur la page de droite, la traduction française dans les bas des pages
et les annotations à la fin suivies d’un glossaire de la langue du poète ». L’étude, bien que comportant parfois quelques légères incorrections, principalement au niveau de l’établissement des textes qui nécessiterait une confrontation avec d’autres variantes que celles, très peu nombreuses, utilisées par l’auteur, est menée de main de maître et apporte, eu égard aux conditions de travail difficiles de cette époque de guerre[36], beaucoup de nouvelles données, biographiques surtout, sur un poète dont jusqu’ici nous ignorions presque tout. L’appareil de notes ainsi que le glossaire sont d’un apport inestimable au vu des nombreuses notations dialectologiques et ethnographiques inédites puisées dans la culture populaire auprès d’informateurs dont, malheureusement, l’auteur ne donne pas les noms. Mais nous pensons que Tahar a probablement eu les mêmes informateurs, parmi les interprètes et poètes de l’époque, que  Azza, son contemporain, de la même région géographique (l’Oranie)[37]. Quant au corpus lui-même il contient les principaux textes du poète avec toutefois une lacune mais aussi une nouveauté. Il manque un texte connu intitulé :

بعد ما نسيت الابنات راحوا من بالي * واش جابك هلكتني لغيت على خيرة 

Pourtant ce texte, dont il n’avait probablement pas eu connaissance à l’époque, sera longuement cité dans sa future thèse sur la métrique du melhoun[38]. Un autre texte est pour nous une nouveauté complète, car nous ne l’avons rencontré nulle part dans nos cahiers et manuscrits et il est inconnu de tous nos informateurs : c’est le poème VII du mémoire :

ربّي قضى عليّ و ابليس اعماني*يا ناس درت سيّة تهزم الاحباب*عاديت صاحبي و رجعنا طلاّب

En plus de toute la richesse que recèlent  les parties biographique et dialectologique, Tahar a sauvé au moins un texte de l’oubli et nous livre des traductions en français d’une rare qualité. Il faut signaler ici sa contribution à l’établissement d’une version recevable de la pièce n°5 — pièce centrale de l’œuvre du poète,  dont les versions publiées jusqu’à présent sont pour le moins défectueuses — et sa traduction, surtout dans la dernière partie où il est question d’un épisode de la Geste hilalienne, traduction claire et élégante qui lèvent définitivement la plupart des obscurités.

Pour toutes ses raisons, il nous a paru utile d’arracher ce mémoire, particulièrement important pour éclairer un moment capital de l’histoire des études littéraires au Maghreb[39], à l’obscurité poussiéreuse et mortifère des cartons d’archives, et le rendre à la lumière du jour. C’est aussi rendre un hommage appuyé à l’un des principaux artisans de la réhabilitation de notre littérature en langue algérienne.

 Notes

[1] مصطفى بن ابراهيم، شاعر بني عامر، و مدّاح القبائل الوهرانية، الجزائر، الشركة الوطنية للنشر و التوزيع، 1977، ص.6.

Mestfa Ben Brahim, barde de l'Oranais et chantre des Beni'Amer, Alger, SNED, 1979, 249 pages.

[2] Surtout dans la partie : « Glossaire des mots et expressions introuvables dans « Beaussier » » (pp.159-219).

[3] Seul le chapitre V du manuscrit a été publié dans le Bulletin des Etudes Arabes n°11, janvier-février 1943, pp.3-7.

[4] Dossier 20 H/4 : « Prix littéraires de l’Algérie (manuscrits) 1934-1942, numérisé le 20 juin 2005.

[5] Dans sa lettre du 17 mai 1943 adressée au directeur des affaires indigènes, Henri Peres, membre du jury, se plaint, entre autres, de la pénurie de papier.

[6] Lettre du 26 février 1943.

[7] Pour les références historiques et biographiques de ce chapitre, nous nous sommes basés, principalement, sur les articles et ouvrage suivants :

  • Cantier, Jacques, « 1939-1945 : une métropole coloniale en guerre », in Alger 1940-1962, une ville en guerres, in Autrement, collection mémoires, n°56, 1999.
  • Pouillon, François (éd.), Dictionnaire des orientalistes, Karthala, 2008, 1112 pages.

[8] Gouvernement général de l’Algérie.

[9] Augustin Berque, Ecrits sur l’Algérie, Edisud, 1986, 300 pages.

[10] Idem, p.292.

[11] Idem, p.293.

[12] En 1906 déjà, Bouali Ghaouti (mouderres  à la grande mosquée de Sidi Bel-Abbès) se faisait aider par la "direction des affaires indigènes" (dirigée alors par Aymard du Châtelet) pour publier son « Ouvrage sur la musique arabe »(كشف القناع). Dans sa lettre du 20 juin 1904, écrite en arabe, Dominique Luciani le félicitait d’avoir entrepris, sur son conseil, d’intégrer à son ouvrage (« un manuscrit sur la musique et les instruments de musique chez les indigènes ») la notation musicale moderne. On croit comprendre que l’ouvrage de Bouali a été composé à l’instigation de Luciani, alors directeur des affaires indigènes.

[13] Berque, Augustin, p. 294.

[14] Arrêté du 26 mai 1941 portant création d’ « un prix annuel destiné à récompenser un ouvrage portant sur les matières énumérées à l’article 4 du présent arrêté, écrit en langue française et dont l’auteur est un Musulman algérien ». L’article 4 parle « d’un ouvrage de caractère scientifique (histoire, économie sociale, archéologie, géographie, ethnographie, folklore, droit, etc. ».

[15] Lettre du 15 septembre 1941 adressée au GG (Yves Châtel).

[16] Pérès,  Henri : « chargé de missions d’inspection générale depuis 1938, il s’efforce de développer l’enseignement de l’arabe écrit et parlé en fondant en 1941, un Bulletin d’études arabes qui sert de liaison entre les professeurs, puis en 1942, dans le cadre de l’Institut d’études orientales, une « Bibliothèque arabe française » qui édite des textes arabes classiques avec traduction française en regard (onze volumes entre 1942 et 1953) » (Dictionnaire des orientalistes, 746). Il est l’auteur, entre autres,  du fameux : « la poésie andalouse en arabe classique au XIe siècle ».

[17] - Bibliographie, la poésie populaire en Afrique du nord, I. Algérie, II. Maroc, III. Tunisie, IV. Tripolitaine. Libye, in Bulletin des Etudes Arabes, n°1, Alger, janvier-février 1941, pp. 17-19.

- Bibliographie, pour un Corpus des Poésies populaires de l'Algérie, in Bulletin des Etudes Arabes, n°4, Alger, sept-oct. 1941, pp.111-115.

[18] Arrêté du 27 octobre 1941. Il est précisé que ce dernier prix, destiné à un ouvrage en arabe classique, n’est pas décerné pour l’année 1942. Le seul candidat malheureux à avoir candidaté pour ce prix est un certain Ben Kaddour Mohammed avec un ouvrage intitulé le Livre de l’éducation. Les candidats pour un ouvrage écrit en langue française sont :

  • Rahmani Slimane pour Coutumes kabyles du cap Aokas, ouvrage déjà publié, en collaboration avec Georges Hardy, en 1939, par la Société historique algérienne. Précisons que le règlement admet à concourir les ouvrages datant de moins de 5 ans.
  • Ali Hacène avec son Précis de procédure musulmane édité en 1938.
  • Benhadji Serradj Mohammed avec sa Monographie sur le Tleta.
  • Merad Ben Ali avec son Manuel de jurisprudence musulmane publié en 1927.
  • Aïssa Zehar avec Hind à l’âme pure publié en 1942.
  • Belkacem Tedjini avec Un Roi-poète publié en 1939.
  • Abdelkader Belkherroubi avec Pour comprendre la chanson tlemcénienne, étude sur le folklore tlemcénien.
  • Omari Miloud avec L’art et la civilisation mauresque en Espagne.
  • Mohammed Zerrouki avec Mosaïque.

Mohammed Bekhoucha,  alors instituteur à Messer,  envoie les 3 exemplaires réglementaires de son livre Poèmes érotiques mais en retard sur le délai d’envoi fixé (avant le 1er février de chaque année), ce qui le fera exclure de la session de 1942. Mais il lui est donné la possibilité de se présenter pour l’année  1943. Poèmes érotiques (كتاب الحب و المحبوب) a été publié en 1939, à Tlemcen.

[19] Le communiqué, publié le 4/2/1943 dans la Dépêche algérienne, conclut ainsi : « Au cours de la délibération, Mestfa ben Brahim et ses chants, de M. Azza Abdelkader, a particulièrement retenu l’attention du jury. » Pourtant celui-ci n’a recueilli qu’une seule voix. Dans sa lettre du 26 février 1943, Azza   demande le renvoi de l’exemplaire du manuscrit déposé en 1942 pour concourir en 1943. Et il ajoute : « J’ai l’intention de reprendre ce travail et d’y apporter quelques retouches et améliorations qui m’ont été signalées par M. Pérès, du Jury. » Le manuscrit sera de nouveau proposé avec un nouveau titre « Mestfa ben Brahim, chantre des Beni ‘Amer ». 

[20] Ahmed Ibn Zekri, décedé en 1956, fils de Mohamed Saïd Ibn Zekri (1851-1914) muphti de la grande Mosquée d’Alger, auteur d’une Epître (Rissala) « sur la réforme des confréries kabyles » publiée en 1903 à Alger.

[21] Réédité en 1 seul volume, à l’ENAG, en 2012.

[22] Pour la rédaction de cette partie nous avons utilisé les sources suivantes :

  • Le professeur Si Ahmed Tahar ou la fidélité dans le combat, par Redouane Rahal, in Sciences Sociales Panorama, Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Alger, n°10, août 1983, pp.164-165. Nous remercions notre collègue Sadek Benkada de nous avoir indiqué cette notice.
  • Site : www.senat.fr
  • Blog de l’association des anciens lycéens de Mascara.
  • Dossier 9H28(21) et 9H29 : surveillance politique des indigènes (CAOM).
  • Documents de police (surveillance des indigènes) : rapport hebdomadaire de la commune mixte de Mascara, le 16 octobre 1945.

Nous remercions le Professeur Sam Menouer de l’Université d’Oran d’avoir rectifié pour nous certaines informations contenues dans les sources ci-dessus  concernant particulièrement la participation de Ahmed Tahar aux activités d’enseignement dans l’institution universitaire naissante à Oran.

[23] Elu le 25/2/1948 sur la liste de l’UDMA, fin de mandat le 7/11/1948. Conseiller de la République d’Oran (2ème collège) en 1948.

[24] Tahar figure dans la liste de Boukli (dont il sera évincé) contre la liste du bachagha Khelladi dans laquelle figure le commandant Bendaoud. Le rapport de police souligne : « Or Mr Tahar est de la tribu des Hachem tandis que le commandant Ben Daoud serait de celle des Douairs des environs d’Oran. Les partisans du premier rappellent que les Douairs ont été au début de la conquête les ennemis acharnés des Hachem et ont combattu l’Emir Abdelkader. Peu importe la nuance politique des candidats, les attaches de famille voire même de vieux souvenirs remontant à un siècle sont exploités et ces arguments ne sont pas sans valeur. »

[25] Note de la P.R.G de Mascara du 5/12/1945.

[26] Rahal, Redouane, p. 165.

[27] La poésie populaire algérienne (melhoun), rythme, mètres et formes, publications de la Bibliothèque Nationale, littérature populaire 1, SNED, 1975, 419 pages.

[28] Benguennoun était comparé à une autruche qui ne pond qu’un œuf par année !

[29] Cours pratique et théorique de langue arabe, 1 ère édition, Alger, 1846 et 2ème édition, Alger, 1915 : un fragment du "cheval'" de Benguennoun, texte arabe (page 636) et texte français (page 637). Repris par Victor Bérard, in Poèmes algériens et récits légendaires, Alger, Bastide, 1858,  p.50.

[30] Recueil de textes pour l’étude de l’Arabe parlé,  1891, page 305, où il cite ce vers :

جايبين عيّار العنصر في السدود * دار البنيان في مضرب الواعر

[31] Complainte arabe sur la rupture du barrage de St Denis du Sig, notes sur la poésie et la musique arabes dans le Maghreb Algérien, Paris-Oran, 1886, page 117.

[32] مجموع زهو الأنيس المختص بالتباسي و القوادس، الجزائر، طباعة حجرية، الثعالبية، 1907، ص.ص.25-28 / أعاد نشره، وهران، CRASC، 2007، ص.ص.52-56.

[33] Un article parle d’un « livret de la qacida édité en 1932 à l’imprimerie de cheikh Abdelhamid Ben Badis, après correction du texte par celui-ci, la qacida imprimée, d’un côté du livret, en arabe, de l’autre en français, est la référence du texte originale » (in El Watan, dimanche 1er juillet 2001, page 12 : « Constantine, ya Dhalma au club du lundi, par Karima Benjeddou). Ce livret appartient à cheikh Maamar Benabdallah (Constantine). D’après lui, c’est cheikh Abderrahman Bendjelloul qui introduisit cette qacida à l’Est du pays.

[34] - محمد بن عمرو الزرهوني، كنّاش السّي إدريس بن رحّال، أشعار من الموزون و الملحون، éd.ENAG، الجزائر، 2008:* ڤولوا لسي محمد لا يغيضك حالك (223-225)

- قصائد من الحوزي، العروبي، المديح، الغربي، منشورات تلمسان عاصمة الثقافة الإسلامية 2011، éditions New   Sound : ڤولوا لسي محمد لا يغيضك حالك (194-196)/ طال الضر عليّ و زاد ثاني غرامك (196-199)(traduction :153-156, notes :157-158)

[35] Nous nous sommes, ici,  sensiblement écartés de ces règles, en faisant en sorte que la transcription phonétique vienne après la fin du texte arabe, et la traduction après la fin de la transcription. Cela permet une lecture d’ensemble du texte sans discontinuités.  

[36] Voir la lettre de Pérès au Directeur des Affaires musulmanes datée du 17 mai 1943 où il écrit : « Un certain nombre de candidats aux prix littéraires de traduction (arabe classique
et poésie dialectale) ont été gênés, cette année, pour mener à bien leur tâche : pénurie de papier, raréfaction des ouvrages documentaires, difficulté des prêts par les bibliothèques, etc. »

[37] Azza cite pêle-mêle : cheikh Madani, cheikh Khaldi, Mami Senouci, cheikh Bekhkhaled Garmia, Caïd Debbab Si Ahmed, Si Mohammed Ben ‘Aïcha, cheikh Benchaabane, cheikh Njadi, Si Boualem Ben Brahim (Mestfa Ben Brahim, barde de l’Oranais et chantre des Ben‘Amer, SNED, 1979, « Notes et observations » (pp.113-158)). 

[38] La poésie populaire algérienne (melhun), rythme, mètres et formes, Alger, SNED, 1975, 419 pages. Il cite 3 strophes de cette qacida en version arabe, traduction et scansion.

[39] Ce moment où, comme nous avons tenté de le montrer plus haut, se cristallise, entre autres, autour du Prix de traduction, une convergence  d’intérêts, pour le sauvetage de la poésie melhoun, qui se traduira par la coopération entre l’autorité politique coloniale, l’institution académique et l’élite musulmane bilingue. Ce moment sera particulièrement fécond pour l’avenir de notre patrimoine poétique populaire puisqu’il permettra  l’entrée en scène de quelques-uns des  principaux fondateurs du champ  littéraire du melhoun : Azza, Tahar, Bekhoucha et Bouali.