Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

« Tous les jours, des hommes partaient, on s’en apercevait bien : leur départ créait un remous pendant quelques temps ; puis ils disparaissaient absorbés par l’inconnu. Des mois s’écoulèrent encore, la même vie continuait. C’était la drôle de guerre. Mais quelque chose que l’on sentait venir de loin, et qui allait peut être loin, une lame de fond qui se transformerait peut être en une vague géante s’approchait insensiblement »  

Mohamed Dib**

L’historiographie de la guerre de libération nationale de l’Algérie a commencé comme une simple relation de diverses actions armées, d’actes de sabotages menés ici et là. Au-delà de l’évènement fondateur du 1er novembre 1954, la lutte que les partisans algériens commencent au nom du FLN marque un point de rupture par rapport à la résistance du mouvement national, à travers l’ensemble de ses  tendances politiques. Elle  change en effet de statut et de contenu. Il ne s’agit plus d’émeutes sporadiques, de simples révoltes, expression d’un mécontentement sourd et passager, dicté par des esprits enclins invariablement à la rébellion[1].

De fait, la déclaration du 1er novembre 1954 engageait ses précurseurs et invitait le peuple algérien à prendre les armes pour mettre fin à la colonisation française. Tributaire de la disponibilité des sources d’archives, matériaux indispensables à l’analyse, l’écriture de l’histoire est restée longtemps enfermée dans les limites de représentations et d’interprétations fournies par les premières relations de « la nuit de la Toussaint [2]».

La reproduction des principaux faits recensés au cours de cette nuit, telle que la rapporte les journaux de l’époque souligne à la fois ce qu’ils ont d’irréductible et d’inédit et en même temps ce qu’ils ont d’incompréhensible pour les tenants de la colonisation française en Algérie. Dans les services spécialisés, l’afflux de plusieurs renseignements et leur recoupement font redouter le pire de ce qui peut arriver sans pour autant en saisir le sens général. Les autorités françaises ont leur conviction sur la manière dont il faut traiter ce type de révolte, fort de leur grille habituelle d’interprétation. Et comme le hasard de l’histoire place l’épicentre dans le massif de l’Aurès, ce pays du bout du monde, accoutumé à la rébellion, rien de plus normal que le recours à la répression qui a déjà fait ses preuves par le passé.

 D’où la rapidité dans la mobilisation de tous les moyens pour rétablir la sécurité dans les zones effervescentes. Armée et police conjuguent leurs efforts pour la défense et le maintien de l’ordre. Et les résultats des premières interventions sont abondamment commentés par la presse. La mort d’un Grine Belkacem[3] confirme la thèse d’un soulèvement de bandits mais ne le brise pas. 

Cette histoire de la guerre de libération nationale, relatée  à coups de scoops dans la presse coloniale, tente d’apaiser une opinion européenne, fort inquiète malgré les déclarations officielles qui se relaient tant à Alger qu’à Paris. L’opinion européenne reste en effet, attentive au déroulement des « évènements » qui sont loin d’être circonscrits au seul massif de l’Aurès puisqu’ils touchent également d’autres lieux : l’Atlas blidéen, le Dahra, la région de Saint Lucien (Zahana)…mais se refuse à en comprendre les raisons. Dans un aveuglement conjugué, la presse et l’opinion européennes pointent davantage le doigt sur la révolte et attendent que les fauteurs de trouble soient mis à l’arrêt et punis en conséquence.

Il n’y a rien à redire sur cette façon d’appréhender les « évènements » si ce n’est que l’historien d’aujourd’hui ne peut les reprendre tels quels, sans les soumettre à l’épreuve de la critique. Ce qui veut dire que l’histoire de la guerre de libération vue par la presse n’est pas toute l’histoire. Elle n’en est qu’une version[4], une fiction souvent tronquée même si elle a l’apparence de la vérité, en collant étroitement aux faits. Pourquoi ? Parce que l’identification des évènements de 1954 aux révoltes précédentes dont la dernière remonte au 8 mai 1945 est erronée.   

Le paradoxe est que certains historiens[5], de part et d’autre de la Méditerranée, se complaisent et se contentent de la reproduction de ce modèle, sans se rendre compte, qu’en se situant dans cette perspective dont ils inversent juste les termes, ils en viennent à négliger l’essentiel : les raisons du soulèvement du 1er novembre 1954.

A force de privilégier « le mode héroïque », les faits d’armes, les témoignages de certains acteurs, l’historiographie générale de la guerre proprement dite a abouti à en occulter les réalités sociales, à l’exception de quelques travaux[6]. « Or le secret de la guerre d’Algérie, se tient, pour l’histoire sociale, dans le déclassement des masses rurales et dans les transferts de population, qui fournissent les maquis de quelques milliers de combattants et plus encore les villes et leur périphérie […], et, enfin de l’émigration en France » avait déjà noté René Gallissot[7]. Et précisément, ce sont les changements sociaux et leur traduction en des inégalités flagrantes qui confèrent une dynamique particulière aux formes multiples de la mobilisation politique. Celles ci se sont radicalisées en essuyant les coups de butoir répétés de la répression coloniale ce qui a contraint les acteurs sociaux de la politisation à recourir à diverses voies, pour mener au mieux leur action.  

Au risque de déplaire aux tenants de « Evènements d’Algérie»  le 1er novembre 1954 marque bel et bien le début d’une Révolution qui embrase tout le pays. Le temps des insurrections, sans lendemain semble révolu précisément parce que l’objectif à atteindre, (affirmé plus d’une fois, depuis la création de l’Etoile Nord Africaine) est clairement défini et qu’il regarde vers l’avenir. Mieux, les hommes de novembre 1954 se donnent les moyens pour accéder à l’indépendance. C’est ce qui représente une mutation décisive. En ce sens, ils inscrivent leur action dans une perspective neuve et inédite sinon révolutionnaire par rupture du système colonial français.

En nous appuyant sur l’exemple de l’arrestation d’un réseau de résistants de la ville de Tlemcen[8] à la fin de l’année 1955, notre recherche vise à relire autrement l’évènement livré en vrac et dans le désordre, à reconstruire un contexte ou des contextes susceptibles de lui conférer un sens, à tenter de percer le secret des logiques de la révolte[9].

Caserne de Béni Saf, novembre 1955

Le 22 novembre 1955, le jeune Abdallah Seghiri[10] est arrêté, à Béni Saf, au sein même de la caserne où il effectuait son service militaire[11]. Un carnet manuscrit lui appartenant, trouvé par le capitaine chargé de la sécurité, contenait des directives de l’ALN. Son interrogatoire révèle l’existence d’une cellule très active, composée de cinq soldats : Rahmoun Sid Ahmed, Benabadallah Mohamed, Dali Yahia Abd el Ouafi, Grari Mourad et Abdelmadjid Rostane[12] qui en est le chef.

Rostane, en tant que responsable, était chargé de collecter le maximum de renseignements sur l’armée française avant de les transmettre à Driss Dali Yahia et Ahmed Berrahil[13], tous deux agents de liaison (arrêtés également) avec le maquis de la région de Sebdou (Monts de Tlemcen). Selon les premières informations obtenues, les autorités militaires parviennent à identifier les membres des réseaux de la résistance dans la ville de Tlemcen et à procéder à leur arrestation. Elles découvrent avec stupeur l’importance de ce réseau, parfaitement structuré au vu des documents récupérés qui révèlent les effectifs[14] au complet des maquisards,  ainsi que  l’armement et le matériel saisis.

Par ailleurs, le rapport militaire, en date du 10 novembre 1955 indique bien  l’internement de Djelloul Klouch et Djamel Boukli Hacène qui, manifestement étaient à la tête de la section FLN. A la suite des interrogatoires - dont on aurait souhaité lire les procès verbaux - les autorités militaires parviennent à identifier les principaux responsables l’Organisation[15], c’est-à-dire des cellules FLN pour la ville de Tlemcen : outre Klouch et Boukli Hacène, sont signalés Larbi Benamar, instituteur, en poste à Saint Denis du Sig/Sig et Djamel Abdallah Gaouar, menuisier.

Klouch ne semble pas un inconnu de la police : sa fiche de renseignement[16] le présente, comme un ex-un responsable du PPA-MTLD très actif, éloigné des deux tendances rivales (centralistes et messalistes) dont il critique la position attentiste et fondateur « d’une organisation fondant ses principes sur le passage à l’action violente ». Boukli Hacène Djamel est considéré comme son second en tant que chargé des liaisons. 

En fait, ce que ne dit pas le rapport militaire, c’est que les investigations dans la caserne ne sont pas le résultat d’un quelconque hasard. Elles semblent liées à la multiplication des recherches policières suivies d’arrestations qui s’abattent sur bon nombre de militants, au cours du mois d’octobre 1955 dont Mohamed Saïd Merzouk, Tahar Tchouar, Ghouti Ramdane–Mamcha, Abdallah Bouayed, Si Larbi Hamidou, Mohamed Mrabent, Mansour Benmansour, Allal Ouis[17]. Dans cette liste, il s’agit bien des militants du parti du MTLD, mais restés proches ou très proches de Messali Hadj. Quelques uns sont affiliés au MNA[18], comme Si Larbi Hamidou, Mohamed M’rabent, Mohamed Saïd Merzouki, pour lesquels nous disposons d’indications.

Nous savons en effet que durant ce mois d’octobre 1955, les groupes armés du MNA passent à l’action, principalement dans la nuit du 19 octobre 1955. Très rapidement, ils seront paralysés par l’arrestation de quelques 49 dirigeants.[19]

Ces différents militants connus sur la place publique et dûment fichés, ont été, en fait déjà emprisonnés, sans doute, à la suite de la dissolution du MTLD, décidée par le gouverneur général d’Algérie le 4 novembre 1954, ou un peu plus tard, c’est à dire lors du déclenchement de l’opération « Orange amère », le 22 décembre 1954 qui visait les principaux dirigeants du MTLD[20]. Ils reprennent leurs activités dès leur libération, au printemps 1955. Il faut replacer leur élargissement dans le cadre de la politique d’ouverture, initiée par Jacques Soustelle, nouveau gouverneur général, dans les premiers mois de son installation à Alger (hiver 1955)[21]. Soustelle espère par ce geste pouvoir apaiser le climat particulièrement tendu depuis le 1er novembre 1954, entamer le processus de « l’intégration » et lancer de véritables réformes.

C’est ce laps de temps qui est mis à profit par les militants libérés de l’ex MTLD, pour se redéployer dans des actions inscrites cette fois, dans le cadre de la lutte armée. A l’instar des changements observés dans les milieux nationalistes algérois, aucun des militants élargis ne se fait des illusions quant à l’avenir : la plupart se sont mis à la disposition du FLN[22]  quand ils n’ont pas opté pour le MNA.

Il importe de préciser aussi qu’à la veille du premier anniversaire du déclenchement de la révolution, les distinctions entre les tendances : centralistes, messalistes ou activistes ne sont pas encore clairement établies. Il est même probable que « les relations entres les tendances, le passage de l’une à l’autre, n’ont jamais cessé à la base »[23]. En d’autres termes, nombreux sont les militants et sympathisants de la cause nationale qui se positionneront en faveur du projet insurrectionnel, par « réflexe patriotique » sans pour autant avoir tranché en faveur de l’une ou l’autre organisation : le FLN ou le MNA. En fait, nous savons peu de chose sur l’évolution des groupes et réseaux, dans cette première période (1954-1956) marquée à la fois par l’engagement des uns[24] mais aussi par l’attentisme des autres. Aussi, n’est-il pas exagéré d’affirmer que la confusion est encore grande dans les esprits, quant elle n’est pas entretenue volontairement par les partisans du moment[25] ?

Il nous faut tenir compte de ces considérations pour essayer d’expliquer la prise en charge des questions liées à la mise en place de la nouvelle organisation du FLN, qui doit compter avec l’opposition exprimée, peu de temps après, par le MNA[26] et dont nous savons peu de choses, autant pour Tlemcen que pour la plupart des villes algériennes[27].

Si l’on admet en effet la nature inédite du soulèvement du 1er novembre 1954, il a bien fallu mobiliser sinon inventer des formes originales d’organisation pour l’encadrer. Ce sont ces modalités, apparues souvent de manière empirique, qu’on aimerait pouvoir éclaircir, aussi bien pour le FLN que pour le MNA tant il est vrai que les débuts de la résistance ont obéi à des tâtonnements. Lever ces zones d’ombre c’est revenir d’abord à la crise latente qui a commencé à miner le parti MTLD autour des années cinquante avant d’aboutir à la scission de juillet 1954. 

Comment la crise a-t-elle affecté les militants des différents courants (messaliste, centraliste et activiste[28]) divisés mais se réclamant toujours du même parti ?

Si nous parvenons à cerner un peu mieux les raisons du conflit, grâce aux travaux de Mohamed Harbi, nous continuons d’ignorer leur traduction réelle au niveau locale. 

Ce retour aux conditions qui ont précédé et sous-tendu l’émergence des réseaux de la résistance s’impose à qui veut comprendre le processus de leur construction.

En effet, la réflexion gagnerait à entreprendre des recherches pour savoir ce que recouvre la notion de Résistance comme objet historique. Ce choix n’est pas dicté par  une quelconque allégeance à une histoire nationaliste, mais par la nécessité de rendre compte d’une expérience aux multiples facettes et qui renvoie à des attitudes relevant de logiques diverses.

En effet, si la rupture introduite par le 1er novembre 1954 ne s’est pas accompagnée d’une levée des Algériens comme un seul homme, elle n’est pas restée non plus sans réaction. Entre attitude de réceptivité et attentisme ou indifférence de certains groupes ou individus, ce sont autant d’évidences qui exigent des analyses sérieuses. Tout comme il est vrai, à la lumière des documents dont nous disposons que les premiers engagements dans la résistance sont fortement liés à la pratique militante et aux traditions locales de lutte politique. Ainsi, l’affiliation à l’Organisation Spéciale[29] apparaît comme un facteur déterminant dans l’entrée en résistance, sans pour autant être exclusif. Parce que les anciens noyaux de l’OS ont contribué à préparer des groupes à la lutte armée, une certaine vulgate a voulu transposer, à contrario cette sorte d’idéal type politique à tous ceux qui ont pris le chemin du maquis ou fait de la résistance en ville. L’idée d’une continuité reflétée à juste titre par les noyaux de l’OS dissimule tout de même la profondeur de la rupture qui s’annonce le 1er novembre 1954. 

Si l’OS anticipe sur les évènements, elle ne saurait incarner la diversité des situations qui s’imposent sous la pression de l’accélération extraordinaire de l’histoire. Rappelons aussi que les catégories sociales, qui s’engagent dans le combat pour l’indépendance, ne jouissent pas de la même expérience politique. Comme les arrestations antérieures ont décimé les rangs des anciens militants, autrement plus aguerris, ceux qui prennent le relais en 1954, ne possèdent ni le même parcours militant ni la même maturité, indépendamment de leur volonté d’en découdre avec le colonialisme français. Le groupe de soldats de la caserne de Béni Saf se distingue d’abord par sa jeunesse. Le plus âgé n’a pas plus de 25 ans. Avant leur incorporation ou rappel, ces jeunes gens exerçaient des petits métiers : menuisier, bijoutier, peintre, vernisseur sur bois, commerçant…Tous sont natifs de la ville. Contrairement donc à la situation qui a prévalu dans l’Aurès ou en Kabylie, dans l’exemple que nous étudions, la résistance se déploie dans un milieu urbain. Ceux qui vont la porter appartiennent à une mouvance citadine profondément imprégnée de références plus ou moins bien assimilées de la culture politique du moment. L’aventure collective d’une génération s’est abreuvée dans de le cadre de   sociabilités, fortement enracinées dans le tissu urbain qui ont forgé sa conscience politique et nationale.

Nouvelles sociabilités et mobilisation politique

La ville de Tlemcen, comme tant d’autres villes algériennes était traversée par différents courants politiques dans les années cinquante[30]. Elle est parmi les premières à avoir abrité les sections de l’Etoile Nord Africaine. Le lien et l’influence avec Messali Hadj est évident mais il n’explique pas tout. Parmi les pionniers du mouvement : Driss Rostane, Abdelkader Brixi, Ghouti Chérif, Bachir Merad- Boudia, Boumédiène Marouf Rachedi, Mohammed Guenanèche[31] participent à cette lente conquête du droit à l’expression politique.

 La ville va suivre toutes les étapes de l’évolution de l’ENA, qui au gré de la conjoncture, devra changer de nom, plus d’une fois. Dans les années cinquante, le PPA-MTLD est fortement implanté à l’échelle de l’arrondissement de Tlemcen avec quelques 250 militants, répartis à travers 7 sections [32]. La ville de Tlemcen abrite à elle seule deux sections divisées en cellules et implantées dans les quartiers : Ibn Khamis, Benziane, Sidi Boudjemaâ, Sidi Saïd, Sidi Chaker, Sidi Boumediène et Agadir. Cependant, le rayonnement du parti dépasse les murs de Tlemcen, puisque les environs, c’est à dire Descartes/ Ben Badis, Lamoricière/Ouled Mimoun, Hennaya, Turenne/Sebra, Remchi, Béni Saf, Pont de l’Isser/Bensekrane, Nemours/Ghazaouet, Nedroma, Maghnia ont de nombreux militants et sympathisants fort actifs. A Beni Saf et Nemours, le parti peut compter sur un effectif de plusieurs centaines de militants et sympathisants, recrutés principalement dans le milieu des dockers et pêcheurs[33].

Le tableau serait incomplet si l’on omettait de citer les autres mouvements politiques qui se disputent les voix des électeurs et des clientèles en offrant d’autres projets politiques, plus modérés, moins radicaux. D’abord, le mouvement des Elus avec le cercle des Jeunes Algériens est tout aussi implanté, avant de se fondre dans les rangs de l’UDMA créée par Ferhat Abbas, en 1946.

De son côté, le PCA est bien présent avec pas moins de 6 cellules dans la seule ville de Tlemcen, mais également à Ghazouet, Béni Saf ainsi que dans les campagnes environnantes où l’action des syndicats agricoles est importante[34].

Il en est de même pour le mouvement réformiste qu’anime l’Association des Ulémas musulmans algériens, qui sans être une organisation politique, n’en a pas moins participé, par l’ouverture d’écoles et d’associations culturelles, à façonner le patriotisme des jeunes. 

Enfin, bien d’autres associations[35] à vocation culturelle se distinguent par de nombreuses activités, créant de nouvelles sociabilités où interfèrent diverses positions politiques suscitant une réelle dynamique. Ces nadis ou clubs de rencontre impriment des pratiques modernes dont celle de la lecture de la presse[36] est sans doute, la plus révélatrice de ces mutations lentes mais décisives car elles favorisent l’émergence d’un public appelé à élargir son horizon d’attente. La presse à travers ses titres, ses tendances, qu’elle soit locale ou extérieure (titres parisiens côtoient ceux de l’Orient) apporte son lot d’informations commentées sans cesse et répercutées régulièrement ici et là. La densité des nouvelles qui circulent de bouche à oreille nourrit l’imaginaire de populations accablées par les difficultés quotidiennes et donnent du sens aux revendications exprimées par les partis politiques.

Les recherches futures devront accorder plus d’attention à ces lieux de la sociabilité où les Algériens ont fait leur apprentissage de la réunion politique, du débat, de la polémique. Leur rôle a été déterminant et il demande à être apprécié à l’aune de la diffusion des idées politiques appelées par la force des choses à dépasser le cadre provincial pour se fondre dans une configuration nationale.

L’enjeu politique de ces liens établis n’a pas échappé à l’administration française, qui a tenté d’en limiter le développement, en procédant régulièrement à des arrestations et des fermetures des locaux. Cependant, les conditions particulièrement difficiles nées de la répression continue n’ont pu endiguer l’intense mobilisation de larges pans de la société algérienne. C’est donc cette politisation de masse qui est sans doute le phénomène majeur de la période 1945-1954 et qu’il convient de rappeler pour comprendre la force et la récurrence de l’esprit de résistance. Mais si les raisons de la révolte ne manquent pas et se présentent comme une constante, les processus de la résistance et de clandestinité sont enclenchés par le groupe de militants de l’Organisation Spéciale. Partisans avant l’heure, ils ont dépassé le seuil de la contestation latente. 

La dynamique de l’Organisation Spéciale

Parce que les anciens noyaux de l’OS ont contribué à préparer des groupes à la lutte armée, une certaine vulgate a voulu transposer, a contrario cette sorte d’idéal type politique à tous ceux qui ont pris le chemin du maquis ou fait de la résistance en ville. Aussi, l’affiliation à l’Organisation Spéciale[37] apparaît-elle comme un facteur déterminant dans l’entrée en résistance. De fait, la référence à l’OS a acquis un statut de mythe fondateur de la révolution algérienne. Mais notre démarche  n’a que faire du légendaire. Toute élaboration de savoir suppose la disponibilité de matériaux nécessaires à une approche de la réalité historique. Or en l’état de la documentation, lacunaire en raison même du contexte de clandestinité propre à l’existence de l’OS, il est essentiel d’observer la plus grande prudence à l’encontre d’une organisation dont la complexité n’est pas la moindre de ses caractéristiques.[38] C’est Hamou Boutlelis qui a la charge de mettre en place les groupes de l’OS dans la région de Tlemcen et Ain Témouchent, sous la direction de Ahmed Ben Bella[39]. Tandis que la préparation des groupes paramilitaires est confiée d’abord à Brahim Othmane Abdelhamid dit Grari, puis à Mahdjoub Djillali dit Djelloul. 

Abdelouahab Baghli avance les noms des pionniers de l’OS à Tlemcen tels Youb Kahouadji, Snous Ghouti Ould Mahi, Belkacem Ben Yellès, Moulay Boumediène Sedjelmaci, Abdelhamid Mahdad, Mohamed Medjahdi, Mohamed Saïd Merzouk, Mohamed Haissani, Mohamed Guenafda, Mohamed Klouche Djedid, Mustapha Baghadadi…

 Cette liste est à compléter avec celle fournie par Abelkader Ouagouag dans Les grands procès[40] qui ont suivi la découverte de l’OS, dans le courant du mois de mars 1950. Ces données sont loin d’être exhaustives : beaucoup ont réussi à échapper à l’internement et ont été contraints à se disperser et à observer un isolement total quand  ils n’ont pas été réintégrés  dans l’Organisation politique[41].

Par ailleurs, quand l’OS est reconstituée au mois d’avril 1953, les militants acquis à l’idée du recours à la lutte armée pour libérer l’Algérie du joug colonial, mus par une sociabilité de l’ombre, se regroupent de nouveau et procèdent à des entraînements militaires. La création du CRUA en mars 1954 conforte les militants de la base et tous les « illégaux ». Klouch, Boukli Hacène Djamel, Benamar Larbi en faisaient-ils partie ?

 Comme on peut le constater, entre cette date et le déclenchement de la guerre de libération le 1er novembre 1954, de nombreuses zones d’ombre demeurent. C’est en effet le temps des déchirements internes au parti. Les affrontements entre Messalistes et Centralistes qui ont gagné la place publique, ici et là sont-ils relégués au profit du choix des armes ? Contrairement aux prétentions de la vulgate nationaliste, la réponse n’est pas évidente et ne peut être tranchée en faveur de telle ou telle tendance. Par contre, la densité des réseaux de la résistance à Tlemcen et ses environs, au lendemain de novembre 1954, est un facteur qui traduit la transformation profonde à laquelle a abouti le mouvement national dans son ensemble. Le premier novembre agit par conséquent, comme un catalyseur qui pousse à la radicalisation de situations plurielles et contradictoires. Mais à la charge de l’OS, ses militants anticipent sur les évènements même s’ils n’ont pas l’exclusivité au vu de la diversité des engagements qui s’imposeront sous la pression de l’accélération extraordinaire de l’histoire.

A la veille de novembre 1954

Klouch, chef de l’organisation armée pour Tlemcen (ou l’un de ses chefs) est secondé par Boukli Hacène Djamel, responsable des liaisons. A eux deux, ils procèdent au recrutement des militants en puisant dans les rangs du MTLD. La responsabilité des groupes paramilitaires est assurée par Sid Ahmed Baba Ahmed.

Parallèlement Klouch s’occupe de la collecte de la cotisation (égale à 250 francs) et surtout de la propagande politique. Très rapidement, à eux trois, ils constituent le noyau dirigeant et parviennent à rallier un grand nombre de partisans, plus ou moins impatients de passer à l’action La proximité du Maroc et la radicalisation de la lutte nationaliste les confortent dans leurs choix.

 Selon le rapport des autorités militaires, chaque groupe paramilitaire comprend trois cellules. Autour de la cellule dirigée par Abdelmadjid Rostane, arrêté à Beni Saf en novembre 1955, se trouvent Abdallah Seghiri, Abdelouafi Dali Yahia et Sid Ahmed Rahmoun.

La seconde cellule, commandée par Mohamed Benabdallah dit Setti, était composée de Madjid Benabadji, Slimane Kara et Allal Hamadi.

Quant à la troisième, elle réunissait, autour de Mustapha Menouar son chef, Mohamed Dib et Mohamed Bensadas.

 Outre les conférences qu’ils reçoivent en divers lieux de la ville et ses environs, ils s’adonnent à des exercices dans la montagne qui consistent en marches, reconnaissance du terrain, entraînement à la guérilla[42]

 

Djelloul Klouch

Responsable de l’organisation

 

Boukli Hacène Djamel

Chargé des liaisons

 

Baba Ahmed Sid Ahmed

Chef de groupe paramilitaire

 

Cellule 1

Cellule 2

Cellule 3

Rostane Abdelmadjid, chef

Benabdallah Mohamed dit Setti, chef

Menouar Mustapha

Seguiri Abdallah

Benabadji Madjid

Dib Mohamed

Dali Yahia Abd El Ouafi

Kara Slimane

Bensadas Mohamed

Rahmoun Sid Ahmed

Hamadi Allal

 

Klouch reste à la tête de l’organisation jusqu’au mois d’octobre 1955.  Benamar Larbi le remplace à cette date mais Klouch et Boukli demeurent à ses côtés comme adjoints. Quant à Baba Ahmed, il cède la place à Driss Dali Yahia qui devient le responsable paramilitaire des trois cellules dirigées respectivement par Rostane, Menouar et Dghine Ben Ali.

Les armes sont plutôt rares. Quand le FLN-ALN donne l’ordre de passer à l’action le 1er octobre 1955, les groupes de résistants  disposent de trois pistolets et un revolver[43]. On assigne à chacun des groupes désignés[44] un objectif à atteindre. Il s’agit pour l’essentiel d’incendies de plusieurs locaux appartenant à des Européens comme ceux de la MTO (manufacture des textiles de Tlemcen), le garage de Montoro, situé rue de Sidi Bel Abbès, la maison Laik…

L’attaque de la MTO est l’œuvre du groupe dirigé par Benali Dghine (futur colonel Lotfi), Larbi Benamar, Boumediène Oudjedi, Aissa Bendidoun, Abderrezak Bekhti dit « Zoubir » et le dénommé « Nehru »[45].

Dans le courant de ce mois d’octobre 1955, soit une année après le déclenchement de la guerre de libération nationale,  après l’insurrection du 20 août 1955[46] dans la région de Philippeville/ Skikda, il semble que le FLN tente une réelle coordination des actions à mener ici et là, à l’échelle de l’ensemble du territoire algérien. Dans l’Oranie d’une manière générale et à Tlemcen en particulier, l’ALN-FLN passent à l’offensive, même si la presse leur accorde moins d’importance par rapport aux « Evènements du Nord-Constantinois »[47] .

 Du côté des autorités françaises, outre l’acheminement de troupes supplémentaires dans les points névralgiques, on rappelle sous les drapeaux de nombreux jeunes gens. Il se trouve que parmi eux, quelques uns comme Rostane, Dali Yahia Abd el Ouafi cousin de Driss Dali Yahia[48] par exemple, sont déjà membres d’une structure FLN. Ils reçoivent comme consignes de se rendre à la caserne mais de continuer à accomplir un certain nombre de tâches dont la propagande, le recrutement d’éléments sûrs et surtout se tenir prêts à déserter en emportant des armes. La sécurité territoriale découvre chez Dali Yahia Abd el Ouafi, le plan de la caserne du 2ème Chasseurs sise à Tlemcen, les effectifs des militaires français, la variété de l’armement, l’emplacement des camps, le calendrier des départs de convois et les lieux de leur destination, le programme avec les dates et lieux des opérations de ratissage. Tous ces renseignements étaient acheminés vers le maquis par l’intermédiaire d’Ahmed Berrahil.

Quand la cellule FLN est découverte à la caserne de Beni Saf, les autorités françaises parviennent au fil des arrestations à démanteler les réseaux de la résistance de la ville de Tlemcen. Dès la première alerte, Klouch et Boukli sont interpellés. Leur arrestation ébruitée permet à beaucoup de militants de prendre le maquis. C’est le cas de Aissa Bendidoun, qui avait la haute main sur les liaisons et de Boudghène Ben Ali (alias Si Brahim, futur colonel Lotfi), chef d’une  cellule de fidaï qui quitte les bancs de la medersa de Tlemcen dans le courant du mois de novembre 1955. Il en est de même pour  A. Bekhti qui quitte le collège de Slane. 

En conclusion

Pour la mémoire ordinaire mais aussi savante, les régions occidentales du pays sont restées plus ou moins passives les premières années de la guerre. Par cette modeste contribution, nous souhaitons non pas prouver le contraire - ce qui est un faux débat - mais montrer que le phénomène de la résistance à la domination coloniale française et l’engagement dans la lutte de libération nationale était loin d’être marginal et réduit à quelques îlots, lieux traditionnels de la résistance et du banditisme social[49] comme le massif de l’Aurès ou la Kabylie.

Les recherches futures ne manqueront pas d’accorder toute l’attention aux luttes urbaines à travers les réseaux de fidaiyines mais aussi les multiples manifestations (celles de février 1956, à la suite du décès du docteur Benzerdjeb).

 L’exemple de Tlemcen n’est pas unique : Mohamed Harbi a fourni un tableau presque similaire pour la ville de Philippeville/Skikda[50]. L’implantation de réseaux politiques, liée à l’évolution antérieure du mouvement national, a fourni en 1954, aux hommes et aux femmes d’Algérie, un large éventail de références appelé à être formulé en fonction de l’urgence du moment. C’est dans cette rencontre du temps court et du temps long qu’une lecture de la résistance est possible et que sa compréhension est en mesure de progresser loin des confusions qui résultent de manœuvres idéologiques.

 Ce dossier ouvert est loin d’épuiser tous les aspects revêtus par la résistance urbaine. Il reste à mieux aborder le rôle des individus, leur parcours, leur condition sociale, leur profil culturel, les lieux de la sociabilité où ils évoluent… Il est certain qu’une approche anthropologique des formes de la résistance, comme réponse à l’exclusion politique, apporterait de nouveaux éclairages quant aux choix qui ont déterminé l’engagement des uns plutôt que les autres. 

NB. Enfin, cette étude comporte de nombreuses lacunes et n’a aucune prétention d’être exhaustive. Le travail des historiens est lié à l’exploitation critique des sources écrites – connues grâce aux inventaires des différents centres d’archives – dont l’accès reste particulièrement difficile, en raison de la législation en vigueur. Il reste à poursuivre par ailleurs, les enquêtes orales auprès des acteurs et témoins encore vivants et à encourager la publication de leurs mémoires.

Notes

** L’incendie (1956), Paris, Le Seuil, éd. 1974, p.143

[1] Ce qui a retenu l’attention des autorités françaises, c’est précisément la simultanéité des différentes attaques organisés par les premiers groupes du FLN-ALN, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre.

[2] Le principal prototype est illustré par la saga relatant « la guerre d’Algérie » écrite par le journaliste et reporter Yves Courrière, Les fils de la Toussaint, tome 1 ; Le temps des Léopards, tome 2, L’heure des colonels, tome 3 et Les feux du désespoir, tome 4, Fayard, Paris, 1968.

[3] Grine Belkacem (1927-1954), figure légendaire du bandit d’honneur opérant dans le massif de l’Aurès. Il fut condamné plusieurs fois par la justice française, avant de se mettre au service de la résistance algérienne dirigée par Mostefa Ben Boulaïd. Il meurt dans un accrochage à la fin du mois de novembre 1954. Cf. La Dépêche de Constantine, 1er décembre 1954.

[4] Cf. les remarques avancées par Fouad Soufi, « Le 1er novembre 1954 à Oran: action symbolique, histoire périphérique et ... La fabrication d'une mémoire: les médias algériens (1963-1995), La guerre d’Algérie et les Algériens, 1954-1962, dir. Charles Robert Ageron, Paris, Armand Colin/IHTP, 1997

[5] L’un des exemples d’une écriture de l’histoire, conçue sur une lecture partisane et non critique de la presse et des documents originaux nous est fourni par les travaux de Jacques Simon, L’immigration algérienne en France, des origines à l’indépendance, Paris, éd. Paris-Méditerranée, 2000,

[6] Harbi, Mohamed, Aux origines du FLN, le populisme révolutionnaire, Paris, Bourgois, 1975 ; Le FLN, mirage et réalité, des origines à la prise du pouvoir (1945-1962), Paris, éd. Jeune Afrique, 1980 ; L’Algérie et son destin, croyants ou citoyens, Paris, Arcantère, 1992 ; Slimane Chikh, L’Algérie en armes ou le temps des certitudes, Paris, Economica, 1981 ; Mohamed Teguia, L’Algérie en armes, Alger, OPU, 1981 ; Gilbert Meynier, Histoire intérieure du FLN, Paris, Fayard, 2002.

[7] In « La guerre d’Algérie : la fin des secrets et le secret d’une guerre doublement nationale », Le mouvement social, n°138, janvier-mars 1987.

[8] La vulgate de la guerre de libération nationale s’est focalisée sur le massif de l’Aurès renforçant l’idée de faits d’armes isolés et attribués aux traditionnels bandits d’honneur.

[9] Cf. Arlette Farge et Jacques Revel, Logiques de la foule, l’affaire des enlèvements d’enfants en 1750, Paris, Hachette, 1988.

[10] Abdallah Seguiri est né le 9 août 1932 à Tlemcen, il exerçait le métier de vernisseur sur bois avant son enrôlement.

[11] Il faisait partie de la Compagnie Rurale n°2 de Tlemcen qui stationnait à Beni Saf. Ils ont été rappelés comme réservistes. L’essentiel des informations provient d’un dossier 1H 1714* conservé au Shat, Vincennes, France; voir également, Abdelouahab Baghli, L’itinéraire d’un chef de meute : Khaled Merzouk, Scouts musulmans algériens, groupe El Mansourah de Tlemcen, 1936-1962, Tlemcen, imp. Brixi, 2000.

[12] Abdelmadjid Rostane est né le 20 août 1931 à Tlemcen, était employé de commerce.

[13] Driss Dali Yahia, peintre de métier, est né le 9 décembre 1928 ; Ahmed Berrahil, né le 15 octobre 1936 à Tlemcen est garçon épicier. Les deux sont appréhendés, quelques jours après la découverte du réseau de la caserne.

[14] Ils sont signalés mais non mentionnés dans les documents consultés au Shat.

[15] Le terme est traduit de l’arabe nidham

[16] Fiche de renseignement datée du mois d’octobre 1954, 1H 1714*, SHAT, Vincennes.

[17] Sur les arrestations en liaison avec la découverte de la caserne de Beni Saf, voir Abdelouahab Baghli, op.cit., évoque une première vague d’arrestation qui commence le 14 octobre 1955, pp. 205.

[18] Sur la création du Mouvement National algérien / MNA, cf. Mohamed Harbi, Le FLN…op.cit, pp.145 et sv .

[19] Harbi, Mohammed, Le FLN…op.cit., pp. 149-150.

[20] Vaujour, Jean, De la révolte à la révolution, aux premiers jours de la guerre d’Algérie, Paris, Albin Michel, 1985, pp. 336-338.

[21] Sur ces pourparlers entamés par le commandant Vincent Monteil, membre du cabinet Soustelle et la rencontre du 28 mars 1955 où Soustelle rencontra Cheikh Kheireddine, Hadj Cherchalli, Ahmed Françis, voir les indications avancées par Ferhat Abbas, Autopsie d’une guerre, Paris, Garnier, 1980 et Yves Courrière, Le temps des Léopards, pp. 106 et sv.

[22] La plupart des centralistes se sont ralliés au FLN, C’est le cas de Youssef Ben Khedda, Saâd Dahlab, Abderrahmane Kiouane et de bien d’autres militants internés à la prison Barberousse/Serkadji, au lendemain du 1er novembre 1954.

[23] Mohammed Harbi, La guerre commence en Algérie, Bruxelles, Complexe, 1984, pp. 71 et sv.

[24] C’est le cas des frères Maârouf-Rachedi, qui au lendemain du 1er novembre 1954 rejoignent le FLN, cf. A. Baghli, op.cit, pp. 189-191.

[25] cf. le témoignage de Mohammed Memchaoui : «  Mezouar m’a avisé que le groupe auquel il appartenait avait reçu l’ordre d’être prêt le 31 octobre. Il m’a demandé s’il fallait rester dans le groupe ou le quitter. Je lui ai dit d’y rester »,  cité par Mohammed Harbi, Le FLN…op.cit, p. 144.

[26] Le mouvement national algérien, d’obédience messaliste, est créé au mois de décembre 1954, en l’absence de Moulay Merbah, secrétaire général arrêté après le 1er novembre 1954.

[27] La remarque vaut également pour les villes françaises où l’émigration algérienne est fortement implantée.

[28] Nous reprenons les désignations utilisées par Mohamed Harbi, Le FLN, mirage et réalité, des origines à la prise du pouvoir, 1945-1962. éd. Jeune Afrique, Paris, 1980 ; de nombreuses frictions, plus ou moins violentes et partagées, éclatent ici et là entre fractions rivales.

[29] Sur l’O.S, Harbi, Mohamed, Le FLN…op.cit, pp. 69-77.

[30] En bon observateur des réalités algériennes, Jacques Berque n’avait pas manqué de noter que : « Tlemcen (et Constantine) prennent, dans l’ordre de la politique plus d’importance qu’Oran et même qu’Alger… » in Le Maghreb entre les deux guerres, Paris, Le Seuil, 1962, p. 301

[31] Kaddache, Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, 2 tomes, Alger, SNED, 1981.

[32] Kaddache, Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, Alger, SNED, 1980, Tome 1, p.510 et Carlier, Omar, Un militant de l’Action directe : Bou Tlélis Hammou, chef régional de l’OS en Oranie (1948-1950), Oran, URASC, 1988.

[33] Cf. l’étude du regretté Abderahim Taleb Bendiab, « Tlemcen dans les années cinquante », RASJEP, n°4, décembre 1978, pp. 69-102.

[34] Cf. Abderahim Taleb Bendiab, « la pénétration des idées du communisme dans les campagnes algériennes », colloque de sociologie, 24-25 février 1976, MSH, Paris et Nora Benallègue, Algérie, Mouvement ouvrier et question nationale, 1919-1954, Alger, OPU, 2005.

[35] Au sein du mouvement associatif, le rôle des scouts à travers le groupe El Mansourah a constitué un vivier de formation patriotique et d’éveil pour la plupart des militants, au delà de leur appartenance politique, cf. A. Baghli, Itinéraire…op.cit.

[36] Sur l’importance des « titres parisiens, et de ceux de l’Orient », cf. Jacques Berque, Le Maghreb entre deux guerres, Paris, Le Seuil, 1962, p. 313.

[37] Sur l’O.S, Harbi, Mohamed Le FLN…op.cit, pp. 69-77.

[38] Sur le congrès du 15 février 1947, cf. Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, Sned, Alger, 1981 ; Mohamed Harbi, Le FLN, mirage et réalité, des origines à la prise du pouvoir, 1945-1962. Paris, éd. Jeune Afrique, 1980. Si nous connaissons le nombre des délégués (20) représentant les différentes régions du pays, nous ignorons toujours la liste complète.

[39] Outre l’instruction militaire, les membres de l’OS avaient commencé à recueillir des informations sur l’armée, la police … selon les directives contenues dans le rapport de Hocine Aït Ahmed, présenté devant le Comité Central à Zeddine, à la fin de l’année 1948. Sur l’OS proprement dite, outre Harbi et Kaddache, op.cit., voir aussi Omar Carlier, Nation et Djihad, Paris, Fondation des sciences politiques, 1995 et son étude sur Hamou Boutlelis, URASC, 1988.

[40] Cf. Abdelkader Ougouag, Les grands procès (dont celui de l’Organisation Spéciale, mars 1951), Alger, éd. Dahlab, 1989. Dans la liste des militants arrêtés figurent les dénommés : Klouch Djedid Mohamed né en 1922, Baba Ahmed, Brahim Othmane Abdelhamid, Tchouar Choaïb, Mahdjoub Djillali, Benachenhou Benali, Loukil Mohamed, Benosmane Mohamed, Senouci Brixi Boumediène, Merzouk Mohamed et Bestaoui Mohamed. 

[41] Ait Ahmed, Hocine, L’esprit d’indépendance, Mémoires d’un combattant, Alger, éd. Barzakh, 2002.

[42] Beaucoup ont fait du scoutisme et étaient habitués aux longues marches en forêt. Cf. Abdelouhab Baghli, L’itinéraire d’un chef de meute Khaled Merzouk, imp. Brixi, Tlemcen, 2000.

[43] Shat, 1H

[44] Participent à ces actions subversives 11 militants : Menouar, Abderahmane, Abdelkrim dit « Kinta », Boumediène, Kouider, Klouch, Boukli, Aissa, Rostane, Allal Hamedi et Baba Ahmed

[45] Bali Belahssène, Le colonel Lotfi, Alger, éd. Bibliothèque nationale, 2005.

[46] Le 20 août 1955, une action préparée par les hommes de Klouch, échoue à la suite de l’explosion accidentelle d’un paquet de poudre. 1H 1714*, SHAT. 

[47] Cf. Les remarques avancées par Fouad Soufi dans « la fabrication d’une mémoire : les médias algériens (1963-1995) », in La guerre d’Algérie et les Algériens 1954-1962, sous la dir. Charles Robert Ageron, Paris, Armand Colin, IHTP, 1997, pp. 289-303.

[48] A la veille de leur arrestation, Roustane est chef d’une cellule de fidaï, Driss Dali Yahia a pris le relais de l’organisation de la résistance dirigée jusque là par Baba Ahmed vers le 10 novembre 1955.

[49] Hobsbawm, Eric, les primitifs de la révolte dans l’Europe moderne, Paris, Fayard, 1963.

[50] Harbi, Mohamed, L’Algérie et son destin : croyants ou citoyens, Paris, Arcantère, 1992.