Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

On peut sans doute situer dans une même catégorie un ensemble d’intellectuels, nés dans les dernières années du XIXe siècle ou dans les débuts du XXe, et présentant de nombreux et significatifs caractères communs. On peut ainsi penser que des auteurs comme Mohammed Benchneb, Abû al-Qâsim Muhammad al-Hafnâwî, Sa`îd Ibn Zikrî, Ahmad Ibn Zikrî, Abderrahmane Djilali, et El Mehdi Bouabdelli, parmi les plus connus, peuvent figurer dans cette catégorie.

Parmi les traits communs pouvant justifier que ces lettrés soient distingués d’autres catégories d’intellectuels appartenant aux mêmes époques, il y a le fait que leur langue principale était l’arabe, que leur formation s’est déroulée totalement ou en grande partie dans des institutions traditionnelles principalement algériennes, qu’ils ont entretenu vis-à-vis du régime colonial une relation qu’on peut qualifier de prudente. Ils ont en effet réussi à éviter d’apparaître comme trop compromis avec ce régime, tout en ayant des activités ou des professions impliquant toutes sortes d’échanges avec diverses institutions ou administrations coloniales. Ils étaient ainsi différents aussi bien des intellectuels qui ont complètement lié leur sort à celui de l’Association des Ulémas Musulmans d’Algérie, que des médersiens, chez qui leur bonne connaissance du français et leur approche «occidentalisée» de la langue et de la culture arabes a favorisé la formation d’habitus[1] proches de ceux des intellectuels francisants. Cette position moyenne à laquelle se sont tenus ces lettrés que nous tentons ainsi de distinguer et d’identifier, leur a permis d’entretenir avec l’ensemble des catégories d’intellectuels arabisants, y compris ceux qui ont continué à appartenir aux institutions traditionnelles (zaouias et confréries), de bonnes et utiles relations.

L’étude de l’univers intellectuel de l’Algérie des années vingt aux années cinquante, nécessite que soient menés simultanément et pour ainsi dire dialectiquement, un travail de constitution de monographies portant sur des figures représentatives  de lettrés, et un travail de classification de ces derniers qui doit faire l’objet d’affinements et de rectification constants. Cette démarche doit permettre d’aboutir à une restitution aussi véridique que possible de la structure de l’ensemble du champ culturel de cette période ; structure susceptible d’éclairer les différentes formes de compétition, de conduites destinées à défendre ou à reproduire des situations de domination, et à valoriser des formes de capital intellectuel.

On peut aussi observer que les écrits de cette catégorie d’intellectuels portent très souvent sur d’autres intellectuels du passé ou, moins fréquemment, sur des contemporains. Il en est ainsi de Muhammad al-Hafnâwî, de El Mahdi Bouabdelli, de Abderrahmane Djilali etc. Ne faut-il pas voir dans cette orientation de la curiosité de ces intellectuels, une recherche plus ou moins consciente de leurs propres origines intellectuelles et une meilleure connaissance de leurs propres itinéraires ?

Pour tenter de donner de la pertinence aux pistes de recherche évoquées ci- dessus, je voudrais évoquer l’itinéraire d’un personnage qui paraît représentatif de cette catégorie de lettrés à propos de laquelle je fais l’hypothèse qu’elle peut être distinguée d’autres groupes d’intellectuels ; ce personnage est El Mehdi Bouabdelli (1907-1992).

Parmi les caractéristiques importantes de la trajectoire sociale de Bouabdelli, et les effets de celle-ci sur la formation de sa personnalité, il y a ce que j’appellerais la solidité de son enracinement dans des réseaux sociaux et culturels traditionnels. Ces réseaux relèvent aussi bien de son appartenance «tribale» que de son statut de cheikh d’une zaouia réputée, liée à la confrérie al-shâdhuliyya. L’appartenance de Bouabdelli au système des «zouias-confréries» s’inscrit dans une tradition ancienne. Son père, le cheikh Bouabdellah, était un personnage célèbre ; il avait suivi un cursus traditionnel de formation à Tlemcen puis au Maroc. Avant de s’installer définitivement à Bethioua, en tant que cheikh de zaouia, le père de Bouabdelli, avait enseigné plusieurs années à Mensaria près de Sig. Bouabdelli et les siens appartiennent à la tribu des Maghrâwiyya-s. Outre El Mehdi Bouabdelli lui-même, deux de ses frères ont accédé au statut de cheikh de la zaouia de Bethioua ; elle est actuellement encore dirigée par le plus jeune d’entre eux, Ayyâd.

La position sociale de Bouabdelli diffère à un degré considérable de celle des dirigeants de l’Association des Ulémas, qui, pour la plupart d’entre eux, n’ont pas gardé de fortes attaches avec leurs milieux sociaux d’origine, et surtout ne semblent pas avoir cherché à en tirer des profits symboliques. Cette attitude était conforme à leur doctrine explicite, opposée au système des zaouia et des confréries. Le cas du cheikh Bayyoud apparaît comme une exception qui confirme la règle : proche du mouvement islahiste algérien, celui-ci a toujours maintenu et consolidé ses liens avec les réseaux familiaux, religieux et sociaux auxquels il appartenait.

Toute une investigation pourrait être ainsi conduite pour évaluer le degré auquel les cadres de l’Association des Ulémas, ont pris de la distance par rapport aux groupes ou aux groupements dont ils sont originaires. Il paraît possible de faire l’hypothèse que plus la position de ces ulémas est élevée dans la hiérarchie de l’Association, moins ils se soucient de préserver et de cultiver leurs attaches avec leurs groupes ou groupements d’origine.

I. Cursus studiorum et cursus honorum

Tout en restant ainsi fortement lié aux institutions traditionnelles[2] auxquelles il appartenait, en assumant les tâches qu’impliquait cette appartenance, El Mehdi Bouabdelli participait aux activités de plusieurs institutions extérieures à l’univers traditionnel et régies par des administrations de type moderne[3], avant et après l’Indépendance. Ainsi, à la veille de la seconde guerre mondiale, avait-il été nommé imam auprès de la grande mosquée d’Oran, puis mufti en 1942, à Bougie. Il donnait à Radio-Alger des conférences sur plusieurs sujets. En 1952, paraît dans la Revue Africaine un article que Bouabdelli a consacré au cheikh Muhammad Ibn Alî al-Kharrûbî, une grande figure religieuse du XVIe siècle. Cet article paraît dans cette revue en français. Etait-il la traduction d’un texte d’abord rédigé en arabe ? El Mehdi Bouabdelli a suivi un cursus studiorum très classique : apprentissage précoce de la totalité du Coran suivi de celui des traités traditionnels de grammaire et de l’étude du fiqh à Mazouna ; formation couronnée par un séjour à la Zitouna, à partir de 1927. On peut se demander si à un moment ou un autre il a eu l’occasion d’apprendre le français.

Après l’indépendance, El Mehdi Bouabdelli a été membre du Conseil Supérieur Islamique ; il appartenait aussi au Centre National d’Etudes Historiques. Il semble ainsi que ses liens profonds avec des structures et des institutions traditionnelles lui avaient permis de préserver une considérable autonomie par rapport au pouvoir et aux instances officielles de gestion du religieux et de l’histoire, instances au sein desquelles l’influence des anciens membres de l’Association des Ulémas a longtemps été prépondérante.

II. En quête de manuscrits

On peut tenter de se représenter l’état d’esprit avec lequel El Mehdi Bouabdelli recherchait, déchiffrait, interprétait et exploitait manuscrits et documents. Ayant suivi un cursus de formation tout à fait traditionnel, El Mehdi Bouabdelli n’avait pas reçu de formation d’historien au sens moderne du terme. On peut sans doute penser que c’est un peu l’occasion qui a fait le larron : grâce à son appartenance à des réseaux tribaux et confrériques, Bouabdelli bénéficiait de grandes facilités pour recueillir des manuscrits et des textes dans les réserves des zaouias et des madrasa-s auxquelles il avait aisément accès.

El Mehdi Bouabdelli semble avoir ainsi eu une véritable passion pour la collecte de documents anciens. Cette passion lui a d’ailleurs permis de constituer une précieuse bibliothèque (Il y a actuellement un projet de création d’une fondation Bouabdelli à Bethioua, qui abriterait en particulier cette bibliothèque). Au cours de ses pérégrinations à travers le pays, Bouabdelli procédait à l’acquisition de certains manuscrits, à la copie de certains autres ou encore à la récupération de fonds entiers de textes.

La démarche de Bouabdelli le situe dans une certaine mesure dans la lignée des auteurs du genre des tabaqât et des a`yân et son intérêt pour la connaissance de personnalités et en particulier d’«intellectuels» du passé maghrébin le rapproche d’un Hafnâwî (Ce dernier était néanmoins plus engagé que lui dans l’administration coloniale).

L’approche de Bouabdelli des textes et documents et plus généralement sa représentation de l’histoire, ont subi des influences diverses qui l’ont amené à adopter des formes d’exposition relativement modernes. Sa collaboration, aussi limitée soit-elle à la Revue Africaine, a sans doute impliqué qu’il prenne en compte quelques-uns des critères et des normes de l’écriture moderne de l’histoire. Bouabdelli a publié en 1952 dans cette revue, comme le nous l’avons indiqué ci dessus, un article intitulé «Le cheikh Mohammed Ibn Ali El Kharroubi (XVIe siècle)». Il s’agit d’une note biographique  fondée sur un ensemble de textes qui ne font pas l’objet d’une description critique de type moderne. Les sources des données qui forment la substance de cet article ne sont pas toujours précisément mentionnées.

III. Erudition et conjoncture

L’œuvre publiée de Bouabdelli est principalement constituée d’articles parus dans deux revues, al-Thaqâfa et al-Asâla. On peut classer les textes figurant dans ces deux revues en deux catégories : celle des articles traitant de thèmes liés à la conjoncture culturelle ou politique, et celle où pourraient être rangés les textes de présentation de manuscrits inédits ou d’ouvrages peu connus, présentation qui constitue toujours pour l’auteur l’occasion d’évoquer de multiples personnages directement ou indirectement mentionnés dans ces ouvrages.

Des articles comme ceux qu’il consacre au Sahara Occidental (al-Asâla, avril 1976), à Jamâl  al-Dîn al-Afghânî (al-Thaqâfa,1977) ou à l’Emir Abdelkader (al-Thaqâfa, 1983) le conduisent à utiliser plus ou moins synthétiquement ses connaissances et son érudition,  plutôt que de simplement faire connaître tel ou tel texte inconnu ou méconnu. La question du Sahara Occidental et ses effets sur les relations entre l’Algérie et le Maroc, se posait avec acuité dans la période où Bouabdelli écrivait son article. En traitant de cette question, il ne s’écartait toutefois guère de l’esprit d’érudition qui le caractérise, puisque l’évolution historique de ce territoire est suivie principalement à travers l’œuvre ou l’action de shaykh-s ou d’ulémas directement ou indirectement liés à cette évolution.

La période à laquelle appartient Jamâl al-Dîn al-Afghânî, la fin du XIXe siècle, n’est pas celle qui fait l’objet des investigations les plus fréquentes de Bouabdelli, comparée à la période qui va approximativement du XVe au XVIIIe siècle maghrébin. Il prononce pourtant à son sujet une conférence, publiée dans al-Asâla (avril 1977). Il est significatif que Bouabdelli consacre de longs passages de son texte aux critiques que nombre d’ulémas turcs et égyptiens ont formulées à l’égard de la pensée et de l’action de cet homme. Il a été accusé en Turquie, précise l’auteur, de zaygh et de zandaqa. Il semble ressortir ainsi de ce texte que Bouabdelli gardait en quelque sorte ses distances par rapport au courant réformiste initié par al-Afghânî. La phrase élogieuse par laquelle il conclut son article n’est pas de lui mais est extraite d’une biographie qui lui a été consacrée. «Il est le seul homme, écrit-il en citant ce biographe, qui ait réveillé l’Orient de son sommeil, qui avait duré sept siècles…» (traduit par l’auteur, M. H.).

Les textes qu’utilise Bouabdelli pour composer l’article qu’il consacre à l’Emir Abdelkader sont plus proches des corpus de manuscrits et d’ouvrages qui lui sont familiers. Cet article paraît dans un numéro spécial d’al-Thaqâfa publié en juin 1983, à l’occasion du centenaire de la mort de l’Emir. Le titre en est significatif : «Documents authentiques éclairant la vie de l’Emir Abdelkader». Cette étude de Bouabdelli est essentiellement fondée sur le contenu de quatre manuscrits[4] découverts après l’Indépendance, à savoir une lettre du père de l’Emir, écrite à Chypre, durant son voyage de retour de la Mecque ; une longue épître de l’Emir rédigée durant son exil à Amboise ; une marthiyya (complainte ?) d’un élève du cheikh Mahieddine ; un poème de cinq cents vers (urjûza) composé à Amboise par Mustapha ben Touhami. Ces documents font l’objet d’une sorte d’explication de texte très serrée, par laquelle Bouabdelli s’efforce de préciser la connaissance de faits déjà établis, en l’enrichissant de précisions prélevées dans ces documents, et en faisant progresser la connaissance de personnages entretenant des relations directes ou indirectes avec l’Emir. Ce texte de Bouabdelli est d’une considérable richesse et permet d’apprécier son érudition.

L’article intitulé «Modèles authentiques pris dans le patrimoine andalou et algérien» est bien représentatif de la démarche qui lui est habituelle. C’est à partir de l’étude de textes récemment découverts ou de documents insuffisamment connus que Bouabdelli évoque différents thèmes liés à la période concernée, plutôt qu’il ne définit  à partir de ces thèmes un objet pour l’étude duquel une documentation est recherchée. Cet article s’ouvre par ces mots significatifs : «conformément à l’engagement que j’ai pris vis-à-vis de la revue al-Thaqâfa, de consacrer quelques articles à faire connaître des manuscrits rares et anciens et la biographie de leurs auteurs, je présente aux lecteurs cette étude…» (al-Thaqâfa, 82, juillet-août, 1984).

IV. Prises de position

Certaines prises de position de El Mehdi Bouabdelli sur plusieurs questions ayant suscité des débats parmi les intellectuels algériens peuvent aider à comprendre, au moins sommairement, quelques aspects de sa vision de l’histoire et de la société.

Dans un article intitulé «Laqatât min al-thamarât al îjâbiyya li al-ta`âwun al-thaqâfî bayna buldân ifrîqiyâ al-shamâliyya wa al-buldân al-urûbbiyya fî hawdh al-mutawassit ‘abra al’târîkh», Bouabdelli affirme que les orientalistes et les témoins et historiens de la période coloniale ont grandement contribué à faire progresser notre connaissance du passé de l’Afrique du Nord. Bouabdelli écrit par exemple, dans cet article, que «Au fil du temps, et avec l’évolution des choses, beaucoup de travaux positifs de cette catégorie (de chercheurs), sont devenus manifestes.» (al-Thaqâfa, n° 8, 1984, p. 70).

Parmi les écrivains et/ou historiens les plus connus dont les œuvres contiennent, affirme-t-il, d’importantes informations sur l’histoire du Maghreb, il cite Cervantès, Goldziher, Haêdo, Berbrugger, Levi-Provençal et le Commandant H. Martin. Des opinions plus critiques à l’égard des chercheurs de la période coloniale et des orientalistes émaillent toutefois la contribution de Bouabdelli à un ouvrage collectif commandé par le Ministère de la culture (al-Jazâ’ir fî al-târîkh).

Les commentaires que Bouabdelli a été conduit à formuler sur des points concernant le soufisme, révèlent chez lui une réelle sympathie à l’égard de cette dimension de l’Islam maghrébin. Il semble ainsi que son attitude à l’égard du soufisme et en particulier du soufisme populaire pratiqué au sein des confréries se distinguait de celle qui était prépondérante parmi les intellectuels de l’Association des Ulémas. Evoquant ainsi un âlim du XVIe siècle, le shaykh Zarrûq, il le loue d’avoir fondé une école religieuse au sein de laquelle il a fait revivre les vrais principes alors négligés du mysticisme, tout en s’efforçant de les débarrasser des innovations et pratiques illégitimes ». («Le cheikh Mohammed Ibn Ali el Kharroubi», Revue Africaine, 1952).

Bouabdelli s’est aussi beaucoup intéressé à la culture populaire. Il a ainsi, par exemple, consacré au poète populaire Ibn al-Shwît al-Swîdî, un article qui constitue également un plaidoyer pour les tribus hilaliennes. Il s’agit d’un poète du XVIe siècle qui a en particulier été le témoin des luttes qui ont opposé la tribu Swîd aux Turcs. Les poèmes que Bouabdelli fait figurer dans son texte sont en arabe populaire. Bouabdelli ne semble pas puiser les poèmes qu’il étudie dans la mémoire populaire et sa transmission orale, mais plutôt dans des réserves de manuscrits. «J’ai pu avoir accès, écrit-il ainsi, à plusieurs réserves réputées, dans lesquelles ceux à qui elles appartiennent ont rassemblé de précieux manuscrits comportant ce genre de poèmes» (al-Thaqâfa, 97, 1987,  p. 144).

Pour mettre au jour les traits distinctifs de la position de El Mehdi Bouabdelli dans le champ des historiens travaillant principalement en langue arabe, il faudrait procéder à une comparaison systématique de ses écrits avec ceux des figures les plus notoires de ce champ. Contentons-nous ici d’évoquer quelques points possibles de comparaison entre El Mehdi Bouabdelli et Abou al Qasem Saadallah. Entre ces deux intellectuels il y a des affinités et des différences plutôt formelles. Dans ce qui constitue le travail principal de Saadallah, à savoir son ouvrage târîkh al-Jazâ’ir al-thaqâfî, les exposés qui le composent portent dans une mesure considérable sur les mêmes périodes que celles qui font l’objet des recherches de Bouabdelli. L’essentiel de la démarche mise en œuvre par ces deux historiens consiste à éclairer les documents et manuscrits disponibles ou découverts en les rapportant aux trajectoires, aux fonctions et aux réseaux de relations de leurs auteurs. L’un et l’autre procèdent ainsi par une sorte de reconstitution du tissu de relations qui lie les ulémas  entre eux et les lie à leurs textes.

Le champ de la recherche historique en Algérie paraît ainsi avoir été, jusqu’à ces deux dernières décennies, divisé en deux régions entre lesquelles n’existaient que peu de relations : une région comprenant les historiens formés principalement dans des institutions scolaires et universitaires appartenant au modèle français ou proches de celui-ci, et une seconde région occupée par des historiens dont une partie importante de leur trajectoire s’est déroulée dans des institutions relevant de la tradition culturelle maghrébine précoloniale. Les thématiques des textes de ces deux types d’historiens diffèrent beaucoup. La sociologie, l’économie et la science politique sont les disciplines dont s’inspire la définition et la construction des objets de recherche des historiens formés à l’école française ; les autres, ceux formés dans l’esprit de la tradition maghrébine précoloniale, paraissent principalement préoccupés d’exhumer les racines et les produits intellectuels de la culture islamique maghrébine. Bouabdelli, Hafnaoui, Djilali et d’autre encore appartiennent, avec chacun ses spécificités, à cette dernière tendance. Les générations nouvelles d’historiens issus des départements d’histoire des Universités algériennes, départements qui comptent des effectifs d’étudiants en constante augmentation verront-elles émerger parmi elles des chercheurs transcendant par leur culture et leur savoir-faire ces divisions héritées de la période coloniale ?

notes

* Université d’Alger.

[1] Cf. sur ce point, Haddab, Mustapha, Les intellectuels et le statut des langues en Algérie, Thèse pour le doctorat d’Etat, Université Paris VII, 1993.

[2] En 1936, c’est-à-dire trois années après la fondation de l’Association des Ulémas, Bouabdelli occupait le poste de rédacteur en chef du journal al-Rashâd, publication de l’Association des confréries musulmanes d’Algérie.

[3] Il n’est sans doute pas sans intérêt d’observer que, malgré ses diverses activités au sein de structure modernes, Bouabdelli n’a jamais cessé de porter une tenue vestimentaire traditionnelle, comme d’ailleurs la plupart des membres de la première génération des dirigeants de l’Association des Ulémas ; El Madani, Tewfik, se distinguait de ces dirigeants par le port du costume européen, qu’il avait adopté.

[4] Cf. Bouabdelli, El Mehdi, «Wathâ’iq asîla tulqî al-dhaw’ `alâ hayât al-’amîr Abd al-Qâdir», al-Thaqâfa, n° 75, 1983, pp. 133-151.

auteur

Mustapha HADDAB*