Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

J’avais, dans une notice nécrologie – et dans laquelle je vais largement puiser - présenté une sorte de biobibliographie de ce que je sais de la vie et l’œuvre de celui qui fut mon professeur d’histoire : Mahfoud Kaddache.

Le parcours et l'œuvre de Mahfoud Kaddache participent indubitablement de cette histoire intellectuelle à faire de l’Algérie contemporaine. Il aura été le seul historien (universitaire, s’entend) à avoir exercé et produit avant et après 1962. Ses contemporains, Mouloud Gaïd (1916-1998), Mohamed Chérif Sahli (1906-1989) et Mostefa Lacheraf (1917-2006) n’ont pas suivi de carrière universitaire comme le souligne Hassan Remaoun. D’autre part, Moulay Belhamissi, pas plus que Belkacem Saadallah n’ont publié avant 1962. 

C’est dans la mouvance du mouvement national que Mahfoud Kaddache a apporté sa contribution à la construction - dans des formes politiques nouvelles, le mouvement scout principalement – d'un nouveau rapport à l’histoire de l'Algérie. Mais il est vrai que son nom n'apparaît pas dans tous les écrits signés ou non, publiés dans les journaux du mouvement national des années 1940-1950, en dehors de La Voix des Jeunes.

D’une manière générale, on retrouve dans l'itinéraire de Mahfoud Kaddache, comme dans celui de ses contemporains, cette problématique de l’insertion de la question historique dans la conscience d'un historien, dans sa vie, son milieu et son temps. Il y a, quelque part, ce qu’Antoine Prost appelle l’enracinement personnel des questions historiques[1]. Il y a ce lien direct entre la question de l’historien et l'homme qui la pose.

C’est sur ce terrain que je voudrais simplement revenir sur quelques questions que l’on se pose et que n’osait pas toujours poser à nos enseignants : leur lien avec les grandes tendances de l’histoire universelle. L’histoire positiviste était encore violemment contestée par les successeurs de Marc Bloch et Lucien Febvre un peu partout dans le monde, l’histoire quantitative poursuivait son chemin, l’histoire sociale s’imposait quand l’histoire des mentalités était plus qu’une mode et je conserve en mémoire ce qu’il nous a fallu d’outrecuidance et de courage et l’effort qu’il a fallu à René Gallissot pour mettre de côté sa modestie et nous dire que finalement il faisait de la sociohistoire.

Questions disais-je ! Posons-les.

  • Les outils des historiens sont-ils universels ?
  • Existe-t-il un style national en histoire ?
  • Quelle place pour le comparatisme auquel Feu Béchir Tlili, ici à Oran nous appelait à faire ?
  • Quelle fut la part de Mahfoud Kaddache dans la construction de cette historie de l’Algérie et surtout quelle forme a-t-elle prise ?

Pour avoir été son élève, je peux dire qu’il m’a appris ce que fut Alger sous les Turcs comme il se plaisait à dire mais également l’histoire du mouvement national. Il m’a appris à me diriger vers les archives et je n’en suis pas encore sorti. S’il professait une sorte de culte de la source, il avait compris aussi la diversité de celle-ci : sources écrites et sources orales, le témoignage. Il faut se souvenir que sa première contribution à l’histoire de la Guerre de Libération Nationale a été un recueil de témoignages. Il faut également rappeler sa complicité avec feu Mohamed Guennanèche. La place de la source était centrale dans son art de faire. Ses quatre ouvrages de ce qui fut son histoire de l’Algérie intitulée L’Algérie des Algériens l’atteste : à chaque fois placer une pièce d’archives en illustration. « Pourquoi ce titre ?» lui avais-je demandé ? « Pour faire pièce au titre d’un autre livre : L’Algérie des Français ! », m’avait-il répondu. J’avais trouvé l’explication un peu courte mais je n’avais surtout pas osé lui demander s’il n’y avait pas là une sorte de vision téléologique de l’histoire ? L’affection et le respect avaient Dieu merci et fort heureusement pris le dessus sur la raison.

Mais les interrogations demeurent ! Les outils de l’historien sont-ils universels se demandaient Jean Bouvier ? Y a-t-il un style algérien en histoire ?

L’influence mondiale des Annales peut nous laisser répondre qu’effectivement, quelque part les historiens parlent le même langage et utilisent les mêmes méthodes d’approches d’un sujet. Mais cette influence a-t-elle traversé la Méditerranée et pénétré l’Université d’Alger puis les autres ? Comment le savoir puisqu’il n’existe pas de revue universitaire d’histoire et que les thèses ne sont pas toutes publiées!

Allons plus loin. Peut-on produire du savoir historique sans consulter les Annales, Past and Present, la Revue Historique, Quaderni Storici et la RHMC ? Peut-on consulter quelque part tout simplement la Revue Maghrébine d’Histoire pratiquement dernier espace de publication de nombreux historiens universitaires algériens ? Mais peut-on produire du savoir historique sans revue ? Les morts successives de la RHCM puis de Majellat Tarikh et de Dirassat Tarikhia et la difficile publication de Massadir montent bien qu’il y a au moins un petit problème dans notre université par rapport non pas seulement à la publication d’une revue d’histoire mais surtout par rapport à la diffusion de la production des travaux des historiens universitaires. C’est bien là que je me permets de situer la part de Mahfoud Kaddache, plus que les deux autres icônes de notre histoire que sont Mohammed Harbi et Belkacem Saadallah. Mohammed Harbi n’appréciera pas d’être qualifié d’icône certes mais peut-on honnêtement travailler sur l’histoire de l’Algérie des années 40 et 50 sans le citer ? C’est l’exploit que réalisent nombre thésards de nos universités et particulièrement à Alger ! Je dis bien citer, pas lire, citer comme référence. Lisons Massadir et comptons combien de fois il est fait mention de Mohammed Harbi ? Vaine et inutile polémique, mais Mahfoud Kaddache n’est pas plus référencié et je ne parlerai pas des historiens non-algériens qui n’apparaissent que faire l’objet de procès d’intention en règle.

Pas de revue, pas de débat et les colloques qui mobilisent des ottomanistes et des médiévistes pour parler de la Guerre de Libération nationale ne manquent pas. J’exagère à peine, bien que cette mode soit passée. 

Comment alors évaluer la place de Mahfoud Kaddache dans l’histoire de la fabrique de l’histoire chez nous ? 

Mahfoud Kaddache comme tout un chacun est d’abord le fils de son temps. Et il reproduit la méthode qu’il a apprise dans ces universités françaises des années 50. Comme certains produits de cette université, il va apprendre aussi à réagir.

Il faut se souvenir qu’il est scout d’abord. Elève instituteur il est déjà scout du groupe BIPI de l’AMINA qu’il quitte en 1941 pour se rapprocher des Eclaireurs Musulmans Algériens d’Omar Lagha nés en 1940 du retrait d’Omar Lagha  des FSMA. Il impulse une dynamique nouvelle aux EMA en attirant, les jeunes de la BIPI, un groupe de jeunes du collège Sarrouy dont Amar Bentoumi et Boualem Bourouiba, une cellule du CARNA dont Basta Ali et Mohamed Derrouiche, ma principale source. C’est le groupe EL KOBT.

En 1943, il prend contact avec la direction des SMA pour opérer la fusion et la naissance d’un groupement scout unifié, tout en se battant pour leur garder leur autonomie. Problème qui resurgira trente ans plus tard lors de la création de l’UNJA.

C’est donc un scout qui fait de l’histoire. Qu’elle a pu être l’influence de son engagement scout sur son  travail d’historien ?  Il s’en défend certes dans un entretien avec Nouara Hocine. Mais encore ?  Dans une interview recueillie par Daho Djerbal, Mahfoud Kaddache rapporte qu'il doit sa passion de l'histoire à son instituteur Benhadj, militant SFIO[2], secrétaire du Congrès musulman en 1936[3]. Détail d'autant plus intéressant que l'on croise ce personnage tant dans la thèse de 3ème cycle que dans la thèse d'Etat de M. Kaddache, alors que le rôle historique des instituteurs et des militants algériens de la SFIO n'est que rarement évoqué dans notre histoire du mouvement national. Mais question de méthode, la vie politique à Alger n’est pas l’histoire du nationalisme et donc on peut évoquer son instituteur dans la première thèse mais pas dans la seconde. Tout comme il évoquait l’AMINA et c’est plus tard que j’ai su ce que cette association avait fait partie de son adolescence.  

Ce n’est donc pas un scout qui fait dans la recherche historique mais un historien qui a été et est resté responsable scout, ceci n’empêchant pas cela. Mais il exerce ces deux fonctions dans un contexte précis, celui d’une génération engagée contre le système colonial et son Etat en retournant contre eux les rares espaces de liberté d’organisation et d’expression acquis par les générations précédentes. Il est donc de son temps et de son pays et on comprend que toute son œuvre est marquée du sceau de son engagement politique. Double engagement. Engagement partisan bien sûr, son militantisme scout favorisait ses liens avec le MTLD et lui montrait les lieux et les voies pour aller vers une autre Algérie, ce pays réel qu'étouffait l'Etat colonial, et engagement académique, par l’application stricte de la méthode historique : critique interne et externe de la source et l'exigence de l'exposition de l'archive.

En 1950, Mahfoud Kaddache fait paraître son premier texte issu son mémoire de DES. Ce premier texte suivi d’un second portent, tout naturellement, sur la Vieille Ville d’Alger, la Casbah[4] qui l'a vu naître en 1921. Premiers travaux qui lui valent une critique élogieuse de l’historien, un peu marginalisé au sein de la faculté d'Alger, Marcel Emerit.[5] Sur Marcel Emerit et ses démêlés avec l’Université d’Alger j’en renvoie au livre de René Gallissot.

A ma connaissance, il ne fera plus paraître d’article académique dans aucune revue universitaire. Il entame sa double carrière d’enseignant et de responsable scout. Après le déclenchement de la Guerre de Libération Nationale parce qu’il a été en rapport politique et amical avec la plupart des responsables du MTLD, et du fait de son statut de responsable, scout, il s’implique dans les débats sur l’avenir de l’Algérie et la fin du statut colonial. On le retrouve au sein du comité de rédaction de Consciences maghrébines avec André Mandouze Salah Louanchi, Réda Bestandji et Pierre Chaulet. Il collabore à l'Espoir, organe des Libéraux d'Algérie en 1956 après un séjour au centre d’internement de Berrouaghia. Sa collaboration à l’œuvre des Centre sociaux lui vaut la haine des éléments de l’OAS. Bref, il travaille clandestinement pour le GPRA.

Après l’Indépendance, Mahfoud Kaddache enseigne l’histoire contemporaine de l’Algérie non seulement dans le cadre du certificat d’histoire moderne et contemporaine mais également dans celui du certificat d’histoire de l’Afrique du nord contemporaine avant leur disparition lors de la Réforme de 1971 qui a vu la mise en place des modules.

Il assure le secrétariat de la direction de la Revue d’Histoire et de Civilisation du Maghreb, qu’il fonde en 1966 avec ses collègues Abdelhamid Hadjiat, Rachid Bourouiba, Charles-Emmanuel Dufourcq, Paul-Albert Février, Pierre Grillon et Mouloud Mammeri dont En 1968 alors qu’il devient directeur de la revue, il vit tout naturellement ce qui avait été appelé l’algérianisation de l’Université avant que d’être à son tour victime de ce que l’on a appelé l’arabisation de l’histoire en particulier et des sciences sociales et humaine sen général. Cette même année, il soutient sa thèse de 3ème Cycle sur « La vie politique à Alger 1919-1939 » sous la direction de Xavier Yacono, ouvrage publié deux années plus tard. En 1974 il essaie de relancer la Société Historique Algérienne. Il apporte sa contribution aux travaux du Centre National d’Etudes Historiques mais lors d’une réunion le 7 mais 1975, présidée par Houari Boumediène, il prend la parole et se démarque des orientations que ce dernier donne aux historiens. En fait, il en récuse le principe du contrôle et l’encadrement de la recherche historique. N’a-t-il pas été une victime collatérale du syndrome Yves-Courrière. Cette année il publie son dernier grand article dans El Moudjahid, sur le 8 mai 1945. Avec un tout petit risque d’erreur ce sera également la dernière fois que ce journal, unique quotidien de langue française fait appel à un historien. Désormais ce sont les journalistes eux-mêmes issus de l’Institut de Journalisme de la rue Jacques Cartier ou de l’IEP qui vont recueillir et publier les témoignages des militants. La mémoire veut alors dicter sa loi à l’histoire. Débat à suivre.

Au nom de l’arabisation, donc, il est donc mis à l’écart du Département d’histoire, lui qui avait publié deux ou trois articles en arabe dans la RHCM.

Après un passage en tant que directeur du musée du Bardo, il est nommé inspecteur général de Français. A cette époque de nombreux licenciés en histoire qui furent ou pas ses élèves avaient choisi ou avaient été obligés d’enseigner le français. Mais il reste que c’est ainsi, j’ai eu le plaisir de le recevoir aux Archives de la wilaya d’Oran. Il voulait profiter de son séjour à Oran pour consulter les archives.

Son retour à l’Université s’effectue à l’occasion de la création de l’Institut de Bibliothéconomie de l'Université d'Alger qu'il dirige de 1976 à 1988. Il peut de nouveau enseigner l’histoire de l’Algérie. Mais il n’a jamais cessé d’encadrer des thèses.

Faut-il relever que c’est à lui que revient la publication du 1er livre de témoignages en langue française sur le 1er Novembre 1954 Récits de feu et dont il signe la préface. En 1980, il publie sa thèse d’Etat Histoire du nationalisme algérien, Question nationale et politique algérienne, 1919-1951. L’inexistence d’une revue académique ne permet pas de mesurer la qualité de la réception de cet ouvrage. Mais sa non-traduction nous autorise à nous interroger sur la qualité de ces étudiants d’histoire qui ne maîtrisant pas le française ont eu l’ambition de renouveler nos connaissances sur cette période.     

La polémique de 1986 avec Mouloud Kassim suite aux attaques de ce dernier contre les historiens universitaires est symptomatique des préoccupations d’ne partie des intellectuels organiques de l’époque. (El Moudjahid, 6, 23, 30 avril et 8 mai 1986). Véritable polémique mais mauvais débat sur une vraie question de fond: la légitimité de et le rôle de l’historien dans la construction de l'histoire.

On sait que un peu partout et pas uniquement chez nous l’histoire est bien la discipline universitaire, la moins bien protégée. Tout le monde peut se dire historien. Mais on sait aussi que tout le monde ne fait pas de longues stations aux archives. Pour Mahfoud Kaddache, la cause est entendue : le débat sur l'Histoire ne concerne que les historiens et ces derniers n'ont pas à se plier aux injonctions politiques, ni à polémiquer avec eux. Il refuse de répondre à Mouloud Kassim.  

Par contre, le débat, qui n’a jamais eu lieu entre Mahfoud Kaddache et Belkacem Saadallah, aurait peut-être montré comment l’histoire du mouvement national est lue à partir de deux positions politiques différentes. A la question de la filiation ENA/PPA/MTLD qui conduit au FLN et à l’Indépendance du premier, répond celle de la place occupée, au sein du mouvement national, par l’Association des Ulama, chez le second.

Aussi, profondément enracinée dans la personnalité de celui qui la pose, la question de l’historien ne se formule que solidaire de documents où il cherche ou/et trouve réponse. Et l’on comprend comment un historien peut être fourvoyé par ses sources, comme a pu l’être B. Saadallah. Et l’on comprend alors cette exigence intransigeante de l’archive qui fut à la base du travail de Mahfoud Kaddache.

Je crois qu’il aura finalement considéré la rédaction d’une histoire générale de l’Algérie comme son œuvre principale en tous les cas comme sa préoccupation première. Il regroupe pour son éditeur français en un seul et gros volume: L'Algérie des Algériens, de la préhistoire à 1954, quatre livres publiés à la SNED puis à l’ENAL. Il respecte le découpage classique des quatre périodes de l’histoire universitaire : antiquité, moyen-âge, moderne et contemporaine. El Kenz dans un hommage rendu à notre auteur avait lourdement insisté sur la place qu’occupait Stéphane Gsell dans les préoccupations méthodologiques de Mahfoud Kaddache. J’en ai été surpris et je suis resté plutôt circonspect. Certes S. Gsell a accompli un gros travail. Personne ne pourra jamais réaliser ce travail de bénédictin que furent ses huit volumes publiés entre 1913 et 1929, de son Histoire ancienne de l’Afrique du Nord. Son travail sur Firmus est tout aussi admirable, quant à son Atlas archéologique nous ne savons que le reproduire. Mais comment accepter cette appréciation que je trouve personnellement terrible et que je me permets de résumer ainsi : « Regardons vivre les Kabyles aujourd’hui on comprendra comment vivaient les Numides, il y a 2000 ans ». Je préfère croire encore qu’il regardait plutôt vers Charles-André Julien. D’autre part comment lire cette maladroite note de son éditeur français en page 4 de couverture du livre L’Algérie des Algériens ? " Cet ouvrage monumental retrace l'histoire complexe et mouvementée de l'Algérie, depuis son occupation au Paléolithique jusqu'à la domination des derniers envahisseurs, les Français." L'Algérie aurait-elle eu pour vocation à être occupée depuis le Paléolithique, si tant est qu’elle existait déjà ?

Enfin il a parachevé cette œuvre par une synthèse de la Guerre de Libération: Et l'Algérie se libéra. Certes, on peut y trouver cette sorte de vision téléologique de l’histoire lorsqu'il écrit que :" La Guerre de Libération (1954-1962) couronne ces longues résistances, le territoire algérien a recouvré ce à quoi il aspirait depuis des siècles."

On peut dire que malgré toutes les précautions qu'il pouvait prendre, par rapport au recul que l'historien prétend devoir avoir avec son objet d’étude, le militant Kaddache pointait derrière l'historien bien que ce dernier ne lui faisait pas de véritable concession. Et même s'il affirme, en substance, dans sa magistrale thèse de 3ème cycle, que Musulmans et Européens vivaient côte à côte mais ne se croisaient pas, se croisaient mais ne se voyaient pas, il n'en fait pas moins la démonstration que l'on ne peut faire une histoire rigoureuse de l'Algérie depuis 1830, en faisant l'impasse sur l'une des deux communautés. Mais il était allé encore trop loin pour nos historiens patentés, à tel point qu'un tel travail est quasiment impensable aujourd'hui. En développant sa thèse sur la montée du mouvement national à Alger et plus précisément sur le courant nationaliste, il fait de lumineuses ouvertures sur l'histoire démographique et sur l'histoire économique et sociale. Rien n'échappe à sa curiosité, ni les débats du Conseil Municipal d'Alger, ni la presse. Il fait la démonstration non seulement des interférences intercommunautaires, mais surtout il nous fait comprendre comment ces luttes politiques ont pour objet la conquête du pouvoir symbolique – ce pays réel – par la reconquête de l'espace. Il nous entraîne vers la connaissance de cet espace (la ville d’Alger), son évolution et ses transformations. Mais hélas ni lui ni personne d’autre ne continuera ce chantier. L’histoire événementielle, celle qui demande peu et rapporte beaucoup puisqu’elle ouvre les portes des colloques grassement organisés, ne laisse plus de place à l’histoire économique vaguement abandonnée aux économistes pressés, ni à l’histoire sociale, pas d’histoire démographique, ni d’histoire des arts de vivre. Il n’est d’histoire désormais que de la période 54-62. La thèse de Mahfoud Kaddache reste orpheline. Il faut donc croire que c’est là notre style national d’histoire, c’est là ce que peuvent produire et/ou nous laisser produire les conditions nationales de notre vie politique et sociale. Notre style national ce serait la dissertation pas le débat. Je gage que c’est là son plus grand regret.

Il aura été un historien classique celui de l’école de Langlois et Seignobos. C’est vrai qu’il n’a pas eu le temps de synthétiser sa vision de l’histoire préoccupé qu’il fut à la faire dans le sens que donnait à ce mot Pierre Nora. Après tout comme l’a constaté à ses dépens, Gilbert Meynier avant de disserter, il faut décrire. Mahfoud Kaddache aura fait sa partie, la plus importante, aux autres de continuer.    

Notes

[1] Prost, Antoine, Douze leçons d'histoire, Paris, Points.

[2] Section Française de l'Internationale Ouvrière, ancien nom du Parti Socialiste Français.

[3] Interview accordée à Daho Djerbal pour Algérie Actualité en 1981, reprise par El Watan du 6 août 2006.

[4] Voir Bibliographie jointe.

[5] Revue africaine, 1951.