Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

La tenue du colloque Les femmes africaines à l’épreuve du développement les 19 et 20 juillet 2009 à Alger à l’occasion du Festival Culturel Panafricain a été pour le Crasc, organisateur de cette manifestation[1], une occasion de rassembler de nombreux spécialistes et militants pour discuter de la problématique des femmes et du développement en Afrique.

Cette thématique s’inscrit dans le droit fil des intérêts de notre Centre. Elle a déjà été l’objet d’un atelier que nous avons organisé en 1994[2].   

Les textes réunis dans cet ouvrage soulèvent deux questions primordiales : la place des femmes africaines dans le processus et les politiques de développement et le rôle des politiques publiques dans la promotion de l’égalité entre les sexes. Primordiales, elles le sont, non seulement au regard de la concomitance des thèmes abordés, mais aussi à cause de leur complexité, et diversité et l’interférence d’autres facteurs, sociaux et culturels notamment.

Par la diversité des thèmes traités, des approches disciplinaires, des aires géographiques et des angles et des outils d'analyse, les contributions donnent à la thématique « femmes africaines et développement » un regard analytique et critique sur les formes multiples du « combat du développement ».  

Parce que la question du développement en Afrique ne peut être pensée, conçue et élaborée qu’avec l’implication des femmes, il est donc évident que l’approche principale de notre thème est la condition des femmes, notion omniprésente dans toutes les analyses. Aussi, comment peut-on parler du développement sans évoquer les inégalités qui persistent entre les hommes et les femmes dans le monde du travail et dans l’accès à l’éducation, aux fonctions de responsabilité et aux hautes sphères de décision ?

Le genre quel outil d’analyse ?

L’approche genre comme outil d’analyse est, a fortiori, au centre de toutes les études qui portent sur le rôle des femmes dans le développement. En associant les femmes à la problématique du développement c’est, en effet, de la nécessité du changement dont il est question. Il semble important ici de rappeler un ouvrage de référence La femme face au développement économique de l’économiste danoise Ester Boserup, dans lequel elle met en exergue l’importance des problèmes propres aux femmes des pays du Tiers-Monde à l’exemple des changements survenus dans leur statut (éducation, emploi, mobilité…), et ce dans toutes les questions qui ont trait au développement économique.

En situant le rôle des hommes dans la thématique du développement du côté du progrès, et celui des femmes du côté de la tradition[3], E. Boserup met en perspective l’importance de l’éducation et de la formation des femmes pour contribuer au développement. Étant donnée la thématique de cet ouvrage, il n’est pas inutile de rappeler la contribution du courant Women in Development (WID) qui s’inspire des idées de E. Boserup. Ce courant, mettant en exergue le rôle des femmes dans le développement, attire l’attention sur les effets « négatifs » que peut avoir la modernisation sur les femmes et également au sujet du rôle du progrès technologique dans la réalisation de leur autonomie[4].

Mais outre ce courant, Femmes et Développement, le lecteur remarquera, inéluctablement, la présence de l’approche Genre et Développement (Women and Develoment).

Qu’il s’agisse du genre et droit social (Ghania Graba), du combat pour l’égalité de genre (Sittou Raghadat Mohamed), de l’accès des jeunes aux offres d’emploi (Aymen Ben Brahim), du Genre, travail et mobilité (Fanta Maiga Diallo), de la mortalité maternelle (Doria Merabtine) ou de l’analyse des rapports de genre en Algérie postcoloniale (Fatma Ousseddik), c’est bien de la construction sociale des genres qu’il est question, et ce en portant un intérêt particulier au rôle de l’État dans l’élaboration des lois, des stratégies et des actions visant l’implication des femmes dans les processus de développement. Les femmes sont ainsi considérées comme « agentes de changement, plutôt que comme bénéficiaires passives de l’aide au développement », comme le remarque avec justesse Eva M. Rathgeber[5]. Dans les contributions citées, l’approche genre et développement est appréhendée pour souligner le rôle des institutions publiques, du monde associatif et des organisations onusiennes et non-gouvernementales afin d’assurer une meilleure intégration des femmes dans les programmes et les politiques de développement.

Le classement des textes dans cet ouvrage ne tient pas compte de l’ordre de la présentation des communications lors du colloque et dans le sommaire des actes. Nous préférons une présentation qui tient compte du contenu des différentes approches utilisées en vue de comprendre la place et le rôle des femmes africaines dans les processus de développement.

L’émancipation des femmes africaines : une condition au développement

Plus de quarante ans après la parution du livre d’E. Boserup (dans sa version anglaise), nous ne pouvons pas ne pas remarquer que ces deux facteurs, éducation et formation, sont des conditions sine qua non pour réussir le développement. Les textes de cet ouvrage, quel que soit l’angle d’approche, soulignent l’importance de ces facteurs.

Comme le montre la première contribution, l’accès inégal des filles à l’éducation est en lien direct avec toutes les formes des disparités entre les sexes, en témoignent les statistiques de l’UNESCO. Le poids de la tradition et l’emprise de la religion dans la vie sociale et culturelle en Afrique sont souvent des prétextes justifiant la situation des inégalités entre les sexes. Ainsi, se pose la question de la « valorisation du capital humain et le savoir pour lutter contre la pauvreté en Afrique », comme l’écrit Odile Ndoumbé Faye. À partir de l’expérience de l’Association des Femmes Africaines pour la Recherche et le Développement (AFARD) qu’elle préside, Faye met l’accent sur cet aspect, tout en soulignant l’importance de la famille pour aboutir à des résultats concrets permettant de réduire les inégalités. Mais l’accès à l’instruction n’est pas le seul obstacle auquel se heurtent les filles. Comme le montre l’étude de Aymen Ben Brahim sur l’accès des jeunes aux offres d’emploi à partir d’une approche de genre, de nombreux handicaps « pèsent sur la mobilité géographique des diplômées candidates à l’emploi ». Les filles et femmes diplômées ont moins de chance de décrocher un poste. Elles sont plus que les hommes condamnées à accepter et/ou à rester dans des postes « de travail temporaire, à temps pareil, sans garanties réelle de recrutement ». À cela s’ajoute le problème de la difficile articulation entre l’influence de la famille et les exigences du monde du travail.

Cette influence s’exerce aussi dans l’accès des filles à l’éducation. Comme le montre l’étude de Sittou Raghadat Mohamed, à partir de son expérience à la tête d’une association œuvrant à la scolarisation et la formation des filles aux Iles Comores, l’intégration de l’approche genre dans le système éducatif est d’un grand intérêt. Car elle permettrait d’ouvrir les esprits des jeunes élèves, garçons et filles, au sens que porte l’égalité dans l’éducation et la formation, et l’emploi après.

Femmes et emploi : les dilemmes de l’égalité

Sur la difficile conciliation entre emploi féminin et vie familiale, Fatma Boufenik aborde « la faiblesse de l’implication des femmes dans le monde du travail », qu’elle explique par « une offre d’emploi limitée… et des contraintes de charges familiales et domestiques qui relèvent quasi-exclusivement de la responsabilité des femmes ». Rappelant les objectifs du millénaire, l’auteure souligne l’importance d’une stratégie pour la lutte contre la pauvreté des femmes qui consiste, entre autre, en la mise en œuvre des mécanismes d’accompagnement, de renforcement des rôles des politiques publiques.

Jacques Charmes et Malika Remaoun s’intéressent à l’emploi des femmes à partir d’une perspective qui tient compte de la mesure des emplois du temps. Partant de nombreuses études et enquêtes auprès des ménages et selon les indicateurs de pauvreté, les soulignent montrent les différentes formes de la « féminisation de la pauvreté » en Afrique (tout en attirant l’attention que « l’indice de Pauvreté Multidimensionnelle (IPM) ne permet plus de progresser dans la voie d’une mesure de la féminisation de la pauvreté »). Leur travail révèle l’écart entre le temps élevé de l’emploi féminin et l’ampleur de la pauvreté féminine, « un phénomène qui va en s’aggravant ». Cela s’explique par le fait que les femmes « n’ont pas suffisamment accès aux ressources monétaires qui leur assureraient une plus grande autonomie » (surtout « lorsque la part du travail rémunéré est ainsi minorée dans l’ensemble du temps de travail »).

Ainsi, l’autonomie des femmes montre la complexité de l’articulation travail et droits des femmes. Outre les inégalités des revenus entre les sexes, la faible autonomie quant à l’utilisation de leurs revenus résume, en partie, l’étendu des inégalités dans les relations domestiques qui vont jusqu’à la consommation et l’usage du temps social.

Dans la contribution de Dalila Iamarene Djerbal, c’est le « problème de la précarité des femmes qui a modifié leur trajectoire sociale » qui est mise en cause. À partir d’un regard critique sur les politiques publiques menées en Algérie dans les secteurs de la santé et de l’emploi notamment (à cause de ce qu’elle considère comme une libéralisation), l’auteure met en exergue le pouvoir patriarcal qui justifie « les inégalités devant la loi, les inégalités sociales, le pouvoir des traditions ». La violence à l’égard des femmes ne peut être conçue comme étant un simple problème social, mais politique aussi parce qu’elle pose le problème du « rapport politique inégal des citoyens entre eux, et des citoyennes par rapport à l’État ». Et pour que l’approche genre et développement ne soit pas un simple discours sans fin, il importe, selon l’auteure, de la traduire dans les activités des institutions[6].

Les femmes en politique : pour réussir le développement 

Avec la contribution de Fatou Sarr, c’est toute l’approche genre, grevée de regards critique, qui est évoquée pour signaler les mécanismes nécessaires pour la promotion des femmes et pour assurer l’égalité de genre dans le continent.  À partir d’une étude sur les statistiques qui ont trait aux disparités de genre selon l’IDSH[7], F. Sarr attire l’attention sur l’importance de  traduire dans la vie réelle les engagements politiques en intégrant les quotas pour femmes et en renforçant le rôle des ministères chargés de la condition féminine en Afrique afin d’accorder aux femmes tous les droits qui leur reviennent.

Parce que la question du droit, comme l’écrit Fatma Oussedik, « reste la seule possibilité de parler, sans violence physique, d’une réalité plus large », il est important de consolider les institutions judiciaires, pour créer de l’équilibre au sein de l’ordre familial et social pour que « l’expression de la violence [ne soit pas la] seule forme de revendication possible ».

À ce propos, Ghania Graba traite, d’un point de vue juridique, du rôle de l’État dans la consécration de la protection de la famille à travers le système de sécurité sociale en Algérie et ses conséquences sur le statut des femmes. Les conséquences ne peuvent leur être que défavorables, en particulier pour celles qui sont au foyer et, pire encore, pour celles qui sont au foyer et divorcées. Le paradoxe consiste dans le fait que « les droits dérivés posent donc un problème d’instabilité, alors que la protection sociale a pour fonction d’assurer une sécurité à l’individu ». Malgré les réformes du code de la famille algérien en 2005, la femme est encore « sous la tutelle du mari, du frère, du fils ou de tout autre mâle de la famille ».

 

Mais, comme le montre Fatima Zohra Guechi, « la loi sur la famille est promulguée par l’État pour réguler les relations familiales dans l’unité parentale ». L’Algérie ne fait pas exception. Partant d’une analyse socio-historique des systèmes politiques du Maghreb et leur rapport au clientélisme et au tribalisme, selon un travail de Mounira M. Charrad[8], Guechi s’interroge (avec l’auteure) sur le rôle des pouvoirs politiques à garantir aux femmes leurs droits. Bien que le livre de Charrad ait paru avant les amendements des codes de la famille au Maroc (2004) et en Algérie (2005), son hypothèse sur la nature patriarcale des systèmes politiques au Maghreb semble encore opératoire, notamment en ce qui influe négativement sur les droits des femmes, conclut Guechi. Ce qui est certain à cet égard, c’est que ces réformes ne mettent pas fin aux discriminations tant que les normes sociales et les règles religieuses dominent dans les sociétés maghrébines.

Pour sortir de toute forme de tutelle, les femmes participent au processus de la mobilité sociale et professionnelle. À partir des rapports sociaux de genre, des différentes formes des inégalités et discriminations professionnelles qui existent, Omar Derras aborde la mobilité sociale des femmes en Algérie. Soulignant tout d’abord le paradoxe qui existe entre « les textes régissant les relations de travail qui ne font aucune distinction, ni discrimination entre les hommes et les femmes » et « la très faible présence et les difficultés d’insertion professionnelle et d’intégration sociale des femmes dans le monde du travail », l’auteur indique que la précarité de l’emploi et le travail à temps partiel conduisent de nombreuses femmes à une forte mobilité professionnelle horizontale. Indispensable pour comprendre les grands mouvements sociaux, comme disait Pareto[9], la mobilité sociale, sujet qui ne suscite que peu d’intérêt en Afrique, est utile pour analyser les inégalités sociales et leurs évolutions, ainsi que les changements sociaux qui en résultent. L’intérêt de l’étude de O. Derras, est de mettre l’accent sur la rigidité et la stabilité professionnelle en relation avec la présence de la femme active dans des secteurs d’activités économiques spécifiques, et ce en corrélation avec les valeurs qu’elles véhiculent : religion, famille, étude, amitié, argent et politique.

La mobilité des femmes est étudiée sous une autre forme dans cet ouvrage. Fanta Dialo Maiga, dans une étude sur les Camerounaises, grossistes de la banane plantain, souligne l’importance des bonnes pratiques dans la lutte contre la vulnérabilité et pour promouvoir l’autonomisation des femmes immigrées au Gabon. C’est la division sexuelle du travail et l’indifférenciation des activités économique qui sont discutées, voire mises en cause dans cette étude. Femmes immigrées, mais actives et indépendantes, les Camerounaises grossistes de la banane donnent un bon exemple du passage de la vulnérabilité à l’autonomie grâce à la valorisation de leur savoir-faire, et ce malgré la violence « psychique » qu’elles subissent.

Si nous nous permettons de tirer une conclusion (aussi générale) de cette enquête, nous dirions que l’autonomie des femmes s’acquiert par l’estime de soi, la liberté et la confiance en leur capacité, ce qui constituent des conditions nécessaires pour le développement social et économique à la fois.

Peut-on parler d’une gouvernance féminine dans ce sens ? Selon Pascal Touoyem pour se faire, il importe de « saisir le développement au sens de l’accomplissement de l’humain ». Il donne comme exemple, l’expérience du Centre interdisciplinaire pour le développement et les droits humains (CIPAD) qui agit pour la promotion de la paix et de la non-violence pour montrer le rôle, souvent sous-estimé ou ignoré, des femmes dans le développement humain et le développement global, en général.

Sur les femmes africaines et la politique, Fatima Zohra Saï et Fatou Sow tentent de répondre aux questions suivantes : comment renforcer la présence des femmes dans la vie politique ? Comment rendre cette présence effective et efficace ? Dans la première étude, des éléments de comparaison utiles sont présentés en vue de mieux comprendre la représentation des femmes dans les instances étatiques en tenant compte de la position des États à l’égard des conventions internationales. La seconde étude aborde la présence des femmes dans la vie politique à partir de quelques repères politiques qu’elle résume par la « théâtralisation du pouvoir » et le contexte global complexe. Les deux études s’accordent pour mieux mettre en lumière les facteurs sociaux et culturels dans l’émancipation politique des femmes. Comme la remarque avec justesse F - Z Sai, la volonté politique n’est pas suffisante, elle « doit être accompagnée d’une mobilisation et d’une sensibilisation des hommes et des femmes en faveur du changement des rapports sociaux de genre ». Autrement dit, il est nécessaire qu’il y ait une conscience genre, qui implique, selon un travail précieux de Tollesosn Rinehart, un partage entre hommes et femmes des stratégies et des actions en exerçant de l’influence sur les gouvernements afin de prendre des mesures favorables à l’égard des femmes[10]. Mais, si les données présentées et commentées dans ces études révèlent une très faible présence des femmes dans les parlements, les gouvernements, les partis politiques et les postes de haute responsabilité, il convient de remarquer que depuis 2009, date de la tenue de notre colloque Femmes africaines à l’épreuve du développement, de nombreux progrès ont été enregistrés dans ce sens. Par exemple, le pourcentage des femmes parlementaires (chambre basse) au Seychelles a augmenté de 23 en 2009 à 43 en 2012. L’Algérie, grâce à une loi imposant les quotas pour les femmes dans les assemblées élues, le pourcentage des femmes dans l’Assemblée Populaire Nationale a quadruplé, suite aux élections législatives de mai 2012. C’est dire que le quota comme mécanisme (adopté par la conférence de Pékin) permettant de renforcer la présence des femmes dans la vie politique est indubitablement nécessaire. La parité ne peut, dans cette perspective, que stimuler le débat sur l’égalité de genre dans la représentation politique, mais aussi dans le développement économique. Partant de son étude sur les problèmes que pose l’idée de parité dans la République Démocratique du Congo, Gilbert Malemba N’sakila évoque des obstacles psychologiques, politiques, socioculturels, économiques et juridiques pour instaurer la parité, conçue comme étant « plutôt une opportunité socio-historique de la repolarisation sociale de la masculinité ». Il y a, confirme-t-il, une « circonspection actuelle du genre », qui fait que les inégalités soient « vécues dans la praxis sociale par des archétypes ou des clichés des comportements humains et sociaux ». En effet, la question soulevée ici ne se situe pas seulement dans le contexte congolais ou africain. Qu’il s’agisse de l’égalité ou de la parité, de la division sexuelle du travail ou de l’émancipation des femmes, les travaux et les analyses basés sur l’approche genre témoignent, à bien des égards, de la persistance de l’oppression des femmes, et ce sous diverses formes. Car partout dans le monde et dans les différentes disciplines des sciences sociales, le genre, comme l’écrit, Christine Verschuur, « n’apparaît pas toujours comme une catégorie d’analyse utile dans les études de développement », car il existe bien, selon elle, des « résistances et des mésententes autour du mot ‘genre’ dans le développement[11] ».

Être actrices dans le processus de développement

En somme, sans prétendre résumer les contributions ici réunies, cet ouvrage apporte, outre les analyses qui s’appuient sur des statistiques, études, enquêtes et rapports de différentes organisations onusiennes, des réflexions qui ne sont pas neuves, mais qui sont toujours d’actualité afin de mieux comprendre l’interférence des processus de développement. À partir d’une combinaison théorique et d’une connaissance des réalités politiques, économiques, sociales et culturelle, nous souhaiterions qu’elles contribuent à stimuler le débat autour des nouveaux défis. Les nouveaux défis sont liés aux nouveaux rôles que jouent les femmes dans la vie sociale et économique. En Afrique, très particulièrement, les problèmes sociaux, économiques et politiques inhérents rendent l’égalité des chances dans le développement économique problématique. Car pour qu’il y ait égalité, il convient de considérer les femmes comme actrices dans le processus de développement en tenant compte, comme le montre l’analyse genre et développement aux besoins pratiques et aux intérêts stratégiques, mais aussi à la conscience et aux mutations des femmes que connaissent les sociétés africaines.

Qui mieux qu’Alain Touraine, peut résumer les rôles qui doivent revenir aux femmes pour imposer leurs capacités à « se comporter en sujets ». Ine fine, nous ne pouvons que rappeler les deux hypothèses qu’il évoque dans Le Monde des femmes pour montrer l’importance des conflits autour de la situation des droits des femmes :

La première est que « les femmes ne sont pas seulement des victimes ; elles sont encore plus des actrices, qui affirment leur rôle avec vigueur ». […] « la deuxième est que les femmes situent le rôle nouveau qu’elles assument dans un processus de renversement social qui nous fait passer d’une société dont le dynamisme vient de l’accumulation des ressources dans quelques mains […] à un autre type de société qui s’efforce de recoudre ce qui a été déchiré et de remplacer les choix brutaux antérieurs par la recherche des solutions qui provoquent des réactions ambivalentes…[12] ».

Dans tous les processus de développement, l’identification des rôles réels des femmes comme actrices, est plus que nécessaire pour les associer dans toutes les politiques de croissance et de création des richesses.

Références bibliographiques 

Ester Boserup, La Femme face au développement économique (Traduit de l'anglais par Marie C. Marache), Paris, Presses Universitaires de France, Coll. « Sociologie d'aujourd'hui », 1983.

Florence Degavre, « La pensée “femmes et développement” Critique des fondements et pistes pour reconstruire un point de vue féministe croisé Nord/Sud », in Isabelle Guérin, Madeleine Hersent, Laurent Fraisse, Femmes, économie et développement : De la résistance à la justice sociale, Paris, ERES, « coll. Sociologie économique », 2011, p. 63-84.

Dominique Merllié et Jean Prévot, La Mobilité sociale, Paris, La Découverte, « coll.  Repères », 1997.

Eva M. Rathgeber, « Tendances de la recherche et de la pratique dans le champ du développement », in Dagenais et Piché (dir.), Femmes, féminisme et développement, Montréal, Mc Gill-Queen's University Press, 1993, p. 77-95.

Tolleson Rinehart, Gender Consciousness and Politics, New York, Routledge, 1992.

Christine Verschuur, « Quel genre ? Résistances et mésententes autour du mot genre dans le développement », Revue Tiers Monde, n°200, oct-déc 2009.

 

NOTES

[1] Nous tenons ici à remercier le ministère de la culture et le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique pour le soutien qu’ils nous ont apporté pour réussir ce colloque.

[2] « Actes de l’atelier Femmes et Développement », coordonné par Nouria Benghabrit- Remaoun, Oran, Éditions du CRASC, 1995.

[3] Ester Boserup, La Femme face au développement économique (traduit de l'anglais par Marie C. Marache), Paris, Presses Universitaires de France, Coll. « Sociologie d'aujourd'hui », 1983, p. 61.

[4] Cf. Florence Degavre, « La pensée “femmes et développement” Critique des fondements et pistes pour reconstruire un point de vue féministe croisé Nord/Sud », in Isabelle Guérin, Madeleine Hersent, Laurent Fraisse, Femmes, économie et développement : De la résistance à la justice sociale, Paris, ERES, « coll. Sociologie économique », 2011, p. 63-84.

[5] Eva M. Rathgeber, « Tendances de la recherche et de la pratique dans le champ du développement », in Dagenais et Piché (dir.), Femmes, féminisme et développement, Montréal, Mc Gill-Queen's University Press, 1993, p. 77-95.

[6] Il importe peut-être de rappeler ici que les mécanismes institutionnels sont parmi les douze domaines critiques qui doivent être pris en considération dans la promotion des femmes selon le plan d’action de Pékin, adopté par 189 pays.

[7] Indicateur sexospécifique de développement humain.

[8] Mounira M. Charrad, State building and Women’s rights, The making of post-colonial Tunisia, Algeria and Morocco, University of California Press, 2001.

[9] Cité par Dominique Merllié et Jean Prévot, La Mobilité sociale, Paris, La Découverte, «coll.  Repères », 1997, p. 3.

[10] Tolleson Rinehart, Gender Consciousness and Politics, New York, Routledge, 1992.

[11] Christine Verschuur, « Quel genre ? Résistances et mésententes autour du mot genre dans le développement », Revue Tiers Monde, n°200, oct-déc 2009, p. 785-803.

[12] Alain Touraine, Le Monde des femmes, Paris, Fayard, 2006, p. 223-224.