Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Le territoire et la collectivité des Ath Waghlis connaissent une histoire, un processus des mutations socio-spatiales riches en enseignements. Celles-ci sont annonciatrices du mode d’approche que définit l’homme dans son milieu face à des contraintes et des potentialités qui s’offrent à lui pour construire son cadre de vie.

1. Présentation du territoire : une occupation dense mais rationnelle du territoire

Grand versant qui tombe en drapé sur l’oued Soummam, le territoire des Ath Waghlis, situé au contrefort de la chaîne du Djurdjura, comporte une deuxième direction d’inflexion ouest-est qui rejoint l’oued Remila. Il est limité par des éléments naturels qui lui confèrent un aspect unitaire, insulaire. L’oued Remila constitue sa limite nord-est tandis que la forêt de l’Akfadou lui donne sa configuration nord-ouest, l’oued Ighzer Amokrane trace ses limites ouest et sud-ouest, l’oued Soummam termine sa configuration dans sa partie sud. D’une morphologie générale plutôt monolithique, le territoire couve de nombreux ravins qui lui donnent un aspect encaissé.

Situé à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de la ville de Béjaia, il couve une superficie de 7454ha. Ce territoire est marqué par des dénivellations importantes ; les crêtes les plus élevées se situent à 1400m d’altitude tandis que les terres de vallée sont à une altitude de 100m.

Le territoire qui couvre six communes et deux dairas : Chemini, Sidi Aich (daira), Tibane, Tinebdar, Souk Oufella, et El Flay (carte n°01) est quadrillé par une trame viaire dont le chemin wilayal n°173 escalade le versant dans sa partie longitudinale est-ouest. La création coloniale de la ville de Sidi Aich en a fait le point de départ. Depuis, quatre voies transversales, véritables pénétrantes raccordent le territoire à la route nationale RN 26. Une ligne de chemin de fer accompagne la RN 26. Une réelle intégration à la vallée est réalisée par les chemins transversaux situés aux limites est-ouest du territoire (carte n° 02).

 

Carte 2 : Souks et vois de communication

Ainsi, la trame viaire tend-t-elle à réaliser une intégration à la fois intra et extra muros. Elle se superpose à la dorsale villageoise, et participe de cette volonté réelle de désenclavement de la montagne (carte n° 02).

Les villages au nombre de 63 dessinent une trame longitudinale sur le versant et construisent ainsi une dorsale villageoise (carte n° 01).

Les versants de la vallée de la Soummam constituent les foyers de peuplement les plus denses de toute la wilaya de Béjaia (Fontaine, 1983), tendance aujourd’hui maintenue. Les Ath Waghlis occupent une position particulière avec des densités rarement vues en milieu rural, « il s’agit là du cœur du noyau de peuplement de la Soummam dont l’importance est reconnue dès l’antiquité et qui n’a cessé de se développer depuis », (Fontaine, 1983, p43). Aujourd’hui sa densité moyenne est de plus de 828hab/km2 (Messaci, 2003), la commune de Tibane atteint 1012hab/km2, densité plus proche des valeurs urbaines que rurales (RGPH 1998). Le territoire reconduit à travers le temps une caractéristique importante : môle de peuplement.

Population essentiellement agglomérée, le taux d’urbanisation est de l’ordre de 66,42%. Cependant, celui-ci est différemment réparti : il oscille entre 91,89% à Sidi Aich et 22,89 % à Tibane (RGPH 1998).

Le panorama économique de la région est en grande partie centré sur le tertiaire (72,75) étayé par le secondaire 23,84 %. La faible part du primaire : 3,39 % (RGPH 1998) consacre une fois de plus l’inadéquation rural/agricole.

                                                Photo densité 

 

Un regard rétrospectif de l’occupation humaine de ce territoire livre une réelle adéquation avec le cadre morphologique et environnemental de la région. Situé à une altitude variant entre 400 et 800m, l’axe de l’habitat procède d’un mode d’occupation conjuguant différents facteurs que sont la donne hydrographique (l’axe de l’habitat se superpose à celui des sources d’eau) (carte n° 01), la donne économique (les terres qui se prêtent le mieux à une exploitation agricole optimale sont préservées de l’habitat), le facteurs pathogènes (l’éloignement des foyers épidémiques) et le facteur défensif (zone à l’abri des incursions).

Cependant, le facteur hydrographique se positionne en donne dominante puisqu’il définit la règle fondamentale de la fixation humaine que les autres facteurs, renforcent, notamment en étoffant la trame villageoise dont l’unité reste tout de même le point de départ de la structuration spatiale mais non le seul (Messaci 1990).

2. L’émergence des nouveaux noyaux

Au centre géographique du territoire, Souk Oufella assure ainsi un équilibre dans le jeu d’échanges dans l’enceinte intra et extra muros. Localisé dans une sorte de « no man ‘s land » sur les chemins qui relient le territoire aux communautés limitrophes (Ath Mansour, Ath Idjer), il se prête donc à la fonction de carrefour qui relie celles-ci.

Lieu de contacts, d’échanges socio-économiques, le souk des Ath Waghlis participe à construire le réseau d’échanges économiques de la Kabylie. La colonisation a procédé à la création de deux souks (Chemini et Sidi Aich) et les mettent ainsi en situation de concurrence qui a propulsé le souk de la vallée (Sidi Aich) au détriment des deux autres, notamment du plus ancien. 

La structure spatiale traditionnelle, articulée autour du village, (Messaci 1990), tend à se diluer dans la nouvelle trame du cadre bâti dans laquelle la conquête d’une voie de communication constitue un axe majeur de structuration. Cette nouvelle orientation dans l’occupation et l’appropriation spatiale a généré trois nouveaux noyaux : Tijounane, Takrietz et Sidi Aich, respectivement agglomération secondaire (communes de Souk Oufella, Chemini) et chef-lieu de daïra. Toutes trois, sont nées de la politique coloniale reconduite dans certains aspects par les différents plans de développement de l’Algérie indépendante qui s’accordent sur la nécessité de s’approprier la vallée. Ainsi, l’organisation spatiale du cadre bâti consacre le passage d’une structure agglomérée à une structure éparse alignée sur une voie de communication. (carte n°01).

2.1. Au commencement les souks et les azibs

- Des souks

L’implantation par la France de deux autres souks, Chemini et Sidi Aich crée un axe d’échange dans lequel le souk pré-colonial Souk Oufella est maintenu en position de centralité géographique, mais plus économique. Cette mise en concurrence induit un glissement de l’espace d’échange de la montagne vers la vallée et annonce la construction d’une trame économique qui conduit à ce que M. Côte (1988) appelle un « retournement de l’espace ». A l’instar du premier, les deux souks ne sont pas implantés dans un territoire villageois. La ville de Sidi Aich est de création coloniale tandis que Chemini correspond à un no mans’land qui a donné lieu à l’installation d’un des premiers sièges de commune (1963) et à un groupement scolaire. ( carte n°02 ).

Traditionnellement lieu de pouvoir, Souk Oufella reconduit cette fonction par l’implantation du siège de l’APC en 1985. Ainsi, cet espace réalise une double vocation : au centre de la vie active de la communauté, (de par les ses relations qu’il génère et gère, met en équilibre deux noyaux villageois) il est aussi périphérique à la vie des villages et préserve donc le caractère privé de ceux-ci. Aussi, est-il au centre du territoire tout en tournant le dos aux villages. La création du souk de Sidi Aich sur les deux axes de communication (route, voie ferrée) pèse dans le glissement de l’espace économique.

Le centre de gravité des souks connaît le même phénomène de glissement. Celui-ci n’est pas sans conséquence sur la trame villageoise puisque des noyaux en voie d’urbanisation y sont nés. Ceux-ci présentent une organisation spatiale éparpillée, en rupture avec la trame villageoise organisée autour du village. Aujourd’hui, le souk de Sidi Aich est classé parmi les plus importants de la wilaya de Béjaia même s’il demeure assez modeste en comparaison avec ceux des Hautes plaines de l’Est (carte n°02). Il confère à la ville une importance réelle dans la vallée de la Soummam (Fontaine, 1986) et contribue à asseoir la trame économique de la vallée orientée vers les commerces, les services et l’industrie en balbutiement (tableau n°02).

- Les azibs

L’occupation de la vallée est indissociable de l’histoire des azibs (fermes), le procès verbal du Sénatus-consulte (1863) y répertorie quatre azibs appartenant essentiellement aux habitants des villages de Takarabt, Aguemmoun, Tiliouacadi et Djenane ; par conséquent les azibs sont situés dans le finage de ceux-ci (carte °03).

L’occupation permanente de ces noyaux a lieu consécutivement à la construction par les troupes militaires françaises de trois forteresses qui se trouvent à Souk Oufella, à Tissira et à Chemini, sur les points les plus élevés de la région. La montagne a ainsi perdu le caractère d’espace protégé car désormais violée. Y a également pesé, le processus d’atomisation de la famille enclenché qui facilite la mobilité spatiale de celle-ci. La vallée longtemps redoutée, donc fuie pour des raisons de sécurité et d’hygiène, s’annonce dans un mouvement historique lieu de sécurité par opposition à la montagne d’antan.

La concomitance de la création de nouveaux souks et de l’appropriation permanente des espaces azibs ainsi que la création récente de la ville de Sidi Aich a donné des décennies plus tard la trame spatiale de la vallée dans laquelle les trois agglomérations s’avèrent des points de cordage du nouveau maillage. 

2.2. Sidi Aich : D’un gîte d’étape à une petite ville

Créée en 1874, en tant que gîte d’étape sur un ancien site de marabout du même nom, la ville de Sidi Aich est consacrée chef-lieu de l’importante commune mixte de la Soummam dès 1886 (Fontaine, 1986). Depuis sa création, la population connaît un accroissement continu, lent au départ mais puis accéléré par la suite. En 1883, Sidi Aich compte 113 habitants 390 habitants en 1896 et presque le double en 1954. La Guerre de libération a provoqué un réel boom démographique.

En douze ans, la population est multipliée par 8 pour atteindre 4629 habitants en 1966. Depuis la population connaît un accroissement continu pour atteindre 10.739 en 2001 couvant des taux de croissance supérieurs à la moyenne de la wilaya.

Tableau n° 01 : situation démographique de Sidi Aich

Date

1883

1954

1966

1977

1987

1993

1999

2001

Population

113

645

4629

5919

8766

10.169

10.494

10.739

Source : Monographie de la commune mixte de la Soummam, Fontaine,Mahé, RGPH 1998, DPAT2002



  • - Un développement spatial sur les deux rives

Enserrée dans un défilé étroit, la ville se développe linéairement en enjambant le principal obstacle : l’oued Soummam. Le noyau originel, organisé le long de la route nationale, est composé de petites maisons à un étage ou deux, le rez de chaussée étant souvent réservé pour le commerce.

De création certes récente, la ville de Sidi Aich bénéficie des deux atouts majeurs que sont sa situation sur l’axe de la Soummam, qui réalise une intégration du littoral à l’intérieur et son assise sur un territoire caractérisé par les fortes densités humaines (les Ath Waghlis). Cependant, la morphologie du site a handicapé le développement urbain et l’a amené à « grimper » sur les hauteurs. Ainsi l’extension de la ville phagocyte les deux rives, elle est composée de logements de type essentiellement collectif. (Photo ci-dessous).

La morphologie du site a également influé sur la trame urbaine, celle- ci se caractérise par une organisation éclatée dans laquelle le centre est tout aussi diffus, difficilement repérable. De cette nécessité de développement urbain qui est le corollaire de la croissance démographique, la ville de Sidi Aich a gagné 1276 logements en 1987. Deux décennies plus tard, elle en possède 2262 (2001). Le parc logement étant un indicateur certain du développement de la ville, son évolution matérialise une emprise au sol qui rend complexe la question foncière

2.3. Takrietz : Un double atout : la vallée et l’axe RN 26

Située sur la route nationale n°26, l’agglomération de Takrietz participe à construire un paysage urbain embryonnaire. Limitée par les agglomérations de Ighzer Amokrane et la ville de Sidi Aich, elle est appelée à s’étoffer et à avoir un développement urbain linéaire.

La structure spatiale de l’agglomération est lâche, néanmoins une tendance se dégage : celle de l’alignement sur la route nationale n°26. La rupture avec la trame villageoise est une fois de plus consommée. Ici, la conquête de la route nationale est la règle première de l’implantation des constructions (carte n°04). Une lecture comparative des structures spatiales du village traditionnel de Tiliouacadi et de l’agglomération de Takrietz nous permet de dégager les règles organisatrices des deux espaces considérés. Ainsi, autant la structure traditionnelle est ramassée autour du quartier agnatique qui est le véritable noyau structurant l’espace villageois, autant l’organisation spatiale de Takrietz est assujettie à l’impératif d’alignement sur la voie de communication qui réorganise la structure sociale. L’agglomération compte aussi un certain nombre d’équipements qui lui assurent un niveau d’autonomie par rapport aux agglomérations limitrophes et au chef-lieu. Ainsi, nous y trouvons une annexe de l’APC, un bureau de postes et télécommunications, une école primaire de 20 classes, un CEM, une salle de soins, une gare de chemin de fer, une mosquée ainsi qu’une voûte pour les activités sportives.

Cependant une organisation en rameaux familiaux est présente, elle se superpose au parcellaire agricole. Ainsi nous avons douze grandes familles qui occupent l’espace. Seulement cette organisation en grappes familiales n’est opérante que dans l’arrière plan de la route nationale sur des terres dont la valeur foncière n’est pas suffisamment élevée pour permettre l’installation d’étrangers. Ici, les voisins les plus proches continuent à être les parents les plus proches. Alors que sur la route nationale, les voisins les plus proches sont les propriétaires des terrains limitrophes (carte n°04). Ainsi, l’agglomération de Takrietz nous livre deux logiques organisatrices du cadre bâti qui se côtoient plus qu’elles ne se fondent l’une dans l’autre : une logique communautaire qui est le point de départ de l’occupation de l’azib et la logique économique déterminée par l’impératif économique dont l’axe structurant est l’alignement sur la route nationale 26 et sur la ligne de chemin de fer.

L’organisation spatiale de chacune de ces logiques est distincte et marque différemment l’espace. La première définit une organisation en rameaux tandis que la seconde amorce une structure spatiale linéaire parallèle à la route nationale et esquisse une prochaine conurbation avec les deux agglomérations limitrophes : Ighzer Amokrane et Sidi Aich, mettant ainsi en œuvre la trame urbaine en construction dont les trois noyaux urbains constituent les prémices.

2.4. Tijounane : Un tissu lâche mais une tendance à l’alignement

Née d’un azib, l’agglomération de Tijounane n’apparaît dans la nomenclature officielle qu’à partir de 1987 où elle acquiert le statut d’agglomération secondaire.

La population est estimée à ce moment là à 2384 habitants, elle atteint 2955 habitants en 1995. Aujourd’hui la population est estimée à environ 3200 habitants (APC Chemini, 2003). Les prévisions démographiques établies sur la base des tendances actuelles donnent 3866 pour 2005 et 5059 pour 2015. Ainsi l’agglomération de Tijounane est engagée dans un processus de croissance à moyen et long terme. Cependant, elle cumule l’ambivalence de la proximité de la route tout en étant enserrée dans une sorte d’enclave quelque peu handicapante.

Située sur le piémont, l’agglomération est cependant absente du paysage de la vallée. Ce qui fait de la proximité de la route nationale n°26 et de la voie de chemin de fer des atouts dont l’exploitation maximale n’aura lieu que lorsque l’urbanisation de la vallée intègre le piémont.

L’évolution spatiale de Tijounane est saisissable à travers le parc logements estimé à 512 logements pour un TOL (taux d’occupation du logement) de 5,77 (PDAU, 1996). Celui-ci connaît une certaine évolution puisqu’il est de 800 logements en 2003, il augmente de 288 en sept ans induisant un taux d’occupation du logement de 4, un taux bien en dessus des normes officielles qui annonce une aisance (APC, Chemini, 2003).

Les équipements existants dans l’agglomération sont peu nombreux. Toutefois une tendance à l’autonomie se dessine à travers notamment une agence administrative, une salle de soins, une école primaire et un collège en construction (APC, 2003). L’agglomération de Tijounane dispose d’une unité de production de limonade.

L’évolution spatiale de Tijounane traduit la tendance à l’alignement sur le chemin communal reliant le versant à la route nationale. Une volonté certaine de se raccorder à l’axe majeur du réseau. Elle s’aligne sur les chemins communaux, véritables pénétrantes assurant une intégration du versant à la vallée.

De ce point de vue, la croissance spatiale de Tijounane est un processus irréversible et participe à une intégration du versant à la vallée par la construction d’une ligne d’inflexion ouest. Laquelle inflexion définit les règles structurantes du glissement de la montagne vers la vallée aujourd’hui largement entamé.

3. La conquête de la voie par l’économie

A l’origine de la permanisation de l’occupation humaine de la vallée, la donne économique a sans doute constitué le véritable moteur d’une accélération largement observée ces deux dernières décennies. Aujourd’hui, nous constatons une amorce d’une zone industrielle et d’activité qui s’étale sur un axe qui relie Ighzer Amokrane-Takarietz et Sidi Aich.

La construction d’une trame industrielle le long de la vallée est en voie et annonce un certain glissement vers la vallée motivée par l’installation des unités économiques que des promoteurs de la région commencent à réaliser.

La construction de la trame économique sur ce tronçon relève d’un choix délibéré. Ainsi sur un total de 1477 lots affectés à la zone d’activités de la wilaya de Béjaia, le tronçon Sidi Aich-Ighzer Amokrane couve 209 lots. Ce qui représente 14% de l’ensemble de la wilaya, tandis qu’il est de l’ordre de 4% pour la zone industrielle (DPAT, 1998). L’occupation au sol représente 42,25ha sur un total de 202,98 ha ce qui équivaut à 20,81% de la surface totale réservée à la zone industrielle de la wilaya.

Chiffres assez surprenants au regard de la récente implantation des zones d’activité économique dans la vallée. Cependant, les marqueurs d’une réorientation vers l’industrie et les activités de service étaient déjà perceptibles deux décennies plutôt. L’existence de quatre voies de pénétration dans la montagne est un atout majeur dans la mesure où l’accessibilité est plus fluide Celle-ci participe grandement à désenclaver la montagne et assure la possibilité de promouvoir des petites unités de production dans les villages. Les unités assurent une certaine autonomie par rapport à des régions lointaines (matériaux de construction, produits agricoles, commerces d’appuis, infrastructures d’enseignement et formation professionnelle et de santé publique…).

 

3.1. Sidi Aich : Un profil économique orienté vers le tertiaire 

La commune ne possède pas de grandes unités industrielles. L’activité industrielle est récente. En 1978, seulement deux unités employant 14 et 07 ouvriers existaient. Aujourd’hui, la principale unité de production de la ville, la minoterie et la semoulerie de la Soummam, emploie 480 personnes (DPAT, 2003).

L’activité industrielle représente moins du quart 22,2% de l’ensemble de l’activité économique en 1987, elle semble péricliter puisqu’elle atteint à peine 16,4 % en 1998. Le troisième secteur est largement dominant et connaît une croissance lors des deux derniers recensements. De 68 % en 1987, il passe à 80,21% en 1998. Le commerce constitue donc la cheville économique. Concentration et densité relativement élevée des commerces sont les caractéristiques dominantes.

L’agriculture tient une place non négligeable dans la nomenclature des activités recensées. Ainsi, l’activité agricole occupe une superficie équivalente à 46,75% du territoire communal.

En 1987, la commune de Sidi Aich a le pourcentage le plus élevé du territoire dans le secteur primaire : 9,7% contre une moyenne de 4,8%. Le taux régresse en 1998 pour atteindre 3,38 qui la place en troisième place après la commune de Tinebdar et celle d’El Flay (tableau n° 02)

Tableau n° 02 : Répartition des activités économiques sur onze ans

Commune

Agriculture

Industrie

Tertiaire

Autres services

 

1987

%

1998

%

1987

%

1998

%

1987

%

1998

1987

%

1998

Tinebdar

3,5

4 ,92

32,2

25,84

64,2

56,37

69,23

12,86

Chemini

2,8

3,6

35,2

27,01

61,9

51,52

69,36

17,84

Souk Oufella

3,7

2,9

37,7

25,23

58,5

54,36

71,82

17,46

Tibane

3,8

1,75

31,1

26,06

65,1

50,37

72,17

21,80

El Flay

3,5

3,58

37,7

28,21

58,7

59,18

68,19

9,01

Sidi Aich

9,7

3,38

22,2

16,4

68,0

68,19

80,21

12,02

Total

4,8

3,39

32,5

23,84

62,7

57,97

57,97

14,78

Sources RGPH 1987, 1998, Messaci 1990

3.2. Takrietz : Une trame économique fondée sur le commerce et la production

Ces deux dernières décennies ont vu naître un certain nombre de petites unités de production qui se sont développées dans la commune de Souk Oufella essentiellement concentrées dans l’agglomération de Takrietz.

Cette irruption fait suite au désengagement de l’État et à l’émergence d’un cadre législatif qui permet la création de ces entreprises. Elle s’impose aujourd’hui comme un des foyers économiques les plus dynamiques de toute la commune et rivalise avec l’agglomération de Tiliouacadi qui jouit d’une tradition commerciale, bien plus ancienne. En effet, ces deux localités disposent de 93,32 % des activités économiques de la commune de Souk Oufella dont 66,66 % sont localisées à Takrietz.

Des unités de production sont présentes et visent des horizons diversifiés (confection de vêtements, limonaderie, sacs de farine) que nous pouvons classer dans deux catégories essentielles que sont l’agroalimentaire et autres (tableau n°03). Certes, les unités de production sont de petite taille, l’ensemble de ces unités offre 52 emplois dont la plus importante compte à peine 24. Dix produits y sont présents et dénotent de la volonté de canaliser la demande de consommation largement exprimée et l’existence d’un marché de production nationale à peine émergent (tableau n°04). L’artisanat, activité caractéristique de l’espace montagnard, est majoritairement représenté dans les deux villages (Tiliouacadi 21, Takrietz 15).

Sur les 51 artisans activant dans cette commune, 36 appartiennent à ces deux localités, ce qui donne un volume de 70,5%, contre 41,1 dans la seule agglomération de Takrietz, c’est dire toute l’importance de celle-ci dans le territoire communal (PDAU, 1996).

Cet état des lieux est largement conforté par les deux enquêtes de terrain que nous avons entreprises en 1989 et 2002. Le dernier relevé affermit cette dominante avec une orientation de plus en plus accentuée des activités de services qui ciblent aussi les voyageurs de passage. Aujourd’hui, le tronçon compte 44 locaux dont les activités concernent différents secteurs. Le comptage de différentes activités alignées sur la RN 26 reliant Sidi Aich à Takrietz permet de saisir l’importance qu’acquiert ces dernières années cet axe et sa conquête par des activités commerciales.

L’implantation sur un axe de cette importance justifie la typologie des activités alignées qui ont un double rayonnement, local et régional. La typologie ainsi reconstruite met en exergue la prégnance des services de passage (26 sur un total de 43, c'est-à-dire que plus de la moitie des activités est versée dans les services et le commerce. L’artisanat étant l’activité qui occupe une grande part .Cet axe combine les activités et les offres de service avec une tendance à la construction du système de corporation où nous voyons regroupées des activités de même type (vente de matériaux de construction, bar restaurant…), (tableaux n°03, n°04).

Tableau n° 03 : les activités et commerces sur le tronçon Takrietz

Types d’activités

Nombre

commerce

18

Services

08

artisanat

11

industrie

06

Total

43

Source : enquête de terrain 2002

Tableau n°04 : Unités de production à Takrietz

Type de production

Nombre

Industrie textile et cuir

11

Industrie agro-alimentaire

24

Autres industries de transformation

17

Total

52

Source : PDAU, 1997

Conclusion

Le territoire des Ath waghlis se compose de deux milieux physiques différents mais largement complémentaires : un versant montagneux et une zone de vallée ; ces milieux lui confèrent cet aspect de dualité morphologique forte. L’Homme en a fait son cadre de vie en construisant une dorsale villageoise dans laquelle coexistent les lieux de résidence, de pouvoirs ainsi que l’espace économique. La vallée est préservée de ces établissements car zone de culture et zone d’insécurité (conquêtes, épidémies).

La mise en valeur de la vallée durant la colonisation s’est poursuivie après l’indépendante. De ce que M Côte (1988) appelle « le retournement de l’espace » sont nées deux agglomérations (Takrietz et Tijounane) et une ville de taille moyenne dont le rayonnement régional est d’importance (J Fontaine, 1986). Aujourd’hui, la concentration humaine continue à être présente sur les hauteurs cependant, l’espace économique est largement tributaire de la partie basse. En effet, les activités économiques y sont largement implantées, les secteurs tertiaire et secondaire sont dominants. La faible part du secteur primaire illustre bien les mutations en cours. L’émergence de ces noyaux traduit le déplacement du centre de gravité de la montagne vers la vallée dont le glissement en est le corollaire.

Même si la concentration humaine continue à être dominante sur les hauteurs, l’espace économique demeure largement tributaire de la partie basse. Ainsi commence une aventure spatiale des deux parties, le versant et la vallée, la ligne directrice demeure la reformulation du rapport montagne/vallée dans lequel l’impératif économique demeure une donne constante.

Bibliographie 

Côte, M., L’Algérie ou l’espace retourné, France, éditions Flammarion, 1988, 362 p, Algérie, Media plus, 1993.

Commune mixte de la Soummam 1941 Archives de la wilaya (côte UDA 38).

Fontaine, J., « Villages kabyles et nouveau réseau urbain en Algérie. Le cas de la région de Béjaia », Tours. Urbama, fascicule de recherche, n°12, 1983, 273p.

Fontaine, J., « L’enracinement régional d’un centre de création récente : Sidi Aich, petite ville tellienne (Algérie) », in Petites villes et villes moyennes dans le monde arabe, Tours, Urbama, fascicule de recherche, n°17, 1986, pp.757-769.

Mahé, A., Histoire : « de la grande Kabylie XIX-XX siècles. Anthropologie historique du lien social dans les communautés villageoises, ED Bouchène, 2001, 650p.

Messaci, N., l’habitat des Ath Waghlis. Chaos spatial ou ordre caché, Thèse de magister, Université de Constantine, 1990.

Messaci, N., Le sacré, le profane : Éléments fondateurs du cadre bâti dans la Kabylie des Ath Waghlis, Thèse d’État, option urbanisme, Université de Constantine, 2003.

P.D.A.U. de la commune de Chemini, Urba Setif, 1996.