Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

L’émergence du récit mémoriel ou autobiographique militant que l’on peut observer sur la scène éditoriale algérienne interpelle les historiens soucieux d’élargir la compréhension d’un passé proche submergé par l’approche événementielle.

Si l’on prend en considération la somme des titres parus depuis l’indépendance, force est de souligner la place et la signification de la représentation de cette mémoire (qui se veut collective) aujourd’hui auprès d’une société peu encline à dire ou raconter, à se mettre en scène, à s’inscrire dans le temps de l’histoire et donc à se situer dans une généalogie familiale, politique ou sociale.

Bien évidemment, au regard de la richesse du mouvement social et politique qui a marqué l’histoire de l’Algérie au XX° siècle, les quelques centaines de titres parues ne sont pas grand-chose. Mais ils nous offrent l’occasion d’entamer une réflexion du processus de formation des générations politiques inscrites dans une double configuration : celle de la situation coloniale au sens où l’emploie Georges Balandier[1] et celle des mouvements nationaux qui ont porté l’indépendance.

Il s’agit donc d’appréhender le phénomène des générations politiques non dans une perspective linéaire du temps mais comme « appartenance à un même espace historico-social » selon l’expression de Karl Mannheim[2] partageant un champ d’expérience, dans des conditions particulières, marquées en général par des moments de crise ou de tensions extrêmes.

L’approche par la catégorie de génération est en mesure de déconstruire l’emprise mémorielle, de sortir de la banalisation des « effets de génération », de tenter de lire autrement la dynamique des mobilisations politiques en saisissant le sens des engagements des acteurs du mouvement national.

 Retour sur la notion de génération

Les deux principales références qui reviennent systématiquement dans ces récits de vie, ce sont les manifestations de mai 1945 et novembre 1954. On peut lire ici et là un certain nombre d’interprétations et de représentations liées à ces deux évènements fondateurs, régulièrement commémorés par ailleurs. Cependant, ce qui est pris en compte dans cette réflexion, c’est moins la commémoration que le discours qui l’accompagne et qui est construit à la fois sur le mode des conséquences et du résultat d’une part et sur une foule de détails d’autre part qui informent de l’importance d’une culture de la résistance, en fragments.

Au fil du temps, c’est donc l’épreuve des faits et de leurs articulations possibles qui sont reléguées pour ne pas dire ignorées au profit de généralités hâtives et aléatoires, réduites à des stéréotypes, quand elles ne font pas la part belle au mode héroïque. S’il  convient de prendre de la distance par rapport à la logique mémorielle et son ambivalence (inscrite dans une double alternative : entretenant à la fois le silence sur le passé et proposant une mise en intrigue) et de revenir donc à l’évènement - ce qui ne veut pas dire du tout retour à l’histoire événementielle – c’est bien autour de l’expérience de l’historisation, soit donc de la problématisation de la notion même de l’évènement que la réflexion sur les générations politiques peut être envisagée.

Si l’on reprend le raisonnement de Karl Mannheim, le temps des générations coïncide avec celui d’une accélération du temps historique où la dynamique sociale se distingue par des bouleversements sociaux, par des crises politiques, des moments de radicalisation [qui, s’ils ne s’accompagnent pas de changement réel, lui ouvrent la voie] dont il importe de dégager la signification en situation. En effet c’est bien en contexte que les transactions entre acteurs se jouent, que des recompositions politiques émergent, que de nouvelles formes d’engagement et de prise de conscience se dévoilent, que d’autres terrains de luttes s’imposent, que les liens de l’individu et du collectif sont configurés. C’est au cœur de ce complexe global d’expériences et d’interférences qui relèvent de la même contemporanéité que vient se greffer l’évènement cristallisateur ou fondateur, évoqué par Mannheim. Celui-ci constitue alors le lieu d’inscription du processus de formation des générations politiques.

En adoptant une telle perspective, la focalisation sur les seuls résultats de la dynamique historique propre à l’année 1945 (à savoir la répression aveugle qui a suivi les manifestations de mai 1945 et le nombre des victimes) ou à l’année 1954 (déclenchement de la lutte armée) ne permet pas d’accompagner le ou les processus des mobilisations politiques et d’en saisir les logiques qui les sous-tendent ni dans le temps court de l’évènement ni dans la longue durée. D’où l’intérêt d’une historisation des  évènements considérés comme des marqueurs générationnels. Les manifestations de mai 1945 en offrent l’exemple : en  s’exposant dans la rue, elles expriment la formule de la radicalisation des luttes opposées à la présence coloniale. Elles suggèrent des questionnements sur le « présent de l’histoire[3] » en situation de crise, à l’aune de la pluralité des temporalités et de leur irréductibilité,  pour en dégager toutes les significations possibles qui ne sont pas déterminées à l’avance comme on veut bien le croire.

Au cœur de l’action politique, de la contestation de l’ordre colonial, il y a un seuil d’indétermination et d’incertitude qu’il convient de prendre en compte, tout comme il y a un éventail de possibilités entrouvertes qui remettent en question l’idée d’un consensus ou d’un accord idéologique entre les groupes engagés dont les traditions ou héritages, les parcours, l’imaginaire, la subjectivité diffèrent. L’entente tacite[4] de circonstance ne signifie pas absence de malentendus et d’ambiguïtés.

L’histoire intérieure des partis nationalistes dont Mahfoud Kaddache a été un pionnier est loin d’avoir livré tous ses secrets. Plusieurs vecteurs tels que les formes de la socialisation politique, les lieux de la formation scolaire, les transactions – ces moments de composition où pointe le partage de « l’horizon d’attente[5] » et sa portée symbolique, notamment sa traduction dans la pratique par les leaders mais plus encore son appropriation par des gens ordinaires des villes et des campagnes – autant que les relations conflictuelles entre formations politiques et à l’intérieur d’une même formation, tous ces champs restent à explorer sérieusement de même que les rapports sociaux qui les structurent.

Mais tous ces angles d’analyse, si déterminants soient-ils, restent insuffisants à expliciter « les enchaînements causaux internes[6] » propres aux évènements de mai 1945. La lecture littérale des documents d’archives, articulés avec les témoignages recueillis versent dans un déterminisme mécanique conforté par les aboutissements connus. Ne serait-il pas possible – et sans doute que l’hypothèse vaut la peine d’être envisagée – de reconsidérer la notion « d’évènement critique » émise par Pierre Bourdieu[7] « pour penser ensemble histoire structurelle et histoire évènementielle » ?

Propositions historiographiques  

Dans les manifestations de mai 1945, le champ de la contestation relayé par toute une sémantique de la libération[8] donne libre cours aux imaginaires insurrectionnels si caractéristiques de formes de politisation larvée, clandestine et imparfaite. C’est dans ce contexte difficile que les mobilisations gagnent les esprits et amplifient « le moment critique » ponctué par de nombreux signes de désobéissance, d’insoumission, de transgression de la discipline coloniale, insufflant de nouvelles synergies. Parallèlement, la préparation des manifestations de mai 1945 n’a pas recueilli un avis favorable auprès des responsables des différentes formations politiques agissant au sein du vaste rassemblement des Amis du Manifeste et de la Liberté. On le sait un peu mieux grâce aux travaux de Kaddache, Redouane Aïnad Tabet, Annie Rey Goldzigher, Jean Pierre Peyroulou, Jean Louis Planche et aux témoignages de Chawki Mostefaï, Saïd Amrani, Sid Ali Abdelhamid[9] : la décision de manifester quoiqu’il en coûte, le jour de l’armistice, revient aux dirigeants du PPA clandestin[10] contre le gré de Ferhat Abbas et ses partisans.

Cette transgression a imprimé aux évènements de mai 1945,  une autre résonance qui se déclinera selon des rythmes propres à la fragmentation du mouvement social. En effet, l’ampleur des manifestations organisées un peu partout a été remarquable et inédite. Il n’y a pas que la multiplicité des lieux des défilés qu’il faut souligner, il faut explorer les convergences qui n’ont pas manqué de se nouer entre acteurs politiques et manifestants venus des alentours, entre discours théoriques et leur traduction concrète par la foule  au cours de ce qu’Erwing Goffman[11] appelle « le face à face interactif » qui se déroule dans l'espace public. D’où l’intérêt d’interroger la fonction politique de l’espace public et des virtualités que son appropriation rend possible. C’est dans ce sens que la perspective de rupture avec la domination coloniale a pu être envisagée. A l’heure actuelle l’excès de commémoration a masqué l’insuffisance de l’historisation des manifestations de mai 1945. En ne retenant que les effets terribles de la répression et de ses traumatismes, la mémoire ne nous dit rien des ressorts véritables de ce qui a constitué une mutation décisive ouverte à d’autres alternatives. A titre d’exemple, l’historiographie a bien sûr proposé un ensemble de séries causales comme les effets de la défaite française de juin 1940, les réactions des prisonniers algériens, de la résistance française sur la population algérienne et en particulier sur la jeunesse ou encore les échos de la Charte de l’Atlantique (14 août 1941) mais a quelque peu négligé les ressorts internes du soulèvement inattendu après les premiers coups de feu et de sa propagation dans les alentours de Sétif, le 8 mai 1945. Le passage à la révolte et le recours à la violence, les attaques dirigées contre les Européens s’enracinent dans les arcanes d’une culture de la résistance populaire. Tous ces actes sont le signe d’une conscience propre à une mémoire de la résistance inscrite dans la longue durée et marquée par la conquête coloniale, les massacres de populations, les dépossessions foncières, le poids des séquestres, le souvenir des refoulements, les entraves à la libre circulation, la mise sous surveillance par un arsenal de lois (code de l’indigénat, code forestier) que Mostefa Lacheraf avait bien souligné dans ses travaux[12] et que l’école des Subaltern Studies[13] a remis à l’honneur. Tous ces fragments ont façonné l’imaginaire de la souffrance des Algériens et leur sensibilité, entretenu leur mémoire et expliquent en partie les logiques de soulèvement et la violence collective.  

En revisitant les réalités socio historiques, on réalise la profondeur des ruptures au-delà desquelles le statu quo n’est plus permis. Ces ruptures se sont nourries des discussions qui ont lieu dans les milieux culturels, à savoir les cercles très actifs dans la plupart des grands comme dans les petits centres urbains. Le débat d’idées a insufflé un nouvel élan au mouvement national en s’ouvrant à un public de plus en plus large, en participant à la naissance d’une opinion publique, alimentée autant par les journaux que par l’écoute de la radio et de la rumeur. Les orateurs en réfèrent constamment au peuple, ce sujet collectif dont la force principale repose sur la jeunesse. En intégrant en grand nombre les masses paysannes que l’exode rural chasse vers les villes à la recherche d’un hypothétique travail, le nationalisme opère le lien avec les réalités sociales. L’historiographie algérienne est demeurée prisonnière de l’analyse des formations politiques calquée sur la lecture des sources produites par les services de la surveillance policière. La négligence de l’analyse sociale réduite à l’énumération des facteurs socio-économiques a fait l’impasse sur l’étude des tensions sociales nées de l’étroitesse du marché du travail en situation coloniale. Or c’est l’analyse des oscillations économiques et des conflits sociaux qui seule est en mesure d’expliquer le tournant capital pris par le nationalisme algérien, tournant qui se traduit par l’adoption de nouvelles références culturelles et d’un langage politique plus radical en comparaison de celui de l’entre-deux guerres. A ce niveau de la réflexion, il est permis de suggérer une révision de la périodisation des évènements politiques à articuler nécessairement aux réalités sociales au cœur desquelles les générations du moment ne peuvent plus supporter la domination coloniale. Si la question nationale évolue et prend un sens nouveau, c’est bien du fait de l’émergence de générations politiques qui font leur entrée dans l’espace public, par la force des choses. Pour les historiens, le champ de la recherche reste à élargir  autour des différents segments sociaux liés par le partage d’un malaise général et d’un vécu particulièrement difficile qui constituent la matrice de la contemporanéité des identités sociales en construction. Si la recherche historique continue d’ignorer les mécanismes à l’origine des transformations à l’œuvre durant cette période d’ébullition, elle  encourt le risque de privilégier des explications suspendues à des causes externes au détriment de l’observation et de l’analyse des mouvements sociaux  internes (causes génériques) d’où des conclusions réductrices, simplifiées et répétitives. Une telle posture va à l’encontre de la production du savoir historique en contribuant à son appauvrissement. Pour rendre intelligible les évènements de mai 1945, les logiques mémorielles embrument la complexité des processus sociaux qu’il s’agit de réinvestir en tenant compte du double contexte où les Algériens vont devoir évoluer. En d’autres termes, il reste à forger une histoire de l’Algérie colonisée et d’une Algérie colonisée et placée sous le régime de Vichy. L’approche des deux formes de violence (situation coloniale et régime de Vichy) apparaît d’une extrême importance pour saisir au-delà des repères chronologiques, les préalables  qui font sens pour les Algériens et qui explosent en mai 1945. C’est dans ce « déplacement de l’objectif et par variation de la focale » selon l’expression de Bernard Lepetit [14] que les générations politiques s’engagent dans une expérience nouvelle, défiant à la fois l’ordre colonial et l’ordre des organisations nationalistes traditionnelles. Un vent de la contestation s’impose pour des raisons génériques liées à la  détérioration générale des conditions socioéconomiques et des changements structuraux qui affectent les bases de l’économie coloniale. Ceux-ci se traduisent par une libération plus grande de la main d’œuvre rurale qui se déverse dans les centres urbains. Faute d’être résorbée, cette main d’œuvre libérée trouve un dérivatif à sa misère matérielle en manifestant un intérêt soutenu  aux idées liées à l’émancipation de l’Algérie. Elle participe à l’amplification de leur circulation, elle se montre plus réceptive aux formes de l’engagement politique plus radical. Des générations politiques adhèrent aux A.M.L et leur mobilisation rapide reflète bien cette volonté de s’affranchir de la domination coloniale française. Il reste à poursuivre l’enquête historique plus précisément sur ces générations politiques,  sur les manifestations de rue, sur le corps social envahissant l’espace public, sur les émotions. Les listes d’adhésion aux A.M.L et les dossiers d’internés corrélés aux matériaux fournis par les témoignages des acteurs sont en mesure de nous permettre de cerner les caractères originaux de ces générations politiques. Une esquisse a été réalisée pour la région de Batna, elle révèle l’extrême fragmentation des forces sociales et parallèlement la forte implication de la tranche d’âge des 20-40 ans, autant dire beaucoup de jeunes gens et une majorité d’hommes parvenus à l’âge mûr[15]. Une telle fragmentation n’a pas manqué de peser sur la formation des processus politiques et des stratégies de lutte orientées soit dans le sens d’une radicalisation soit dans le sens d’une  démarche plus mesurée, en fonction des positions sociales des acteurs engagés.

C’est ce que révèlent en tous cas les débats qui divisent les nationalistes du PPA clandestin entre eux avec le reste des acteurs du mouvement des AML. Ces quelques remarques entendent attirer l’attention sur l’urgence de remettre en question les découpages en usage dans le champ historique du nationalisme algérien et de s’affranchir des explications courtes et des pratiques commémoratives qui l’encombrent. Il s’agit d’aller au-delà des schémas historiographiques traditionnels et d’investir de nouveaux objets, des territoires-limites, impensés par paresse intellectuelle, d’entamer enfin « le tournant critique[16] » nécessaire au renouvellement de l’écriture de l’histoire,  à la confrontation critique, à la redéfinition des objets et des pratiques.

Le même manque d’historisation affecte le 1er novembre 1954, enfermé le plus souvent dans la geste héroïque des faits d’armes, occultant là aussi les réalités sociales au vu d’une progression démographique soutenue, d’un exode rural continu,  d’une rapide urbanisation, des changements d’attitudes nées du déracinement, du contact avec la ville et ses lieux de socialisation qui participent aux processus de la politisation des Algériens. L’approfondissement de  ces questions et en particulier l’expérimentation du  concept de sociabilité apportent un éclairage précis à l’émergence des générations politiques plus enclines à s’imposer dans l’espace public, à en disputer l’appropriation. L’exemple de l’expérience du vote, lors des consultations d’octobre 1947, à l’occasion des élections municipales montre à l’évidence ce qui ne peut plus être admis.

La conjoncture de l’après-guerre n’a pas suffisamment été prise en compte par l’historiographie de l’Algérie, enfermée dans un cadre d’analyse, celui de la description des partis politiques empruntée aux sources policières, réduisant cette formidable expérience à un inventaire des déclarations faites par les figures de proue. Si la construction des identités nationales poursuivie et donc inachevée  est un passage obligé à l’effort d’historisation, elle n’acquiert de la signification que par le recours au renouvellement des méthodologies et des postures théoriques qu’on ne peut éviter à l’ère de la circulation des idées. Ainsi l’étude des différentes modalités de la résistance des Algériens et la pluralité des formes de mobilisation qui l’ont porté sont occultées quand elles ne sont pas noyées dans des considérations générales relevant plus de l’hagiographie que de l’histoire critique. D’où l’observation de ce constant décalage entre la faiblesse affligeante de la recherche historique et l’accentuation de la demande sociale.

Il en est de même dès lors qu’on aborde un évènement de rupture qui se cristallise dans la date du 1er novembre 1954. La commémoration et les mémoires renvoient à des usages du passé qu’il s’agit de déconstruire pour en saisir les enjeux politiques qu’ils masquent[17] loin des thèmes héroïsant. En revanche, l’histoire des représentations trouve réponse à ses interrogations dans les fragments de mémoire publiés. La singularité des engagements d’une génération atteste/ témoigne du changement des attitudes[18] des Algériens au lendemain du déclenchement de la lutte armée. C’est bien en ce sens que le 1° novembre 1954 est une autre date fondatrice pour des générations algériennes qui envisagent désormais autrement leur avenir en rupture avec le système. Et c’est bien dans la force du projet de la libération de l’Algérie que réside la consolidation du lien social qui les unit, indépendamment des discontinuités observées durant le temps de la lutte armée. Aussi l’identification du processus enclenché le 1er novembre 1954 ne saurait être confondue avec celui des manifestations de mai 1945, ne serait-ce que parce que le projet porté par les hommes de novembre regarde résolument  vers l’avenir et se donne les moyens de sortir de l’impasse politique. Mais l’engagement des hommes et des femmes qui adhèrent au projet insurrectionnel, au lendemain de novembre 1954 est redevable à la longue gestation de l’esprit d’indépendance qui se joue durant la Seconde Guerre mondiale et auxquels les manifestations de mai 1945 confèrent une visibilité dans la sphère publique. 

Les générations politiques n’ont donc rien de spontané et ne dépendent pas que de contingences. En intégrant leur étude, l’historiographie est en mesure de rendre compte autrement qu’à travers la déclinaison d’une chronologie, de la dynamique sociale et des mouvements politiques qui ont marqué de leur empreinte la période décisive de 1945 à 1962 et dont les travaux de Mahfoud Kaddache en constituent un des jalons. 

Notes

[1] Balandier, Georges, « La situation coloniale, approche théorique », Cahiers internationaux de sociologie, vol 11, 1951.

[2] Mannheim, Karl, Le problème des générations (1928), Paris, Nathan, 1990, trad.de Gérard Mauger et Nia Perivolaropoulou.

[3] Lepetit, Bernard (dir.), Les formes de l’expérience, Paris, Albin Michel, 1995.

[4] Ce fut le cas du rassemblement des Amis du Manifeste et de la Liberté (A.M.L) créé le 14 mars 1944, où figurent non seulement des partisans de Ferhat Abbas, mais aussi de nombreux militants du PPA (interdit) de Messali Hadj et des proches de l’Association des Oulémas Musulmans Algériens. Cf. Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, Alger, SNED, 1981.

[5] Par transactions, nous entendons ces moments de composition où pointe le partage de « l’horizon d’attente » (représenté par l’idée d’indépendance qui ne fait pas l’unanimité au sein des différentes  formations politiques) et sa portée symbolique. L’expression est empruntée à Reinhart Kosseleck, Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, EHESS, 1990.     

[6] Dobry, Michel, Sociologie des crises politiques, la dynamique des mobilisations sectorielles, Paris, Presses de la FNSP, 1986.

[7] In Bourdieu, Pierre, Homo academicus, Paris, Editions de Minuit, 1984.

[8] Il convient de relire les feuilles publiées dans le sillage de la création des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML) en mars 1944, le contenu des prises de paroles dans les cercles culturels, le déploiement de l’emblème national, les slogans affichés, pour comprendre l’importance de ce capital militant qui participe à l’enracinement de la notion de résistance dans les esprits.

[9] Kaddache, Mahfoud, op. cit. ; Redouane Aïnad Tabet, le 8 mai 1945 en Algérie, Alger, OPU, 1987 ; Annie Rey Goldzigher, Aux origines de la guerre d’Algérie, 1940-1945, Paris, La Découverte, 2001 ; Jean Louis Planche, Chronique d’un massacre annoncé, Paris, Perrin, 2006 ; Jean Pierre Peyroulou, Guelma, 1945, une subversion française dans l’Algérie coloniale, Paris, La Découverte, 2009 ainsi que les témoignages de Chawki Mostefaï, sur le site WWW. Mostefai.net ; Saïd Amrani et Sid Ali Abdelhamid, entretien paru dans El Watan le 22 janvier 2007.   

[10] Ces rivalités entre leaders nationalistes n’ont été abordées souvent que par opposition au PPA qui s’affirmait comme étant la seule organisation à incarner la question nationale et à revendiquer ouvertement l’indépendance. 

[11] In La Mise en scène de la vie quotidienne, Minuit, 1973 (1959).

[12] Lacheraf, Mostefa, L’Algérie : nation et société, Paris, Maspéro, 1965, voir en particulier Le patriotisme rural.

[13] Cf. les travaux de Ranajit Guha, Elementary aspects of peasant insurgency in colonial India, Delhi, Oxford University Press, 1983.

[14] Lepetit, Bernard, « Tentons l’expérience », Annales ESC, novembre-décembre 1989, n° 6

[15] Cf. notre communication  « Autres lectures, mai 1945 dans l’Aurès » présentée lors de la journée d’études : Dans l’histoire de l’Algérie, des évènements et des hommes, CRASC, Oran le 16 avril 2008.

[16] Cf. les deux introductions  au débat dans  « Histoire et sciences sociales, un tournant critique ? », Annales ESC, n° 2, mars-avril 1988 et « Histoire et sciences sociales : Tentons l’expérience », Annales ESC, novembre-décembre 1989, n° 6.

[17] Cf. nos contributions « La guerre d’Algérie à l’épreuve de l’écrit » in Regards croisés sur la guerre d’Algérie ; « En Algérie. L’histoire face aux mémoires » in Etat des savoirs en sciences sociales et humaines, 1954-2004, Oran, éd. CRASC, 2008.

[18] Harbi, Mohammed a le premier perçu l’importance de ce changement in  Le FLN, Mirage et réalité, Paris, éd. Jeune Afrique, 1980, pp. 126.