Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

L’association des expressions aménagement urbain et développement durable, met en contribution de nombreuses disciplines qui relèvent tant des sciences humaines que celles des ingénieurs et autres branches du développement de l’espace habité. L’idée de cet ouvrage est basée sur la rencontre de ces diversités pour élargir le débat autour de thèmes globalisants initiant le concept de projet urbain. Elle s’inscrit dès lors dans une démarche de partenariats visant à structurer des réseaux de réflexion pour réunir les chercheurs des sciences humaines, les ingénieurs et les professionnels chargés de l’aménagement urbain. Tel a été l’objectif de notre projet de recherche sur les logiques d’urbanisation* dont la finalité a permis de mieux appréhender la mesure des enjeux propres aux domaines de la ville dans sa complexité.

Plusieurs théories mettent en relation les problématiques des enjeux en présence et d’une terminologie urbanistique enrichie des analyses critiques de l’urbanisme réglementaire dit "techniciste". La mise à jour de nouvelles visions dans les modes d’intervention urbaine pour reformuler la question de rentabilité économique de la composante foncière, requalifie ce type d’action en cohérence avec celles de la gouvernance urbaine. Dans un but de développement durable, cette reconsidération préconise de l’attention à l’égard de l’esprit des lieux à aménager, des données historiques et des réalités culturelles de la société concernée. L’écologie urbaine et la devise de ville solidaire posent les jalons impliquant les paradigmes des politiques publiques aux acquis des pratiques habitantes.

Dans les années 90, l’Algérie a initié une opération généralisant l’élaboration des Plans Directeurs d’Aménagement Urbain (PDAU) parallèlement à un débat autour de l’expression Grand Projet Urbain (GPU). Depuis, cette expérience a été mise en veille et s’apparente à une forme d’échec qui nous interpelle pour nous resituer parmi les défis du 21ème siècle. Qu’en est-il des plans d’aménagement dont les orientations relatives se sont appliquées à toutes les villes algériennes? De même, au registre du patrimoine se développent des actions multiples sous formes d’études opérationnelles spécialisées, de mobilisations d’associations citoyennes, de réflexions universitaires et d’organisations institutionnelles. Certaines initiatives ont été suivies d’interventions demandant un savoir-faire spécifique de réhabilitation et de restauration d’édifices. Quelques opérations embryonnaires attestent des nombreuses difficultés à assurer une démarche de qualité s’agissant des maîtrises d’œuvre et d’ouvrage.

C’est dans cette direction que s’est focalisée la réflexion sur les problèmes des évolutions qui ajustent le concept de l’aménagement urbain à celui du développement durable. Où en sont les progressions concernant cette relation au regard des changements sensibles qui sont en train de s’opérer tant au niveau universitaire et de la recherche qu’à celui des professionnels de l’aménagement urbain?

Les contributions du présent ouvrage s’inscrivent dans cette problématique, selon quatre axes d’étude:

1/ La croissance urbaine et les tentatives d’intégration du développement durable dans les conceptions d’aménagement urbain.

2/ La stratégie de sauvegarde du patrimoine culturel.

3/ Le prévention du risque en milieu urbain (séisme, pollution atmosphérique, confort thermique).

4/ Les enjeux et impacts urbanistiques des transports et des modes de déplacement (management, tramway).

1. Croissance urbaine et développement durable

Dans ce groupe de réflexion se rassemblent ceux qui fondent leurs analyses sur la question préoccupante de la qualité urbaine des points de vue des pratiques sociales et de l’aménagement de l’espace urbain.

A l’échelle territoriale des géographes, Nadia Djelal se questionne sur l’urbanité en faisant une approche globale sur les grandes recompositions spatiales pour en exprimer les différences perceptibles au niveau des solutions d’aménagement urbain. Celles-ci renvoient à la réhabilitation des quartiers anciens et au renouvellement de la centralité qui tend à une multiplication des fonctions ; ainsi qu’à l’urbanisation périphérique des banlieues industrielles et le problème récurrent de la fragmentation peu soucieuse de la protection des atouts naturels et agricoles. Hassib Rehailia, observe les rapports humains selon les potentiels d'échanges entre habitants du logement collectif d’une cité à Zurich. Il nous livre ses conclusions à partir de l’expérience d’un projet qu’il a coordonné et montre comment divers critères architecturaux et urbains, qui tout en préservant les espaces d'intimité, influent sur la qualité sociale de l'échange entre les résidents. Dans ce même ordre d’idées pour maîtriser la croissance en termes de nouvelle logique de construction, Souad Achaibou Younsi, aborde le concept de cohérence avec le schéma national d’aménagement et des schémas régionaux d’aménagement du territoire.

La question des urbanisations en cours est autrement abordée par Malika Touati sur la périphérie Est d’Oran. Elle explore les modes d’intervention basées sur les Plans d’Occupation de Sol (POS) et leur applicabilité sur le terrain pour mettre en exergue les difficultés de gestion et de coordination entre les différents secteurs. A ce type de constat, se joignent Mohammed Drir et Djamal Si-Mohammedqui à l’instar des méthodes de gestion des entreprises, proposent pour la ville, des outils spécifiques de management stratégique. La métropolisation, le projet urbain, le marketing urbain, le développement durable et la bonne gouvernance, sont autant de vocables courants que Belkacem Belkhemsa cherche à éclaircir en examinant le passé récent et combien instructif des vaines tentatives du Grand Projet Urbain à Alger. Manque de professionnalisme dans la production de la ville ? En s’appuyant sur l’espace extérieur à Oran comme indicateur de la qualité, Kheïra Feninekh illustre pareillement son analyse de la dégradation manifeste du cadre de vie.

2. Patrimoine et modernité

Un avis partagé autour de l’appréciation du patrimoine culturel, anime les différentes contributions pour comprendre l’espace et la société en évolution. L’approche sociologique menée par El Djounid  Hadjidj conclut aux difficultés d’aboutir à une évaluation de l’urbanisation d’Oran. Pour, cette ville qu’il qualifie finalement comme étant un conglomérat de nuisances, il propose l’élaboration d’un diagnostic dans le but d’en comprendre le sens et de parer à notre méconnaissance du fait urbain. Ahmed Hamdaoui suggère une lecture successive des paysages historiques d’Oran, pour montrer les processus des différents modes de production. Ce regard successif met en relation la structure urbaine et architecturale au mode de vie et à la pensée urbanistique des différentes périodes qui la caractérisent. Aines Boudinar focalise son observation sur la réhabilitation du Royal Hôtel et du Lycée Pasteur pour tenter de saisir comment s’élaborent la valorisation et la conservation de l’identité du patrimoine architectural tout en le modernisant. C’est en termes d’ancrage identitaire que Karima Benazzouz Boukhalfa inscrit son raisonnement sur la stratégie de sauvegarde du patrimoine à Bejaia qui du fait de son histoire, offre des opportunités intéressantes pour une démarche de développement durable. L’explication de Sidi Mohammed El Habib Benkoula construit son argumentation autour de l’universalisation de la modernité architecturale et urbaine à travers un processus historique de modernisation.  Il se penche ainsi sur le rôle de l’architecte et de sa formation, mettant en garde sur les dangers des réductions dans les conceptions architecturales et où la dimension intuitive occupe une place importante.

Au titre du confort thermique, Nassima Kadri et Abderrahmane Mokhtari présentent les résultats d’une étude de réhabilitation de la construction. Leur travail repose sur la conciliation de deux éléments contradictoires, celui de l’amélioration du confort thermique d’une part et le souci d’économie d’énergie d’autre part. Il s’agit d’instruire la vision des bâtisseurs, recourant à l’économie de moyens et dont l’impact remet en question une certaine conception architecturale dont les incidences nuisent à la qualité de confort thermique. Mehdi Douidi nous livre les résultats de ses recherches sur l’utilisation du verre en façade telle qu’il apparaît dans les édifices modernes. Il conclut que la prévalence de la dimension esthétique au détriment des caractéristiques techniques de ce matériau est à l’origine des nombreux inconforts relevés à Oran.

3. Prévention du risque en milieu urbain

La considération du risque telle qu’elle s’expose à travers les contributions du présent ouvrage, offre un tableau où prévaut le regard pragmatique des ingénieurs. Il fournit en définitive l’essentiel de ce registre qui traite des problématiques du séisme et de la pollution atmosphérique. Afin de réduire les effets relevés dans différentes situations, ils proposent une stratégie préventive de gestion de risque en intégrant la formation des gestionnaires aux procédures d’évaluation. Dans cette même perspective de prévention, Mahieddine Benaoum explore la législation relative aux domaines du risque des points de vue de la vulnérabilité autant économique que sociale. Il revient sur les études des trois dernières décennies, pour exposer les composantes spatiales et environnementales dans un objectif d’évaluation.

L’action préventive dans le texte de Fatima Zohra Baba Hamed, Driss Djaoued Rahal et Farid Rahal déploie une rétrospection sur les derniers tremblements de terre en Algérie depuis El Asnam 1980. Ils explorent la vulnérabilité des constructions avant l’introduction des normes parasismiques pour une démarche d’évaluation qualitative fondée sur la présomption. Elle permet en outre d’établir une base de données du risque sismique en cas de catastrophe.

Le poster de Kheira Ouzaa expose une esquisse sur les effets et les nuisances des fissurations des bâtisses en milieu ancien. La situation qui caractérise Oran, renvoie une image de vulnérabilité de plus en plus contestée par la population compte tenu des effondrements en série qui frappent la ville.

4. Enjeux et impacts urbanistiques des modes de déplacement

Nacima Chikh présente une structure qui articule le transport à la problématique urbaine du cas d’Annaba. A partir de la connaissance d’exemples étrangers, elle montre comment certaines lacunes dans les modes de gestion, influent sur la qualité de la mobilité et de l’environnement urbain. Le problème des nuisances dues à la circulation automobile qui altère la qualité de l’air, illustre cette probabilité soulevée par Farid Rahal, Nacéra Benharrats et Fatima Zohra Baba Hamed. Ils recommandent l’utilisation des carburants alternatifs pour réduire la pollution en milieu urbain. Pour un urbanisme de qualité, les projets de tramway qui concernent la plupart des grandes villes en Algérie, considèrent la nature des enjeux environnementaux et l’impact social induits par de tels projets.

En conclusion à cette deuxième rencontre sur l’aménagement urbain et le développement durable, nombreux sont les questionnements qui ont occasionné des débats pour davantage comprendre et éclairer la décision dans la démarche de planification et de projection dans le futur de la ville. Placée au centre de ces questionnements, la ville reste un sujet commun de réflexion pour mieux organiser le dialogue entre les différentes visions au bénéfice des développements urbain et humain.