Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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Présentation 

Ce travail trouve son origine dans la prise de conscience que certaines notions, des catégories d’analyses ainsi que des concepts couramment utilisés dans les travaux de recherches urbaines, restent confus, souvent ambigus et cernés de vagues contours par ceux-là même qui les utilisent. Très employés par les chercheurs, leurs définitions, leurs significations réelles semblent être soumises à un savoir conventionnel partagé. De même, ils restent empreints de présupposés et sont pris pour acquis, sans recourir à la justesse de leur usage.

Ainsi, lors de notre recherche sur les espaces résidentiels urbains et les pratiques domestiques s’y déroulant, nous avons souvent mentionné, l’origine majoritairement rurale de la population urbaine algérienne, ainsi que la reproduction de pratiques rurales dans l’espace urbain[1]. Ce point de vue a été argumenté en faisant appel à différents travaux, se basant essentiellement sur des données chiffrées ; l’évolution du taux d’urbanisation en Algérie, entre autres. Aujourd’hui, nous ne pensons plus que des chiffres statistiques à eux seuls, surtout quand il s’agit de décrire la réalité socio-spatiale, suffisent à définir, délimiter, ou identifier un objet d’étude.

Actuellement, dans le cadre d’une recherche doctorale portant sur les esthétiques architecturales populaires, il nous est apparu que certaines assertions contenues dans le travail de recherche en magistère, avaient besoin d’être étayées à la lumière d’observations actualisées, telles que l’évolution de la population algérienne vers un mode de vie que nous qualifierons, avec précaution, de moderne, ou même vers une urbanité assimilée.

D'autre part, il est à relever qu'il y a encore une dizaine d’années, la notion de ruralisation des villes algériennes était l’approche la plus usitée dans la recherche urbaine en Algérie. Cette notion semblait alors répondre à des questionnements relatifs à la transformation tant décriée des paysages urbains.

Mais, aujourd’hui, pouvons nous considérer, avec la pénétration des signes de la modernité dans l'environnement urbain habité des zones les plus reculées du pays [2], et ceux de l’urbanité, entendue, ici, comme culture propre à la ville[3], que les « nouveaux arrivants » à la ville ne soient déjà relativement urbanisés et n’apportent aucunement, sinon peu de pratiques et de comportements d’émanation rurale dans l’espace urbain ?

Nous avons réalisé ce travail, sous la forme d’un dossier documentaire. Nous y esquissons une approche de l’opposition urbain/rural, en ce qu’elle intéresse les chercheurs sur les formes urbaines issues de celles du rural. Nous avons eu recours pour cela à la seule littérature disponible à notre niveau. Ce travail, n’est qu’une ébauche, destinée à être complétée et à être discutée en vue de son enrichissement par une littérature plus spécialisée, et des échanges multidisciplinaires, sans lesquels la chose urbaine ne serait pas.

Questionnement

En Algérie, nombre d'études urbaines mettent en évidence les rapports entre ville et campagne, citadins et ruraux. Cependant, est-il toujours d’actualité d’interroger la ville et ses habitants par le biais de cette dichotomie urbain/rural ?

Ainsi, aujourd’hui, quels sont les critères d’évaluation permettant de catégoriser la population, mais aussi l’espace ?

Faut-il à nouveau, pointer le doigt vers l’évolution des modes de vie et d’habiter ?

Actuellement, les modèles économiques, les modes de production, permettent-ils réellement de distinguer le monde rural du monde urbain ?

L’acculturation ou la socialisation par la ville, ne seraient-elles pas arrivées au seuil d’assimilation totale des habitus propres à la ville et n’ouvrent-elles pas de ce fait de nouveaux champs de recherche allant dans le sens de la prise en compte des mobilités internes à la ville étalée, plutôt que de ses migrations externes ?

Apporter quelques éléments de réponses à ce questionnement, faire le bilan de la recherche urbaine et en évaluer ses outils d’analyse pérennisés mais peut-être aussi périmés, devraient permettre une approche autre de la ville algérienne.

Les catégories d’analyse : oppositions et dichotomies

La dichotomie est comprise ici comme étant la division d’un concept en deux concepts contraires couvrant l'étendue de ce concept global[4]. En sciences sociales, le recours à ce type de méthode d’analyse, contribue à la connaissance des objets d’études en mettant en évidence la complexité des rapports qui structurent un système. Les oppositions qui en découlent permettent de cerner une problématique par le biais de ses deux pendants[5], mais contraignent néanmoins à une lecture limitée au choix basique de deux caractéristiques, qui aussi vastes soient-elles ne permettent pas d’aborder tous les aspects intervenant dans la formation, l’appréhension et la compréhension de l’objet d’étude.

Il est courant d’user d’oppositions telles que tradition/modernité, ruralité/urbanité, privé/public, fermé/ouvert… Ces dichotomies, ne sont pas seulement le propre de la sociologie, mais ont débordé sur d’autres disciplines proches des sciences sociales. Le langage des architectes et des urbanistes en foisonne, et concerne la lecture qu’ils font de l’espace et des formes spatiales déterminées par l’appropriation et l’usage, qui restent fortement marqués par l’appartenance des usagers à une culture donnée ou à une catégorie sociale particulière.

Les oppositions ville-campagne, urbain-rural, récurrentes dans la recherche sociale et, dirons-nous spatiale, pour ce qui est du volet qui nous intéresse en tant qu’architecte urbaniste, n’en posent pas moins, au-delà de la signification des concepts, des problématiques qu’il serait temps de remettre à jour, à l’heure de la mondialisation, mais surtout au moment où la notion de développement durable couvre essentiellement toutes les disciplines aux visées prospectives.

Il est utile, à ce moment de la recherche, de revenir sur les définitions propres à chacune de ces catégories, avant de les opposer. 

L’urbain et le rural : définitions par antinomie, imprécision des notions, recours à l’un pour expliciter l’autre

Malgré la forte relation existant entre l’urbain et le rural, le dictionnaire de l’Urbanisme et de l’Aménagement, ne réserve pas de rubrique spécifique au terme « rural » et à ses dérivés. Cependant, dans le contenu de l’article réservé à l’urbain, il y est fait référence par un renvoi au Littré ; « ce qui concerne la ville par opposition au rural » ; le terme rural apparaît enfin.

Pour revenir à l’urbain, les auteurs de cet ouvrage de référence, Choay et Merlin, précisent toutefois, que celui-ci, désignait dans les années soixante, de façon très floue et imprécise, ce qui constituait le caractère propre, intemporel, de la vie urbaine. Mais, nous ne pouvons que nous interroger sur la nature de l’urbain dont-il s’agit. Est-ce celle du monde, de l’espace ou de l’ordre urbain ?

La définition la plus récente, celle de Choay dans « La France au-delà du siècle » paru en 1994, fait porter à l’urbain, le sens de la nouvelle civilisation qui se met en place à l’échelle planétaire, supprimant l’ancestrale différence entre ville et campagne. Là encore, ressort le lien historique qu’entretiennent ces deux mondes ou ces deux espaces, qui se définissent l’un par l’autre.

Quant à l’article concernant la ville, la multiplicité des définitions, fait essentiellement ressortir le critère du seuil de population pour la distinguer des autres formes d’établissements humains. Ainsi, il est d’usage de considérer que villages et bourgs sont ainsi nommés quand leur population habitante n’excède pas les 5000 âmes. Les types d’activité et d’habitat, sont aussi pris en considération comme critères d’identification. Nous avons aussi relevé les trois conditions pour qu’un établissement humain constitue une ville, selon les définitions données par les différents dictionnaires et rapportés par Choay et Merlin :

  1. agglomération de constructions :
  • « un grand amas de maisons contiguës … » Sanson.
  • « une réunion… de constructions… » Robert.
  • « agglomération… » Larousse
  1. certains traits sociaux de la population :
    • Le statut au XVIIIe siècle : « les habitants ont droit de bourgeoisie et constituent une communauté » Sanson.
    • la diversité aujourd’hui : « … les habitants travaillent…au commerce, à l’industrie, à l’administration » Robert.
    • Les activités de relation : « … les habitants ont des activités professionnelles diversifiées, notamment dans le tertiaire » Larousse.
  2. une certaine dimension :
  • « un grand amas… » Sanson.
  • « une réunion… relativement considérable… » Robert.
  • « agglomération relativement importante… » Larousse.

Ces définitions apportent des critères descriptifs, se basant sur le nombre, la quantité, et la dimension, à travers l’histoire, mais aussi sur la nature des activités et les modes de production. Ces critères sont les mêmes qui devraient logiquement permettre l’identification du village comme étant un établissement humain de moindre importance que la ville, mais qui représente néanmoins une unité territoriale ou une entité structurée sur la même trame à quelques différences près.

Ceci, pour montrer les critères de catégorisation et de distinction de ces deux espaces, qui ne peuvent être saisis l’un sans l’autre.

Ce genre de définition, par antinomie, laisse entendre que les deux types d’espaces, entretiennent une relation de dépendance et de complémentarité :

  1. Ils appartiennent à la même famille, celle des établissements humains.
  2. Ils sont mesurables avec les mêmes critères d’évaluation : (validité de ces critères pour les deux objets)
    1. l’ordre de grandeur contribue à leur définition : densité de population.
    2. L’architecture, les formes et les organisations spatiales, sont de style différents et leurs particularismes les distinguent l’un de l’autre : l’habitat, le tracé urbain souvent régulier, le lotissement plutôt irrégulier en zone rurale.
    3. Différenciation des activités : industrielles, commerciales et politiques pour l’urbain, agraires pour le rural.

Nous avons rassemblé, dans le tableau qui suit, des caractères en opposition de l’urbain et du rural, telles que nous les avons relevés dans notre investigation documentaire.


Tableau comparatif des caractères de l’urbain et du rural

Critères

Le monde urbain

Le monde rural

Oppositions

et dichotomies

Citadins

Paysans

Urbains

Ruraux

Urbanité

Ruralité

Ville

Campagne

Urbain

Rural

Propriétés physiques

Concentration

Dispersion

Population>5000 habitants

Population<5000 habitants

Ordre,

régularité parcellaire,

regroupement

Désordre,

irrégularité du morcellement foncier

isolement

Modes de production ;

Types d’activités ; Activités dominantes

Modèle économique capitaliste

Modèle économique agro-pastoral

Société industrielle

Société agraire

 

Mode de production domestique

Commerce, industrie, administration

Métiers de la terre, élevage, artisanat

Propriété

Exploitation

Propriétés de position et Propriétés de situation

Domination politique et idéologique

dépendance politique et idéologique

Centre

Marge, Périphérie

Société citadine

Société agraire

Relations sociales

Interaction, diversité, anonymat…

La parenté, la communauté villageoise

La différenciation socio-spatiale à la base de la recherche urbaine et rurale 

Le questionnement préalable qui attire notre attention, est la pertinence de l’utilisation de ce concept global, quand il s’agit de délimiter un objet d’étude : l’espace urbain, l’espace rural, la société urbaine et la société rurale. Dans le cas des pays en développement, africains et maghrébins, l’urbanisation massive (voir tableaux), après les décolonisations et les réappropriations de l’espace national, aura surtout visé les pôles urbains ce qui a provoqué un important exode rural des populations autochtones. Il en est résulté le délaissement des campagnes parfois jusqu'à la désertification ; il n’en reste pas moins que la différenciation socio-spatiale est un critère majeur dans la description de ces sociétés et de leurs espaces qui continue à être la règle quand il s’agit de saisir les phénomènes d’urbanisation.

Tableau 1 : La population urbaine dans le monde : taux d'urbanisation et nombre de citadins

 

Évolution du taux d'urbanisation (%)

 

1950

1960

1970

1980

1990

2000

2025

Ensemble du monde

28

33.6

37

39.9

45

51

65

Pays développés

53.6

60.3

66.4

70.6

73

75

83

Pays en développement

17.4

21.4

25.3

29.4

37

45

61

Ensemble de l'Afrique

14.5

18.4

22.9

28.7

32

37

54

Afrique du nord

25

     

45

?

66

Afrique subsaharienne

12

16

22

30

31

?

55

(Source : ONU et GEOPOLIS)

 Tableau 2 : Évolution du taux d'urbanisation de quelques Etats d'Afrique

 

1940

1950

1960

1970

1975

1990

1995

2000

Algérie

           

56

57

Cote d'Ivoire

3

15

 

27

32

 

43

50

Ouganda

           

12.5

14

Niger

           

17

21

Sénégal

   

29

       

47

(Source : ONU et GEOPOLIS)

Tableau 3 : Évolution de la population urbaine entre 1966 et 1997 et évolution du taux d’urbanisation de 1886 a 1998.

Année

Population urbaine

Population rurale

Population totale

% Population urbaine

1966

3.778.482

8.243.518

12.022.000

31,4

1977

6.686.785

10.261.215

16.948.000

40,0

1987

11.444.249

11.594.693

23.038.942

49,6

1991

13.112.000

12.829.000

25.939.000

50,5

1997

15.800.000

14.481.000

30.281.000

52,2

(Source : www.cnes.dz)

De la distinction ville-campagne, à l’opposition urbain/rural 

Cette différenciation socio-spatiale n’exclue aucunement les relations de dépendance de l’une à l’autre, qu'elles soient économique, politique, culturelle ou idéologique. L’avantage étant généralement donné à la ville, chargée symboliquement d’une image de domination à travers le pouvoir exercé sur l’espace géographique, mais aussi en tant que dispensatrice du savoir, alors que la campagne reste assimilée à l’inculture et à l’ignorance de ses populations, et Galissot René nous apprend que « la hauteur du mépris citadin réservait la civilisation à la ville en rejetant la sauvagerie sur les campagnes, les paysans (péquenots), les gens du bled et les bédouins »[6].

Chateur Khelifa[7] dénombre tout aussi justement dans une lecture historique de ce lien de dépendance, deux thèses opposées qu’il expose dans son étude des relations villes/campagnes dans le Maghreb précolonial ; la première se référant à Ibn Khaldoun, décrivant celles-ci comme conflictuelles, la seconde les qualifiant d’harmonieuses, comme le fait le géographe Sari Djilali dans son étude des villes précoloniales algériennes[8].

Cette vision a longtemps occupé l’espace de la recherche en sociologie rurale. Celle-ci, considérée récente dans l’étude des sociétés et des établissements humains, est née aux Etats-Unis, au début du XXème siècle dans une société industrielle préoccupée par l’intégration des producteurs agricoles dans une économie capitaliste. Colonna F., nous rappelle néanmoins que l’intérêt porté aux sociétés paysannes en tant que telles, pour leurs structures et leur rationalité propre, date en fait des années soixante[9], mais cette assertion concerne, à notre avis, l’aire subméditerranéenne (Afrique noire et Maghreb), car l’analyse des relations villes/campagnes constituait déjà une problématique forte, initialement lancée par les géographes[10] au cours des années cinquante et soixante.

Les phénomènes liés à la dichotomie urbain/rural 

L’urbanisation, la culture urbaine, l’urbanité

L’urbanisation, au sens sociologique, désigne l’accroissement du nombre de ceux qui bénéficient des avantages traditionnellement associés à la ville et aux formes d’urbanité qu’elle développe.

Castells M.[11], parce qu’il traite du thème de la production sociale des formes spatiales, part de l’hypothèse de la production de la culture par la nature, i.e., d’un système spécifique de relations sociales (la culture urbaine) dans un cadre écologique donné (la ville). Partant de deux sens distincts du terme urbanisation : concentration spatiale d’une population à partir de certaines limites de dimensions et de densité (approche quantitative) et diffusion du système de valeurs, attitudes et comportements nommé culture urbaine, l’auteur pose les questions suivantes :

  • quel est le processus de production sociale des formes spatiales d’une société ?
  • quels sont les rapports entre l’espace constitué et les transformations structurales d’une société, à l’intérieur d’un ensemble intersociétal caractérisé par des relations de dépendance ?

Il dégage, par la lecture du processus de formation des villes, l’existence et la diffusion d’un système culturel particulier, la culture urbaine. Pour lui, l’espace induit ou produit un type de relations spécifiques, comprises ici comme culture. Et cet espace, quand il s’agit de la ville, est caractérisé physiquement par une concentration importante d’une population, aux modes particuliers de production et d’activités, dans une unité territoriale caractérisée, elle, par ses dimensions et sa densité d’occupation.

La dynamique de l’urbanisation s’est accélérée depuis les années cinquante. Dans les années quatre-vingts, elle donne naissance à une forme urbaine appelée métropole dans les pays industrialisés, et voit le tiers monde accéder brutalement à des taux d’urbanisation se multipliant par deux tous les vingt ans, les prévisions donnant le chiffre de 57% en 2025, alors que déjà en 1999, ce taux avoisine les 59,5% en Algérie.

L’urbanisation en Algérie : néo-citadinité et nouvelle urbanité

L’urbanisation de l’Algérie est un phénomène récent[12] résultant d’un bouleversement ou d’une rupture historique, celui de la conquête coloniale. Après l’indépendance, les facteurs démographiques, l’exode rural et l’industrialisation, lui donneront sa dimension actuelle.

A la veille de la conquête coloniale, Berque J., décrit l’Algérie comme un pays à faible urbanisation, mais à grandes villes[13], alors que Sanson H.[14] reconnaît que l’Algérie précoloniale avait eu un passé urbain ; mais de ce passé parfois prestigieux, elle n’aurait légué aucune tradition urbaine vivante : l’histoire de ses villes est une histoire de villes, souvent étrangères, déchues.

En effet les villes les plus anciennes datent déjà de l’époque phénicienne, comme le relève Julien Charles-André[15]. Il s’agit essentiellement de cités maritimes, portuaires et marchandes telles que : Hippo Regius (Bône, Annaba), Rusicade (Philippeville, Skikda), Saldae (Bougie, Béjaïa), Rusucurru (Dellys), Rusguniae (Matifou, Bordj El Bahri), Icosium (Alger), Iol (Cherchel), Gunugu (Koubba de Sidi Brahim), Cartennae (Ténès).

Plus tard, et après la chute de Carthage en l’an 146 av. J.-C., la conquête Romaine, pénètre dans l’arrière pays, pour créer des villes nouvelles comme Thamugadi (Timgad), Mascula (Khenchela), Lambaesis (Lambèse, Tazoult), Cuicul (Djemila) et Cirta (Constantine) ou alors pour insérer de nouveaux tracés, par raccordements, aux plans primitifs. La cité romaine était ordonnée selon deux axes, cardo-maximus (axe nord-sud) et decumanus maximus (axe est-ouest) ; leur intersection constituait le forum qui était le centre même de la vie publique ; quant aux marchés (macellum), ils apparurent plus tard pour décongestionner les forums face au développement important des cités. Les berbères, population originelle de l’Afrique du Nord et de la Numidie, se romanisent et investissent l’espace urbain propre à la civilisation romaine qui est fondamentalement urbaine. L’occupation romaine durera jusqu’au Ve siècle de notre ère, suivie par les conquêtes vandales (en 429) puis par la réoccupation byzantine, jusqu’à la conquête musulmane en 647-648.

Cela signifie qu’il existait déjà un noyau relativement important de citadins hadhri, en opposition aux habitants ruraux ou bédouis ; Ibn Khaldoun a été le précurseur de cette pensée sociologique en mettant en évidence cette opposition. Cette distinction entre deux mondes opposés et complémentaires, sous-entend avec le développement précédent portant sur les civilisations antiques urbaines, l’existence d’une urbanité ancienne en Algérie ; mais que cette urbanité s’est peut-être étiolée à travers l’histoire tumultueuse du pays, pour renaître peu à peu comme nous allons le voir dans ce qui suit.

Rouissi M.[16] précise, l’importance relative de l’urbanisation dans les pays du Maghreb. Il dira que ce mouvement d’urbanisation caractérise plus particulièrement l’Algérie. Celle-ci, beaucoup moins urbanisée avant la conquête coloniale, est plus urbanisée en 1955.

Il faut en effet, savoir, que l’ensemble de la population urbaine est, avant la conquête coloniale, inférieure à 5%, alors qu’elle est de 12 à 13% en Tunisie, et de 7 à 8% au Maroc[17].

Pour Nouschi A.[18], cela s’explique par le fait que les grandes villes se trouvaient alors en Tunisie (Tunis, Sfax) et au Maroc (Fès, Marrakech), alors que l’Algérie ne comptait en fait que des villes d’importance moyenne, contredisant par cela l’observation de Berque les décrivant comme grandes villes. Ces centres urbains sont Alger, Oran, Tlemcen, Nedroma, et à un degré moindre Mascara.

Un peu plus d’un siècle plus tard (1948), nous savons que 84% de la population algérienne, vit en dehors des 47 communes urbaines[19] selon le découpage colonial. Seulement 16% de la population algérienne réside en ville, dans des conditions généralement précaires, ghétoïsée dans les quartiers périphériques des centres coloniaux.

Le taux d’urbanisation de l’Algérie indépendante atteindra pourtant le chiffre de 36% en 1966, c’est à dire qu’il aura doublé à l’indépendance, allant en augmentant vers les 42% en 1977.

Les résultats du R.G.P.H de 1987, avanceront, eux, le chiffre de 50%. En 1999, ce taux d'urbanisation atteint les 59,5% de la population totale[20].

Cependant, il faut noter la particularité de l’urbanisation algérienne et son accroissement : la croissance des grands pôles littoraux a subi un ralentissement après la vague migrante, due à l’industrialisation massive de la décennie soixante dix, au profit d’une politique de rééquilibrage de l’espace national. Ainsi, cette urbanisation inclut-elle des agglomérations dont la population est fortement rurale, mais dont le nombre d’habitants ayant dépassé le seuil des 5000 et les nouveaux découpages administratifs du territoire national, les ont haussé au rang d’agglomérations urbaines[21].

Cela nous avait permis d’avancer dans notre mémoire de magistère, que la caractéristique principale de la population urbaine algérienne, était majoritairement d’origine rurale. Que sa citadinité est récente et que les souches citadines les plus anciennes, sont peu nombreuses et qu’elles se situent essentiellement dans des villes aux centres anciens, comme Alger, Tlemcen, ou Constantine. Oran, quant à elle étant considérée comme une création coloniale[22].

La population algérienne a été, de ce fait, prise dans une logique d’urbanisation qu’elle ne connaissait ni d’un point de vue culturel, ni organisationnel. Elle a dû se soumettre, dès l’indépendance, à de nouvelles règles d’organisation sociale, économique et politique, ainsi qu’a des formes spatiales, imposées puis héritées du modèle colonial et planifiées ensuite au gré des politiques mises en œuvre.

C’est autour de ces nouveaux usages d’espaces, de rapports nouveaux à la ville que s’est donc dessiné, au fil des ans, le profil du néo-citadin algérien.

La citadinité, l’urbanité opposée à la paysanneté et à la ruralité

Dès le départ, on ne peut que s’interroger sur la pertinence de l’utilisation d’un terme - ou d’une notion - plutôt qu’une autre parce qu’ils semblent signifier la même chose.

Pour Sidi Boumedine R. [23] l’urbanité signifie « être dans la ville », alors que la citadinité désigne « être de la ville ». Il avertit néanmoins du danger de l’utilisation de la notion de citadinité comme catégorie d’analyse dans les sciences sociales, du fait que cette notion véhicule un contenu idéologique, car considérée comme produit social[24] constituant un système de pratiques particulières et d’attributs, que l’on ne doit pas ériger comme critères ; ces critères ne pouvant être que discriminatoires et pouvant à long terme déboucher sur de nouvelles luttes sociales.

Navez-Bouchanine F.[25], propose de contourner l’obstacle du contenu idéologique des notions de citadinité et d’urbanité en s’intéressant en amont, aux modes d’appropriation et d’usage de l’espace qu’exercent les habitants des villes sur leur espace de vie quotidien, partant de l’espace privé à l’espace public urbain, en passant par les espaces limitrophes qui se situent entre eux.

Pour notre part, l’usage de ces deux notions varie selon les contextes dans lesquels elles sont employées. Ainsi, il nous a semblé qu’une première distinction était à faire entre ville et cité. La cité étant non seulement l’appellation antique désignant une ville, mais surtout, une organisation administrative et une unité politique constituée par cette ville et ses environs.

La citadinité serait donc vécue dans la cité et serait imprégnée de civilisation urbaine –ou de culture urbaine- par opposition à la civilisation rurale[26], les individus la composant empreints de civilité (usages de politesse) ; alors que l’urbanité serait à lire dans l’espace urbain que nous appelons ville actuellement, la cité ne désignant que la partie ou le quartier les plus anciens de la ville.

Ainsi, en Algérie, nous pouvons aborder ce thème par la notion de citadinité quand la ville saisie possède un noyau urbain d’origine ancienne tel que les médinas, et d’urbanité quand il s’agira de villes de création récente ou d’agglomérations ayant accédé au statut d’urbain, par le nombre de ses habitants et par la présence d’équipements importants dits modernes[27].

Mais, pour en revenir à la suggestion de Sidi Boumedine, le statut de l’individu, sa position dans la ville et son rôle actif ou passif dans cet espace, nous renvoie à une définition donnée par le géographe Lussault M. [28]. Pour cet auteur, la citadinité serait juste le rapport d’un sujet –i.e. un acteur social, qu’il soit un individu ou ces acteurs très particuliers que sont les groupes, les institutions…- à un objet : en l’occurrence, le monde urbain.

Cette mise en relation d’individus ou de groupes à l’espace urbain, comporte les usages, les pratiques, les discours, les représentations, les valeurs et les normes propres à la ville et déterminent une culture urbaine pour paraphraser Castells[29].

Cet énoncé d’ensemble d’usages et de représentations, etc., propres à la ville, induit une socialisation par la ville et une appropriation de son espace. Ce qui nous amène à l’intégration des individus à cet espace et à leur assimilation de la culture urbaine et par extension donc, d’une certaine urbanité, comme l’avance Chaline C., pour qui le fait urbain doit être abordé par le socio-culturel et qu’il ne suffit pas de se délocaliser du monde rural vers les villes pour accéder en masse aux divers bénéfices et aux normes d’existence associés généralement à l’urbain[30].

Mais, cette urbanité, mode de vie en milieu urbain est encore matière à débattre. Et si l’anthropologie et la sociologie s’y intéressent, chaque tentative d’appréhension de cette idée se trouve constamment confrontée aux critiques des autres bords traitant de l’espace urbain. En réalité, ce sont les démarches, les outils d’analyse et les différentes manières de définir la ville qui sont à l’origine de ces débats.

L’espace rural, la paysanneté, la ruralisation

Les travaux sur le monde rural sont nombreux. Nous avons, plus haut, évoqué les conditions de naissance d’une discipline, la sociologie rurale aux États-Unis, à la fin du XIXe siècle.

L’anthropologie, quant à elle, s’occupe du monde rural, du point de vue économique. De ce fait, l’anthropologie économique est souvent confondue avec la sociologie rurale.

La géographie, est aussi la science qui l’approche le mieux. Elle lui réserve une branche, la géographie rurale, dans laquelle l'espace rural se caractérise par une densité de population relativement faible, par un paysage à couverture végétale prépondérante (champs, prairies, forêts, autres espaces naturels), et par une activité agricole relativement importante.

En Algérie, les travaux sur la paysannerie, ou la recherche ruraliste semble être du ressort de l’anthropologie plutôt que de la géographie. Bourdieu déjà, Tillon, Colonna, Marouf, Bessaoud, Boukhobza,… et d’autres chercheurs, apportent chacun à sa manière un éclairage sur la société rurale algérienne.

Les thématiques qu’ils développent, traitent de sa population, de ses modes de production, de ses structures ainsi que du système qui la lie au monde urbain. Rurale ou paysanne, les appellations varient selon le bord par lequel on la saisit.

Colonna F.[31] nous apprend que les définitions de la paysanneté par les sciences sociales, ont été produites dans une période de triomphalisme industriel, à la fin du XIXe et au début du XXe siècles. Ce qui explique les considérations négatives liées à cette population. Dans son analyse de ce qui circule en fait de savoirs et de modèles entre la ville et la campagne algériennes dans la logique de rapports inégaux, inégalité attestée autant dans le discours public que dans la pratique sociale en usage[32], précise-t-elle, et évalue l’acculturation des paysans comme étant une homogénéisation sociale et idéologique.

L’architecture rurale en Algérie 

Les paysages villageois, sont bouleversés par l’introduction des techniques de construction contemporaines ; le béton remplace la pierre et les techniques traditionnelles disparaissent. Ce sont aussi les organisations spatiales, qui se calquent sur les structures constructives, autoportantes à l’origine et qui permettaient donc une flexibilité dans la création des espaces, qui se sont transformées par l’incursion des structures en portiques (poteaux-poutres). Les espaces sont donc déterminés par les trames structurelles et le modèle d’habitation qui inspire les maisons dans l’espace rural est celui de la maison urbaine contemporaine.

Un espace tampon, l’interpénétration de l’urbain et du rural : la rurbanisation et la périurbanisation 

Une terminologie de plus en plus variée et élargie au fil du temps, vient enrichir, et voire disperser les connaissances en ce qui concerne les formes d’établissements humains. Aujourd’hui, aussi confus soient-ils, les termes rurbanisation[33], périurbanisation, définissent autrement le rapport des campagnes aux villes. Les oppositions villes/campagnes, urbain/rural, citadins/paysans (ou ruraux), longtemps usitées dans les recherches sociales, urbaines et rurales, s’estompent peu à peu pour laisser place à d’autres considérations et à de nouvelles formes spatiales nées de l’évolution et de la dynamique de l’urbanisation.

La rurbanisation, désigne en géographie urbaine, le mouvement de mobilité des citadins, allant des centres urbains, pour se fixer dans les campagnes avoisinant la ville, pour bénéficier à la fois de la proximité des services offerts par elle, et des paysages, jugés agréables, de la campagne. Ce néologisme, inventé en France dans les années soixante-dix, désigne la progression de l'habitat des citadins dans les zones rurales autour des grandes villes. Le phénomène est à distinguer de la périurbanisation qui est une forme urbaine à part entière.

Conclusion 

Il ressort de cette étude documentaire, qu’il n’existe pas de définition commune et harmonisée aux différentes disciplines traitant de l’urbain et du rural, qui permette de les distinguer l’un de l’autre, mais surtout de les saisir, l’un sans l’autre. Nous avons parlé de l’opposition, de la dépendance et de la complémentarité qui caractérisent leur relation.

Dans les pays industrialisés et développés, l’urbanisation des modes de vie désigne l’accroissement de ceux qui bénéficient des avantages et des équipements produits par la ville. En ce début de millénaire, il semble que le monde rural, soit en voie d’absorption par le fait urbain et par l’urbanisation. Mais, le tiers-monde, dans lequel on comptabilise le plus grand nombre de la population pauvre mondiale, voit celle-ci se situer dans les zones rurales. Ce monde rural qui a subi justement les conséquences d’une dynamique d’urbanisation trop rapide, s’étiole et voit ses structures se déliter dans des paysages urbains aux qualités incertaines.

Nous avons relevé dans notre étude, les lacunes concernant la compréhension de l’urbain, par le biais de sa forte relation avec le rural ; nous relevons surtout l’insuffisance ou la quasi-absence de travaux en Algérie, sur l’architecture traditionnelle, rurale et populaire, qui constitue pourtant les deux tiers du cadre bâti mondial. Il est trop simple d’user de raccourcis pratiques, tels que la ruralisation des villes, alors même que les architectes et urbanistes ne s’intéressent réellement qu’aux phénomènes urbains. Nous pensons qu’il est nécessaire à ces chercheurs de prendre suffisamment de recul, et de faire l’effort de comprendre le monde rural pour expliquer ses influences, du moins spatiales à défaut de maîtriser le social, sur l’urbain.

Le paysan est-il interdit de modernité ?  S’interroge Marouf N.[34]. Ne serait-il pas temps, de dépasser l’acception de la ruralisation avec ses supposés négatifs. Le droit à la ville, même pour les paysans, concerne l’humanité entière en ce qu’elle représente l’accès égal et équitable pour tous, aux avancées produites en son sein.

Nous n’avons certainement pas répondu à toutes les questions que nous nous posions au début de cette recherche. D’autres sont venues se greffer à elles et les préciser. Ainsi, pouvons- nous nous interroger maintenant, sur ce en quoi les villages socialistes ont participé à urbaniser (donner un caractère urbain) le monde rural ? Quels sont finalement, aujourd’hui, les signes distinctifs du rural par rapport à l’urbain ? Est-ce que la ruralisation des paysages urbains ne serait pas seulement, ce que Galissot a nommé « l’urbanisation inachevée » des périphéries urbaines ?

Mais pour en revenir à la question de départ qui a guidé ce travail documentaire : la dichotomie urbain/ rural, est-elle encore d’actualité dans la recherche urbaine en Algérie ? Nous répondrons, avec quelques précautions, par l’affirmatif. En effet, si l’on observe le vide et les lacunes accumulées quant à la connaissance du monde rural par les chercheurs en Urbanisme, et que l’on accepte le fait que la recherche en Algérie a une bonne vingtaine d’années de retard quant aux thématiques qui se sont généralisées de par le monde en ce début de millénaire, il nous faudrait encore utiliser la dichotomie urbain/rural comme mode opératoire d’analyse. Cependant, si l’on saisit cette problématique du point de vue des signes de la modernité qui envahissent la campagne algérienne, il faudrait, à notre avis, se saisir d’elle avec d’autres outils d’analyse qui restent encore à déterminer.

Bibliographie

Ouvrages 

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Articles et Revues

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Notes

[1] Aït Hammouda Kh., L’habitat individuel en Algérie. Émergence d’une nouvelle architecture. Une approche des mutations de l’habiter par les appropriations spatiales domestiques. Le cas d’Oran, Mémoire de Magistère en Architecture, option Urbanisme, sous la direction de Ed-Debbagh D., et Bekkouche A., Université des Sciences et de la Technologie d’Oran, Juin 2001.

[2] Signes de modernité tels que les commodités liées au logement : eau, gaz, électricité, proximité des équipements et des divers réseaux…

[3] Castells et Lefebvre abordent la ville en tant que « société urbaine ». Elle est pour eux, l’interaction des trois variables : espace, société et culture, le premier, la nommant « culture urbaine », le second, l’exprimant sous le terme « urbanité ».

[4] Encyclopédie Universalis, version 5, CD multimédia.

[5] Gurvitch, pour qui il y a six formes de la connaissance qui sont définies par des dichotomies, dit de celles-ci qu’elles sont des pôles extrêmes entre lesquelles elle peut osciller. Cazeneuve, Jean, in Encyclopédie Universalis, article « Sociologie de la connaissance ».

[6] Galissot, René, « Urbanisation prolétaire et paupérisation culturelle », in Revue NAQD, Désordres Urbains, n°16, Printemps/Eté 2002, p.152.

[7] Chateur, Khelifa, « Relations ville-campagne dans la Tunisie du XIXème siècle, Le cas du Sahel et des basses steppes », in Système urbain et développement au Maghreb, Travaux du séminaire international de Hammamet, 22-30 juin 1976, présentés par Ressam A., et Zgha, A., Collection Horizon Maghrébin, Tunis, Alger, Cérès Productions et Office des publications universitaires, 1983.

[8] Sari Djilali, Les villes précoloniales de l’Algérie occidentale, Nédroma, Mazouna, Kalâa, Alger, OPU, 1970.

[9] Colonna Fanny, Savants Paysans, Eléments d’histoire sociale sur l’Algérie rurale, Alger, Office des Publications Universitaires, 1987, p. 23.

[10] Il s’agit de George, Pierre, Dugrand, Rochefort et Juillard, Kayser.

[11] Castells, M., La question Urbaine, Paris, Édition Maspéro, 1981, (1ère édition 1972).

[12] Pour Côte, Marc, elle est un phénomène ancien, mais dont l’ampleur est nouvelle, civilisation romaine, royaumes des dynasties musulmanes. Cote, Marc, op. Cit.

[13] Berque, Jaques, Maghreb, histoire et sociétés, Duculot & S.N.E.D, 1974.

[14] Sanson, Henri, De l’Algérie originelle à l’Algérie actuelle, (polycopié C.D.E.S : B IV 228), Mai 1979.

[15] Julien, Charles-André, Histoire de l’Afrique du Nord. Tunisie-Algérie-Maroc, des origines à la conquête arabe (647 ap. J.-C.), Paris, édition Payot, 1951, Alger, S.N.E.D, 1980, p.80.

[16] Rouissi, Moncer, Population et Société au Maghreb, Collection Horizon Maghrébin, Office des Publications Universitaires, 1983, p. 98.

[17] Cote, Marc, « Une poussée d’urbanisation sans précédent », in Repères : La ville et l’urbanisation, éditions Marinoor, n°3, 1997, p.183-202.

[18] Nouschi, A., « Observations sur les villes dans le Maghreb précolonial », in Cahiers de la Méditerranée, n° 23, Décembre 1981, pp. 3-21.

[19] cf. Rouissi, M., p.107.

[20] http://www.imarabe.org/perm/mondearabe/pays/docs/algerie.html

[21] D’après les cahiers de l’Office National de Statistiques. Mais Lakjaa, attire l’attention sur les critères selon lesquels l’O.N.S détermine le taux d’urbanisation : un seuil minimum de personnes actives occupés dans les secteurs économiques autres que l’agriculture (moins de 25% de la population d’une agglomération Pour l’auteur, le phénomène de l’urbanisation récente et rapide serait plutôt de type démographique (migrations, mobilités) qu’économique ou industrielle. (cf. Oran, des chiffres et des Mythes).

[22] Grandet Eugène, lui trouve toutes les caractéristiques d’une ville coloniale malgré ses origines anciennes. En effet, cette petite cité prendra de l’ampleur et deviendra une véritable agglomération urbaine sous l’occupation française. Durant cette période, la croissance démographique est telle qu’elle atteint à la veille de la guerre de libération 300.000 habitants.

Grandet Eugène, document polycopié à l’usage des étudiants en Architecture, USTO.

[23] Sidi Boumedine Rachid, « La citadinité : une notion impossible ? », in Fascicule de Recherches n°29, Tours. URBAMA.

[24] Naciri, Mohamed, considère que la citadinité est une culture.

Naciri, Mohamed, « Regards sur l’évolution de la citadinité au Maroc », in Citadins, villes, urbanisation dans le monde arabe aujourd’hui, numéro Hors-série de la collection Tours, URBAMA, 1985.

[25] Navez-Bouchanine, Françoise, Citadinité et urbanité : le cas des villes marocaines, Communication présentée aux Journées d’Études sur la citadinité, Tours, URBAMA, Juin 1992.

[26] Castells, M., La question Urbaine, Paris, Édition Maspéro, 1981, (1ère édition 1972). p. 102.

[27] Revenir aux seuils de population pour une agglomération, à la gamme d’activités et au caractère de l’habitat, donnés dans le Dictionnaire de l’Urbanisme pour établir des critères universaux qui définissent la ville.

[28] Lussault Michel, La citadinité : pour une approche problématique, Fascicule de Recherches, n°29, Tours, URBAMA.

[29] « la société urbaine est définie avant tout par une certaine culture, la culture urbaine, au sens anthropologique du terme, c’est à dire un certain système de valeurs, normes et relations sociales possédant une spécificité historique et une logique propre d’organisation et de transformation », Castells, Manuel, op. cit. p. 104.

[30] Chaline, Claude, Les villes du monde arabe, éd. Masson, 1980, p. 23.

[31] Colonna, Fanny, Savants Paysans, Eléments d’histoire sociale sur l’Algérie rurale, Alger, Office des Publications Universitaires, 1987, p. 21.

[32] Op.cit., p.260.

[33] « À l’orée des années 1970, un nouveau phénomène s’est ajouté à cette dynamique : les citadins ont «redécouvert» les vertus d’une vie à la campagne, et la «rurbanisation» a partiellement compensé l’érosion démographique qui rongeait le tissu rural. » (Encyclopédie Universalis, Article « Sociologie des ruraux »)

[34] Marouf, Nadir, Paysans et monde rural, Document de travail n°F/1/1999, Oran, crasc, 1999, p. 3.