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Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Le baccalauréat  professionnel en Algérie : on en a parlé peu ou prou selon les différents acteurs du système d’éducation et de formation et voilà que  malgré la finalisation  des textes  le régissant la concrétisation n’était pas au rendez-vous.  En  2000 sa création fut annoncée et dès lors une commission ministérielle a été constituée dans le but de  préparer  les conditions de sa mise en œuvre. Au plan réglementaire  deux projets de décrets exécutifs portant création de deux diplômes : le DPEP[1] et le Bac pro, furent adoptés. Ces projets, élaborés par les services  du ministère de la formation et de l’enseignement professionnels (MFEP) ont été transmis pour examen au secrétariat général du gouvernement en Juin 2001. Après un long processus  de concertation et de coordination intersectorielles, ces projets ont été finalisés. Cependant, ils sont restés  en attente jusqu’à la tenue  du conseil du gouvernement du 26 Août 2003, date à laquelle le chef du gouvernement a pris la décision de les signer. Toutefois après leur signature et à l’initiative du ministre de la formation et de l’enseignement professionnels, ces deux textes furent retirés en Octobre 2003 en vue de leur enrichissement et actualisation par une commission interministérielle tripartite[2] et  depuis il ne fut  plus question de Bac pro mais de Diplôme d’Enseignement Professionnel (DEP1 et DEP2).

De 2003 à 2008[3], que s’est-il donc passé? Qu’est-il arrivé au Bac pro annoncé pourtant avec fracas[4]?  Comment le projet a-t-il été conçu ? Quels sont les faits marquants de sa trajectoire, de sa naissance à sa mort ? Pourquoi le Bac pro est-il resté à l’état de projet ?

Pour essayer de répondre à ces questions, nous avons :

- fait une analyse du contenu de  quelques textes législatifs,  de rapports, de bilans remis par les services du MFEP  et d’un dossier, entièrement consacré au Bac pro  publié dans la revue du CNF

-mené des entretiens avec des formateurs, des chefs d’établissements de formation et des stagiaires?

  • 1. De l’enseignement technique à l’enseignement professionnel en Algérie : premiers éléments d’un bilan

L’enseignement technique est apparu en Algérie dans les années vingt avec la création des écoles professionnelles chargées de former au plan pratique les ouvriers destinés aux quelques ateliers et/ou entreprises. Ce n’est qu’à partir de 1945 que des centres d’apprentissage (CA) sont créés pour accueillir les élèves issus du primaire[5] et les préparer au CAP[6]. L’enseignement dispensé comprenait environ 60% de travaux pratiques et 40% de cours théorique. A partir de 1958 les centres d’apprentissage deviennent des Cours Complémentaires d’Enseignement Professionnel (CCEP) formant de futurs ouvriers. Quelques collèges et Lycées techniques[7] voient le jour dans les grands centres comme Alger, Dellys, Oran, Constantine et Annaba,  dispensant un enseignement technique destiné à la préparation du Baccalauréat de technicien.

Le Décret 65-172 du 10 juillet 1965 a consacré l’enseignement technique en Algérie. Dès lors, le système comprenait trois cycles différents : le technique court, moyen et long. Le technique court préparait en trois ans, à la sortie du primaire, dans des collèges d’enseignement technique à un certificat d’enseignement professionnel (CAP). Le technique moyen  préparait, après la sixième,  en quatre ans dans des lycées techniques  et/ou sections annexé à des lycées d’enseignement général  à un brevet d’enseignement technique industriel (BEI), commercial (BEC) ou social (BES). Le technique long préparait, après la cinquième,  en cinq ans dans des lycées techniques  au Baccalauréat : Technique-Mathématiques ou sciences économiques.  

L’ordonnance du 16 avril  1976  consacre quatre articles à une option technologique et professionnelle de l’enseignement secondaire : les articles 34, 37, 38 et 41. Dans l’article 34, l’enseignement secondaire est structuré en général d’une part et technologique et professionnel d’autre part.  Selon l’article 37, cet enseignement  vise la formation de techniciens et ouvriers qualifiés comme il conduit à des formations supérieures. L’article 34 décline sa durée  de quatre et l’article 41  spécifie le diplôme préparé : « Bac professionnel »

Le Décret 80-175 du 15 juillet 1980  met en avant le principe d’un enseignement post-fondamental ou secondaire de trois ans général et technique conduisant au Baccalauréat. La loi 84-05 reprécise les objectifs  de l’enseignement technique. Il y est question de préparation aux formations complémentaires dans les instituts de formation professionnelle et d’accès aux études supérieures. En 1993, on comptait  deux filières : la filière technologique[8] et la filière technique[9] . La réforme mise en œuvre par l’éducation nationale en 2002 est à l’origine d’une réduction des options au bac : la restructuration des filières a débouché sur quatre options au lieu de dix. Cette réduction a entraîné une extinction des filières techniques industrielles. Les options du technique consistaient en une spécialisation précoce en vue de l’insertion, des sortants du système,  dans le monde du travail. Les  élèves qui en étaient issus  ne pouvaient prétendre à des études universitaires longues, type ingéniorat.  Selon Samir Boubekeur[10], « l’objectif premier de la nouvelle structuration est d’adapter ce type d’enseignement  à la seule mission assignée au cycle secondaire dépendant du MEN : préparer nos élèves à suivre avec succès des études universitaires. Il ne s’agit plus de penser en termes d’insertion dans le monde du travail. »

Jusqu’en 2005, cet enseignement technique a été conçu comme un enseignement «semi professionnel»  dans le sens où les élèves sortant de ce système pouvaient être orientés vers le cycle court à l’université mais ne pouvaient occuper un poste de travail que sous la condition d’avoir suivi un stage en entreprise en vue de leur adaptation professionnelle. La formation associait des enseignements généraux (40 % du volume horaire) et enseignements professionnels (60% du volume horaire) ; ces taux pouvant varier selon les filières. 

Dans la loi 08-04 du 23 janvier, on parlait désormais d’enseignement général et technologique ; le professionnel est passé au MFEP

Du côté des discours d’acteurs nous avons relevé un large consensus en matière de différenciation de deux types d’enseignement : général ou théorique et académique versus technique ou pratique et manuel. Les meilleurs élèves, déclarent la plupart sont orientés vers l’enseignement général. Pour les admis au technique, à la sortie du moyen (collège), il s’agirait d’une véritable injustice, une dévalorisation  mal vécue « on nous forçait  à aller au lycée technique parce qu’on pense qu’on est nul » « Les meilleurs enseignants, les plus compétents sont au lycée  d’enseignement général ».

Pour certains responsables[11], « l’enseignement technique coûte cher. Il n’est pas rentable. Le MEN ne peut pas continuer à le prendre en charge. Ce n’est pas au MEN de penser en terme d’insertion mais au MFEP.»      

En fait, l’idée d’instaurer un Bac pro remonte, à l’ordonnance du 16 avril 1976 qui prévoyait un itinéraire d’enseignement professionnel débouchant sur le Baccalauréat professionnel. Cette idée a été reprise et approfondie en 2000 par la Commission nationale de réforme du système éducatif (CNRSE). De 2000 à 2002, le projet de mise en place de cet itinéraire a été placé au centre de la réforme du système, prévoyant d'aligner le cursus du lycée professionnel sur celui du lycée général et technologique. L’équivalent du lycée professionnel devait jouer un rôle considérable à la fois au plan socio-éducatif et au plan économique. Il devait constituer une filière d'excellence et de seconde chance pour des milliers de jeunes qui y auraient acquis des compétences professionnelles et humaines les préparant à des études supérieures et à une insertion sociale réussie.

La mise en place de ce type d’enseignement  visait  deux objectifs majeurs : d’une part répondre à la demande des différents secteurs économiques en leur fournissant  des professionnels qualifiés et d’autre part, valoriser la voie professionnelle dont l’image a été longtemps associée à l’échec scolaire. Ainsi, les diplômes de l’enseignement professionnel orientés vers l’insertion professionnelle, ont été théoriquement définis  sur la base d’un partenariat  avec les représentants  du monde économique; et ce,  en vue de répondre aux besoins  identifiés et de donner  aux formés une qualification porteuse d’emploi. Le cursus  devait être organisé en deux cycles de deux années chacun: le premier cycle sanctionné par le DPEP et le second par le Bac pro présenté par les textes[12] comme un diplôme de niveau IV ayant pour finalité première l’insertion professionnelle dans le monde du travail, sans pour autant exclure ses titulaires de poursuivre  des études supérieures.

La préparation au bac pro devait s’adresser aux élèves ayant le niveau de 9ème année fondamentale (4ème année moyenne) admis en 1ère année secondaire et aux titulaires d’un CAP. La durée globale de formation devait être de quatre ans durant lesquelles l’élève devait acquérir une formation à la fois certifiante[13]  et qualifiante.  Lorsqu’en 2000, le dossier  de création du Bac pro en Algérie avait été présenté, il fut accueilli favorablement par les politiques[14]. Appuyé pendant plus de deux ans, par des réflexions, des études, des séminaires et une coopération technique intense avec des organismes étrangers de renom, il semblait augurer  la prémisse d’une véritable réforme du système de formation professionnelle en Algérie. Toutes les institutions du secteur (INFP, IFP, DFP, CERPEQ, les cadres du secteur…) y avaient participé d’arrache- pied, avec professionnalisme et sans la moindre obligeance partisane  ou autre, et la mobilisation du fonds d’aide de l’UE[15]. Des stages de formation à l’étranger avaient été organisés pour un certain nombre d’agents d’encadrement et de formateurs. Le lancement du projet devait se faire par étapes à travers certaines institutions pilotes et pour un certain nombre de métiers choisis, en fonction d’arguments techniques et pédagogiques déterminés, avant de s’étendre[16] à l’ensemble du réseau de la formation professionnelle.

En décembre 2002, le secteur de la formation et de l’enseignement professionnels a lancé à titre expérimental huit sections d’enseignement professionnel, d’un effectif de 35 élèves chacune, soit un total de 280 élèves[17]. Ces sections ont été ouvertes au niveau de 6 établissements pilotes (INSFP) répartis sur trois wilayas : Alger, Annaba et Oran.

Les résultats de l’expérimentation  dans les six établissements pilotes furent probants[18]. Sur 280 admis[19] :

  • 126 (49,41%) avaient obtenu une moyenne générale égale ou supérieure à 10/20
  • 97 (34,64%) avaient obtenu une moyenne comprise entre 8 et 10
  • 57 (6,27%) avaient obtenu une moyenne  inférieure à 8%

Il ressortait de cette évaluation  que les élèves issus de la 9ème AF (75,71%) et ceux issus du CAP (24,29%) réussissaient  de la même façon.

Ces résultats encourageants permettaient l’ouverture, à la rentrée 2003-2004, de 16 sections supplémentaires au niveau de 13 établissements  répartis sur 9 wilayas : trois à l’Est, trois à l’Ouest et une au Sud ; les 24 sections ainsi créées pouvant totaliser  un effectif global de 840 élèves. Et parmi les autres prévisions, il faut probablement noter l’organisation  de la première session du Baccalauréat professionnel en juin 2006.

Tableau 1 : Établissements accueillant des formations conduisant au Bac pro en 2003-2004

Établissement

Wilaya

Spécialité

Nombre de sections

INSFP  Bir Mourad Raïs

 

 

Alger

Arts et industries graphiques- Options Impression et  forme imprimante

04

INSFP Bir Mourad Raïs

Froid et climatisation

02

INSFP Mohammadia

Maintenance des systèmes informatiques

02

INSFP Beaulieu

Maintenance industrielle et  maintenance automobile

02

INSFP  Didouche Mourad

Annaba

Fabrication mécanique

02

INSFP   de Batna

Batna

Froid et climatisation

01

INSFP Sidi Mabrouk

 

Constantine

Maintenance des systèmes informatiques

01

INSFP El Khroub

Fabrication mécanique

01

INSFP Es Sénia

Oran

Maintenance des systèmes informatiques et Maintenance automobile

02

INSFP Hassi Messaoud

Ouargla

Froid industriel et climatisation

01

INSFP de Saïda

Saïda

Maintenance des systèmes informatiques

01

INSFP Oued Aïssi

Tizi Ouzou

Froid industriel et climatisation

01

INSFP de Tiaret

Tiaret

Maintenance des systèmes informatiques

01

13

09

 

24

Source : MFEP

Mais le 12 septembre 2004, le Bac pro fut supprimé. Pour quels motifs ?

 2. Le Bac pro ou la défaite d’un projet émancipateur

Ce que nous avions relevé d’explicite dans le discours de certains responsables au MFEP et chefs d’établissements c’est qu’il s’agissait  beaucoup plus « d’une aventure dans laquelle il ne fallait pas embarquer des centaines d’élèves»[20] ; l’implicite étant que le Bac est un diplôme qui se prépare au lycée et donne accès à l’université.  D’aucuns s’interrogeaient sur l’utilité de ce Bac pro dont les finalités restaient entièrement à définir. D’autres criaient à l’improvisation,  à la navigation à vue du système et au manque d’expérience de l’Algérie dans le domaine de l’enseignement professionnel.

Or, de l’avis de certains enseignants/formateurs et chefs d’établissements, avec le bac pro, l’enseignement professionnel allait pouvoir se détacher radicalement de la formation professionnelle traditionnelle, considérée comme étant le réceptacle des exclus du système éducatif. Des passerelles, vers l’enseignement général, notamment dans des disciplines techniques ciblées, allaient être créées  et hisser les niveaux de qualification professionnelle au rang des performances et des normes universelles. 

Les initiateurs enfin de ce projet voyaient dans ce précepte une véritable révolution dans le système éducatif, d’une manière générale ; une révolution qui allait engendrer un incontestable cadre de promotion sociale pour l’ensemble des sortants du système éducatif ; mais révolution qui n’a pas pu se faire. Le retard dans la diffusion  du programme de formation conjugué à l’hétérogénéité des profils des élèves et des enseignants et aux résistances  des deux autres secteurs: éducation nationale et enseignement supérieur constituaient  de réels obstacles.

Le refus de la dénomination « lycées » aux structures du MEFP  chargées de l’enseignement professionnel semblait aller de soi  dans le sens où le lycée dans les représentations collectives et la loi d’orientation de l’éducation nationale préparait aux études supérieures essentiellement. De plus, l’enseignement général (et technologique) et l’enseignement professionnel (et technique), n’assumant pas  la même fonction ne doivent pas être assurés de manière indifférenciée  dans les mêmes établissements. Pour le directeur de l’enseignement secondaire général et technologique du ministère de l’éducation nationale, le lycée d’enseignement général et technologique  et les différents baccalauréats auxquels il prépare s’inscrivent dans un espace hiérarchisé de formations. En outre ces baccalauréats obtenus ne sont pas comparables au Bac pro.

Le clivage symbolique conjugué au manque de réflexion à des passerelles entre les deux systèmes a constitué un  des facteurs déterminants dans la suppression du  bac pro. Outre la crainte de la dévalorisation du bac pro et de la fragilisation de l'apprentissage,  certains  enseignants du secteur  interrogés ont posé la question de  la nécessité d'imposer une réforme, alors que des expérimentations n’avaient pas été effectuées.  Pour d’autres, les risques de sorties sans qualification des jeunes et, par conséquent, de leur exclusion du marché du travail doivent être pris en considération.  A vrai dire, faute de concertation entre les trois secteurs[21],  cette réforme allait constituer un bouleversement, d’autant plus que la prévision de passerelles entre le professionnel et le technologique faisait défaut.

Les admis en 1ère année secondaire technique[22]  ressentaient   leur orientation comme une injustice voire une dévalorisation : « on les forçait à aller au lycée technique parce qu'ils étaient « nuls » pour suivre au lycée d’enseignement général. Cette (auto)dépréciation scolaire entraînait souvent  un désintérêt et  parfois un processus de retrait vis-à-vis de la classe, de l'établissement. Ce processus de désaffiliation analysé par R. Castel dès les années 1990 a été constaté par P. Périer  (2008) lequel affirme qu’il faille: « empêcher que la désaffiliation scolaire ne se radicalise et que la démobilisation dans les apprentissages puis la déscolarisation, ne soit l'amorce d'un processus d'exclusion » impliquant « repli défensif sur soi, sur des pairs ou sur la communauté ethnique »

Les élèves qui entamaient un parcours à l’INSFP étaient conscients de l’ensemble de ces différences entre les filières et les diplômes. Ils étaient aussi conscients, pour la plupart d’entre eux, d’avoir été orientés, ou d’être entrés par défaut à l’institut. Ils savaient cependant qu’une fois le DEP2 obtenu, ils avaient la possibilité, pour ceux qui sont les « meilleurs », de solliciter une entrée en première universitaire. En d’autres termes, si l’entrée à l’INSFP correspondait pour certains à une phase scolaire finale avec l’entrée dans la vie active ou en formation de technicien supérieur, pour d’autres, elle actualisait la possibilité d’une poursuite d’études universitaires, dont la logique reposait sur une double certification à la fois professionnelle et de niveau. Outre le souhait de s’insérer sur le marché de l’emploi, les élèves semblent manifester le désir d’une ascension socio-professionnelle dans l’exercice professionnel envisagé, ascension pouvant être possible par l’obtention d’un titre scolaire plus élevé que le DEP2[23].

Le bac pro était considéré dans cette optique comme une formation permettant d’accroître les compétences professionnelles ainsi que les connaissances pouvant être reconnues dans l’entreprise, traduites par l’accès à un poste de travail qui ne serait pas celui d’un simple opérateur : en ce sens,  « avoir le bac professionnel était une chance à saisir »,  « il permettait un avenir plus désirable sur un double plan social et individuel que le DEP2 ». Les quelques élèves interrogés se situaient dans cette vision anticipant le devenir et s’inscrivant dans une logique de niveau qui combinait hiérarchie du titre et hiérarchie statutaire professionnelle. Le Bac pro, comme tous les bacs, devait selon le projet finalisé, permettre au futur étudiant de s’inscrire à l’université. Selon ses réfractaires, les études suivies en mode résidentiel dans les instituts (du MEFP) et en alternance dans les entreprises ne pouvaient pas garantir les pré-requis nécessaires pour une réussite sereine à l’université.

Or, à l’évidence, le Bac pro en Algérie, de par son organisation,  ne pouvait pas tellement différer des  bacs professionnels existant ailleurs : les études s’articulant autour de deux pôles : les matières professionnelles[24] d’une part et les matières de l’enseignement général d’autre part[25].  Il s’agissait de faire acquérir des savoirs et/ou des savoir-faire à partir de réalisations concrètes liées à des situations professionnelles ; autrement dit, de développer le sens de l’initiative ainsi que l’esprit de créativité et initier aux pratiques de travail et de recherche. En renforçant la professionnalisation de la formation, ce Bac aurait aidé les élèves à définir leur projet professionnel, en identifiant ce qu’ils auraient aimé faire.  La formation en alternance devait comprendre des séjours en entreprise de 16 semaines, réparties sur les deux dernières années.

Pour l’élève préparant le bac professionnel, il se serait agi d’une période de formation à part entière qui lui aurait permis de mettre en pratique ce qu’il aurait appris. Validée par des contrôles en cours de cursus, cette formation en alternance représente la spécificité du bac professionnel : c’est elle qui permet au bachelier d’être immédiatement opérationnel à la fin de ses études, et c’est ce qui fait la valeur de ce diplôme mort-né.

C’est le Diplôme d’enseignement professionnel du 2ème degré (DEP2) qui s’est substitué au Bac pro[26]. En réalité actuellement, l’enseignement professionnel de quatre ans comprend deux cycles : le premier cycle organisé en deux (2) années et sanctionné par le diplôme d’enseignement professionnel du 1er degré (DEP1) et le deuxième cycle de deux ans également sanctionné par le DEP2.  L’accès au premier cycle est ouvert aux élèves de 4ème année moyenne admis au cycle post-obligatoire et aux élèves réorientés à l’issue de la 1ère année d’enseignement secondaire scientifique ou technologique. Le DEP1 donne accès au 2ème cycle de l’enseignement professionnel et confère également à son titulaire une qualification et des connaissances théoriques et pratiques lui permettant l’exercice d’une activité professionnelle. La formation associe enseignements généraux (40 % du volume horaire) et enseignements technologiques et professionnels (60% du volume horaire). Ces taux peuvent varier selon les filières. L'enseignement général comprend des matières scientifiques (maths et physique pour les spécialités industrielles, maths pour les spécialités tertiaires), des langues, de l'histoire, de la géographie, de l'éducation physique et sportive, un enseignement de vie sociale et professionnelle. L'enseignement technologique et professionnel se déroule sous forme de cours, de travaux pratiques et de travaux en atelier, en laboratoire, sur le chantier en fonction de la spécialité. Il s'agit d'acquérir les savoir-faire et la technologie du métier. Des périodes de formation en entreprise, de l'ordre de 4 à 8 semaines selon les filières, sont également prévues.

En quoi diffère ce deuxième cycle sanctionné par le DEP2 de celui projeté et qui devait être sanctionné  par le Bac pro?

 

Tableau 2 : Similitudes et différences du  Bac pro et du DEP2

 

Bac Pro

DEP2

Mode de formation

Résidentiel et en alternance

Résidentiel et en alternance

Type de formation

Certifiante et qualifiante

Qualifiante

Modalités

d’enseignement

 

« Arabe, Français, Langue étrangère 2, mathématiques, histoire-géographie, éducation physique et sportive, éducation artistique, éducation civique, juridique et sociale. »

 

« Enseignement  général  comprenant  des matières scientifiques (maths et physique pour les spécialités industrielles, maths pour les spécialités tertiaires, langues, histoire, géographie, éducation physique et sportive, enseignement de vie sociale et professionnelle. » 

Niveau de qualification

Qualification professionnelle de niveau IV

Qualification professionnelle de niveau IV

Débouché

Permettant l’accès à l’Université 

Permettant l’accès  aux formations de T.S.

La mise en place de l’enseignement professionnel, en alignant la durée des études du Baccalauréat professionnel sur celles des voies générale et technologique, devait contribuer à valoriser et à améliorer l’attractivité de cette voie professionnelle. Les études, organisées en champs professionnels et déclinées en spécialités, auraient permis une mobilité plus importante des élèves à l’intérieur de celles-ci, facilitant les éventuelles réorientations. Des passerelles devaient être introduites entre les différentes filières du secondaire professionnel et technologique afin de favoriser l’élaboration et la construction de parcours de formation professionnelle.

Tableau 3 : Options  du technique (pré-réforme)  et du technologique (post-réforme)

 Technique

Technologique                      

 Electronique

Supprimée

 Electrotechnique

Supprimée

 Génie électrique

Génie électrique

 Fabrication mécanique

Supprimée

 Génie mécanique

   Génie mécanique

 Chimie

   Génie des procédés

 Génie civil

   Génie civil

 Bâtiment et TP

Supprimée

 Techniques comptables

Supprimée

10 Filières

4 Filières

 

A l’observation,  il n’y a pas eu de grands changements aux plans pédagogique et notionnel mais seulement un glissement  (doublé d’une réduction) des options du technique vers le technologique, et ce, dit-on en vue d’élever le niveau de qualification des jeunes, leur insertion professionnelle et surtout leur poursuite d'études dans l'enseignement supérieur. Il s’agissait  de réduire l’image négative  du bac par métier et de tout ce qui est " professionnel " dans notre société qui, dans son inconscient collectif, considère souvent la voie professionnelle comme une voie de la relégation ou de traitement de l'échec. Il est vrai d'ailleurs que le lycée technique a longtemps été utilisé par les autres composantes du système éducatif comme le lieu où pouvaient être résolus les problèmes des jeunes en difficulté ou difficiles. Mais, au-delà même du système éducatif, le problème porte aussi sur l'image de certains métiers dont les évolutions, parfois très importantes, ne sont pas perçues par les jeunes, leurs familles et l'ensemble de la société.

Conclusion

L’enseignement professionnel doit dit-on déboucher sur  le baccalauréat professionnel, diplôme  prenant diverses appellations d’un pays à l’autre  mais renvoyant à une même finalité : entrée immédiate  dans le marché du travail et droit de passage aux formations supérieures. La traduction de cette finalité en objectifs opérationnels a probablement réussi ailleurs faute de contraintes.

La consécration  de  l’enseignement professionnel conduisant au bac pro n’a pas abouti, et ce, non faute d’éligibilité à l’enseignement secondaire dans ses filières générale et technologique. L’objectif d’anoblissement de la formation professionnelle a été certes atteint par le fait  de la rupture  avec le mode de recrutement par l’échec et la mise en place de parcours motivants.

Le Bac pro, s’il n’eut été mort-né,  aurait très certainement constituer une force ascensionnelle  hissant davantage  le système  vers un meilleur niveau de qualité, prévu dans le cadre de la réforme du système éducatif  et plus particulièrement dans le cadre  de la réorganisation de l’enseignement post-obligatoire.

Bibliographie

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Figeat, M., Le baccalauréat professionnel Vingt ans après, Paris, INRP, 2005.

Pelpel, P. et Troger, V.,Histoire de l’enseignement technique, Paris, Hachette Éducation, 2001.

 Notes

[1] Diplôme probatoire d’enseignement professionnel.

[2] Composée de représentants des ministères de la formation et de l’enseignement professionnels, de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

[3] Parution du Décret exécutif 08-294 du 20 Ramadhan 1429 correspondant au 20 septembre 2008 fixant les modalités de création du diplôme d’enseignement professionnel du premier degré (DEP 1) et du diplôme d’enseignement professionnel du second degré (DEP 2).

[4] Cf la presse de l’époque

[5] Et dont les capacités ne pouvaient pas leur permettre d’accéder au collège ou au lycée

[6] Certificat d’Aptitude Professionnelle

[7] Puis les technicums à partir de 1970

[8] Comprenant le génie mécanique, électrique et civil ainsi que la gestion et l’économie

[9] Comprenant  l’électronique, l’électrotechnique, la fabrication mécanique, le bâtiment et les travaux publics, la chimie et technique comptable

[10] El Watan du 7 avril 2007

[11] Directeurs centraux au Ministère de l’éducation nationale, en particulier.

[12] Cf. Article 2 du Décret exécutif 99-77 du 11 avril 1999 

[13] Certifiante  ou diplômante dans le sens où elle devait conduire à une certification : « le Bac pro »

[14] Selon les données recueillies au niveau du MFEP

[15] 60 millions d’euros mais aussi la mobilisation d’une extraordinaire ressource financière du Trésor public.

[16] Au fur et à mesure des résultats acquis sur le terrain et des correctifs suscités par les groupes de spécialistes et les organes chargés du suivi de ce  chantier

[17] Sur un effectif d’inscrits  de 745 candidats dont 662 garçons (88,86%) et 83 filles (11,14%)

[18] Selon Laïfa Aït Boudaoud,  Directeur d’études au MFEP

[19] 250 garçons  et 30 filles

[20] De l’avis des directeurs d’INSFP à Oran et à Alger, avec lesquels nous eûmes des entretiens.

[21] Enseignement/formation professionnels, éducation nationale et enseignement supérieur

[22] Cette orientation est en fait souvent une orientation par défaut, pour des élèves dont la moyenne annuelle de 4ème année moyenne  ne permettait pas un passage en première AS  générale.

[23] Et le Bac pro pour eux  est plus élevé que le DEP2

[24] PPCP, travaux pratiques en atelier ou en classe, 18 semaines de stages en entreprise réparties en première et en terminale

[25] Arabe, Français, Langue étrangère 2, mathématiques, histoire-géographie, éducation physique et sportive, éducation artistique, éducation civique, juridique et sociale.

[26] Le DPEP ayant  donné le DEP1.