Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Lorsque fin 1996 le défi fut lancé de faire paraître une revue, nous étions partis avec un héritage et deux ambitions : - Une première ambition qui était de rendre visible et lisible la production des chercheurs en anthropologie et en sciences sociales et humaines dans notre pays et sur notre pays. Tout en restant ouvert aux expériences et à la production sur le Maghreb et ailleurs. - Nous voulions également gagner le pari du temps, c’est-à-dire assurer la pérennité de ce produit et continuer le plus longtemps possible à occuper le champ éditorial national. Notre prétention de départ, à peine formulée ouvertement, était, en s’installant dans le temps et en s’imposant sérieux et continuité, de faire d’Insaniyat une revue de référence. Par contre, notre contrat moral avec le Centre était clairement énoncé par sa directrice « contribuer à réduire en Algérie un déficit préoccupant en supports de publications scientifiques alors même qu’un potentiel de production (existe) et ne demande souvent qu’à s’exprimer». [N.Benghabrit-Remaoun, Avant-propos, n°1, 1997] Il ne s’agit pas aujourd’hui de faire le bilan, mais plutôt l’état des lieux. Faire le bilan me paraît faire une opération solde de tout compte de tout ce qui a été réalisé depuis huit années et éventuellement mettre la clé sous le paillasson. Faire l’état des lieux, revient à activer la mémoire - même encore jeune mais pas courte - de la revue pour mieux opérer cette avancée que nous souhaitons pour les années à venir. C’est inscrire la revue dans l’histoire intellectuelle de notre pays. C’est ainsi que s’est construite l’identité de la revue qui nous permet de dire à notre manière le dit des universitaires. Construire l’identité de la revue La question de départ comme toujours était simple : pourquoi nombre de revues en sciences sociales et humaines n’ont jamais fait que trois petits tours puis s’en sont allées ? La plupart d’entre elles n’auront même pas laissé trace de leur passage dans la modeste histoire intellectuelle de ce pays. Pourtant le potentiel universitaire d’écrivants et de lisants, dans le domaine des sciences de l’homme et de la société, ne cesse d’augmenter. Le rapport du PNUD 2004 révèle que les pays du Moyen-Orient et du Maghreb connaissent entre autres, un déficit grave dans l’accès au savoir, dans sa recherche et dans sa diffusion. Comme nous n’avions pas et nous n’avons toujours pas la prétention d’exercer quelque monopole que ce soit sur quelle que discipline que ce soit, et comme nous souhaitons travailler sur la réalité de notre société, nous avions et nous avons toujours la prétention d’apporter notre contribution à la lutte contre la faiblesse sinon l’absence de communication universitaire. Et telle est l’une de nos ambitions : participer à la lutte contre l’inculture. Nous savons toutefois que nous ne saisissons que partiellement cette façon dont notre société est en train de s’interroger sur elle-même. C’est sur ces préoccupations que petit à petit l’identité de la revue s’est construite en devenant « la revue jaune ». Ce travail de construction avait un fondement : le contrat moral qui liait le comité de rédaction à la direction du CRASC ; il a pris une forme : le comité de rédaction qui en est à sa troisième mouture. La revue s’est dotée également d’un comité de parrainage et surtout d’un conseil. Il est vrai que, dans un tout premier temps, il s’était agi de faire pièce à ceux qui posaient le problème du statut de la revue - et des conséquences que cela pouvait entraîner pour les contributeurs. Ensuite et surtout il s’est agi de mieux asseoir sa posture dans le champ éditorial national et pourquoi pas international. Les collègues qui ont accepté de nous parrainer et de faire partie du Conseil de la revue sont petit à petit intégrés dans le processus de sa fabrication. Toutes ces personnes, et toutes celles qui acceptent d’intervenir, font partie d’un comité informel, le comité de lecture. Ce comité nous l’avons voulu d’emblée sans existence formelle. Il est donc fait appel à toutes les compétences possibles qui acceptent de partager cet effort avec nous. C’est avec elles qu’il faut lire les articles proposés, les accepter ou pas, donner les orientations académiques, le corriger et mêmes traquer les fautes. C’est avec l’ensemble de ces comités qu’Insaniyat, la « revue jaune », s’est construit une place dans le paysage éditorial national pour dire et présenter la production des universitaires. Dire le savoir universitaire Ces chiffres qui fixent les idées, mais qui n’expliquent pas tout Nous avons publié entre 1997 et 2003, 22 numéros. Les quatre numéros de 2004 sont en cours de finition et les quatre numéros de 2005 sont en cours de montage. Avec en moyenne 15 articles par numéro, ce sont presque 300 articles et 250 contributeurs qui ont été publiés en 7 années d’exercice et plus de 7 000 pages. Ces chiffres qui aident à fixer les idées, n’expliquent pas tout. Un constat premier peut être fait, la part de la langue française reste plus importante que celle de la langue arabe. Le choix délibéré du numéro thématique s’est imposé dés le début de cette aventure. Mais un espace est réservé à des textes hors thème et surtout aux positions de recherches et aux comptes rendus de thèses soutenues. Les délais de plus en plus long de fabrication intellectuelle d’un numéro a rendu ce choix essentiel. Il a fallu faire des choix éditoriaux. Du choix des thèmes. Si certains se sont imposés d’eux-mêmes comme paradoxalement le dernier, issu du frigo et d’une forte demande de publication sur ce thème, d’autres sont provoqués par la rédaction ou proposés par un chercheur qui en devient le pilote. La question qui s’est posée en arrière plan du travail aura été celle de notre relation avec l’actualité politique, économique et sociale du pays. La position éditoriale de principe est d’être la vitrine des préoccupations de recherche de l’Université. La question du lien avec l’actualité s’est résolue par elle-même. En amont d’abord : ou l’Université est ouverte à notre réalité sociale ou elle est fermée au monde qui l’entoure. Elle est réglée également par cette pratique qui permet au comité d’initier des numéros. C’est ainsi que la question du travail informel, et celle de l’histoire et de la mémoire dès le n°1 en 1997, s’interroger sur l’cole puis sur la Famille, ont plus un lien avec l’actualité d’aujourd’hui que celle d’hier, tout comme la question du patrimoine et plus précisément celui du patrimoine immatériel. Si les numéros sur la violence et celui sur le sacré répondaient à des préoccupations des universitaires, il nous fallait apporter notre contribution à ces débats, le numéro sur le local a été plutôt rattrapé par l’actualité. Par contre deux grosses préoccupations ont investi la revue : la question urbaine et celle des langues et de la littérature. Mais notre grand regret aura été et reste une pratique encore en déficit : les comptes rendus de livres et thèses. Une revue universitaire doit être capable de présenter la bibliographie commentée des travaux sur une question donnée. Nous l’avons fait dans les n°5 sur les Villes en présentant des ouvrages sur Alger, - n’ayant pu obtenir un article problématique sur la capitale nous avons décidé de donner notre point de vue à partir de nos lectures. Nous l’avons également fait dans les numéros 12 sur le Patrimoine et 19 sur l’historiographie. Conclusion Il reste beaucoup à faire bien sûr. Mais si vouloir rendre visible la production des chercheurs en sciences sociales et humaines est une bonne résolution être visible soi-même est certainement meilleur. Et pourtant s’il reste encore beaucoup à faire à tous les niveaux de toutes les étapes du processus de fabrication de la revue, il reste que son audience en Algérie peut être considérée comme un acquis, un bel acquis dont nous pouvons nous sentir légitimement fiers. Et ces acquis qui nous motivent à aller plus loin encore et à faire toujours mieux.