Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

« Trois mille ans avant J.C à Thèbes en Haute –Egypte, un maître a eu l’idée d’afficher un papyrus, offrant une récompense à qui retrouverait son esclave en fuite. Il signa selon les historiens l’acte de naissance de la publicité ».

Introduction

Le rôle essentiel de l’affiche est avant tout d’apporter une information. C’est un document doublement éphémère par le caractère événementiel de son sujet et le fait qu’il soit exposé pour une durée déterminée.

Déjà à Pompéi (en 79 avant J.C), on a retrouvé les anciens vestiges de publicité. Des affiches annonçaient déjà des combats de cirque ou offraient des locations de tavernes.

Les époques Grecques et Romaines connaissaient déjà l’affichage. En Grèce on utilisaient des panneaux mobiles, et à Rome des murs blanchis et divisés en rectangles. A partir du Moyen Age, l’affiche était le seul moyen qu’avaient les autorités pour faire connaître leurs décisions et les évènements qui concernaient la cité.

Ce n’est qu’avec l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1440 que la publicité va connaître son essor, la première affiche, telle que nous la connaissons actuellement, est celle composée en 1477 par WILLIAM CAXTER pour vanter les eaux de Salisbury. Elle restera pendant longtemps le prototype de l’affiche courante.

En 1832, Charles Louis Havas fonda à Paris une petite agence de presse d’information qui devint la première agence de presse de l’époque moderne, partant de là, il créa la première agence du publicité qui existe jusqu’à nos jours.

L’affiche en Algérie

L’agence HAVAS était présente en Algérie dès le 19ème siècle. Elle se retrouva en concurrence avec l’agence Grandet qui avait été fondée en 1920 et qui restera sur le territoire algérien jusqu’en 1964.Toutefois la plus ancienne agence de publicité en Algérie était l’agence « Chapuis ».

En Algérie, il y avait deux communautés très distinctes ; elles étaient dissemblables par le nombre, la culture, le niveau social, la religion….etc. Il fallait donc adapter la publicité en fonction de ces différences et de la population ciblée. A cette époque, seules la presse écrite et les affiches servaient de support à la publicité. Ce sont ces dernières qui feront l’objet de notre communication.

Introduction affiches

Nous allons à présent essayer, après avoir classé nos affiches en diverses catégories, de les interpréter. Cette interprétation est toute personnelle basée sur notre connaissance des faits à l’époque coloniale et du contexte de l’époque, toutefois nous aimerions qu’au cours du débat que des personnes puissent intervenir pour donner leur avis et peut être une interprétation plus juste de ces affiches.

Affiches touristiques

Ces affiches prônaient en premier lieu le « pays du soleil » où il fait toujours beau et où l’on peut profiter des joies de la mer ou des randonnées dans le désert. Si nous comparons deux de ces affiches, nous nous rendons compte que ces plaisirs de la mer sont réservés aux européens et que l’algérienne est cloîtrée derrière son voile et les murs blancs de sa maison. Cette femme voilée que l’on retrouve sur beaucoup d’affiches coloniales seraient elle le symbole de cette Algérie qui devait se taire et rester cachée ?

Affiches commerciales

Affiches du Chemin de Fer Algérien : représentent des villes d’Algérie reliées ou non au chemin de fer. Pourquoi cette publicité était-elle ainsi faite ? Montrer un beau paysage ou une ville dans ce qu’elle a de pittoresque sans avoir à faire figurer un train ou des rails. Que voulaient dire ces affiches ? Que la seule beauté des sites faisait que l’on devait avoir envie de prendre le train ou que grâce à cette société on pouvait avoir accès à tous ces endroits plus mystérieux les uns que les autres. La question reste posée et seuls les chemins de fer auraient pu peut être nous donner une réponse mais nous n’avons pu, vu le temps qui nous était imparti, contacter ses services.

Affiche de navigation

Contrairement au chemin de fer, les compagnies maritimes utilisaient des bateaux pour leur publicité, tout en gardant un caractère exotique. Là aussi nous voyons beaucoup de ciel bleu et de soleil.

Les autres affiches commerciales particulièrement celle éditées par l’Office Algérien d’Action Economique et Touristique présentent surtout les productions agricoles de l’Algérie.

Affiches politiques et de propagande

Notre première affiche qui commémore le Centenaire de l’Algérie Française pourrait donner à penser que les deux communautés étaient très liées, les deux personnages sont cote à cote et pourtant on ressent le geste protecteur et paternel du colonisateur vis-à-vis du colonisé. On veut faire croire que la France a apporté les bienfaits de la civilisation à des peuples incultes mais on a occulté toutes les misères et les souffrances de ces peuples qui ne profitèrent pratiquement d’aucuns de ces bienfaits.

Notre seconde affiche représente une Algérienne portant un drapeau français, elle paraît particulièrement fière et heureuse. D’après sa tenue, elle serait de Aurès, une des régions du pays qui a le plus résisté à l’invasion française. Cette femme est censée symboliser toute une nation, ce qui est une véritable tromperie pour qui connaît la situation réelle des algériens à cette époque.

Notre troisième affiche est très explicite. Le parti communiste français qui soutenait l’indépendance de l’Algérie veut par le biais de cette affiche montrer qu’il fallait impérativement détruire l’O.A.S.

Notre quatrième affiche est une affiche de L’O.A.S qui appelait les français à venir combattre pour rester français sur une terre française. Elle peut se passer de commentaires puisqu’elle porte en elle-même sa propre explication.

La cinquième affiche est celle qui représente le moins la réalité. Elle concerne les appelés algériens au service militaire. Pour l’occasion, ils deviennent de « vrais » français mais on leur fait comprendre que jusqu’à présent ils n’étaient pas heureux et qu’ils allaient découvrir un pays magnifique (la France) qui n’avait rien à voir avec celui qu’ils avaient laissé.

« le plus beaux pays du monde », « tu seras bien nourri, bien vêtu, tu feras du sport », « ne t’inquiètes pas pour la famille », « l’armée fera de toi un homme ». Tu diras « notre pays » en parlant de la France, malheureusement la réalité était tout autre et les pauvres appelés allaient vite se rendre compte qu’ils ne seraient toujours que des indigènes ou peut être des franco-musulmans mais jamais des français à part entière.

Conservation et communication de l’affiche

1. Conservation :

La loi 88-09 du 26/01/1988 relative aux archives nationales considère comme « archives » tout document produit ou reçu quelque soit leur nature ou leur support matériel. Tout ce qui contient un témoignage ou une information est susceptible d’être inclus dans le domaine des archives, c’est pour cette raison que l’affiche est considérée comme une pièce d’archives.

- La conservation des affiches est difficile car elle nécessite un matériel adéquat (armoires spéciales à tiroirs plats), que peu d’institutions visitées possèdent.

Nous allons faire un petit exposé de ces différentes institutions :

- Les Archives Nationales : les affiches des archives nationales sont annexées aux fonds d’archives écrites mais il existe quand même un petit fonds d’affiches de la période coloniale qui sont bien conservées dans des meubles à plan.

- La Bibliothèque Nationale : les affiches sont bien conservées. Sur 4777 affiches, 2000 ont été traitées, et les autres en voie de l’être. Il s’agit surtout d’affiches publicitaire, touristique et de campagne d’utilité publique de la période post- coloniale (à partir de l’année 1970). C’est les deux institutions ou les affiches sont les mieux classées et conservées.

- La Wilaya d’Alger : le fonds d’affiches de cette institution est important non par le nombre (200 affiches), mais par leur valeur historique. En effet, ces affiches datent de la période coloniale, particulièrement la première guerre mondiale. Malheureusement, ces affiches sont très mal conservées, elles sont pliées et déposées dans des boites d’archives après avoir été traitées.

- La Cinémathèque : les affiches ont subi plusieurs déménagements et se trouvent dispersées en trois endroits différents : la salle de projection, le centre de documentation et le dépôt d’archives, les affiches du dépôt sont traitées et classées correctement dans des armoires métalliques à tiroirs plats, par contre, celles du centre de documentation sont entassées et posées à même le sol sans traitement dans une petite salle humide.

- L’A.P.S de Birmandreis : les affiches de l’A.P.C remontant à la période coloniale sont déposées sur des étagères dans une cave sans traitement ni respect de la conservation.

Il serait judicieux que les établissements n’ayant pas la possibilité d’archiver correctement leurs affiches les versent au niveau des Archives Nationales particulièrement pour la période avant 1962 afin de sauver au maximum ce capital culturel conformément à la législation en vigueur.

2. Communication

L’affiche est communicable sans restriction de temps contrairement à d’autres documents, mais sa consultation est difficile et demande un matériel adapté, c’est ainsi que l’on doit utiliser des tables spéciales pour les documents de grand format. Ces tables doivent être assez larges et inclinées types dos d’âne.

Les documents d’archives sont difficiles à exposer vu leur aspect inesthétique ou rébarbatif. C’est la raison pour laquelle on utilise au maximum les photos et les affiches qui peuvent égayer la présentation d’une exposition par leur aspect coloré et la possibilité de comprendre d’un seul regard le message qu’elles apportent.

Pour une exposition, un responsable du Musée de l’Histoire de France estime qu’il faut 70% d’illustrations pour 30% d’écrits.

Les affiches étant considérées comme illustrations, on n’hésitera pas à les utiliser ainsi que des agrandissements, photographiques pour casser la monotonie d’une exposition.

Moyens scientifiques de conservation des affiches

Vu les difficultés de conservation et surtout les risques encourus par les affiches lors de la consultation, particulièrement lorsqu’il n’y a pas de double et qu’elles sont anciennes, il est recommandé de recourir à la reproduction sur microfilms, microfiches. La numérisation qui est une opération coûteuse pourrait être réservée aux affiches très anciennes et qui ont une importance historique.

Conclusion

En conclusion, nous pouvons dire que l’étude des affiches est très intéressante, elle apporte un éclairage particulier sur l’histoire, la vie en société d’une période donnée de l’histoire d’un pays. Etant accessible à tout le monde, l’affiche est d’un abord facile et permet de faire passer un message à un maximum de personnes. C’est pourquoi, il nous semble qu’il serait important que l’ensemble de la société civile (particuliers ou institutions) en possession d’affiches puisse les remettre aux Archives Nationales pour leur conservation ou tout au moins leur permettre d’en prendre copie.

Notes

* Archiviste documentaliste, Centre National des Archives - Alger

Auteur

Dalila BELHADJ *