Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

En tant qu’architecte et urbaniste devant intervenir sur l’aménagement de l’espace urbain et donc le cadre bâti, il nous intéresse de comprendre ce qui fait ou non l’importance de la fréquentation de certains espaces publics. La particularité des jardins urbains justifie ce questionnement en rapport aux pratiques sociales.

La Promenade du Cheikh Ibn Badis (ex-Général de Létang) qui figure parmi les espaces verts les plus remarquables de la ville d’Oran nous interpelle par la faiblesse de sa fréquentation. Elle a occasionné la présente réflexion [1] sur le concept de lieu dont les composantes renvoient à ses potentialités germinatives (C.N. Schulsz, 1981). La démarche de reconstitution de la genèse de l’espace passe par le décryptage de documents d’archives historiques confrontés à différents écrits relatifs au lieu.

1. Situation du problème

L’objectif de l’exposé vise à apporter d’autres éléments de perception de l’espace dans les procédures d’intervention urbaine. Elle propose la considération de ses caractéristiques physiques et non physiques comme des composantes essentielles dans l’évaluation des potentialités ayant un impact positif sur l’efficacité d’usage.

Il s’agit de comprendre les principes relatifs aux procédures de composition urbaine dans l’acte de conception de projet. Cela inclut l’identification des mécanismes de leur création et des phases de leur développement considérées comme étant des facteurs influant sur la qualité de leur évolution. Ces principes prennent appui sur les connaissances des concepts de relation affective et communautaire entre les individus et l’espace (K.Lynch, S.Simonds, C.Tandy, E.N. Bacon, J. Gehl). Ils renvoient aux conditions germinatives de son apparition et les facteurs principaux influant sur le mode de développement. Appuyer la nécessité de considérer les données du contexte comme des potentialités à valoriser dans les procédures de composition urbaine, implique la relation entre les pratiques sociales et les facteurs environnementaux. De telles considérations agissent sur la décision d’implantation et son impact sur l’évolution de l’espace.

Le modèle d’analyse articule deux composantes principales :

1. Les procédures de composition urbaine relatives à la conception des EVUP, notamment pour ce qui concerne la considération des potentialités.

2. Les implications spatiales qui se perçoivent à la nature des activités et leur impact sur l’atmosphère urbaine.

L’élément végétal dans le champ d’investigation théorique est présenté comme un facteur d’attraction pouvant favoriser des pratiques liées au besoin de bien-être. La phase exploratoire de la recherche mène à cerner cette notion dans la mesure où les pratiques, considérées comme une potentialité, développent des processus de relations qui se traduisent en terme d’efficacité d’usage.

Le niveau d’efficacité se comprend à la communication harmonieuse entre les choses et les êtres, les usages et l’espace et à son impact sur le développement économique de la ville.

2. Hypothèses des relations entre espace, pratiques et mémoire du lieu.

- L’EVUP est un élément de la composition urbaine et un lieu de rassemblement. Le public lui donne une substance sociale qui peut avoir un impact économique sur la ville par l’association d’activités génératrices d’animation spatiale.

- Différents facteurs relatifs au processus de formation de l’EVUP influent sur son développement en tant que lieu impliquant des formes d’activités diverses pouvant contribuer à son animation.

L’étude avance que les conditions de réalisations des EVUP influent sur la forme des implications spatiales de ces types d’espaces. Les conditions de réalisation comprennent les potentialités structurantes du site à l’origine, la qualité de l’environnement et de ses composantes ainsi que les procédures de composition urbaine (considération contextuelle).

- Potentialités structurantes du site : les EVUP issus d’opportunités foncières marquées par des pratiques sociales, peuvent développer un processus d’usage aux implications favorables à leur animation.

- Considérations contextuelles : La démarche écologique dans la procédure de composition urbaine considère les structures du contexte (identité, caractère, histoire) comme des potentialités. Dans ce cas, elle met en valeur les éléments significatifs pouvant impliquer un processus d’usages de l’EVUP, où les activités ont un impact économique favorable à la ville.

- Qualité de l’environnement et de ses composantes : les EVUP, issus d’un site où la vue est cadrée par des composants suggérant des émotions (élément naturel, symbolique significatif), peuvent développer un processus d’usages aux implications favorables à leur évolution économique.

La définition des critères d’appréciation de la structure de l’EVUP fait référence aux règles développées dans le récent ouvrage sur la composition urbaine, réalisé par P. Pinon (op.cit.). Les paramètres physiques affectés à l’identité de l’espace lui sont empruntés.

a) La topologie rend compte des positions et des liaisons. Elle concerne les découpages, les occupations, les tracés.

-La géométrie rend compte des figures et des directions. Elle concerne le contour des découpages et l’intégration des figures ou des directions.

-Le dimensionnement rend compte des dimensions absolues et des proportions. Il concerne la hiérarchisation et l’intégration des figures. »

Les paramètres non physiques relatifs au caractère tels que les pratiques, les vistas et les significations, sont définis à partir des différents travaux d’auteurs cités dans la première partie de l’étude. Ces paramètres, sans être exhaustifs, permettent de constituer une base d’appréciation suffisante pour comprendre le processus de développement des EVUP.

a) - Les pratiques correspondent à des besoins d’ordre matériel (échanges commerciaux) et immatériel (culte, symbole, beauté du site). Elles nous sont transmises par les descriptions diverses, les tracés des voies et tout autre élément significatif sur les cartes.

- Les vistas concernent la qualité et la diversité des vues cadrées. Elles se définissent comme une entité constituée par la succession des trois plans principaux d’un paysage. Elles sont représentées sur les plans pour signifier des directions, des dimensions et les éléments principaux du paysage.

- Les significations concernent la dénomination et la symbolisation de l’espace. La toponymie rend compte de l’image de l’espace.

b) - La mémoire du lieu est concernée par la procédure engagée dans la mise en forme de l’EVUP. Elle dépend des transformations qui ont introduit des différences entre la forme initiale et la forme conçue. La mise en rapport des données des contextes permet d’apprécier l’importance et la nature des transformations.

3. Construction d’une approche analytique.

L’objectif principal vise à mettre en évidence les dimensions du concept de lieu dans les procédures d’intervention urbaine. Les caractéristiques physiques et non-physiques des EVUP constituent les potentialités à considérer dans cette démarche. La considération des données du contexte, étant des potentialités à valoriser, implique la relation entre les pratiques de l’espace et les facteurs environnementaux. Une telle démarche influe sur la décision d’implantation et son impact sur l’évolution de l’espace.

L’approche analytique consiste à mettre en rapport les données initiales du contexte (given form) et celles des formes conçues (made form) pour l’espace considéré aux fins de révéler la procédure de composition urbaine adoptée. Cette mise en évidence est ensuite rattachée aux faits relevés concernant les formes d’implications spatiales actuelles. L’indicateur essentiel des formes d’implications est relatif aux activités qui structurent l’espace.

La technique utilisée est issue de la démarche comparative qui fait une lecture des « ... tracés successifs du réseau de communication » et « ...la perception du mode d’occupation de l’espace. » (R.Cresswell &. M.Godelier, 1976). Elles se réfèrent à quelques indications méthodologiques qui relèvent de l’analyse anthropologique et de l’étude portant sur la compréhension du plan de Washington D.C. (Ch.H.Conrad, 1976). Cette dernière développe une méthode visant à identifier le genius loci en repérant les caractéristiques principales et les determinants de la forme conçue. La reconstitution des données s’accomplit à partir des informations repérées dans les documents cartographiques, complétées par les gravures et ouvrages à caractère descriptif ou narratif ainsi que les documents d’archives.

Afin de permettre la comparaison entre présent et passé, les données cartographiques sont rapportées à une échelle comparable. Concernant les données spatiales, l’usage de la photographie est utile pour montrer quelques traits caractériels de l’espace. Elle reste cependant malaisée et influe sur la qualité et le nombre de prises de vue.

L’observation des pratiques et le relevé des activités limitrophes des EVUP sont effectués directement. Cette observation permet d’en donner une valeur d’usage approximative dont l’estimation est établie à partir de critères pertinents et directement observable : l’usage de l’espace à travers les activités qu’il regroupe et l’usage du temps selon que ces activités se manifestent quotidiennement ou non.

Un recueil d’informations complémentaires est établi à partir d’un questionnaire envoyé aux institutions chargées des espaces verts urbains.

Un autre questionnaire, visant à recueillir les EVUP les plus fixés dans la mémoire collective, a été structuré de façon à repérer quels sont ceux qui sont les plus cités. L’objectif est de vérifier que ce sont ceux-là qui regroupent les caractéristiques de lieu de rassemblement et que, par conséquent, ils répondent aux conditions de réalisation les plus favorables telles que présentées par l’hypothèse.

Les éléments structurant l’EVUP se rattachent à l’espace, les pratiques et le temps. Le rapport entre les éléments révèle la procédure de composition urbaine qui a présidé à la mise en forme de l’EVUP. La synopsis de l’ensemble de ces éléments se traduit par deux types de rapports :

  • Celui qui engage l’espace et ses pratiques met en relation l’identité et le caractère du lieu.
  • Celui qui engage le temps, met en relation les données du contexte initial et celles de la forme conçue.

A partir de ces relations, un canevas définit les éléments de l’EVUP qui se rapportent à son identité (éléments physiques : topologie, géométrie, dimension) et à son caractère (éléments non physiques : pratiques, vistas, significations). Les rapports entre identité, caractère, forme initiale et forme conçue constituent le génie de l’EVUP[2]. Il se comprend aux propriétés des implications spatiales et à la valeur d’usage observée à partir des critères de qualité, nombre et prestation des activités structurant l’espace.

La phase finale de vérification des hypothèses met en relation les conditions de réalisation de l’EVUP et la valeur d’usage. Les conditions de réalisation regroupent les potentialités structurantes initiales et les procédures de mise en forme révélée par l’observation des transformations spatiales. La valeur d’usage est estimée d’après les caractéristiques de l’espace (activités, pratiques) auxquelles sont attribuées des valeurs relatives.

4. Application de la méthode sur La Promenade du Cheikh Ibn Badis à Oran

- Identité et caractère de la structure initiale

- L’identité

Les gravures et plans de l’époque pré-coloniale française montrent que les signes graphiques du site initial de la Promenade du Cheikh Ibn Badis, sont identiques à ceux des ravins plantés. L’hypothèse de l’existence d’une forme de culture en ce lieu semble probable d’autant que l’examen des documents indique que l’endroit fonctionnait en espace clos naturellement protégé par les falaises donnant sur la mer au Nord et par les remparts de Rosalcazar au Sud. La protection se poursuit par des murs en forme brisée jusqu’au bas de l’Ouest Ras el Ain et du Fort Ste Thérèse. Selon cette description, l’emplacement est un espace fermé jouant un rôle de transition entre extérieur et intérieur. L’existence d’ouverture en arc sur les remparts du château atteste de cette relation directe entre Rosalcazar et le site[3].

La forme initiale du site correspond à une bande parallèle au rivage dont le profil est fortement taluté. Elle se prolonge d’Est en Ouest et se découpe selon la forme géométrique des remparts qui la limitent au Sud et la forme naturelle de la falaise au Nord. La topographie du site, entre 50 et 55 mètres au dessus du niveau de la mer, particularise sa morphologie étagée face à la rade d’Oran.

La comparaison des dimensions de l’endroit avec d’autres espaces environnants révèle l’importance de sa taille. La mesure de la longueur dans le « Plano de la Plaza de Oran » est estimée à environ 650 mètres. Cette dimension constituait une continuité de parcours exceptionnelle à l’échelle de la ville. Elle correspondait à celle du château avec lequel elle composait une unité fonctionnelle à la mesure du pouvoir suprême de la Province d’Oran.

- Le caractère

Les aspects physiques, révélés par l’identité du lieu à son origine (topologie, géométrie, dimensions), indiquent qu’il s’agissait d’un espace clos intimement lié au château. Les tentatives de recherches sur les pratiques durant les périodes espagnole et turque n’ayant pas abouti, nous nous arrêtons à l’hypothèse que l’endroit faisait office d’usages à caractère privé liés au château.

Les descriptions de l’époque coloniale française rapportent que deux types de marchés se tenaient dans l’environnement immédiat du site considéré : « ... celui aux grains, à la volaille, au beurre dans les fossés Est du Château-Neuf ... Le charbon de bois étant apporté dans les fossés Ouest du Château-Neuf »[4]. Cette indication semble se confirmer par la gravure de 1786 qui signale en légende : « Idem de Lena Carbon ».

L’utilisation des fossés en lieux d’échanges et de commerce est à comprendre comme étant des espaces de convergence des voies qui situent la communication entre l’intérieur et l’extérieur de la ville. Ils constituent aussi des espaces facilement accessibles, sans doute à l’abri des vents qui caractérisent le site d’Oran. Ainsi, la morphologie escarpée de la Promenade du Cheikh Ibn Badis, à son origine, la retranche des zones d’activités pouvant favoriser le rassemblement et la fréquentation publique.

Pour ce qui concerne les significations à travers la toponymie, les documents en notre possession de l’époque pré-coloniale française ne signalent aucun nom spécifique du lieu. Etait-ce dû à sa position et son statut qui le retranchaient des activités urbaines ? Des recherches restent à mener pour définir la signification du lieu avant qu’il ne soit qualifié de « glacis » par les Français [5].

- Identité et caractère de la structure conçue.

- L’identité

La topologie du site est maintenue après l’urbanisation coloniale française. Cette permanence s’explique en partie par sa morphologie escarpée et la présence des remparts du Château-Neuf. Les aménagements introduits adaptent les éléments forts de cette structure du lieu qui apparaît comme étant la seule alternative dans les conditions de conservation du château.

Deux accès de part et d’autre du jardin l’inscrivent dans un circuit de promenade et le mettent en relation avec le Château-Neuf, la Place du Ier Novembre et la Rampe du Commandant Ferradj initiant ainsi plusieurs directions vers la ville.

Il n’existe pas actuellement de communication directe entre le site et le château. Des traces de porte emmurée apparaissent cependant sur les murailles Nord et semblent correspondre aux indications initialement observées.

La configuration de la Promenade se présente sous une forme irrégulière, sinueuse et plus longue que large. Elle est le résultat de l’addition de différentes formes qui se juxtaposaient initialement. L’unité géométrique ainsi conçue correspond aux données du site où la topographie est une potentialité pour une composition spatiale libre, conforme à l’esprit de l’aménagement des jardins.

La taille de la Promenade du Cheikh Ibn Badis évaluée à 6 hectares, elle est le plus grand espace vert de la ville en position centrale. Unique en son genre, la Promenade entretient des relations avec l’ensemble du territoire, lui attribuant des liaisons à l’échelle régionale [6].

- Le caractère.

La Promenade du Cheikh Ibn Badis est un espace autonome où la mitoyenneté avec le Château-Neuf se réduit à une contiguïté spatiale sans rapport fonctionnel. Le monument et ses remparts jouent plus un rôle de clôture que de présence culturelle ayant un impact sur les pratiques de l’espace. D’une façon générale, les comportements observés correspondent à des types d’attitudes antagonistes : les uns se rapportent à la promenade et la contemplation, les autres sont bruyamment manifestés par des petits groupes d’adolescents.

Les gestionnaires des espaces verts de la ville d’Oran confirment le fait que la Promenade n’est pas très fréquentée et qu’elle donne refuge à des désœuvrés qui la rendent difficile à gérer. La tentative d’introduire quelques activités en vue d’y créer de l’animation n’a pas abouti [7]. Elles sont d’ailleurs en contradiction avec la vocation et le statut de l’espace classé site historique. Cette absence d’animation n’est pas nouvelle. Divers récits de l’époque coloniale mentionnent que, malgré les efforts d’aménagement, il n’a jamais été un lieu de rassemblement important [8]. Conçu pour être un espace d’agrément à grande échelle, il demeure par ses pratiques, un espace confiné, soumis aux actes de vandalisme et sans considération propre pour ses valeurs structurantes particulières.

Concernant les significations, le nom donné à la Promenade durant la période coloniale se rattache à son concepteur, le Général de Létang. Cette dénomination, relative à un personnage militaire français, inaugurait une autre forme toponymique dans le contexte algérien. Sa symbolique ambitionnait de se référer à des personnages activant pour la colonisation de la Province d’Oran.

Après l’Indépendance, la volonté de rupture étymologique dénomme le lieu « Promenade du Cheikh Ibn Badis ». Cette action s’inscrit dans une même logique de glorification avec la différence que le nom du personnage évoque les valeurs de la science et du savoir mises en avant par l’Algérie indépendante.

5. Interprétation des données.

La lecture historique du processus de formation de la Promenade du Cheikh Ibn Badis a permis de voir :

- L’espace à l’origine se situe dans une zone qui ne s’apprêtait pas à favoriser des pratiques sociales. Certains indices de l’époque espagnole mènent à interpréter que l’usage initial du site était à caractère privé.

- Les potentialités initiales donnaient au site un environnement essentiellement constitué par la mer avec vue panoramique sur la baie. Les remparts du Rosalcazar aux limites supérieures du site, lui assuraient une certaine intimité et donnaient à l’ensemble une atmosphère de tranquillité.

- L’intervention pour la réalisation du jardin a conservé et mis en valeur les potentialités physiques du site.

A partir de ces données, la faiblesse d’animation de la Promenade du Cheikh Ibn Badis, malgré les tentatives d’y insérer des activités à caractère commercial et ludique[9], semble s’expliquer par les structures initiales de son identité et de son caractère.

Bibliographie

Bacon N. Edmond., Design of Cities, Penguin Putnam, 1976, 336 p.

Füeg Franz, Les bienfaits du temps, Essais sur l’architecture et le travail de l’architecte, Presses Polytechniques Romandes, 1985, 296 p.

Lacaze J.P., « Aménager sa ville », Ed. du Moniteur , Paris, 1987, 250 p.

Lynch K., 1960-1976, L´image de la cité. Dunod, Coll. Aspects de l´Urbanisme, 222 p.

Lynch K., 1982, Voir et Planifier. L´aménagement qualitatif de l´espace. Dunod, Coll. Aspects de l´Urbanisme, Paris, 215 p

Mazaheri A., La vie quotidienne des musulmans au Moyen-Age, Xème - XIIIème siècle, Hachette, n.d.

Norbert-Schulz Ch., Genius Loci, 1981, 213 p.

Pinon P., Composition urbaine, I Repères, Services Techniques de l’Urbanisme, 1992, 189 p.

Von Meiss P., De la forme au lieu, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 1993.

Giedon Siegfried, Espace, Temps, Architecture, Denoël-Gonthier, Paris, 1968, 534 p.

Cruck Eugène, Oran et les témoins de son passé, Oran Heintz, 1956.

Derrien I., Les Français à Oran depuis 1830 jusqu’à nos jours, Aix, 1886.

Fey Henry-Louis, Histoire d’Oran, avant, pendant et après la domination espagnole, Oran, A. Perrier, 1858.

Lespes René, Oran, Etude de géographie et d’histoire urbaines, Paris 1938.

Tinthoin René, Colonisation et évolution des genres de vie dans la région ouest d’Oran de 1830 à 1885. Etude de géographie et d’histoire coloniales, Oran, L. Fouques, 1948.

Annexe : Témoignages écrits sur la Promenade du Cheikh Ibn Badis

E.Cruck :

« Si l’on descend la Rampe Valès pour se rendre à la Promenade de Létang on a sur sa gauche la haute muraille du Château-Neuf qui formait l’enceinte de la vieille ville et bordait un large ravin où s’installèrent les premiers maraîchers d’Oran. »

« Plusieurs allées étagées s’offrent à nous. Elles sont toujours à l’ombre de beaux arbres en feuillage permanent.

Ce lieu charmant, gratifié autrefois de concerts de musique les jeudis et les dimanches, est le rendez-vous des retraités et de vieilles gens qui, soit sur les bancs soit au pas lent de leur promenade, échangent des souvenirs de jeunesse. »

« A l’ombre de deux allées on voit sur un socle, un buste en bronze, c’est celui de la poétesse Jeanne Dortzal, née à Nemours, mais qui ne venait jamais à Oran sans faire une halte dans cette promenade si propice à la rêverie. »

« Mais il n’est nullement nécessaire d’être inspiré par les muses pour goûter pleinement l’attrait de la Promenade de Létang qui sera un jour peut-être, mieux accessible au public. C’est à dire lorsque pourront être réalisés un jour les projets qui consistent à ouvrir largement une avenue prolongeant la Place Foch depuis l’Hôtel de Ville en débouchant à travers la promenade sur le port et le vaste horizon du Nord. »

Récit de Charles Deprez : « De ce qu’il y avait sous les yeux, il ne reste presque plus rien...nous dominons les premiers plans de la baie à plus de cinq cent pieds de haut : ici l’usine à gas, là le chemin que l’on s’occupe de finir, plus près la plage sablonneuse de Karguentah et son établissement nautique ; à nos pieds même enfin, et découpant sur l’azur sombre des flots ses plateformes jaunies et ses crémaux ébréchés par le temps, le fort Ste Thérèse. »

R.Lespes :

« ... pour la flânerie, celle-ci (la Promenade de Létang) était malheureusement déjà aussi désertée qu’elle l’est aujourd’hui, au profit de la rue Napoléon et la place des Carrières, où déambulaient lentement et plusieurs fois dans les deux sens, ce que les Oranais ont baptisé d’une expression pittoresque,“faire la noria”. »

L.Piesse :

« La Promenade de Létang... commence près de la place du théâtre et contourne à l’Ouest, au Nord puis à l’Est, le pied des fortifications du Château-Neuf sur une longueur de 1 km... est surtout fréquentée les jours de musique militaire. »

Jules Renard :

« Les étapes d’un petit Algérien dans la Province d’Oran. » :

La Promenade de Létang : « Elle est le principal lieu de réunion des habitants, les jours de musique militaire. »

Notes

* Maître de conférences, Département d’Architecture, Université des Sciences et de la Technologie Mohamed Boudiaf - Oran

[1] Réflexion issue de la thèse intitulée « Les espaces verts urbains publics. Lieux de sociabilité et éléments de composition urbaine », 1999.

[2] L’expression se réfère à la terminogie définie par Patrick Geddes qui parle de “génie du lieu” et de “ l’esprit du temps” cité par F. Choay.

[3] G.Esquer, Iconographie, op.cit.

[4] R.Lespes, op.cit.

[5] R.Lespes, op.cit.

[6] Recueil de notes en annexe.

[7] Kiosque multi-service, poney-club.

[8] Recueil de notes en annexe.

[9] Jules Renard, « Les étapes d’un petit Algérien dans la Province d’Oran. » :

La Promenade de Létang : « Elle est le principal lieu de réunion des habitants, les jours de musique militaire. »

Auteur

Ammara BEKKOUCHE*