Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Introduction

S’il est encore hasardeux d’affirmer ne serait ce qu’en termes d’hypothèse que les idéologies sont des forces capables de détruire les mures ou de les édifier, il est  par contre clair que ce sont les nationalismes latents ou structurés qui sont en mesure de construire à leurs guises les murailles, les digues en les dotant de dogmes et de paradigmes qui exalteraient alors les œuvres des héros bâtisseurs, en leurs consacrants des hymnes toujours chantés à tue-tête comme pour crucifier sur les bûchés des châtiments extrêmes, les ennemis et les traîtres. Les nationalismes c’est en quelque sorte les matrices où germèrent les tempêtes qui ont mis sur orbite des nations devenues conquérantes et qui d’un autre côté plongé des nations dans les effondrements qui les ont rendues perdantes pour finir parfois perdues dans les jeux des géopolitiques des puissances.

En effet, la chute du mur de Berlin et l’effondrement du système idéologique et politique dit « soviétique » que l’Occident triomphant, n’a pas encore fini de payer les factures, à fait dire aux analystes américains, que cet effondrement engendrerait « le retour des tribus » insinuation à peine voilée aux nationalismes des pays du bloc effondré[1].

Et le concept de la « fin de l’histoire » n’est t-il pas en réalité qu’une esquisse idéologique qui auraient tenté vainement de faire table rase des idéologies qui ont fait les nations[2] et leurs états, qui ont généreusement aussi imaginé par des luttes diverses d’autres formes d’organisations politiques et économiques de ces nations.

Les nationalismes n’ont pas fait que dans les délires idéologiques, ni uniquement dans les excès combatifs, ils recréèrent aux seins des différentes identités traditionnelles ou émergentes, de nouvelles soudures identitaires et ont fait émerger sur la scène de l’histoire totalement occupée par l’occidentalité conquérante, d’autres nations qu’on croyait définitivement éteintes[3]. Et les ingrédients qui fortifièrent les nationalismes ne se réduisent nullement à leurs substrats idéologiques. C’est presque dirai-je, une culture écologique qui se nourrit particulièrement des flux symbolique propre à la structure de chaque imaginaire.

Dans une superbe image poétique, le défunt pète palestinien Mohmoud Derwiche disait avec panache et comme pour tirer sa révérence « Nous sommes nationalistes comme nos oliviers »[4]. C’est presque une tentative percutante de se défaire des indigences d’un nationalisme politique presque circonstancié et incapable de contenir les surcharges symboliques d’une identité palestinienne pétrifiée par le sang et les sens d’une terre devenue mémoire centrale pour des programmes identitaires complexes.

Si comme s’il s’inspirait du romancier Mouloud Mammeri, qui dans « La colline oubliée » mettait en exergue ce lien viscéral et ancestral entre  l’olivier et l’identité de l’algérien usurpée. Poussant plus loin l’image, Kateb Yacine, exhume les ancêtres, qu’il voyait revenir redoublant de férocité. Du côté de Dib et dans son « Incendie » légendaire, le nationalisme est l’expression d’une certaine maturité du politiquement organisé certes, mais qui ne peut se mouvoir que par l’exaltation de tout ce que la sagesse des terroirs a produits comme repères et façonné comme références.

Pour Dib plongé dans les profondeurs des racines des peuples, cette maturité reste trempée dans l’humus des profondeurs paysannes et de l’histoire de cette terre certes usurpée, mais toujours nourricières des mémoires. Pour lui tel un grand espace de recueillement, elle est souvent visité et même des fois auréolée, par la présence de l’ombre de l’émir et de ceux qui auraient semé par le sacrifice et irrigué par le sang le champ d’une patrie et d’une terre programmées pour une conquête dépassant dans sa forme et dans ses objectifs toutes les formes historiques des colonialismes qu’ils soient anciens ou modernes.

Mais alors que dire des autres formes d’expressions qui ont galvaudé les guerriers de toutes les résistances algériennes et nourrit les mémoires communautaires de pleins de faits que les héros anonymes ont réalisés. La flamme d’un Mohammed Belkheir pour le combat  n’a d’égale que son amour pour Kheira. Il semblerait que les littératures et  les imaginaires des humbles ont parallèlement aux actes et aux idées conservés dans les archives officiels des acteurs, tissé la toile porteuse des significations subjectives d’un nationalisme, ici algérien et ailleurs palestinien, échappant tel un spectre insaisissable aux analyses des professionnels de l’histoire. Ainsi, les vérités et les thèses sur le nationalisme ne peuvent se réduire à une construction discursive prêchant un académisme parfois biaisé par des paradigmes douteux et des « visions » préalablement tranchées sur l’Autre. 

Toutes les formes des nationalismes répondent soit à des défis imposés par des puissances conquérantes, soit par  les enjeux des ordres internes à construire ou des identités à affirmer.

Nonobstant les nationalismes modernes ou anciens ont alimentés des registres de pensées ayant profondément marqué toutes les disciplines sociales et humaines et inspiré toutes les entreprises politiques celles d’aujourd’hui et forcement celle de demain.

La pérennité de la norme nationaliste s’explique par la structure du phénomène. Il puise sans jamais s’épuiser dans tous les équipements anthropologiques des groupes et des communautés humaines tant ceux en action d’affirmation de soi que ceux en état d’hibernation politiques ou identitaire.

Même circonscrit comme une réaction à une situation de colonialité, le nationalisme algérien particulièrement, tel analysé par les sociologues et les historiens, est plutôt considéré comme mouvement et assez peu comme phénomène historique intrinsèque à des mutations qui dans beaucoup de ses aspects reste un produit ou un  réactif face aux  aléas de la colonialité.

Et de son côté, la colonialité elle-même est souvent présentée comme une fatalité de l’histoire et parfois comme un simple incident majeure entre une nation historique et des peuplades à civiliser. Si l’histoire elle-même en prend un coup, toutes les grilles de lectures des phénomènes induits par l’état de la colonialité sont entachées de préjugés qui nuisent à la crédibilité des discours et à la pertinence des analyses.

La pensée occidentale a énormément spéculé sur le concept de nationalisme[5]. Tantôt c’est une idéologie exacerbant des velléités ethnoculturelles, tantôt une norme agressant l’universelle et l’humanisme. Si elle est bien analysée quand il s’agit de sa matrice occidentale, les autres formes de nationalismes sont réduites à leur modèle dit libérateur car il n’aurait pas engendré d’état nation identique au modèle européen d’autant que les territoires des états nationaux sont fondés sur les partages coloniaux et non sur des territorialités ethnoculturelles. Les autres secteurs de l’imagination particulièrement l’imagination littéraire ont quant à elles construits les contours des «  nationalismes écrasés » et porté au plus haut les grandeurs des identités auxquelles ils s’affilent.

Les intérêts et les valeurs de ceux qui étudient le nationalisme ou même ceux qui l’investissent et l'utilisent, sont à leurs insu, objet d’étude privilégié sur le nationalisme. Contrairement aux exigences d'une vision idéaliste de la science, l'étude du nationalisme éprouve souvent des difficultés à se départir des partis pris idéologiques, philosophiques et partisans. De plus, les conceptions opposées indiquent l'énorme complexité d'un terme pourtant simple, derrière lequel semblent se cacher des réalités parfois extrêmement différentes.

Les approches consacrées au fait nationaliste sont souvent conditionnées par un ensemble de critères méthodologiques et idéologiques qui finissent par tisser des grilles de lectures répondant aux conjonctures et aux enjeux qui marquent les processus évolutifs des nationalismes tant sur le plan des argumentaires théoriques quant il y en a, que sur le plan politique quand un groupe ou un mouvement tente d’asseoir son pouvoir et triompher de ses adversaires.

Nous sommes en face d’une véritable « archéologie du savoir » dont les discours, les sens et les pratiques constituent un véritable patrimoine traversé par des continuités et des ruptures d’une fécondité telle que les préjugées de toute l’anthropologie coloniale » se trouve balayés et puériles.

Le nationalisme comme phénomène ne s’analyse que comme élément d’une structure dont les éléments se composent et se décompose au gré des conjointures et des enjeux. D’un état de maturation qui renvoie à ses racines et origines, à l’apogée qui signifierait réalisations victorieuses, le nationalisme peut sombrer dans les faillites ou se pervertir dans les formes d’actions politiques les plus inattendues et les plus surprenantes.

Les nationalismes modernes[6] tels qu’ils se sont constitués dans les matrices sociologiques des nations obéissent-ils  aux mêmes logiques ? Sont-ils porteurs des mêmes idéaux ? Relèvent-ils d’une idéologie précise et renvoient-ils à une culture particulière ?

Le nationalisme au-delà de ses variantes et de ses variables est un phénomène fondé sur une dynamique spatiale et sur une flexibilité territoriale porté souvent soit par un projet politique soit par une assabia organique structurée selon des modèles variables et anthropologiquement intériorisés par des groupes ou des communautés engagées ou incorporées.

L’idée du nationalisme reste un capital que chaque génération peut investir soit en se ressourçant à chaque fois dans les matrices jiahdiennes ou ethnique, soit et pour des raisons culturelles, elle puise dans des références et des modèles qui lui conviennent pour asseoir sont projet et piloter les groupes impliqués dans l’entreprise nationale afin de réaliser des objectifs précis. Ainsi et au-delà des questions d’idéologie et de références, les nationalismes toutes tendances confondues, recourent à des moyens et des méthodes qui conviennent à son projet et réconfortent son idéologie et assoit les assises d’une prise de pouvoir futur ou immédiate.

Le nationalisme devint alors pour la recherche théorique un concept porteur de toutes les nuances et parfois un catalyseur des grandes mutations sociologiques que les différents acteurs tentent par des moyens différents d’apporter à l’édifice de la construction d’un « monde social » défini.

Le concept comme expression cognitif de la connaissance anticipe-il alors sur les réalités historiques et leurs manifestations en phénomène structurant les pratiques sociales, ou ne fait t-il en fin de compte que les construire en terme traduisant leur lisibilité et leur pertinence ?

Cette question d’envergure épistémologique nous éclaire en fait sur la généalogie des sens construits par la pensée sociale d’un côte et nous édifie surtout sur les substrats anthropologiques de la connaissance que l’eurocentrisme a non seulement ignoré comme registre référentiel dans ses études dites comparées, mais a consciemment exclu des communautés humaines entières des critères d’éligibilité à la civilisation.

Ainsi va-il du concept de «  nationalisme » qui comme d’autres se trouve conceptualisé comme « un produit » exclusivement européen provenant des machines institutionnelles des sociétés complexes seules en mesure d’engendrer les dynamiques d’étatisation, et provoquer les ruptures fécondes et les modèles pertinents.  

Ainsi les défis lancés par les acteurs d’un nationalisme ou d’un autres dépendent enfin de compte non seulement des idéaux qu’ils cultivent et des attentent qu’ils nourrissent, mais dépendent tant dans leurs contenus idéologiques que de leurs moyens d’actions des conjonctures qui tracent les distances entre le discours et les pouvoirs toute sorte de pouvoir.

Nationalisme et autorité, nationalisme et pouvoir : tous les nationalismes historiques et de toutes  idéologies confondues ne peuvent se séparer d’une certaine idée de l’autorité et d’une certaine forme de pratique de pouvoir. Le pouvoir de la Akhouwa (la fraternité) à celui de la camaraderie militante, en passant par la citoyenneté agissante, les nationalismes structurent profondément les ordres sociaux, forgent les mentalités et fructifient les normes de la discipline et de la hiérarchie.

Les nationalismes n’évoluent comme ordres et comme idéologie qu’en manifestant une présence active et passionnée dans l’arène des clivages et des affrontements, ils se ressourcent en se manifestant comme rempart réel ou virtuel contre les menaces et les dangers qui pourraient mettre en périls, les intérêts communs d’une communauté humaine. Ainsi du nationalisme pétrolier[7] au nationalisme économique[8].

C’est une synthèse  des idées et des thèses qui ont constitué des approché et tissé des grilles de lecture des nationalismes européens toujours soumis au renouvellement méthodologique de ses lectures et au suivi idéologiques de ses manifestations les plus récentes. L’intérêt majeur ici dans ce bilan consiste pour notre approche à découvrir les logiques sociologiques et institutionnelles qui ont couvé et engendré ces nationalisme européens et faire alors une comparaison avec les logiques qui ont couvé le nationalisme algérien comme cas d’espèce dans un espace programmé à changer de géopolitique définitivement. 

A la différence des nationalismes européens, dont les discours, les actions et les organisations sont structurés autour de référents séculiers, temporels mais jamais totalement coupés des sphères des différentes formes du sacré, les nationalismes dans le monde arabo-musulman sont l’expression d’un dosage idéologique complexe que la culture a bien avant la politique a pétrifié et raffiné dans des filtres qui lui sont propres. Si la diversité des paradigmes ici exposés nuance par idéologies opposées les segments des nationalismes arabo-musulmans, les itinéraires des militants, la flexibilité des alliances et les mutations imposées par les différentes conjonctures nous renseignent un tant soit peu sur des dynamiques nationalistes et des entreprises militantes ou jihadiennes que ni les textes programmatiques ni encore le compartimentage idéologique ne représentent fidèlement.

Ainsi, le nationalisme arabe dit nassérien et qui galvaudé les masses arabes avec sa révolution, est né des entrailles des frères musulmans d’Égypte. Le nationalisme palestinien est l’expression d’un montage idéologique ou se recoupent la kawmia, la watania, l’islamité et le marxisme.

Les nationalismes maghrébins ont couvé des générations militantes  et provoqué au départ une stratégie unitaire et unificatrice pour imposer une libération intégrale du Maghreb en entier. Ils ont tout de même élaboré une vision unitaire de conjoncture qui fait libérer les uns et propulser la libération de l’autre. Cet autre qui est l’Algérie à fini par faire du nationalisme libérateur un modèle d’état de politique et de pouvoir.

Première partie : Les nationalismes : doctrines et sémiologies des sens

Le  nationalisme, courant politique et idéologique  qui, à des périodes différentes et différenciées, a marqué toutes les sociétés en état d’émergence et de refondation identitaire impliquée consciemment ou à leur corps défendant dans des enjeux  géopolitiques déterminants. Ayant fortement imprègne les idées politique en Occident[9], il devint alors un paradigme ethnocentrique du 19 siècle car, il faut le souligner, les sociétés européennes figées longtemps dans carcans structurels piégées par une « barbarité » mentale conjuguée à une féodalité religieuse, elles ont réalisé une mue civilisationnelle qui est passée par l’émergence de la nation et son état.

 Elles se sont dégagées  plus souplement pour s’engager dans une refondation sociétale qui animée par une pensée philosophique annonciatrice d’une modernité qui a fait l’individu et engendré la nation et l état comme un Idéal et un ordre de puissance.

Elles fondèrent alors les différentes architectures de l’état-nation européen et amorcèrent de profondes mutations institutionnelles qui n’ont pas fait que  dans le démocratisme.  Le concept de droit de l’homme n’est en réalité que l’expression des dérives et des perversions des nationalismes agressifs, ethnique et ségrégationnistes en Europe[10].

L’état-nation européen, aujourd’hui en décomposition n’était pas uniquement l’outil d’un pouvoir centralisateur, fort, mais le bras le plus puissant du pillage du monde comme objectif principal de l’expansion de l’occident. La colonialité est en effet l’expression la plus pertinente qui tente aujourd’hui avec le nouveau nationalisme américain, de rafler ce qui reste de la compagne européenne des siècles écoulées.

Un nationalisme quel qu’il soit ne fonde jamais une identité, mais c’est une identité, baignant dans un certain état structurel et possédant des équipements anthropologiques appropriés pourrait alors en réponse à des défis particulier, construire son nationalisme d’abord pour s’affirmer comme telle ou pour confirmer des tendances de redéploiement géopolitiques.

Les critères[11] structurant les nationalismes et formant globalement leurs matrices culturelles sont certes des catalyseurs de l’Idée du nationalisme, mais celle-ci reste tributaire de la nature et de l’importance de l’Idéal qu’elle porte et des idées qu’elle met en action pour le réaliser. Chaque matrice culturelle et surtout le levain organique qu’elle génère, a dans des contextes historiques « dégénéré » un nationalisme qui répond à une « histoire » spécifique[12]. Mais globalement ces histoires spécifiques pour ainsi dire, ont engendré des familles de nationalismes[13] qui se recoupent dans leurs structures organiques et ne se reconnaissent pas comme tels, car en fait un nationalisme n’a de légitimité et d’identité que s’il chasse ou s’oppose par des moyens divers à un autre qui n’est pas de la même famille.

Ainsi, les savoirs élaborés sur les problématiques des nationalismes modernes et contemporains nous permettent d’inventorier le phénomène comme suit :

Les nationalismes de puissance et d’expansion géopolitique 

C’est globalement les thèses philosophiques et les visions politiques et institutionnelles qui ont tracé par les actes et les stratégies appropriées fondées sur la production et l’usage de la puissance, les théories de la géopolitique modernes. C’est le nationalisme allemand, japonais, britannique et français suivi par le nationalisme américain. Le noyau dur de ce nationalisme était et reste l’institution de l’état nation.

Les nationalismes libérateurs[14]

Appartenant souvent à des matrices culturelles différentes, recourant à des concepts spécifiques, les nationalismes libérateurs ont crée une situation de libération mondiale inédite et qui a bouleversé en fait l’échiquier de la géopolitique réalisé par le nationalisme de puissance. Les valeurs de ces courants libérateurs ont provoqué un séisme existentiel dans les consciences des peuples du monde et surtout au sein des élites des sociétés colonisatrices telles la France et l’Angleterre. Fondés sur les principes intangibles de la liberté, de l’indépendance et de l’autodétermination, ces courants ont provoqué des repositionnements géopolitiques entre les puissances idéologiques de l’Occident.

Les nationalismes identitaires 

Ils sont l’expression organisée d’une résurgence identitaire animée par un esprit de retour fracassant sur la scène de l’histoire[15]. Ils puisent alors dans toutes les profondeurs des mémoires en réinstaurant les mythes et en recomposant les tissus des identités perdues. Alors, on use et on abuse de toute trace et élève au niveau du sacré tout fragment sensé prouvé une existence, signalé un passage, confirmé un dire, interprété un document et faire parler un signe. L’histoire et surtout les mythes, les religions et surtout leur idéologie, les langues et surtout leur expression symbolique, fondent les références des discours lignifiant et poussent aux  actions d’envergure pour valider les idées et reconstruire par les mythes des groupes sociaux réels.

La pensée occidentale a énormément spéculé sur le concept de nationalisme. Tantôt c’est une idéologie exacerbant des velléités ethnoculturelles, tantôt une norme agressant l’universelle et l’humanisme. Si elle est bien analysée quand il s’agit de sa matrice occidentale[16] les autres formes de nationalismes sont réduites à leur modèle dit libérateur car il n’aurait pas engendré d’état nation identique au modèle européen d’autant que les territoires des états nationaux sont fondés sur les partages coloniaux et non sur des territorialités ethnoculturelles.

Ainsi les défis lancés par les acteurs d’un nationalisme ou d’un autres dépendent enfin de compte non seulement des idéaux qu’ils cultivent et des attentent qu’ils nourrissent, mais dépendent tant dans leurs contenus idéologiques que de leurs moyens d’actions des conjonctures qui tracent les distances entre le discours et les pouvoirs toute sorte de pouvoir.

Nationalisme et autorité, nationalisme et pouvoir : tous les nationalismes historiques et de toutes  idéologies confondues ne peuvent se séparer d’une certaine idée de l’autorité et d’une certaine forme de pratique de pouvoir. Le pouvoir de la Akhouwa (la fraternité) à celui de la camaraderie militante, en passant par la citoyenneté agissante, les nationalismes structurent profondément les ordres sociaux, forgent les mentalités et fructifient les normes de la discipline et de la hiérarchie.

Les nationalismes n’évoluent comme ordres et comme idéologie qu’en manifestant une présence active et passionnée dans l’arène des clivages et des affrontements, ils se ressourcent en se manifestant comme rempart réel ou virtuel contre les menaces et les dangers qui pourraient mettre en péril, les intérêts communs d’une communauté humaine. Ainsi du nationalisme pétrolier[17] au nationalisme économique[18].

C’est une synthèse des idées et des thèses qui ont constitué des approché et tissé des grilles de lecture des nationalismes européens, toujours soumis au renouvellement méthodologique de ses lectures et au suivi idéologiques de ses manifestations les plus récentes. L’intérêt majeur dans ce bilan consiste pour notre approche à découvrir les logiques sociologiques et institutionnelles qui ont couvé et engendré ces nationalisme européens et faire alors une comparaison avec les logiques qui ont couvé le nationalisme algérien comme cas d’espèce dans un espace programmé à changer de géopolitique définitivement

Nationalisme refondateur nationalisme organique nationalisme libérateur, nationalisme identitaire, nationalisme sectaire, nationalisme ségrégationniste, nationalisme usurpateur nationalisme réfractaire, nationalisme sectaire… La frontière entre nationalisme ethnique et nationalisme civique, nationalisme démocratique voilà les sauces idéologiques et porteuses de tous les goûts qui parfois les dégoûts qui ont marqué les cuisines des nationalismes anciens et contemporains.

Les nationalismes de l’humanité ainsi exposés avec les concepts et les idéologies qui les animent ressemblent à une sorte de fresque multicolore ou chacun trouve matière pour affirmer une vérité ou ‘affirmer comme identité. C’est en quelque sorte les espaces ou se confondent les amalgames et se construisent les mythes.[19].

Le nationalisme algérien est aussi l’aboutissement parfois inachevé d’idéaux pas toujours clairement exprimé. C’est les lieux des repérages des mémoires  de générations successives qui chacune à sa manière a tenté par des moyens et des méthodes divers de s’affirmer comme telles.

Deuxième partie : Maghreb : des nébuleuses nationales aux nationalismes des territoires

Le Maghreb politique : des tendances unionistes à la logique de la fragmentation

L'émergence des Moulks Assabiens fondés sur le principe de la ghalaba et le sultanat héréditaire, est une alternative comme on vient de le démontrer aux modèles doctrinaux et unionistes. Cette alternative représente pour notre philosophe Malek Bennabi un point de repère et une rupture majeure dans l'histoire politique et culturelle du Maghreb. L'homme post-mouahidine est une expression bien significative qui marque presque un passage que j'ose qualifier ici d'anthropologique. Le fondement de l'islamité maghrébine, celle qui fait sa grandeur, a cédé la place à l'esprit politique assabien qui va provoquer sa régression. La logique de la confrontation entre les fronts traditionnels de la confrontation, celle que délimitait pour les croyants le concept de Dar al harb[20] et Dar al islam, ont cédé la place à une nouvelle logique de confrontations dont les objectifs étaient liés aux constructions des moulks asabiens et ethniques.

L'esprit guerrier animé par une ghalaba peut glorieuse a réduit la symbolique politique que l'islam a prodigué aux tenants des ordres de pouvoir. Cette désymbolisation politique, cachée ou justifiée par les foukaha des sultans et entretenue même par un certain fikh sultanien qui a fait école et qui a causé bien des dégâts dans la formation et les fonctions de l'élite maghrébine, a provoqué des foudres dans l'esprit d'un cheikh mauritanien qui a vue dans la colonisation de l'espace maghrébin une chose bien bénéfique car ses habitants sont retournés à leur insu à l’âge jahilien !

Si Marrakech, le Maroc actuel s'est installé dans la logique des alternances des mulk assabiens par la succession, Mérinides, Wattasside, saadiens puis alaouite, le Maghreb Al awssat, L'Algérie, et la Tunisie ont intégré à leur corps défendant l'espace de la symbolique khilafienne que les ottomans ont entretenue avec une farouche opposition à la menace de l'Occident chrétien ou se déclarant comme tel. Mais avant cet événement des bouleversements souvent sanglants ont marqué cet espace pour le structurer et le mettre sur la voie de la colonisabilité.

Nous ne pouvons pas évoquer ici le bilan chiffré des différentes expéditions menées par les sultanats assabiens de Marrakech contre l'espace du Maghreb central pris en tenailles par les deux forces Mérinides, puis Saadiennes et alaouites en ce qui concerne le flanc Ouest et les Hafssides qui régnaient  jusqu’,'à Béjaia coté Est. Ce bilan est bien établit par les historiens.

Si ces expéditions militaires qui avaient pour but d'étendre l'espace géopolitique du Maroc actuel, ont fait subir aux populations vivant entre la Milouiya et l'Algérie actuelle les affres de guerres qui n'avaient pas de pareilles, ces volontés hégémoniques des puissances assabiennes ont réinstallé le Maghreb dans des guerres de frontières qui l'ont secoué depuis le temps Mérinide au moins. Ses expéditions ravageuses qui par leur violence ont démantelé les capacités de reproduction matérielle et spirituelle d'une Algérie qu'on appelait d'ailleurs " El wassita ".

Ces guerres qui ressemblaient dans leurs méthodes et leur finalité à celle de Dahis wa al ghabra ou à celle d’el Bassous (guerre célèbres qui marqué les confrontations sanglantes entre tribus arabes avant l’Islam), ont sociologiquement engagé les populations sur la voie de la survie  en leur imposant les lois des déracinements permanents et les misères renouvelables.

 C'est cette logique qui a favorisé de notre point de vue les alliances politiques qui ont facilité d'abord l'implantation économique des puissances occidentales sur les rives maghrébines. Cette tendance a pesé lourdement dans l'occupation de l’Algérie et impulsé les convoitises et animé la volonté des décideurs et des faiseurs de guerre en Europe.

En effet, le sultanat alaouite et particulièrement Moulay Abderrahmen était partagé entre les pressions des tribus marocaines particulièrement les angad et les beni-znassen qui ont au début porté main forte à l'Emir avant de subir les expéditions punitives des makhzens puis celles des français et les engagements préalables du sultan à soutenir l’occupation d’Alger. 

Espace et sacré : influence et autonomisme

L'assèchement des sources des légitimités politiques et la prédominance des logiques de la ghalaba prédatrice a engagé les populations sur la voie de la dégradation sociale et culturelle. La perte de l'Andalousie et le martyr des musulmans ont profondément marqué les esprits et provoqué un repli sinon un désenchantement face l’urbanité. Les cités glorieuses et les foyers des lumières ont été soient saccagées soit  ruralisées. Les élans de la pensée ont changé d’optique pour  se consacrer aux questions rudimentaires et purement formalistes. L’esprit critique est devenu par la force des choses une ineptie manifeste et un exercice dangereux. Les esprits éclairés ont déserté par peur ou par souci d’épanouissement les contrées algériennes laissant place à un charlatanisme vulgaire et à une intellectualité douteuse et souvent peu scrupuleuse. L’exil d’El Wancharissi et son fils qui est un monument inégalable dans la Malékisme maghrébin et auteur du prestigieux Miar (la norme), le départ par dépit d’Abi Ras Annassiri, enterré à Mascara, ville et qui était le témoin de son temps.

A côté des intellectuels sultaniens, s'est formée une élite bien particulière. Elle s'est inscrite par la pensée et la pratique dans la tradition d'un soufisme devenue même massifié et popularisé et une source spirituelle intarissable pour les âmes fatiguées ou se préparant à un rebondissement jihadien imprévisible. Des chaînes et des relais ont entrepris les enseignements des maîtres du soufisme et particulièrement ceux qui ont fait du jihad et du martyrs leur credo, tels Abou al hassan Chadili dont les préceptes vont provoquer un mouvement d'adhésion impressionnant particulièrement dans tout l'ouest algérien et une bonne partie du Maroc oriental pour engendrer en fin de compte une floraison et un foisonnement d'ordres soufis. Ces ordres de part la norme qu'ils cultivent et la symbolique qu'ils montraient et la pédagogie qu'ils développaient vont étendre une influence significative sur les espaces et les hommes.

La formation de ces espaces a crée des liens et des alliances locales et engendré des seigneuries et des aristocraties d'épées qu'il était devenu très difficile de fédérer facilement. L'espace tioutien (Ain safra El Biod...) ; l'espace rachidien (Mascara), l'espace touatien (Adrar) ont constitué pour l'Oranie une situation anthropologique et politique particulière qui a consolidé les ruptures et handicapé le soulèvement généralisé des populations et affaibli la dynamique de mobilisation et d'organisation entreprises par l'Emir et ses hommes. L’enchevêtrement des espaces confrériques et autonomistes s’est fait au détriment du développement urbain en Algérie ou le processus a été étouffé suite aux guerres les voisins et conflits qui ont ruiné les populations et démantelé les liens de sociabilité.

La désurbanisation chronique[21] a réduit les espaces de la production de la politique et du savoir. L’hémorragie qui atteint l’élite algérienne en dépit de la grande teneur intellectuelle de ses ulémas est révélatrice de la dégradation de l’état de la cité. L’émir a tout fait pour créer un centre de rayonnement et un espace d’organisation de l’autorité et de l’activité communautaire qui serait la matrice de la souveraineté nationale et de la négociation politique. Les stratèges de la colonisation étaient sur ce sujet intraitable au point où ils lui ont imposé d’opter pour une capitale itinérante.

Les Moulks et les tribus : de la perversion et de la déraison en politique

les turbulences politiques internes que nous avons évoquées et les violences qui ont démantelé les liens communautaires et déraciné les populations de leurs espaces ont catégoriquement avec les pratiques mafieuses du système Beylical particulièrement à la fin de son règne, rompu la représentation du contrat politique en Algérie pour engager les ordres organisés telles les confréries et les unités assabiennes , tribales ou ethniques vers la logique de l'indépendantisme et la défection vis à vis de l'ordre politique et communautaire. Cette nouvelle tendance a crée une situation de fragmentation et d'éclatement à tel  point que les corps sociaux en Algérie et au Maghreb ne voyaient leur salut que dans les renfermements ou la soumission aux exigences des forces organisées qui sont arrivées avec la connivence des hommes du système beylical qui à la fin de son règne, n'avait presque rien d'ottomanien, à monopoliser la vie économique .La Fetwa des oulémas de Tlemcen "السيف الممدود في عنق من تعامل مع النصارى و اليهود"  est éloquente. Quant à la domination économique des juifs sur l'économie elle a été telle que les hommes du système beylical trop impliqués dans le négoce ne pouvaient désappointer les commerçants juifs ou refuser leurs exigences. Ahmed Chérif Zahar dans ses mémoires raconte comment et pourquoi a été assassiné ce qu'il appelle le patriarche des juifs et le soulèvement des musulmans en 1804. Il raconte l'événement en ces termes :

Et les faits saillants qui ont marqué la décomposition avancée de ce système est sans conteste, le soulèvement des Derkawa et des Tijinia. Le chérif derkawi qui se présentait comme étant l'Homme de l'Heure est parti de l'ouest oranais et avait parmi ses troupes des adeptes marocains et algériens. Il a triomphé du Bey d'Oran. Et sans les ruses et la corruption des hommes du système beylical la fin de l'autorité ottomane aurait été consommée.

Le deuxième mouvement d'envergure qui tentait de mettre fin au système Beylical a été entrepris par un homme de poids et d'autorité considérable. Il s'agit du Cheikh de la confrérie Tijinia qui aurait coordonné une action avec la kadaria que dirigeait alors cheikh Mahieddine père du l’émir ; pour mettre fin au régime ottoman en Algérie. L’échec de l’opération a envenimé les relations entre les deux confréries qui tentaient chacune de son côté d’entreprendre une opération de « libération » qui délivrerait alors les algériens du diktat ottoman. Ce conflit latent qui minait alors les relations kadéro-tijinienne a perturbé et affaibli la marche et la démarche de l’émir. Et le siège d’Ain Madhi n’est qu’une péripétie malheureuse de ce différent. 

Et si ces mouvements de contestation étaient porteurs signes précurseurs d'une fin de règne, l'alternative en perspective butait contre la fragmentation de l'espace algérien puis maghrébin ensuite. Cette perspective  était aussi fragilisée par la fragmentation spirituelle et tendances clientélistes de quelques ordres soufis qui ont commencé à rompre dans la pratique avec l'esprit et les commandements des maîtres.

Les différences des gestuelles et des discours rituels ont couronné la crise maraboutique clairement exprimée et analysé par Jacques Berque.

L’Emir Abdelkader[22] entre archaïsme structurel et nationalisme ouvert

L'ordre émirien, son jihad et sa pensée ne renvoyaient nullement à une situation de conjoncture ou  uniquement à un conflit purement politico-militaire avec une puissance occupante, mais à une situation tellement complexe qu'elle faisait intervenir toutes les forces qui participaient en cette période à la construction du monde et faisaient infléchir les sens des tendances de la domination.

L'Emir avait compris les enjeux de son temps et avait déduit et cela est lisible tant dans son action que dans a pensée, que l'Algérie n'était en fait qu'un maillant certes important, dans la géoculture et la géopolitique du 19' siècle. Alors autant l'action militaire de l'Emir était circonscrite pour des raisons stratégiques et tactiques dans l'espace algérien, autant son esprit, sa pensée, et sa vision essaient de contenir les différentes variables géostratégiques et politiques qui concernaient la refondation de l’occident et la place de l’espace arabo-musulman dans cette refondation.

C'est cette conception non historienne qui nous permet de parler, non de la résistance, ni encore du jihad , concept sur lequel je vais revenir, mais de proposer le concept d'oeuvre émirienne, comme réalisation historique qui fait référence car constituait une rupture majeure dans la gestion du rapport avec l’occident ; rupture par rapport au Fikh (le courant d’un Fikh négationnistes frileux et archaïque) et aussi par rapport à la tendance collaborationniste, défaitiste des dynasties musulmanes et  le capitulationnisme annoncé de certaine élite fataliste. 

De ce fait la position de l'émir, qui a tenté par  tous les moyens de ne pas ouvrir un autre front, était déjà affaiblie régionalement par les tendances historiques à l'expansion de nos voisins de l'Ouest. C'est ce qui explique les tergiversations des autorités marocaines et leur incapacité en dépit de l'admiration qu'avait Moulay Abderrahmane pour l'Emir  à ajourner les conflits latents. Les sympathies exprimées envers l'Emir par les Chorfas idrissides de Fès ont encore compliqué la situation et envenimé les rapports entre l'Emir et le sultanat marocain en but elle aussi à des contestations internes. Les enjeux de puissances entre le chérifisme idrisside auquel se rattache l’émir généalogiquement  et spirituellement et le chérifisme alaouite étaient-ils derrière l’incompatibilité des intérêts ou alors la symbolique chérifienne que l’Emir a intégré dans le texte de son baià sans l’investir dans son discours politique n’était pas un enjeu majeur face aux exigences de la politique ?

Par crainte ou suspicion le sultan Abderrahmane a décimé la tribu des Beni Amer venue après  son accord s'installer au Maroc suite au désaccord qu'elle a eu avec l'Emir. La défection des Beni amer était d'ailleurs un coup dur pour l'Emir car cette tribu dont l'histoire se confond avec celui du Maghreb depuis les Zianides était un atout militaire majeur pour l'Emir et pour les rapports de force sur le terrain. Le destin  tragique de cette tribu constitue à lui seul un sujet d'histoire par lequel s'expliquent les tendances réelles d'un Maghreb éclaté.

Mais aujourd’hui et avec l’ouverture du chantier de recherche sur l’œuvre de l’Emir, et nonobstant l’instrumentalisation dont il est l’objet par les différents acteurs politiques, on peut sans risque d’erreur affirmer que tant la pensée de l’émir que son action constituent l’architecture d’un système politique algérien à double ouverture : L’une sur la tradition politique islamique[23] et l’autre sur la performance de l’ordre politique et scientifique européen. Les limites de son entreprise sont dues non pas à la puissance destructrice de l’armée française dont tous les généraux étaient mobilisés contre lui, mais c’est surtout à cause l’impuissance des mentalités assabiennes à générer un nationalisme de grandeur et d’envergure.

Le Maghreb fragmentation assabienne et nationalismes : De la daawa[24] de la assabia à la assabia de la dawla[25]

La daawa, la dawwla et la assabia, trois paradigmes qui ont structurés et à bien des égards structurent encore  dans une certaine mesure, le champ politique maghrébin. La combinaison structurelle de ses paradigmes ignorés par les sciences sociales et humaines maghrébines au profit d’un sociologisme français qui n’a pas fait lumières, a construits ou déconstruit les profils des Moulks et recomposé les alliances et les stratégies les plus insoupçonnées. C’est dans les matrices de ces paradigmes que les initiateurs des ordres et les annonceurs des saluts toujours incertains ont cultivé, par différentes formes d’argumentaires, les autres paradigmes liés dans leurs sens et leurs idéologies au champ politique. Il s’agit comme annoncé de la oumma, de la koumia et la watania.

Bien avant l’élaboration des paradigmes des ces nationalismes le Maghreb n’était pas exclusivement soumis au règne et au dictat maraboutique comme le laisse croire les historiens des idées au Maghreb. C’est depuis des siècles qu’il était traversé par des mouvements de pensées qui tentaient chacun selon ses référents de lui donner une configuration politique et idéologique particulière.

Ainsi une sorte de valses de mouvements alternés ont marqué l’histoire générale du Maghreb. Ceux venant de l’Est ont été d’abord spirituels à l’image des fatimides pour se couronner d’un mouvement écologique à bien de égards ravageur de l’esprit des urbanités. Celles venant de l’Ouest ont été ont conjugué une assabia ethnique à une sorte de dawwa réformatrice travaillant sur le registre des spiritualités ruralo-bedouine[26]

Ces logiques et tout en s’appuyant sur des logiques tribalo-assabiennes ont tout de même, élevé leur projet politique au statut d’une centralité politique panmaghrébine ne laissant aux velléités réfractaires qu’une  marge de manœuvre assez réduite. Ces logiques intégrationnistes souvent alimentées par un intégrisme idéologique bien mis en fanfares par les tolbas et les fakihes[27] ont recomposé les logiques des alliances[28] et préservé la tradition des ribatates comme postes avancés contre la chrétienneté occidentale. Ces deux dynasties idéologiques ont profondément restructuré d’abord le rapport à l’espace et aux territoires, puis aussi les logiques d’appartenances et d’alliances que la spiritualité fatimide à échoué d’organiser et de contenir[29].

« La souveraineté religieuse » comme parade à la faillite du politique au Maghreb 

Le slogan «  la ghaliba ila allah »[30] sonne comme un aveu de désespoir qui traduit une impuissance structurelle du Mulk dans l’Occident musulman qui sans se rendre compte était en phase de payer chèrement l’inconséquence de la pensée stérile de ce qu’on appelait assada al malikia[31] et  l’échec de la stratégie Al Mouahed en Andalousie[32].

Si les dynasties marocaines ont fini par trouver un modus vivendi avec les puissances occidentales envahissantes, portugaises et espagnoles  particulièrement, le Maghreb central quant à lui, se fraya un chemin particulier. Le jihad a bien trouvé ses acteurs, ses méthodes et les enjeux d’une extrêmes complexité et d’une gravité  sans précédant se sont imposé à une élite algérienne pris entre les tirs croisés soit des dynasties despotiques, soit du despotisme idéologiques de certaine idées religieuse. L’expansion agressive et violente de l’Occident a fait le reste. Les enjeux des siècles et les logiques de la fragmentation évoquées ont cristallisé une vision construite autour d’une certaine pensée et exigeant une certaine action. Et si l’idée de patrie et territoire était resté figée durant longtemps dans le fragmentaire, l’idée de la souveraineté religieuse ou la souveraineté du religieux était enracinée dans l’imaginaire politique algérien. Et c’est cette idée de la souveraineté religieuse viscéralement liée à l’idée de Dar Al islam et de Dar Al daawa[33], qui a justifié aux yeux des croyants la perte des territoires. Ainsi et de toutes les négociations de soumission ou de services, les notabilités actives, tribales ou confrériques n’avaient de souci que de défendre le droit du culte et le respect des usages traditionnelles de la religion et des rites. Conserver sa foi et brader son pays était le paradoxe qui a longtemps torturé les consciences et alimenté les soulèvements les plus violents.

Troisième partie : Le nationalisme algérien : les sources et les ressources

Du nationalisme en Algérie au nationalisme algérien 

Le nationalisme[34] est de par sa nature organique  un facteur de changements politiques  qui s’est accentué durant la seconde moitié du XIXe siècle et s’est confirmé par l’action des organisations diverses.  Les Nations ont par des méthodes et des entreprises diverses affirmé leur identité propre et imposé leur puissance et leur statures toujours au dépend ‘autres nations assujetties à une géopolitique d’exclusion et de pillage conjugués à des guerres et des génocides.

Le nationalisme est toujours une dynamique de conjoncture[35] dont les contours sont tracés par une certaine représentation de la territorialité, conjuguée avec des argumentaires multiples à une certaine idée de l’identité prise dans les jeux ou les stratégies soit de la domination soit de l’adversité menaçante. Le nationalisme à travers tous les prismes de ses manifestations politiques idéologiques ou identitaires envoie d’une manière ou d’une autre à un état de l’ordre social ou à l’ordre d’un « état social »[36]comme il souligné par exemple dans la déclaration du premier novembre.

Tout nationalisme est une manifestation organisée et verbalisée fondée sur une certaine idée de la violence ciblant toujours le potentiel adverse et cultivant pratiquement les idées et les images diabolisant l’adversaire et glorifiant les sacrifices des siens. Puisant dans une symbolique ratissant large dans le sacré et dans les réalisations des ancêtres, le nationalisme est une entreprise qui se sanctuarise en cultivant aussi dans l’irrationnel comme flux de ressourcement.

Dans les profondeurs de l’imaginaire politique algérien se dessinent à chaque état de son évolution, les contours d’une mémoire à plusieurs facettes. Tantôt c’est le fond de la foi qui émerge, tantôt c’est le lignage et les appartenances ethniques qui font irruption pour chauffer les subjectivités culturellement préparées à se lancer dans des entreprises guerrières souvent inattendues. C’est un humus de sens qui éclaire à chaque fois, une génération ou une catégorie d’intellectuelle qui se transmettra alors des messages qui feront renaître les idées d’appartenance et qui engageront et à chaque fois des générations entières sur la voie de la reconfirmation identitaire. Ces idée ne sont pas souvent formalisées et intellectuellement intériorisées[37].

1. Aux racines du nationalisme algérien

« Aux origines du nationalisme algérien », Les sources du nationalisme algérien », la montée du nationalisme algérien », « naissance du nationalisme algérien », « le père du nationalisme algérien » sont autant d’approches problématisant ainsi une généalogie du phénomène en tant que tel et aussi et par ricochet, une quête des sens qui semble coupé ou perdue dans les méandres des mémoires parfois insaisissables. Cette quête des origines est en elle-même une problématique qui renseigne sur les limites des thèses consacrées au nationalisme algérien

Le concept de nationalisme tel qu’il est forgé dans les matrices de la pensée occidentale et tel qu’il est construit dans les discours universitaires algériens renvoie originellement à une réalité exprimant une relation et une représentation de la territorialité sans illusion aucune ni à l’état ni à la nation. Le wtan est un espace, un territoire d’abord des ancêtres, ceux de la tribu d’abord. Et le watania est l’expression d’un lien viscéral avec le territoire sans obligation d’obédience à une centralité politique.

Dans le cas de la culture politique algérienne El watania est l’expression d’un double clivage. D’abord entre les militants partisans du mouvement nationaliste ouvriers et paysan d’un côté et le nationaliste culturel islahiste appelé communément badissisme[38].

Ces ruptures sont les conséquences d’interventions d’abord de facteurs exogènes.

  • La progression géopolitique de l’Espagne chrétienne sur les côtes méditerranéennes algériennes
  • La montée en puissance du nationalisme expansionniste français et sa jonction avec le capitalisme juif en progression
  • L’alliance géostratégique entre l’Algérie et la puissance de la Khalifa ottomane
  • L’affirmation du modèle occidental comme modèle alternatif dans la géopolitique méditerranéenne
  • L’affaissement définitif de la civilisation de l’Islam
  • Le choc d’occupation, les affrontements et les confrontations continues qui ont engendré tout un nouveau patrimoine jihadien et ont vu naître d’autres traditions de combat qui ont vite dépassé leur cadre politique

A l’ombre de ces ruptures, le nationalisme algérien a pris corps comme entité et comme identité particulière au Maghreb. Cette complexité apparaît très clairement dans la sémantique des discours traitant aujourd’hui sa problématique sous l’angle exclusif de la colonialité.

Mais le nationalisme algérien s’est progressivement constitué autour d’un ensemble de facteurs endogènes qui  ont élaboré la plateforme idéologique qui convenait alors à chaque étape de son histoire. Il est sans conteste que le patrimoine religieux pris dans toute sa diversité conjugué à l’effort jihadien très enraciné dans la tradition algérienne, ont jusqu’au début du vingtième siècle construit les contours d’un nationalisme actif, utopique, peu attiré par les contingences de la centralité politique.

Le nationalisme algérien et ses savoirs

L’état des savoirs sur les processus qui ont marqué la pensée des élites est en lui-même hier comme aujourd’hui, une problématique méthodologique majeure qui partage non seulement les discours, mais légitime d’une certaine manière les argumentaires des uns et délégitime en même temps ceux des autres. C’est l’aboutissement logique de la nature des sources intellectuelles qui ont inondé depuis des siècles le champ culturel algérien et par ricochet ont restructuré les identités et remis sur le tapis des conflits les discours qui les portent.

Les études du nationalisme algérien particulièrement se sont focalisées sur les aspects militants des acteurs et en évacué curieusement la problématique de la nation qui est sa matrice fondatrice. Ce nationalisme semble venir de nulle part et dans la meilleure des explications il ne serait que l’expression d’un indigénat francisée.

Ces questionnements débordent certainement  notre sujet, mais elles permettent une problématisation ouverte du phénomène et le libère des discours qu’il a lui-même engendré.

Entre les magmas des idéologies nationalistes et nationalitaires et les savoirs sur ces nationalismes, les repères méthodologiques sont incontournables.

Les segments essentiels de l’histoire sociale, les événements  les tournants et les tournures historiques nous permettent aujourd’hui avec les maturations nouvelles de la société algérienne et les avancées de sciences sociales de procéder méthodologiquement à une sorte de « mise en forme »  qui mettrait en relief les évolutions majeurs, les transformations profondes qui ont marqué tant les mouvements nationalistes algériens ainsi que les idées et les voies qu’ils ont emprunté pour s’affirmer comme mouvements nationalistes et affirmer par ricochets leurs identités intrinsèques.

Le champ des savoirs et les flux incessants qui ont gonflé les discours des élites renseigne on ne on ne peut mieux sur les logiques de hégémonismes des uns, sur les blocages et les archaïsmes des autres comme il nous éclaire aussi sur les déroutes, les égarements et les résistances souvent insoupçonné que Mohammed Dib a superbement décrits dans son Incendie.

Le nationalisme algérien est le couronnement d’une multitude de facteurs qui se sont étalés sur des siècles. Les bouleversements structurels du Maghreb, l’expansion agressive des nationalismes européens, le rôle de l’Algérie dans le processus de l’éclatement de l’empire Ottoman, tous ces facteurs ont dessiné progressivement les ombres puis les contours d’un nationalisme certes diffus et confus à ses débuts, mais tenace et efficaces comparé aux autres nationalismes arabes. C’est presque un nationalisme intégral et structurant les identités et forgeant dans l’adversité les consciences collectives. Il incarna alors un foisonnement d’idée et déborda souvent les cadres organiques de ses actions pour se déverser tel un torrent imprévisible dans les cœurs et les esprits des différentes classes sociales de l’Algérie.

 Ainsi le sentiment exaltant le pays captif superbement représenté par les différentes formes d’expressions populaires aurait alors construit dans les imaginaires les ingrédients d’un nationalisme utopique avant l’avènement du nationalisme réel devenu progressivement légal.

Le nationalisme algérien s’est progressivement constitué par ruptures successives qui n’ont pas  pour autant démanteler les équipements du patrimoine culturel et cultuel partagé.

Si le nationalisme algérien surtout à travers sa littérature moderne, est l’expression politique et intellectuelle de la confrontation colonialiste, il n’en demeure pas moins nécessaire pour mieux saisir ses épaisseurs anthropologiques de l’insérer aussi dans ses matrices  maghrébines qui d’une manière ou d’une autre ont teinté ses discours, marqué ses positions et fondé son identité par rapports aux nationalismes marocain et tunisien.

Le nationalisme algérien peut-il  se réduire à un paradigme structurant une identité et marquant un savoir comme semble l’expliciter les sciences sociales et humaines. Ne faudra-il pas commencer par chercher d’abord du côté des imaginaires et des subjectivités en interprétant les archives linguistiques des mémoires enfouies n’appartenant pas aux discours savants qui s’étalent sur les deux rives et qui transcendant leurs géographies, tentent par des discours savamment construits de faire du nationalisme algérien une simple réplique à un état de colonialité.

D’un nationalisme diffus se ressourçant et à chaque d’une mémoire jihadienne enracinée et ancestrale,   a un nationalisme structurant  et structuré, l’apport des générations successives comme les rapports entre elle est au cœur de notre problématique. Les mythes entourant le concept de la Oumma partagée entre le référent religieux et le référent ethnique, les idéologies politiques cultivant la symbolique incertaine d’une Khilafa qui n’a jamais été Une selon la thèse majestueuse d’Ibn Khaldoun , ont certes momifié et magnifié tant le lien politique que banalisé les territorialités politiques. C’est plutôt les démographies qui traçaient les limites territoriales et fondaient les légitimités qu’elles soient d’essence religieuses ou ethnico assabienne. Ce substrat idéologique qui réduisit le monde de l’Islam[39] en une simple Dar (Maison)

Le nationalisme algérien est-il un fait exclusivement partisan fondé sur une pensée organisationnelle moderne et se basant sur un programme de lutte et de revendication imposé par la colonialité qui tentait de recomposer l’espace avec son histoire et sa démographie ? Cette logique qui semble faire école, se heurte à des impasses qui conditionne le nationalisme algérien avec sa mission libératrice et non avec les processus anthropologiques, politiques qui avec des variantes souvent aigues  ont creusé dans les luttes avec des défaites et des victoires l’avancée d’un peuple qui peigna à être Un dans les moments des choix difficiles.

Ce n’est nullement un fait algérien, mais un phénomène qui aurait marqué l’espace maghrébin particulièrement. En effet les logiques de la fragmentation selon Jacques Berque, la fin de l’ère de l’homme mouahidien selon Malek Bennabi, ont plongé les dynasties  qui, gouvernant avec un esprit islamo assabien, pour ne pas dire islamojahilien ont dilapidé tout l’héritage géopolitique du Maghreb pour le placer dans une posture de faiblesse chronique face à la géopolitique de l’Occident en expansion. 

Ces turbulences qui ont bouleversés en fin de compte les ordres sociaux et mis à rudes épreuves les systèmes de pensées divers et diversifiés qu’ils étaient, sont aussi et sur un autre plan, des problématiques qui ont animé des débats pluriels souvent manquant de tolérance mais qui ont tout de même engendré un trésor de textes qui renseignent d’un côté sur l’évolution des mentalités et d’un autre côté surtout sur la fonction sociales des élites. Les paradigmes parfois naïfs ou souvent rudimentaires ont aujourd’hui l’avantage d’abord de nous éclairer les idées politiques construites et instruites, sur « les stratégies » de défense  et les logiques de compromis face à l’Occident et surtout sur la vision qui entoure la façon d’être et surtout la façon d’être gouverné.

Certes la problématique de l’ordre social et les questions normatives inhérentes étaient récurrentes tant dans les discours que dans les pratiques ; mais d’un autre côté, la géopolitique en mutations, les confrontations permanentes particulièrement dirigées contre l’Algérie ont constitué les contours d’une culture à prédominance jihadienne sans qu’elle soit coupée aussi de relents assabiens et de rivalité confrériques.

Nébuleuse des idées et matrice idéologiques du nationalisme algérien.

Si la khalifa telle construite par les idéologues de l’autorité soit dans le Mulk de l’Islam soit bien avant durant la transition de la révélation à la temporalité puissamment creusé dans les imaginaires politiques la sacralité de la nation dans le monde de l’Islam, les firaks, les doctrines n’ont pas manqué de multiplier les argumentaires sans pour autant désacraliser l’autorité et la nation. Même la notion de contrat c'est-à-dire la baià  a glissé de son statut personnel vers la baià tribale. Le rapport à l’autorité politique est ainsi légitimé par un rituel consacré. Il consacre un Mulk autonome, mais dans le domaine de la symbolique, il fait partie de la nation de Mohammed [40] qui échappe à toute territorialité.

Cette dimension transcendantale a été évacuée des imaginaires politiques pour consacrer la oumma autrement la nation prise dans son sens lié à la centralité politique, au territoire et même à la généalogie. Les petits émirats, fondés par des tribus jadis disparates, aujourd’hui prospères par les richesses énergétiques se revendiquent comme Oumma. Ce genre de oumma hautement exprimé et institutionnellement établi n’a de lien avec le nationalisme, ni avec la culture ni encore avec la citoyenneté. C’est plutôt l’exacerbation d’un tribalisme caché que d’un nationalisme construit.

La littérature occidentale ne nuance pas quand elle traite du « nationalisme arabe » entre la kawmia arabe qui se conjugue aussi avec nation arabe et la koutria (territoire ou pays) politique qui a marqué la réalité des pouvoirs arabes contemporains. Si les sémiologies institutionnelles[41] sont clairement différenciées, et si les discours semblent différents, la nature des régimes politiques semble être la même du côté des légitimités et des pratiques.

Ainsi tous les régimes se réclament défenseurs de la kaoumia et cavaliers intrépides de son honneur ! Tout en faisant des frontières la pierre d’échappement de tous les traumatismes psychologiques arabes contemporains. Les pays sont devenus des réserves ou hiazates qui échappent aux arabes eux-mêmes. Conjugués aux variantes politiques et rattachés  aux velléités et aux visés des puissances  les nationalismes arabes portes les stigmates de leurs échecs et les dérives de leurs idéologies. Ils sont devenus presque le cheval de Troie du despotisme arabe contemporain.

Les avalanches de discours triomphalistes et la stigmatisation de l’ennemi  qui ne diminuent en rien l’exaltation du sentiment arabe n’ont jamais abouti à faire d’un des nationalismes arabe un modèle qui aurait représenté une image renaissante des arabes sinon une image de la renaissance dans leur pays respectifs. Il est certes admis que les nationalismes européens s’interpénètrent[42], mais chaque nation a en fin de comte construit le profil de son nationalisme avec son propre génie. Ces logiques d’avortement sont souvent « justifiées » par la théorie des complots, mais jamais par retour aux structures de la pensée. En effet les nationalismes arabes sont l’expression la plus manifeste des idéologies populistes et la traduction la plus fidèle des assabiates qui cachent des impuissances  les plus criardes d’une pensée politique non novatrices.

Ainsi la pensée politique arabe n’avait pas à inventer ni la nation ni son état, ils font partie du patrimoine collectif et marque leur présence dans les mémoires des générations perdantes. Elle n’avait pas encore à créer les discours et les subtilités des langages mobilisateurs de l’élan nationaliste, elle aurait innové dans la construction des ordres et poussé l’imagination dans le domaine des logiques des organisations superbement annoncées par Ibn Khaldoun dans son Oumran.

Dans ces cafouillis idéologiques et politiques les nationalismes arabes présentent certes des registres divers et diversifiés leur arabité si on ose les qualifier ainsi,  n’est qu’une ethnicisation excessive d’idéologie politique de pouvoirs qui chantent les espoirs perdus pour légitimer les rêves incertaines de masses populaires hagardes , meurtries par des échecs à répétitions. Tous les despotismes des nationalismes arabes ont tournées autour de la question des organisations qu’elles soient politiques économiques ou sociales. L’esprit d’entreprendre et la culture d’entreprise qui a animé la pensée européenne depuis deux siècles au moins, s’est transformée en un cauchemar qui hantait et hante les régimes politiques dits nationalistes. Le monopartisme et le culte de la personnalité sont l’expression la plus manifeste des nationalismes assabiens et obscures.

On peut alors présenter un éventail et un répertoire des variantes des nationalismes arabes qui se trouvent aujourd’hui en décomposition politique avancée.

Watania, kawmia et oummà : le triptyque des identités fragmentées

Al watania est un courant idéologique et une référence politique qui distingue les acteurs qui se sont radicalisés politiquement contre le système colonial d’un côté et qui se démarquent des positions réformistes ou assimilationnistes.

La kawmia : le concept est d’essence ethnico culturelle. Il transcenda les religieux pour consacrer une identité arabe séculière généalogiquement enracinée dans les mythes des parentés et idéologiquement structurée autour de la langue arabe et les patrimoines communs puisant dans les profondeurs des mémoires et des sources des communautés dites arabes ou arabisées[43].

La oumma : Le concept de la Oumma[44] qui s’est sédimenté dans l’imaginaire politique  musulman a déterritorialisé et même décentré et en même temps décentralisé sa représentation le plaçant ainsi sur un registre presque universaliste et pour certaine doctrine providentialiste et millénariste.

Le concept de la Oumma jumelé à celui de la Khilafa était depuis l’avènement de l’Islam au cœur du dispositif juridique et politique fondant  l’état, les pouvoirs et structurant les territoires. Néanmoins entre l’Idée transcendantal de cet ordre d’une communauté de la Foi et du Livre et les ordres pratiques qui ont jalonné l’histoire politique du monde de l’Islam, la différence est fondamentale.

Ainsi La oumma de l’intermédiateté porteuse d’idéaux trans ethniques faisant de la takwa une valeur universelle suprême transcendant la foi a progressivement cédé face aux exigences des temporalités et aux besoins des dominations politiques. La oumma ne se conjugue plus en termes transcendantaux, mais plutôt en termes anthropologiques pour épouser les contours structurels d’une tribu ou d’un ensemble de tribu. Sémantiquement et symboliquement la oumma est devenu avec l’avènement des nationalismes arabes libérateurs ou tribaux une sorte de nébuleuse ou se cultivent à volonté les mythes d’appartenance.  Sémantiquement et aussi idéologiquement le paradigme de la Oumma rompt avec ses références coranique et glisse vers des référents purement ethnique et séculiers et devient un presque un synonyme de la Kawmia 

De ses trois paradigmes émergèrent des courants de pensée qui marquèrent les différentes colorations des nationalismes arabes contemporains. On peut alors les repetoriers comme suit :

L’islahisme : comme mouvement de pensée, n’a pas été transformé en structure politique claires et déclarée[45], mais d’une certaine manière, il a enrichi les flux n terme d’idée politique d’abord et en terme pensée éducative et morale.

C’est un courant de pensée et une tentative de refondation d’un ordre normatif et politique. Il avait enthousiasmé des générations et fait ressortir de l’ombre de l’archaïsme une élite qui peigné intellectuellement à faire sortir des cendres une société plongée depuis des siècles dans l’inconscience cognitive et ne tenait qu’aux bouts bien fragile d’un fatalisme qui aurait anéanti les germe de toute questionnement existentiel objectif éclairant et éclairé.

Partant d’un état des lieux montrant clairement une Oumma en régression, Il cultiva  alors un discours pragmatique et éducateur qui permet à la langue arabe de se ressaisir des grands dossiers du savoir et de la connaissance. S’il affirma une identité historique et religieuse, il dénonça avec force le despotisme arabe et apprécia à sa juste valeur le modèle politique et scientifique européen[46].

C’est dans la matrice des idées et des doctrines islamistes que germera  progressivement les autres courants de pensée qui vont s’éclater pour animer un vingtième siècle arabo-musulman débordant de promesses, mais plein d’incertitudes.

Le baathisme : de souche ethno idéologique, le baathisme, est un pur produit de l’ethnocentrisme arabe souvent teinté d’un chauvinisme certes exaltant, mais pas convaincant. C’est presque une réaction laïque et ethnique face au pan islamisme. Ce pan arabisme a calqué le modèle organisationnel communiste pour embrigader les élites arabes laïques surtout  et aussi pour monter à l’assaut du pouvoir et réaliser son célèbre slogan «  une nation arabe unie, une nation arabe éternelle ». On est à une dose prés d’une double sacralisation celle de l’ethnie et celle de l’espace. 

Le kawmisme c’est un courant qui a touché les élites arabes de gauche. Plutôt animé par le devoir de libération et particulièrement la Palestine, sont action s’est répercutée sur les différentes organisations palestiniennes. Mitigé idéologiquement, ce courant profondément laïc était aussi l’expression arabisé d’un marxisme révolutionnaire combatif et a bien des égards romantiques.

L’ikhwanisme : le phénomène Ikhwanien[47] est un objet important à étudier et à analyser parce qu’il se caractérise par une continuité constante et une évaluation théorique de son entreprise. S’i s’inscrit dans les matrices islahiste, il se positionne comme un mouvement politique qui ne dit pas son nom. Malgré la répression, il a pu étendre ses réseaux et attirer des sympathisants. Il attire particulièrement les élites du monde arabo musulman et semble se consacrer à l’action éducative politiquement non violente. Il construit un discours alternatif qui ratisse large. Critiquant les courants laïcs, il s’allie avec eux pour animer les mouvements de protestations. Mais ce qui caractérise le phénomène Ikhwaniste c’est son terreau urbain et son implantation dans les cités et les villes. Il ne dissocie pas entre un nationalisme novateur selon sa littérature et un islahiste moins rigoriste. Il semblerait qu’un travail d’analyse sur la question de l’état, de la démocratie  et la participation citoyenne commence à germer dans l’idéologie ikhwaniste[48]. Le conflit sanglant qui a opposé l’ikhwanisme égyptien  au Kawmisme nassérien, est un cas d’espèce dans les relations entre l’islahisme et le nationalisme même si pour certains historiens, la force de frappe du nassérisme a été au début celle des ikhwans.

« Marxisme arabe » : le nationalisme arabe et le marxisme surtout dans sa version plutôt militante ont profondément marquée la pensée nationaliste arabe contemporaine.

Le nationalisme arabe très imprégné par le marxisme surtout par son idéologie révolutionnaire et à bien des égards libératrice, a constitué une matrice de pensée particulière. Les passerelles souvent fécondes entre marxisme et nationalisme ne sont pas à prouvées, mais le passage des marxismes aux autres champs de la pensée est en soi un phénomène qui  significatif et qui marque les générations d’intellectuels engagés dans l’entreprise nationaliste dans le monde arabe.

Wahabisme : C’est une des constructions idéologiques des plus controversée et des plus obscures. Fondée sur écologie religieuse des plus rigoriste et la moins élaborée, le wahabisme a vu se construire autour des ses thèses une convergence d’intérêts les plus inédits dans l’histoire des idéologies islamiques. Partant d’un nationalisme tribal et fonctionnant sur un registre religieux simpliste et « puritain », il se coalisa avec les flots pétroliers et les flux financiers qui l’ont accompagné.

Les nationalismes arabes et leurs frontières 

Cette panoplie de nationalismes qui n’ont de commun que l’inflation discursive sur l’unité arabe. Cette unité devenue par la force des choses une supercherie qui frise le ridicule.. Elle était une sorte de leitmotiv idéologique pour tous ceux qui rêvaient soit d’un pouvoir de grandeur géographique tels les baathismes ou d’un leadership incontesté tels le nassérisme et le kadhafisme. D’un côté les discours transfrontaliers, unionistes à merci, d’un autre côté le « cadenassage » des frontières et la peur de l’arabe devient alors une sorte d’arabophobie qui hante toute les polices arabes. Les nationalismes arabes sont traversés par des pathologies de sens qui se traduisent institutionnellement par des parodies de pouvoirs qui s’exercent comme un butin politique et non comme un couronnement démocratique. La nationalité de l’état n’a pas fait que des pouvoirs nationaux. Elle a instauré par contre des pouvoirs assabiens qui ne peuvent se reproduire que par un despotisme tribal ou doctrinal  vide de toute vision géopolitique, mais enclin à s’investir comme segment serveur dans pour les autres géopolitique de la puissance.

Messali : Rupture ou retournement

La littérature consacrée à l’œuvre du fondateur incontesté du nationalisme politique moderne en Algérie commence à prendre forme. Les langues se délient et les œuvres se succèdent, et les acteurs immobilisés par les contraintes du pouvoir[49] se démarquent pour dire qu’il y a d’autres vérités qui mériteraient d’être dites et connues. L’homme qui accepta la résidence éternelle des prisons humant la terre il s’enivra et jura qu’elle n’est pas à vendre s’annonce aujourd’hui comme le visiteur de prestige du champ de l’histoire algérienne qui tel un volcan endormie commence à envoyer des signes d’irruptions qui feront certainement jaser les conformistes et les lampistes de l’histoire. Les sawaka[50] aurait ainsi tenu la route pour une période. La problématique messalienne qui ne relève plus de l’ordre politique se pose aujourd’hui comme une thérapie nécessaire même à la refondation du nationalisme algérien aujourd’hui malade des instrumentalisations contre nature qu’il a subies.

On ne peut faire l’impasse sur les mutations idéologiques qu’aurait subies le nationalisme algérien à travers toutes ses facettes, on ne peut négliger aussi l’apparition sur la scène des idées politiques d’une nouvelles générations de militant animée par l’action, portée par sa jeunesse et poussée par sa fougue, mais on ne peut non plus négliger les enjeux cachés qui ont donné aux ruptures les voies et les sens qu’on connaît et  que les documents et les témoignages commencent déjà à mettre à jour. Certes le messalisme comme segment essentiel et non l’unique du nationalisme algérien libérateur était de par ses fondateurs au crépuscule de son âge, mais n’empêche que la nouvelle élite forgée soit dans l’école française soit dans organisations syndicale et politique était portée non vers la porte sublime de la khilafa de jadis, mais plutôt vers une modernisation politique à l’Occidental si l’on veut.

Ce n’est pas une aliénation négativiste mais c’est surtout une adaptation intelligente et pragmatique face aux  conséquences de l’action du système colonialiste sur les corps sociaux algériens : confréries, métiers, tribus et acteurs. En effet et contrairement aux autres formes de colonisation, les algériens ont tiré profits de deux institution majeures :

En intégrant même difficilement les écoles, les universités, les partis et les syndicats, ils ont appris les nouvelles formes de lutte politique. Ils ont intériorisé la culture de la tactique et de la stratégie et pu influencer les mouvements de lutte en Europe aussi. Ainsi et de la confusion entre « nationalisme immigré » bénéficiant du droit métropolitain et nationalisme d’immigré qui renvoie au droit indigène, les algériens ont pu construire un mouvement politique couvrant les deux rives et profitant des flexibilités juridique et politique. En outre en intégrant le corps militaires et les écoles de formation, ils ont participé aux deux guerres mondiales, ils ont appris les nouvelles formes de combats[51] et adopté les tactiques militaires modernes. Si ces mutations justifient amplement les sens des ruptures opérées après la grande crise du PPA MTLD, il n’empêche aussi de signaler que les enjeux se situent à un autre niveau aussi. Si le père du nationalisme à été crucifié ce n’est certainement pas pour des raisons d’ordre psychologique. En fidèle méssalien Khaled Marzoug[52] s’interroge pourquoi Omar Ouzegan a pu participer au congrès de la Soummam alors qu’il était un farouche opposant à la thèse de « la république algérienne arabe et musulmane indépendant[53]».

Si cette affirmation est vérifiée car on ne l’a pas entendu des bouches des défenseurs de l’arabité et de l’islamité de la révolution, renseigne on ne peut mieux sur les vrais distorsions idéologiques qui ont marqué le couronnement du mouvement indépendantiste algérien. On effet, il ne s’agit pas seulement de la révolte des jeunes loups du nationalisme algérien. Il ne s’agit pas non plus d’une guerre de position, mais semble-il alors d’une fracture sérieuse qui aurait donné au nationalisme algérien une orientation laico-nationaliste qui ne disait pas son nom. La république démocratique et sociale dans le cadre des principes de l’Islam » telle annoncée dans la déclaration du premier novembre en constitue le consensus qui a ratissé large tout en excluant toute identité arabe et islamique clairement exprimée. La crise dite berbère aurait ainsi imposé un consensus certes productif pour la révolution, mais qui ne tarda pas de subir de vraies fissures visiblement exprimées dans la plate-forme de la Soummam. La sémiologie des institutions de la révolution et du futur état algérien trouve ici ses origines[54].

Mais au-delà des frictions idéologiques le nationalisme algérien ne s’est jamais coupé de ses racines et des ses sources religieuses.   Le fameux titre de l’ouvrage de Régis Debray « critique de la raison politique ou l’inconscient religieux » peut s’invertir et donner un sens conforme à la réalité algérienne. C’est surtout » la raison religieuse[55] et l’inconscient politique qui marquèrent les mutations tant dans les mentalités des générations que dans les constructions politiques. Et contrairement aux thèses en vogue, ce n’est pas les idées qui manquèrent, mais c’est surtout la structure des ses idées qui n‘a pas pu provoquer l’émergence des ordres de puissances qui répondent aux enjeux des civilisations[56] et non seulement aux vœux des croyances.     

« La réalité religieuse et la fait national peut-on parler de nationalisme c'est-à-dire de politique sans parler de religion » ? Sont-ils séparés ou par contre imbriqués ? Pour Régis Debray « la teinture religieuse  qu’elle soit nature ou coloration des luttes de libération nationale et sociale est un fait incontesté qui appartient à l’histoire d’hier et d’aujourd’hui….En orient et au vu de tous, l’islam donne sa cohésion et sa dynamique  aux retrouvailles des peuples avec leurs identités saccagées[57].

Ainsi le religieux du nationalisme et le nationalisme du religieux ont pour le cas du monde l’Islam constitué un véritable creuset où se forgées toutes les consciences des générations successives.

Le penchant de Messali pour un nationalisme libérateur et identitaire, ne constitue nullement une rupture, mais peut-être un retour dû essentiellement à un « ressourcement » qu’il aurait acquis en fréquentant les cercles du guide de la quawmia en l’occurrence Chakib Arselane d’un côté et peut-être en contactant aussi la mouvance des frères musulmans. Car comment explique la virulence de Messali envers Nasser ?

Et ce ressourcement s’il a eu lieu, n’est pas exclusif a Hadj Messali. Ferhat Abbas après le célèbre coup amnésique qui lui a fait confondre les époques et perdre son aiguillage identitaire n’a l’-il pas fini son parcours dans le cœur du nationalisme libérateur ?

Ben Badis : l’homme qui aura raison de Maurice et Bertrand !

Le nationalisme algérien depuis ses origines qui ne sont pas celles que lui impose une vision réductrice et qui fait école a fonctionné sur des registres divers en créant à chaque fois des sources qui font couler des flux d’idée et des flots de symboles car et à travers les différents processus qui l’on marque le nationalisme algérien n’a pas affronté un système colonialiste clair, mais s’est trouvé en face de plusieurs versions du nationalisme colonial. Ainsi les champs de batailles ne sont pas uniquement ceux des idées politiques, mais particulièrement ceux des matrices culturelles. Et curieusement, les études du nationalisme algérien si on excepte la parenthèse « des affrontements culturelles de l’Algérie coloniale », L’entreprise algérianiste[58] et son continuum marxiste[59] sont souvent ignorée comme pour signifier que le nationalisme algérien ne se battait que contre le réformisme des ulémas. Mais dans le fond, et l’auréolée de son centenaire, l’Algérianisme[60] triomphant n’a pas eu le temps nécessaire pour savourer ses victoire car au même moment presque, la mouvance réformiste et ihiaiste algérienne naitra des cendres d‘une conscience nationale en hibernation. Autant ses thèses sont ihiasistes ses discours et sa presque sont dirigés de front contre le projet  algérianiste[61] d’un côté et contre le syncrétisme contre nature de Maurice Torez. C’était au-delà des frictions de circonstances entre les différents courants du nationalisme algérien, un flux vivant qui non seulement anéanti le projet algérianiste et circonscrit les prétentions communistes[62] sur l’Algérie, mais surtout un projet de refondation religieuse et éducative qui a permet en fait la résurgence des élites qui ont  profondément marqué la cristallisation identitaire comme complément de l’entreprise politique nationaliste. C’était en quelque sorte et à l’insu des élites et des militant un travail que la société algérienne profondément déstructurée a mené sur elle-même. Les flux des idées, les luttes et les sacrifices, les expériences et les échecs ont permet l’émergence d’une élite d’envergure qui marqué son temps et accompli sa mission. Si les tactique de positionnement ont souvent fait ressortir des divergences tactiques, les objectifs implicites dans l’action des ulémas et clairement déclarés dans les programmes du PPA-MTLD étaient presque identiques.  

Ainsi et au-delà des réticences et des réserves  des uns et des calculs des autres, le courant politiquement nationaliste et le courant culturellement national ont fini par se rejoindre dans l’action. Ainsi et sans évoquer l’itinéraire de Bachir Ibrahimi, on peut évoquer celui du Cheikh fodil Al Wartilani[63]; disciple d’Ibn Badis ayant accompli des études dans le domaine des sciences religieuses, à Al azhar en Égypte. Il créa en 1942 le haut comité pour la défense de l’Algérie » En 1944 il créa le front de défense pour l’Afrique du nord » En 1948 il créa le bureau de l’association des ulémas algérien au Caire. Il devint membre des frères musulmans et fut accusé de complicité dans le complot d’assassinat de l’Imam Yahia Hamid-Eddine du Yémen.

Conclusion

Fragmentations des structures sociales  avancées, logiques des démembrements des ordres confrériques coupées des sources profondes du soufisme, tendances récalcitrantes manifeste  face à l’Idée de la centralité politique et mentalités assabiennes réfractaires à une urbanité en sursis , c’est le côté face d’une société  algérienne coincée des siècles durant (à partir de l’avènements des états ethnies, mérinides, hafssides et zianides) entre les guerres de l’intérieur du Maghreb et les guerres imposées par l’Occident en perspective d’expansion.

Le côté pile, ce sont des traditions jihadiennes[64] bien ancrées, une activité confrérique partagée entre deux écologiques complémentaires, le confrérismes rural et le confrérisme nomade qui devint des sources intarissables de toute l’activité jihadienne au Maghreb et particulièrement le Maghreb central.

Des siècles durant un bouillonnement intellectuelle et jihadienne qui marqua le Maghreb central. Il est le fruit d’une pensée et le résultat d’effort conjugué à des évènements majeurs qui placèrent l’Algérie sur une orbite géopolitique qui consacra en fin de parcours sa défaite face la puissance de l’Occident.

Ainsi des écrits Ibn Al Azrak[65] à ceux d’Al Annabi[66] , de la tradition des ribatates à la critique sociale[67], se recoupèrent les références qui renseignent aujourd’hui sur le fait que l’idée du nationalisme algérien n’est pas uniquement celle que la colonialité aurait imposée. Les algériens et contrairement aux dynasties de Fès ou de Marrakech, ont des siècles durant vu leur destin  lié aux profondeurs de l’espace de l’Islam[68]. Qui sans cesse travaillait les imaginaires meurtries et faisait survivre les identités presque anéanties  par un projet de démantèlement structurel unique en son genre et que la société algérienne avait difficilement négocié avec les moins parfois subjectifs et dérisoires.

Ce regard oriental de l’Algérie ne relève pas d’une dépendance idéologique, mais d’un lien actif et historique[69] qui marqua les élites algériennes particulièrement.

La bipolarisation en cours entre la colonialité française d’une part et  le mouvement national algérien d’autre part semble faire l’impasse d’abord sur la complexité des structures idéologiques qui ont  marqué les processus de la colonisation et particulièrement les mutations qu’ils ont subi et aussi les nuances et les différences qui ont caractérisé les idées et les thèses du nationalisme algérien opposé farouchement au colonialisme.

Culturellement les algériens et en dépit des thèses algérianistes en vogue, n’ont jamais douté qu’ils appartenaient à une nation si ce n’est pas celle de la souveraineté politique déjà perdue, ils s’accrochaient tant bien que mal à celle de l’Islam. Ce lien politiquement invisible tenait par ses flux intarissables les consciences éveillées et les identités même en veilleuses et souvent en vie. Le resistancialisme algérien et particulièrement sa version jihadienne la plus élaborée celle portée sur l’idée de la souveraineté non de terroir mais de territoire[70]  aurait des siècles durant fait germer parfois en douceur l’idée d’un nationalisme partagé entre un référent khilafien confus et sans perspective et un nationalisme  pétrifié par les sacrifices légendaires, sur un territoire toujours convoité et une souveraineté menacée. Quand les idées venaient à manquer et que les utopies finissent dans la déchéance, le nationalisme algérien s’apprenait tel un livre ouvert même au cinéma. C’est ce qui me confiait un vieux et simple militant toujours porté par les élans d’un nationalisme romantique, celui qui aurait le plus produit des héros et engendré des génies.

 Notes

[1] " La réflexion sur la nation et le nationalisme a connu un nouvel essor à partir des années 1980, certes dans le but de comprendre le XXe siècle, mais aussi parce que l'Occident semblait entrer dans le "postnational" (la construction européenne) tout en s'interrogeant sur un possible "retour des nations" (en particulier dans les Balkans, après la chute du mur de Berlin). Dans ce gros ouvrage, Christophe Jaffrelot actualise son indispensable tour d'horizon des théories du nationalisme, tandis qu'Alain Dieckhoff montre les limites de la distinction entre nationalisme politique et nationalisme culturel.

[2] Quoi qu'il en soit, il semble clair que l'Etat-nation démocratique tel que nous l'avons connu au cours des deux siècles derniers n'a plus le monopole de la régulation politique et économique. Toutefois, nous sommes entrés dans une période caractérisée par la disparition d'États anciens et la naissance de nouveaux États. Dans ce processus, les idéologies nationalistes continuent de jouer un rôle important. Réussira-t-on à penser et à développer une démocratie au-delà de l'État-nation ainsi qu'une démocratie multiculturelle, Martiniello, 1997

[3] En ce moment, au début du troisième millénaire, le débat sur le nationalisme se confond avec le débat sur l’identité. Le nationalisme identitaire est l’objet d’une telle réprobation qu’on en vient à oublier les aspects positifs de l’identité.

[4] L’olivier est un arbre béni par le Coran, il renvoie non seulement à la paix, mais aux racines. Il est source symbolique de l’identité. Israël comme à l’image de l’opium et le bâton en a détruit plus d’un million en Palestine.

[5] Repenser le nationalisme. Théories et pratiques Sous la dir. de Alain Dieckhoff et Christophe Jaffrelot.

[6] Les nationalismes des temps modernes ont certes marqué profondément les structures des états, recomposé les idéologies politiques et restructuré les identités des nations et des communautés alimentés les violences de toute sorte, réveillé les consciences endormies et rallumé les foyers des tensions ethniques qu’on croyait éteints à jamais.          

 [7] Oil nationalisme. Les courants politiques qui ont mené des entreprises de nationalisations des hydrocarbures en Algérie, en Libye et en Irak et bien avant en Iran ont tous lié les droits économiques aux droits  nationaux.

[8] Le retour au protectionnisme national en France et ailleurs.

 [9] L'idée de nationalisme est incontestablement moderne. Le terme lui-même semble avoir été inventé par le philosophe allemand Herder et en français, par l'abbé Barruel il y’a environ deux cent ans Quant aux discours nationalistes, ils trouvent leur origine dans la rébellion britannique contre la couronne du 17ème siècle, dans les luttes des élites du Nouveau monde contre le colonialisme espagnol, dans la révolution française de 1789 et dans la réaction allemande contre cette révolution.

[10] Le nationalisme français dans sa version napoléonien   a déferlé ravageur et conquérant sur l’Europe puis sur le reste du monde.

[11] Plusieurs critères sont définis : sont certes des catalyseurs de l’Idée du nationalisme :

-un critère ethnoculturel : une langue, une religion, une histoire partagée

-un critère géopolitique : un territoire et une souveraineté : la Nation n'est soumise à aucune autorité extérieure

-un critère socio-politique : citoyenneté et conscience d'appartenir à une communauté.

[12] Expression utilisée par Mr Kouchner, ministre des affaires étrangères français en réponse à une question sur la position française concernant le dédommagement de la Libye par l’Italie et ses excuses pour les actes du colonialisme italien en Libye.

[13] Les théories du nationalisme sont alors et sur la base des différences culturelles élaborées par Ernest Gellner ; Karl Deutsch ; Miroslav Hroch ; Eric Hobsbawm ; Anthony Smith ; Louis Dumont ; John Breuilly ; Paul Brass ; Guy Hermet et Liah Greenfeld.

[14] C'est le principe d'autodétermination. L'objectif de tout nationalisme est de faire parfaitement correspondre à chaque nation son propre État ou si l'on veut de faire coïncider les frontières de la communauté politique avec les frontières de la nation. (Gellner, 1983).

[15] Voir Pierre Nora, historien, « Lieux de mémoire », en trois volumes, chez Gallimard.

[16] Nationalismes français, anglais, allemand, russe, américain et italien…

[17] Oil nationalism. Les courants politiques qui ont mené des entreprises de nationalisations des hydrocarbures en Algérie, en Libye et en Irak et bien avant en Iran ont tous lié les droits économiques aux droits  nationaux.

[18] Le retour au protectionnisme national en France et ailleurs.

[19] Le nationalisme est presque cet art particulier ou se croisent à leurs insu les signes de la vérité avec les manifestations des mensonges.

[20] Pour les modérés de l’Islam jihadien, il s’agissait plutôt de dar adaawa, c'est-à-dire terre de prosélytisme.

[21] Mohammed Dib signale sans ménagement dans l’Incendie le recul des cités et particulièrement face à la question nationale.

[22] L’Émir Abdelkader, l’homme qui refusa d’être roi : L’œuvre émirienne n’est pas uniquement celle qu’on connaît. Dans le Mikrad l’ouvrage le moins étudié et le moins connu, l’émir esquisse toute une théorie normative de l’action jihadienne en terre d’Islam. Il récuse l’idée de la différence comme handicap aux relations entre les croyances. Et tout en combattant, il ne trouve pas la complétude humaine ni dans la guerre ni dans le jihad tel qu’il est compris et intériorisé par la collectivité musulmane.

[23] Il se réfère particulièrement au modèle des sahaba rachidoune.

[24] Idéologie religieuse fondatrice des dynasties et légitimant le Moulk (voir la Moukadima d’ibn Khaldoun).

[25] Le concept de la dawla renvoie à l’idée Khaldounienne sur le Moulk et non l’état institutionnel (voir la Moukadima d’ibn Khaldoun).

[26] Tel est le cas des Mourabitoune et des mouahidoune.

[27] Simples apprenants du Coran et petits lettrés.

[28] Les obédiences idéologiques prenaient le pas sur les alliances ethniques (berbérité arabité) ou tribales.

[29] C’est là une problématique majeure de l’historiographie maghrébine. L’ordre fatimide d’essence berbéro-chiite à pris une ascension fulgurante au Maghreb. Les tribus Koutama ont été son fer de lance. Il est contraint de chercher les cieux égyptiens plus cléments pour son projet et se vengea en expédiant les hilaliens pour finir le désastre qu’il avait entrepris sans le terminer.

[30] « Il n’y a de vainqueur que Dieu » a été formulé par les vaincus d’Andalousie. C’est l’expression d’un fatalisme qui a par la suite marqué toutes les mentalités musulmanes acculées à chaque fois à reculer ou à se soumettre devant l’avancée de l’occident.

[31] Il faut lire les affrontements entre les malikites et ibn Mahraz pour comprendre les vraies raisons de la faillite de l’Islam Andalous.

[32] Les Imams Al Mouahed étaient très attachés à la question de l’Islam andalous. Ils ont consenti de lourds sacrifices. A l fin de leur règne et surtout à cause du désordre crée par les hafsides, cette idée a été totalement abandonnée au profit d’alliances  tissées avec des forces chrétiennes d’Espagne.

[33] Dar Al daawa est la notion qui qualifie l’état de l’Islam dans les contrées soumises à une autorité non musulmane. Le concept de dar Al Harb est par contre restrictif et indique le territoire politique qui fait subir aux musulmans des contraintes et des agressions majeurs par le fait d’être musulmans.

[34]  Origines du terme : "nationalist" apparaît en Angleterre dès 1715, et seulement à l'extrême fin du XVIIIe siècle en France : il désigne alors les excès du patriotisme jacobin. Doctrine fondée sur ce sentiment, subordonnant toute la politique intérieure au développement de la puissance nationale et revendiquant le droit d'affirmer à l'extérieur cette puissance sans limitation de souveraineté. Ambiguïté du vocable qui tend à opposer un nationalisme proclamé, organisé et structuré, dont certaines doctrines et certains partis se font les interprètes (c'est le nationalisme des "nationalistes") d'un nationalisme diffus et inorganisé dont on peut retrouver des traces au-delà de ces partis et de ces théoriciens. Imbrications étroite de l'idéologie nationale dans un système plus général de valeurs politiques et sociales : cette idéologie nationale se trouve alors intégrée à d'autres idéologies d'où difficulté pour l'historien de déterminer un nationalisme pur.

[35] Le terme "nationalisme" est généralement employé pour décrire deux phénomènes: (1) l'attitude des membres d'une nation lorsqu'ils se préoccupent de leur identité nationale et (2) les actions que les membres de la nation entreprennent lorsqu'ils cherchent à acquérir (ou à garder) l'autodétermination.

[36] On distingue ainsi traditionnellement les nations des états - alors qu'une nation consiste souvent en une communauté ethnique ou culturelle, un état est une entité politique jouissant d'un grand degré de souveraineté. Alors que beaucoup d'états sont en un sens des nations, il existe beaucoup de nations qui ne sont pas des états complètement souverains. - Internet Encyclopedia of Philosophy.

[37] Un vieux et humble militant nationaliste me racontait fièrement que c’est la voix de la célèbre chanteuse libanaise Ismahane qui l’a forgé dans son nationalisme. Les films arabes importés d’Egypte et projetés dans des sales de cinémas gérées par les juifs d’Oran ont souvent une source d’inspiration nationaliste plus que les partis politiques et leurs programmes.

[38] Alain Dieckhoff montre les limites de la distinction entre nationalisme politique et nationalisme culture. Cette distinction mal intériorisée par les animateurs politiques a souvent causé des distorsions et des tentions qui ont endommagé l’image du nationalisme algérien et nourrit des confusions au sein de l’opinion.

[39] C’est un concept construit par l’auteur. Voir notre contribution «  L’islam européen et la question des concepts » parue dans l’ouvrage collectif «  l’Islam européen » ed. Misbar Emarate arabes unies, 2008 p. 54.

[40] La nation de Mohammed comme la nation de l’Islam est un paradigme courant transcendant toute historicité.

[41] Émirat, sultanat, république et royaume.

[42] A l’exemple de l’impact de la révolution française sur le nationalisme allemand à ses débuts surtout.

[43] Voir pour plus de détails sur la question notre ouvrage « Les arabes, origines et identités » en langue arabe, dar Al Gharb, Algérie 2002.

[44] De la grande fitna en passant par les guerres des sectes et des doctrines et en aboutissant aux confrontations presque jahiliennes, le concept de oumma s’est presque volatilisé et se couronner par une sorte d’évanouissement politique laissant ainsi seulement les accumulation d’un patrimoine collectif aujourd’hui disputés entre les Etats dits nationaux.

[45] Le Cheikh Ben Badis s’est toujours défendu de considérer l’Association des ulémas comme une organisation politique. Il axa son action sur le volet éducatif et son combat très productif, non seulement contre l’archaïsme social, mais surtout contre les thèses des algérianistes colonialistes.

[46] Ibn Al Annabi, intellectuel algérien est le premier a avoir dénoncé l’archaïsme musulman dans le domaine politique et éducatif. L’Émir Abdelkader sur ses traces exprima dans ses écrits et ses postions sa haute appréciation pour la modernité européenne. Ensuite émergea l’hislahisme oriental. 

[47] Par référence à Ikhwan c'est-à-dire frères d’où les frères musulmans.

[48] Voir pour plus de détails le document programmes des frères musulmans d’Egypte et proposé à débat critique public. Il en ressort un recentrage consensuel de l’action politique et avancée vers l’acceptation des mécanismes démocratiques.

[49] C’est le cas particulièrement de Abdelhamid Mehri.

[50] C’est une expression purement khaldounienne. Elle signifie les historiens opportunistes et les faussaires des vérités de l’histoire.

[51] Une bonne partie des unités combattantes de l’ALN de la wilaya V était encadrée par les actifs ayant servi dans l’armée française et particulièrement en Indochine. A l’exemple du commandant Hadj Boucif.

[52] Khaled Marzou « Messali Hadj » Dar Otmania 2008, introduction de Abdelahak Benachenou

[53] Al Khabar 10 septembre 2008.

[54] Les nationalismes arabes ont chacun et selon les issues idéologique de son projet adapté et adopté une sémiologie des institutions particulières. Le Maroc a gardé sa tradition sultanienne, la Tunis est resté une république, la Syrie a adopté son arabité, l’Égypte nassérien a investi dans l’unité arabe en vogue et l’Arabie saoudite à ajouté son colorant ethnique. L’Irak est resté fidèle à son neutralisme ethnique tandis que la Mauritanie s’est construit une identité islamique.

[55] C’est un  fait qui semble échapper tant à la culture philosophique qu’à la culture religieuse. Quand la religion s’installe dans la fonction de la raison et quand la raison occupe celle de la religion, c’est simplement une avalanche d’idéologies qui s’abat sur les consciences en semant les illusions alimenteront les conflits sans intérêts. 

[56] Les idées qui s’inscrivent dans les logiques de l’approfondissement,  confrontations et du dépassement. Voir Berque. L’Islam contemporain.

[57] Debray, Régis, « Critique de la raison politique ou l’inconscient religieux », pp. 15-16.

[58] L’Algérianisme colorations et variantes  ou le nationalisme cœur noir d’une identité pieds- noirs. C’est le courant xénophobe qui a inauguré l’apartheid à la française. Il constitua le fer de lance du parti colonial qui a triomphé sur les thèses des modérés de la colonisation et qui prônaient « un royaume arabe » en Algérie[58].

Son œuvre est l’expression la plus proche des logiques qui ont animé le nationalisme allemand à ses débuts.

[59] Il s’agit de la célèbre diatribe de Maurice Thorez et sa fameuse thèse de l’Algérie nation en formation.

[60] Voir pour plus de détails : Taibi Mohammed «  représentation culturelle du monde rural algérien 1830-1978.

[61] Son idéologue principal est Louis Bertrand, immigré infortuné ayant fui l’Alsace annexe par l’Allemagne.

[62] Cheikh Ben Badis n’a jamais fait d’amalgames entre les idées de Maurice Thorez et le communisme algérien dont beaucoup de militant étaient croyants pratiquants. Il s’associant avec le PCA dans l’initiative qui a abouti au congrès musulman de 1936. Il est connu par sa célèbre phrase : les communistes sont le levain de la société ». Curieusement, les frictions les plus aigues se produisaient non pas entre ulémas et communistes, mais surtout entre 

« nationalistes » comme si les autres ne l’étaient pas et ulémistes.

[63] Il rejoint le FLN en 1954 et devint membre de son bureau au Caire. Il décède en 1958 suite à une maladie. 

[64] Certes la perte de l’Andalousie à bouleversé les structures politiques et urbaines maghrébine. Le sens de la déroute et les humiliations subies ont selon les textes disponibles engendré des démarcations majeures entre les vrais acteurs. Certaines tribus et notabilités n’ont pas hésité à se mettre aux services des espagnols. C’est un fait largement détail par Al Machrifi. Mais d’un autre côté, les élites traditionnelles ont entrepris des actions jihadiennes et mobilisé la jeunesse pour défendre dans les ribatates les côtes algériennes convoitées. L’initiateur du projet qui a fait école est le saint patron d’Oran venu des profondeurs rurales. C’est l’imam Al Houari qui a entrepris la formation religieuse comme préalable à l’entreprise jihadienne. Dénonçant la trahison de certaines des tribus, il forma des unités jihadiennes de tolba qui libérèrent Oran. Les talibans actuels ne sont qu’une expression très réduite d’une expérience qui est d’origine algérienne. Et c’est dans cette tradition que l’on peut situer le modèle résistancialiste du Cheikh Bouamama et de cheikh Al Haddad.

[65] Écrivain et penseur Andalous. Mort un demi-siècle après ibn khaldoun. Il a fait une lecture analytique de son œuvre. Il s’intéressa à la question de la norme en politique. Il est le premier lecteur D’ibn khaldoun.

[66] Intellectuel algérien du fin 19 siècle. Il s’intéressa à la question de la modernisation technologique et institutionnelle de la société en Islam. Il est parmi les précurseurs de la modernité. Mais mourra exilé en Tunisie. Il a un mausolée à Sidi Boussaid. Il réagit d’une manière intelligente au défit de l’intrusion  de « l’infidèle et de la technique »dans le monde de l’Islam.

[67] Se référer au texte kaabate attaifine (17è siècle) et la monumentale encyclopédie idéologique d’ibn Al Mahali qui a voulu libérer Ceuta mais mourra pendu à Marrakech.

[68] C’est ce qui explique et justifie le pacte politico religieux entre les ottomans et les notables algériens. Ce pacte officiellement consacré par le patron des ordres religieux en l’occurrence Sidi Ahmed Ben Youcef que Baba Arrouj a baisé le pied au petit port de Kristel prés d’Oran,  fera de l’Algérie la plaque tournante des conflits méditerranéens durant plus de quatre siècles.

[69] Au moins une dizaine des grand Imams et cheikh d’Al Azhar sont d’Origine algérienne. Le Mourchid des frères musulmans Omar Tlemçani est algérien aussi. Et la particularité de ce lien revient à un certain Ibn Al Ahrach, adapte parait-il de la confrérie derkawa. Il mobilisa une petite armée et alla combattre Napoléon en Égypte. Il mourût trahi et pourchassé par les turcs du Constantinois.

[70] La souveraineté de territoire comme thèse politique  a enclenché le jihad contre les Turcs dés la fin du 18 siècles. La révolte d’Ibn Al ahrach, puis les soulèvements des ordres religieux, darkawa, kadiria et Tijinia marque le début dune entreprise politique algérienne nationale. Si l’idée de l’état était très vague, la thèse de la souveraineté était déjà en gestation.