Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Les indépendances politiques des pays du Maghreb ont permis la production d’un savoir historique destiné à doter les nouveaux Etats de la légitimité nécessaire et à asseoir les fondements identitaires dont les sociétés maghrébines[1] avaient besoin. Après la phase de décolonisation de l’histoire[2], il semble qu’aujourd’hui l’heure est aux bilans aussi bien en France qu’au Maghreb[3]. S’il est difficile de cerner toute la production historique pour un pays comme la Tunisie, il est cependant possible d’appréhender ce savoir historique tunisien à travers un aspect particulier, comme celui de l’espace. Il est à préciser que nous utilisons ce terme dans le sens d’unité territoriale choisie par l’historien pour tester telle approche ou pour élucider telle problématique. Il faut dire aussi que nous avons beaucoup hésité entre le terme territoire et celui d’espace.

Le premier a le mérite d’être souvent bien défini et délimité comme étant le substrat d’une entité sociale ou politique donnée, il s’agirait surtout des liens établis entre une population, un espace et un pouvoir. Un territoire est donc bien approprié par un groupe d’hommes qui finissent par s’y identifier[4]. Le territoire recouvre les diverses formes de rapports à l’espace que les individus et les groupes sociaux ne cessent de produire et de transformer[5]. Il est ainsi le produit de l’histoire et de la géographie.

Le second a, au contraire, des contours moins clairs et il n’est pas défini en référence à ceux qui l’occupent sans faire appel aussi à une question de pouvoir. Contrairement au territoire l’espace n’est pas institutionnalisé[6]. Nous pensons que la notion d’espace convient mieux pour les travaux des historiens tunisiens car les critères qu’exige le mot territoire sont, dans la plupart des cas, peu perceptibles. Il est à signaler, enfin, que nous nous limitons, dans cette étude, aux travaux des universitaires car l’histoire parallèle, celle faite par des non professionnels ou des hommes politiques, mériterait une étude à part.

Comment les historiens tunisiens conçoivent-il l’espace ? La réponse à cette question n’est pas aisée et mériterait une recherche approfondie qui dépasse le cadre de notre enquête. Pour chaque sujet étudié, l’historien choisit un territoire. La disponibilité des archives est souvent déterminante, mais chaque choix traduit une représentation de l’espace. C’est cette représentation de l’espace chez l’historien et ses présupposés, souvent non déclarés, qui nous intéressent au premier plan.

Un premier constat est à faire : rares sont les études historiques qui ont pris l’espace comme sujet de recherche. Nous tentons alors de définir les différents espaces appréhendés par les historiens tunisiens. Quatre types d’espace sont à distinguer à cet égard.

I. La Tunisie ou l’espace national

Il faut dire de prime abord que la plupart des études historiques tunisiennes, surtout lors des deux premières décennies qui ont suivi l’indépendance, ont opté pour cet espace. Les lacunes en matière d’histoire nationale, le sentiment d’appartenance à une entité politique et culturelle et la disponibilité d’une documentation tunisienne expliquent cette tendance.

Les premiers travaux d’histoire moderne ont été consacrés, au lendemain de l’indépendance, à l’espace tunisien. Alors que Kh. Chater, reprenant une notion employée par l’historiographie française, étudiait la Régence de Tunis[7], M. H. Chérif qui, dans la plupart de ses travaux, affirmait l’existence d’un Etat tunisien autonome depuis le XVIIIe siècle, utilisait souvent le terme Tunisie[8]. En analysant certains phénomènes, cet auteur emploie parfois le mot Régence, mais uniquement une de ses recherches le mentionne dans le titre[9]. T. Bachrouch opte, lui aussi, pour la dénomination Tunisie[10] tout en recourant parfois à celle de Régence[11].

Il est à noter que certaines études de modernistes utilisent le terme Tunis dans le sens de lieu de pouvoir dominant tout un espace centralisé. Ainsi, dans ce genre de travaux, Tunis est employé dans le sens de Tunisie[12]. C’est peut-être la partie désignant le tout[13], mais les choses deviennent plus compliquées lorsqu’il s’agit de recherches effectuées en langue arabe et portant sur Tunis qui signifie à la fois la ville et le pays[14]. Régence de Tunis ou Tunisie ou encore Tunis, la Hâdhira, qui s’affirme de plus en plus comme une capitale d’un Etat moderne, le constat est le même : la participation des historiens, à leur manière, à la construction de l’Etat national indépendant. D’ailleurs, on est en droit de se demander si le terme Tunisie (ou qualificatif tunisien) utilisé par la plupart des modernistes pour une période où la Tunisie n’existait pas en tant que telle n’est pas une fiction qui entre dans le cadre de cette entreprise de construction.

Il est curieux de constater que ce sont surtout les modernistes, plus que les autres, qui ont contribué par leurs travaux[15] à ce processus qui a été amorcé, depuis les années 1960, par les antiquisants[16]. Même si certains modernistes ont fui la période contemporaine pour éviter d’aborder la question de l’édification de l’Etat bourguibien, ils se sont trouvés, en fin de parcours, en train de définir les fondements d’un territoire national gouverné par un Etat-dynastie[17]. Deux thèses récentes ont cerné la construction du territoire tunisien et la naissance de l’Etat territorial au cours d’un long processus historique couvrant la période du  XVI- XIXe siècles[18].

Etudiée à la fois par les modernistes et les contemporanistes, la Tunisie du XIXe siècle, qualifiée souvent de Tunisie précoloniale, est cernée comme un espace déjà constitué. Le mouvement réformiste, particulièrement la constitution de 1861 et la révolte de 1864, sont les derniers signes de l’affirmation de cet espace national tunisien. L’étude de la pensée politique de la Tunisie contemporaine, notamment par les travaux de Béchir Tlili, a mis en évidence cet espace national tunisien différent de l’Algérie voisine[19]. En occupant la Tunisie en 1881, la France a conquis, selon l’historiographie tunisienne, un territoire national, ce qui explique la naissance, après quelques décennies, d’un mouvement de libération[20] qui contribuera à la mise en place d’un Etat national. Les différents épisodes de lutte menant à la libération du territoire national seront alors traités par des historiens et par des institutions de recherche[21]. L’évacuation de Bizerte et la nationalisation des terres sont la dernière étape de la constitution de la Tunisie qui signifie désormais non seulement un espace, mais aussi une nation et un Etat indépendant.

Une autre tendance de la recherche historique en Tunisie essaye de cerner l’espace national dans un ensemble plus large, c’est-à-dire un espace englobant.

II. Un espace englobant

D’après l’état actuel de la production historique, trois espaces englobants sont à relever :

L’Orient : les travaux pionniers en la matière sont ceux de B. Tlili, notamment Les rapports culturels et idéologiques entre l’Orient et l’Occident, en Tunisie au XIXème siècle[22] et Crises et mutations dans le monde islamo-méditerranéen[23]. Des études plus récentes ont mis en évidence les liens économiques[24], diplomatiques et culturels entre la Tunisie ou certaines régions de ce pays, et le Levant ou le bassin oriental de la Méditerranée[25].

Dans ces travaux, celle-ci apparaît parfois comme le centre d’idées ou de produits nouveaux exportés vers l’Orient, dans d’autres cas, elle est une périphérie de ce même Orient. Indépendamment du sens de l’influence, la Tunisie est décrite comme partie intégrante de tout un environnement culturel, politique et commercial dont l’appellation change selon le contexte : Umma islamique, Levant, Orient ou Empire ottoman. Cet espace englobant est avant tout un espace idéologique, puis culturel et politique. Le Maroc ou l’Algérie, malgré leur position géographique, feraient ainsi partie de cet espace.

Sur un autre plan, il est curieux de constater l’absence d’études consacrées à l’Orient en tant que tel ou comme point de départ pour appréhender l’histoire de la Tunisie. Certes, l’Empire ottoman se trouve comme toile de fond de toutes les recherches des modernistes, mais il ne bénéficie, en tant que centre, d’aucune étude d’historien tunisien. De même, l’Egypte moderne ou contemporaine, malgré les comparaisons souvent établies avec la Tunisie, n’a jamais été un sujet d’intérêt pour les historiens tunisiens.

L’Occident : contrairement à l’Orient présenté comme espace «naturel» auquel appartenait la Tunisie, l’Occident, utilisé souvent dans le sens de l’Europe, est appréhendé comme un milieu avec lequel ce pays avait uniquement des liens d’intérêt depuis toujours[26]. Cet Occident, souvent présent au niveau commercial, humain, linguistique[27], cherche à dominer ce pays tant au niveau économique qu’au niveau politique. Si la Tunisie a parfois fait partie de l’Empire colonial français ou espagnol, ou si a elle a subi une influence italienne ou une présence allemande, c’était, selon l’historiographie tunisienne, pour une période déterminée comme une sorte de parenthèse rapidement fermée.

Les rapports entre la Tunisie et l’Europe, tels qu’ils sont présentés par l’historiographie tunisienne, sont complexes. L’Occident peut être décrit comme référence ou comme modèle pour certaines périodes de l’histoire du pays, mais l’adhésion volontaire ou l’intégration totale et définitive à un tel espace n’est pas toujours évidente. L’histoire de la Tunisie dans ses rapports avec l’Europe semble ainsi se réduire à des épisodes de conflits marqués par une volonté de domination d’un côté et des tentatives de résistance de l’autre. Pour de telles raisons, ses liens avec l’Occident se limitent aux puissances auxquelles elle était soumise : l’Espagne pendant la période moderne, la France et à un degré moindre l’Italie, pour la période contemporaine. Il en découle que des champs entiers sont négligés par l’historiographe tunisienne, comme les rapports tuniso-germaniques ou tuniso-britanniques.

Mis à part l’Orient et l’Occident, d’autres ensembles dont la Tunisie fait partie sont relégués à l’arrière-plan ou même totalement escamotés.

Espaces englobants oubliés

Le Maghreb occupe une place très  secondaire dans l’historiographie tunisienne. Quelques travaux qui ont ouvert la voie se sont limités uniquement à la Tunisie et à l’Algérie, bien qu’ils portent comme titre Le Maghreb[28]. Certaines études abordant l’Algérie et la Tunisie modernes les ont vues comme un espace variable et flottant mais au sein de la même aire : l’Empire ottoman. C’est cette appartenance qui, semble-t-il, a relégué à l’arrière-plan toute référence à un Maghreb qui avait du mal à s’affirmer d’autant plus que le Maroc constituait une entité distincte. Des recherches consacrées à la période coloniale parlent d’un seul espace algéro-tunisien[29]. A part cet ensemble algéro-tunisien, seulement deux  ouvrages se sont intéressés au Maghreb. Le premier  porte sur l’URSS et le Maghreb[30], le deuxième a comme titre Le Capital français à la traîne, ébauche d’un réseau bancaire au Maghreb[31]. Il est évident que le Maghreb est traité dans ces deux cas en corrélation avec une puissance étrangère. Si l’URSS apparaît d’une manière explicite dans le premier, la France figure dans le deuxième d’une façon implicite. A l’instar de toute la production historique tunisienne, le Maghreb est conçu dans ces deux études comme un ensemble comprenant l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, c’est-à-dire les territoires jadis dominés par la France[32]. Ainsi, la conception de ce Maghreb demeure une conception française. De même l’usage de ce terme qui remplace de plus en plus celui d’Afrique du Nord n’est pas le fruit d’un choix savant. Bien que le concept Maghreb trouve ses origines dans la période remontant à l’arrivée de l’Islam dans cette région du monde, sa régénération est liée à celle d’un autre terme, le Machrek. Au lendemain de la dislocation de l’Empire ottoman en 1923, et surtout après la deuxième guerre et suite aux décolonisations, une nouvelle carte politique s’est dessinée dans la région. Des notions, comme le Levant, disparaissent et d’autres voient le jour à la faveur d’un nationalisme arabe retentissant, comme le Monde arabe ou Machrek. C’est par rapport à ce Machrek devenu une zone de convoitise et donc foyer de tension, que les Européens ont baptisé l’ancienne Afrique du Nord Maghreb. Le monde arabe est ainsi divisé en deux parties, à l’instar du monde bipolarisé de l’époque, le Machrek et le Maghreb. C’est dans ce contexte des années 1970 qu’une revue spécialisée paraissant en France a pris le nom de Maghreb-Machrek. Mais il faut préciser qu’à partir du milieu des années 1980 les deux notions ont connu deux évolutions différentes.

Avec les complications politiques et économiques dans cette partie du monde telle que la question palestinienne ou la question pétrolière, et dans un souci de clarté, les Anglo-saxons ont scindé le Machrek en deux zones : le Moyen-Orient et le Proche-Orient. En revanche, Maghreb est utilisé en France non pas comme une notion de relations internationales liée à sa politique extérieure, mais plutôt comment un élément de politique intérieure en corrélation avec l’immigration. On parle beaucoup plus lors des années 1980-90 de Maghrébins que du Maghreb. Avec les problèmes d’intégration et de racisme, le Maghreb prend en France le sens d’une communauté beaucoup plus que celui d’un espace englobant trois pays.

Mais indépendamment de l’itinéraire et de l’évolution sémantique du terme Maghreb, ce sont les Occidentaux qui l’ont réinventé, d’ailleurs comme Machrek, en se référant à l’histoire. Utilisé par les Européens pour des impératifs souvent d’ordre politique, ce concept est repris par les chercheurs en sciences sociales aussi bien en France que dans les différents pays de ce Maghreb. Il est par ailleurs étonnant de constater que l’idée de Maghreb, toutes périodes confondues, est absente chez les historiens tunisiens. Même si on étudie cette question lors de certains épisodes de l’histoire nationale des trois pays, on reste sceptique quant à l’idée d’un devenir ou d’une destinée collective. L’adhésion à une idée du Maghreb est palpable chez les politologues[33] et chez les économistes et elle est, paradoxalement, quasiment absente chez les historiens.

Tout comme le Maghreb, la Méditerranée occupe une place très secondaire dans le savoir historique tunisien[34]. Non seulement aucune étude n’a été consacrée à cet espace d’une manière autonome, mais sa partie orientale a été noyée dans un autre ensemble, celui du monde islamique, du Levant ou même de l’Empire ottoman. Les travaux déjà cités le prouvent[35]. De même, la partie occidentale est souvent cernée dans un autre cadre, celui de l’Europe occidentale[36]. Ainsi la Tunisie est présentée comme un territoire convoité par deux espaces englobants, l’Orient et l’Occident, l’Europe et l’Islam. L’histoire du pays serait faite d’épisodes successifs de domination d’une part, d’assimilation ou de résistance d’autre part.

Un autre vaste espace est négligé par la recherche historique tunisienne, à savoir l’Afrique. La dimension africaine de la Tunisie, ses liens historiques avec le Sahara sont presque oubliés bien que commerce caravanier, missions d’exploration et projets coloniaux méritent recherche et investigation[37].

Ainsi, tout comme pour l’idée du Maghreb, l’idée d’une Méditerranée ou d’une Afrique comme espace englobant dont la Tunisie fait partie ou bien auquel elle devrait appartenir, fait défaut chez les historiens tunisiens. S’agit-il d’une amnésie de ces historiens ou bien leurs domaines de recherche sont-ils déterminés par la stratégie des politiques qui veulent donner telle dimension à la Tunisie en fonction d’un passé particulier ou d’un certain devenir ? Ou encore la recherche historique reproduit-elle, à sa manière, le présent ?

Au lieu d’élargir ses horizons, l’historiographie tunisienne qui pense avoir franchi l’étape de l’élaboration d’une histoire nationale se cantonne de plus en plus dans des espaces restreints : la ville, la campagne, la région et le terroir.

III. Espaces confinés 

En parlant de l’espace tunisien plus haut, nous avons cité des travaux qui, tout en abordant le territoire national, privilégient la capitale comme centre du pouvoir au point que Tunis et Tunisie sont indissociables pour ne pas dire confondus. Taoufik Bachrouch, avec Formation sociale barbaresque et pouvoir à Tunis au XVIIe siècle[38], avantage l’espace tunisois. Fidèle à sa conception élitiste de l’histoire, cet auteur appréhende Le saint et le prince non pas en Tunisie comme l’annonce le titre, mais surtout dans leur espace tunisois où ils exercent leurs pouvoirs en tant que groupe dominant. Cet historien confirme l’intérêt qu’il accorde à Tunis en dirigeant un programme de recherche à ce sujet. Tout en adoptant une approche différente, M. H. Chérif favorise, lui aussi, la ville de Tunis où sont étudiés hommes de religion et hommes du pouvoir[39]. L’attachement de ce dernier à l’école des Annales et les recherches qu’il a consacrées au monde tribal cachent mal ses penchants en faveur d’une histoire tunisoise en particulier et citadine en général[40], raison pour laquelle il orientera un certain nombre de thèses vers ce domaine[41].

Ainsi, les principales recherches de la période moderne se sont focalisées sur Tunis comme espace à la fois politique et social. Les travaux relatifs au réformisme et au mouvement des Jeunes Tunisiens ainsi qu’à la naissance du Destour n’ont fait que renforcer la place de la capitale dans le savoir historique tunisien. Une nouvelle tendance apparaît : Tunis est désormais un sujet de recherche indépendant. Trois volets sont alors traités :

Tunis : un espace baldî : il s’agit de la Hâdhira des ulamâ[42], des autorités urbaines[43] ou, tout simplement, de la société tunisoise[44] ayant  réussi à préserver, surtout lors de la période moderne, privilèges et propriétés grâce, entre autres, à de véritables stratégies sociales[45] fondées notamment sur une véritable alliance avec le pouvoir politique. Lors de la période coloniale et malgré les difficultés éprouvées par quelques groupes tunisois, dues surtout à la dégradation de l’industrie de cette ville, d’autres baldî ont gardé certains privilèges. De nouvelles élites[46] économiques[47] et sociales appartenant à l’espace tunisois se sont mêmes constituées ou consolidées en profitant de la dynamique coloniale. Les limites de cet espace tunisois sont difficilement repérables. Si l’on prend en considération le critère de l’emprise foncière des Tunisois, il englobe des zones proches de la capitale comme Le Mornag et La Mornaguiya[48] alors que, du point de vue urbain ou social, il tend à se rétrécir en se limitant à l’espace bâti qui demeure un produit social[49].

Tunis un espace pluriel et dynamique : Par opposition à cette ville de notables, de familles baldî et de groupes dominants, un autre Tunis[50] est appréhendé afin de trouver un lien entre pauvres, marginaux et minorités. Avec ses classes inférieures ou ses différentes communautés, notamment pendant la période coloniale, la capitale est présentée comme un espace pluriel[51]. Tunis qui connaît une nouvelle extension due entre autres aux nouveaux quartiers européens attire désormais les victimes du colonialisme et des crises économiques et sociales, ce qui crée une nouvelle dynamique politique et culturelle. Le syndicalisme et le nationalisme ne sont-ils pas le produit de cette dynamique ?

Tunis, une ville patrimoine : A partir du cas de Tunis, l’histoire urbaine associée souvent à la notion de patrimoine se précise désormais comme un nouveau champ d’investigation[52]. Avec ses mosquées, ses madrasa-s, ses zâwiya-s et ses turba-s, Tunis est cernée comme un musée ottoman à ciel ouvert[53]. En plus de cette influence architecturale ottomane, l’immigration andalouse et le commerce des Européens ont façonné le tissu urbain et l’extension de la Hâdhira[54]. Avec la construction d’une ville européenne juxtaposant la médina, un nouvel urbanisme est introduit. La capitale acquiert alors un autre type de patrimoine, à savoir le patrimoine colonial[55].

A l’instar de Tunis, d’autres villes commencent à susciter la curiosité des historiens. Doté de quelques cités et de villages considérés comme des noyaux d’une ancienne urbanisation[56], le Sahel bénéficie de la part du lion et ce, pour quelques uns de ses centres. A la recherche des traces de cette ancienne citadinité de cet espace, les travaux couvrant la période moderne ont appréhendé villes et villages dans leur environnement régional, celui du Sahel de la période moderne[57]. La dynamique coloniale a favorisé la ville de Sousse non seulement comme un port d’exportation des produits tunisiens mais aussi comme une ville abritant plusieurs communautés et dominant son hinterland[58].

Contrairement à Sousse dont le développement est surtout lié au XXe siècle, Sfax  bénéficiait d’un réseau de relations commerciales très anciennes avec l’Orient, ce qui lui a permis d’avoir une élite économique entreprenante. Avec le colonialisme, elle a réalisé une véritable reconversion puisque l’essentiel de ses échanges s’effectue désormais avec la Métropole. Les phosphates, l’huile d’olive et l’alfa produits par son arrière-pays sont les principales exportations transitant par son nouveau port[59]. Mieux encore, l’activité syndicale, surtout depuis la fondation de l’UGTT avec F. Hached, a favorisé la perception de Sfax (avec les Kerkenna) comme le foyer du  syndicalisme tunisien et de son combat contre l’oppression économique et politique du colonialisme[60].

Les villes du Cap Bon, particulièrement Hammamet et à un degré moindre Nabeul, ont fait l’objet de quelques recherches qui restent à la limite de l’histoire et de la vulgarisation destinée à promouvoir une activité touristique lucrative[61]. En plus de quelques mémoires de recherches qui lui ont été consacrés, Bizerte fait aussi l’objet d’un colloque annuel publié[62]. D’autres villes, surtout côtières, comme Mahdia et Gabès, suscitent l’intérêt des chercheurs ou des acteurs qui leurs consacrent études et publications.

Force est de constater qu’une histoire des villes, de leurs structures économiques et sociales s’est développée en Tunisie, mais cette histoire reste limitée aux zones côtières : Tunis, le Sahel, le Cap-Bon, Sfax et Bizerte. Même si le phénomène urbain est plus important dans cette partie de la Tunisie, cela ne justifie pas le désintérêt des historiens à l’égard des villes de l’intérieur (comme le Kef, Gafsa, Béja et Kairouan) dont le rôle et l’impact ne sont pas négligeables pendant la période moderne et contemporaine. Ce déséquilibre au niveau de l’histoire des cités et des citadins entre le littoral et l’intérieur est-il le reflet de l’antagonisme économique et social actuel entre ces deux aires de la Tunisie ou bien se réduit-il à l’attachement des historiens à leurs villes ? S’agit-il de l’histoire des citadins produite par les citadins ? La production historique tunisienne reflète-t-elle, dans ce cas, une dimension autobiographique ? L’histoire se réduirait-elle à une forme d’ancrage du chercheur dans son territoire ? Quelle est la signification d’un savoir historique sur les baldî-s écrit par un Tunisois ou sur Sfax écrit par un Sfaxien ?

Personne ne peut contester la légitimité ou l’approche scientifique d’une telle histoire, mais la pente est glissante car, en réaction à cette histoire citadine, une histoire rurale  a vu le jour. Sans entrer dans cette logique d’une campagne opposée aux villes, M.H. Chérif est le premier à évoquer cette problématique en étudiant L’Etat tunisien et les campagnes au XVIIIe siècle[63]. Le travail de L. Valensi sur les Fellahs tunisiens[64] a suscité lui aussi des réactions chez les Tunisiens. Après un travail sur La paysannerie tribale et le capitalisme colonial[65], Hédi Timoumi s’est affirmé comme spécialiste de l’histoire rurale en défendant l’existence en Tunisie d’un mode de production mukâmasî[66]. Selon cette manière de voir, adoptée aussi par d’autres chercheurs[67], l’économie et la société tunisienne sont rythmées par la production et les rapports sociaux dans les campagnes. Ce sont alors les populations paysannes qui travaillent, résistent face à la main-mise des propriétaires fonciers citadins et luttent contre le colonialisme. Le nationalisme, l’indépendance et l’histoire du pays seraient l’œuvre de cette Tunisie profonde où vit une classe de métayers, de prolétaires et de tribus dépossédées de leurs terres[68]. Non seulement la Tunisie côtière et citadine vit aux dépens des régions et des populations rurales qu’elle exploite, mais elle tourne le dos au pays utile pour vivre en parfaite symbiose avec le monde extérieur.

Cette représentation de l’espace, de l’histoire et de la dynamique sociopolitique s’oppose à celle des historiens de la Tunisie des villes côtières et des citadins estimant que le commerce, les populations urbaines, les communautés et le pouvoir central sont des éléments de progrès historique. Leur force est due, selon cette manière de voir, à leur lien avec l’extérieur et particulièrement la mer qui reste la source de tout progrès. Le brassage des civilisations, le cosmopolitisme des populations, voire la tolérance sont des constantes d’une Tunisie toujours ouverte et bénéficiant d’une grande capacité d’assimilation. Ce discours n’est pas sans rapport avec une certaine stratégie politique et économique voulant présenter la Tunisie comme une oasis de paix ou la Suisse de l’Afrique, destinée à accueillir touristes, capitalistes et groupes étrangers. Partenariat économique avec l’Europe, intégration de langues étrangères ou nouveaux moyens de communication ou adhésion sans problème aucun à la mondialisation sont la continuité d’un passé pendant lequel cette Tunisie mosaïque n’a pas eu ou presque, d’identité propre et authentique. Etant le don de la mer, elle doit vivre en parfaite symbiose avec la Méditerranée.

Ces deux discours des historiens tunisiens sont partiellement repris par une troisième vision qui tente de faire la synthèse en insistant sur les rapports entre ces deux espaces : celui des villes et du pouvoir et celui des campagnes et des tribus. Abelhamid Hénia est le maître d’œuvre de cette approche. Tentée dans une première recherche portant sur le Grid et ses rapports avec le Beylik de Tunis (1676-1840)[69], cette perception de l’espace est reprise par un programme de recherche intitulé Villes et territoires au Maghreb[70]. Non seulement le concept territoire est traité, à notre connaissance, pour la première fois par l’historiographie tunisienne, mais d’autres enquêtes récentes ont analysé cette même problématique[71]. Dans ces recherches, des termes récurrents comme relation d’interdépendance, médiation, alliance, articulation, ancrage, global et local, notables locaux et pouvoir central, reflètent l’idée d’emboîtement des deux espaces. Des mécanismes de négociation entre les deux espaces apaisent les conflits et des formes d’allégeance sont souvent trouvées. D’ailleurs, le central, comme la ville ou le pouvoir, n’a de signification que par la reconnaissance du local. Villes et campagnes, bey et tribus, makhzen et notables locaux sont solidaires grâce à un réseau d’affiliation qui s’étend à tout l’espace national. L’histoire serait ainsi faite de fluctuations qui retracent la courbe ou les cycles des rapports entre les deux espaces : conflits, médiations, négociations, allégeance, interdépendance et articulation.

Cette perception heureuse ou positive de l’articulation entre les deux mondes cède aujourd’hui la place, chez A. Hénia et ses disciples parmi les modernistes, à la microhistoire italienne accordant un rôle déterminant au local. Mais bien avant cette microstoria, des thèses de IIIe cycle, dirigées souvent par Ali Mahjoubi, ont étudié le mouvement national ou syndical au niveau des différentes localités et villes de la Tunisie contemporaine. Etant réductrice, cette histoire en miettes ne pouvait donner lieu à une synthèse générale capable de fournir une représentation donnée de l’espace.

Une tendance récente s’affirme de plus en plus, celle de l’histoire régionale. Des monographies et colloques sont consacrés à des régions de la Tunisie pour étudier tribus[72], résistance populaire au colonialisme[73], biographies de militants nationalistes ou syndicalistes[74]. Contrairement à la tendance mettant en exergue le rôle de la région de Sfax dans le syndicalisme tunisien, certains chercheurs insistent sur le rôle du Sud en étudiant des leaders comme Mohamed Ali Hammi, Tahar Haddad, Belgacem Gnaoui. Ainsi El Hamma et El Metouiya semblent être deux foyers d’un sud alimentant le réformisme, le syndicalisme et le nationalisme tunisiens en hommes et idées. Pour la première fois l’Institut Supérieur de l’Histoire du Mouvement National a organisé un colloque international ayant pour thème le Sud tunisien[75]. Si le Sud tunisien, et particulièrement le Sud-Est lors de la période contemporaine,  semble prendre le pas sur d’autres régions tunisiennes dans les études historiques, cela traduit, à notre sens, une quête de légitimité pour une région qui cherche à négocier une certaine position dans la Tunisie actuelle.

A l’opposé de cette production historique ayant pour champ d’étude la Tunisie ou ses régions, certains historiens tunisiens ont choisi un espace extérieur.

IV. Espaces extérieurs

Quelques travaux ont choisi un espace extérieur se limitant à un seul pays maghrébin, en l’occurrence l’Algérie[76], le Maroc[77] ou la Libye. Mis à part cet espace extérieur proche de la Tunisie, la France moderne est devenue la spécialité d’un groupe d’historiens tunisiens[78]. De jeunes chercheurs continuent sur la même voie en privilégiant l’espace français et particulièrement celui de la ville de Paris[79].

S’il est évident que les recherches touchant la France moderne se sont développées alors que la période contemporaine demeure une lacune au sein de cette histoire occidentale, seuls quelques groupements politiques en France du XXe siècle sont étudiés en corrélation avec le colonialisme ou le nationalisme en Tunisie[80]. De même, il faut noter que cette histoire occidentale s’intéresse uniquement à la France. Ni l’Italie moderne et contemporaine, ni l’Espagne, malgré leurs liens avec la Tunisie, n’ont fait jusque-là l’objet d’une étude sérieuse.

Nonobstant cette ouverture, l’historiographie tunisienne aborde rarement des espaces non tunisiens. Ceci est valable aussi bien pour l’Orient que pour l’Occident. Certains espaces englobants dont la Tunisie fait partie sont négligés (la Méditerranée et l’Afrique). Cette histoire reste ainsi prisonnière d’une conception confinée de l’espace : l’espace national ou l’espace régional. Cette représentation de l’espace est déterminée surtout par le politique, l’idéologique ou même le culturel. C’est le présent, l’appartenance à telle région ou les impératifs politiques et économiques actuels qui déterminent une certaine vision de la Tunisie.

De ce fait, l’espace étudié est rarement défini. C’est un espace appréhendé comme naturel, évident et spontané. Connu en tant que tel, il n’aurait pas besoin d’être analysé pour connaître ses confins ou les éléments qui l’ont créé ou l’ont façonné. Vu cette manière de procéder, des lacunes de taille demeurent et elles pourraient constituer de nouvelles pistes de recherche :

En dépit des travaux que nous avons déjà signalés, l’espace pourrait être sciemment étudié en tant que sujet de recherche historique ou ce qu’on appelait à un certain moment la géographie historique. Les facteurs ou les mobiles qui ont créé tel ou tel espace, notamment l’espace national, peuvent être élucidés par des travaux de recherche historique.

Certains types d’espaces n’ont pas fait, jusqu’à aujourd’hui, l’objet de recherche et de réflexions sérieuses. Les frontières en tant qu’espace rarement permanent devraient attirer l’attention de futurs chercheurs car un territoire n’a de sens que par rapport à des frontières données. Certes, une récente thèse relative à ce sujet vient d’être soutenue[81], mais cette question mérite étude et réflexion approfondies.

Un travail au niveau des concepts relatifs à l’espace reste à faire : Tunisie, Maghreb, frontière, Levant, Afrique du Nord… Il serait intéressant de voir le sens de ces termes de part et d’autre de la Méditerranée. L’espace qui a toujours séduit les géographes doit, à notre sens, attitrer désormais le regard des historiens. Une collaboration entre historiens, géographes, sociologues et sociolinguistes pourrait être fructueuse.

notes

* Diraset - Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de La Manouba

[1] Ouvrage collectif : Elites, pouvoir et légitimité au Maghreb, Paris, Editions du Centre National de la Recherche Scientifique, 1973.

[2]  SAHLI, M., Décoloniser l’histoire, Paris, 1965.

[3] HOOK-DEMARLE, M., et LIAUZU, C., (sous la direction de), Transmettre les passés, les responsabilités de l’Université : Nazisme, Vichy et conflits coloniaux, Paris, Editions Syllepse, 2001 ; LAROUI, A., Esquisses historiques, Centre Culturel Arabe, 2001, pp. 7-18 et pp. 159-169 ; GARCIA-ARENAL, M., «Historiens de l’Espagne, Historiens du Maghreb au 19e siècle. Comparaison de deux stéréotypes», in Annales Histoire, Sciences Sociales, 1999, n 3, pp. 687-703 ; RICOEUR, P., «L’écriture de l’histoire et la représentation du passé», in Annales HSS, juillet-août 2000, n 4, pp. 731-747.

[4] Voir pour les notions d’espace et de territoire : BADIE, B., La fin des territoires. Essai sur le désordre international et sur l’utilité du respect social, Paris, Fayard, 1995 ; OUZOUF-MARIGNIER, M., «L’espace objet ou méthode des sciences humaines ?», in Revue d’Histoire des Sciences Humaines, 2003 ; BELHEDI, A., L’espace. Concepts et approches, Tunis, F.S.H.S., 1993 ; LOIGNER, G., «Construction de territoires imaginaires et politiques de développement régional», in Espaces et Sociétés, pp. 23-42, Paris, L’Harmattan, 1994.

[5] ALPHANDERY, P., et BERGUES, M., «Territoires en questions : pratiques des lieux, usages d’un mot», in Ethnologie Française, janvier-mars 2004/1, p. 5.

[6] Le territoire est défini comme un espace institutionnalisé, ALPHANDERY, P., et BERGUES, M., Ibid., p. 5.

[7] Mutations et dépendances précoloniales. La Régence de Tunis de 1815 à 1857, Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1984.

[8] Pouvoir et société dans la Tunisie de H’usayn Bin ‘Ali(1705-1740), Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1984-1986, 2 t. ; Voir aussi du même auteur, «Témoignage du mufti Qâsim `Azzûm sur les rapports entre Turcs et autochtones dans la Tunisie de la fin du XVIe siècle», in Les Cahiers de Tunisie, t. XX, n° 77-78, 1972, 1er trim., pp. 39-50 ; «L’Etat tunisien et les campagnes au XVIIIe siècle», in L’ankylose de l'économie méditerranéenne au XVIIIe et au début du XIXe siècles : le rôle de l’agriculture, Nice, 1973, pp. 9-22 ; «Hommes de religion et pouvoir dans la Tunisie de 1’époque moderne», in Annales, E.S.C., n° 3-4, mai-août 1980, pp. 580-597 ; «La déturquisation du pouvoir en Tunisie: classes dirigeantes et société tunisienne de la fin du XVIe siècle à 1881», in Les Cahiers de Tunisie, t. XXIX, n° 117-118, 1981, 3e et 4e trim., pp. 177-197 ; «Pouvoir beylical et contrôle de l’espace dans la Tunisie du XVIIIe et des débuts du XIXe siècles», in Annuaire de l’Afrique du Nord, XXII, 1983, pp. 49-61.

[9]  «Introduction de la piastre espagnole “riyâl” dans la Régence de Tunis au début du XVIIe siècle», in, Les Cahiers de Tunisie, t. XVI, n° 61-62-63-64, 1968, pp. 45-55.

[10] Le saint et le prince en Tunisie, Tunis, F.S.H.S.T, 1989.

[11] «Fondements de l’autonomie de la régence de Tunis au XVIIe siècle», in Revue Tunisienne des Sciences Sociales, n° 40-43, 1975, pp. 163-184.

[12] BACHROUCH, T., Formation sociale barbaresque et pouvoir à Tunis au XVIIe siècle, Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1977.

[13] Il s’agit en rhétorique de cette figure appelée synecdoque.

[14] Nous citons à titre d’exemple l’ouvrage de CHERIF, M. H., Târîkh Tûnis, Tunis, Cérès Productions, 1980.

[15] Un programme recherche sur l’Etat était dirigé, à la fin des années 1980, par le professeur Chérif, M.H., La construction de l’Etat moderne continue toujours à être l’un des axes d’intérêt de ses disciples, particulièrement de Hénia, A.

[16] BEN YOUNES, H., «Trente années d’archéologie et d’histoire ancienne en Tunisie (1956/1986). Les faits, les idées», in IBLA, 1987-1, n° 59, pp. 11-59.

[17] CHATER, Kh., Dépendances et mutations précoloniales. La Régence de Tunis de 1815 à 1857, Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1984, p. 54. Cet auteur parle de territoire et frontières politiques (p. 54), et d’espace économique tunisien (p. 61).

[18] BEN SLIMANE, F., Iyâlat Tûnis bayna al-qarnayn al-sâdis `ashar wa al-tâsi` `ashar : nash’at al-majal, thèse de doctorat en histoire, Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, 2004-05 (dacylographiée) ; DALI, H., Al-nufûdh al-mahallî bi al-bilâd al-tûnisiyya wa tashakkul al-dawla al-turâbiyya (1574-1877). Qirâ’a fî al-`alâqa bayna al-qabîla wa al-zâwiya wa al-bâylîk, Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, 2003-04 (dacylographiée).

[19] Nationalismes, socialisme et syndicalisme dans le Maghreb des années 1919-1934. Fondements et orientations des nationalismes en Algérie et en Tunisie, Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1984, 2 t.

[20] MAHJOUBI, A., Les origines du mouvement national en Tunisie (1904-1934), Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1982.

[21] En plus de certaines thèses, des colloques organisés et publiés depuis 1981 par le Programme National de Recherche en Histoire du Mouvement National, transformé entre-temps en Institut Supérieur de l’Histoire du Mouvement National, ont abordé cet aspect de la recherche historique en suivant souvent la chronologie des événements politiques.

[22] Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1974.

[23] Tome I. Fondements et positions du réformisme (1907-1918), Tome II. Libéralisme, socialisme et syndicalisme (1907-1918), Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1974.

[24] ZOUARI, A., Les relations commerciales entre Sfax et le Levant aux XVIIe et XIXe siècles, Tunis, Institut National d’Archéologie et d’Art, 1990.

[25] Des colloques organisés et des documents d’archives publiés par Temimi, Abdeljelil notamment dans La Revue d’Histoire Maghrébine, montrent les rapports politiques et culturels entre l’Empire ottoman et la Tunisie.

[26] BOUBAKER, S., La Régence de Tunis au XVIIe siècle : ses relations commerciales avec les ports de l’Europe méditerranéenne, Marseille et Livourne, CEROMDI, Zaghouan, 1987.

[27] CHEBBI, M., L’image de l’Occident chez les intellectuels tunisiens de la deuxième moitié du XIXe siècle, Thèse de IIIe cycle soutenue à Reims, 1984.

[28] TLILI, B., Nationalismes, socialisme et syndicalisme..., op. cit.

[29] GHARBI, M. L., Impérialisme et réformisme au Maghreb. Histoire d’un chemin de fer algéro-tunisien, Tunis, Cérès Production, 1994.

[30] HADHRI, M., L’URSS et le Maghreb de la Révolution d’Octobre à l’indépendance de l’Algérie (1917-1962), Paris, L’Harmattan, 1985.

[31] GHARBI, M. L., Faculté des Lettres La Manouba, Tunis, 2003. Cet ouvrage reprend l’essentiel d’une thèse d’Etat soutenue sous le titre Banques et crédit au Maghreb (1847-1914), Tunis, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, 1998.

[32] ARIBI, A., Tûnis wa `alâqâtuhâ bi buldân al-maghrib al-`arabî (1947-1980) [La Tunisie et ses rapports avec les pays du Maghreb arabe], thèse en arabe (dactylographiée), Tunis, Faculté des Sciences Humaine et Sociales, 1990.

[33] Elites, pouvoir et légitimité au Maghreb..., op. cit.

[34] HADHRI, Mohieddine, a réservé à cet espace un ouvrage : La Méditerranée et le monde arabo-méditerranéen aux portes du XXIe siècle : choc de cultures ou dialogue de civilisations ?, Tunis, CPU, 2004. Toutefois, ce travail, malgré  ses «pesanteurs géo-historiques», traite surtout des «défis du temps présent» et des «enjeux d’avenir en Méditerranée».

[35] TLILI, B., Crises et mutations dans le monde islamo-méditerranéen ..., op. cit.

[36] BOUBAKER, S., La Régence de Tunis au XVIIe siècle..., op. cit.

[37] Le travail de BOUZID, Lamjed, s’est contenté d’étudier les sources arabes et africaines relatives à l’Afrique subsaharienne du XVIe-XIXe siècles : Dirâsât fî al-masâdîr al-`arabiyya wa al-’ifriqiyya hawla ’ifrîqiyâ janûb al-sahrâ (XVIe-XIXe), Diplôme de Recherches Approfondies, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, Tunis, 1990.

[38] Op. cit.

[39] «Hommes de religion et pouvoir dans la Tunisie de l’époque moderne», in Annales ESC n° 3-4, mai-août, 1980, pp. 580-597.

[40] «Les réactions citadines à l’occupation française de la Tunisie en 1881 et leurs limites», in Réactions à l’occupation française de la Tunisie en 1881. Actes du 1er séminaire sur l’Histoire du Mouvement National (mai 1981), Tunis, CNUDST, Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, 1983, pp. 227-246.

[41] Nous faisons allusion aux thèses de Hénia, A., Bergaoui, S. ; Blili, L. ; Larguèche, A., que nous citerons dans cette même page. Par ailleurs, Chérif, M. H, a dirigé deux thèses portant sur Sousse, celle de Noureddine, A., et celle de Jerfal, K., Elles seront citées en abordant les travaux relatifs à cette ville.

[42] BEN ACHOUR, M. A., Les ulamâ-s à Tunis aux XVIIIe et XIXe siècles, thèse de troisième cycle, Université de Paris-Sorbonne, 1977.

[43] BEN ACHOUR, M. A., «Cadre urbain, habitat et structures sociales à Tunis dans la 2e moitié du XIXe siècle», in Les Cahiers de Tunisie, t. XXXIV, n°137-138, 3e-4e trim., pp. 267-307, 1986 et «Autorités urbaines de l’économie et du commerce à Tunis au XIXe siècle », in IBLA, n 162, 2e semestre, pp. 243-262, (1re partie), 1988.

[44] Catégories de la société tunisoise dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Tunis, Publications de l’Institut National d’Archéologie et d’Art, 1989, p. 542.

[45] HENIA, A., Propriété et stratégies sociales à Tunis (XVIe-XIXe siècles), Tunis, Université Tunis I, Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, 1999.

[46] MOKNI, A., Al-nukhab al-ijtima`iyya al-tûnisiyya zamana al-isti`mâr al-firansî (1881-1956). Al-ashrâf wa al-baldiyya mithâlan, Sfax, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sfax, 2004.

[47] JALLEB, H., Al-nukhab al-iqtisâdiyya al-tûnisiyya (1920-1956). Dhurûfu nash’atihâ wa awdhâ`uhâ al-mâddiyya, Tunis, ISHMN, 1999.

[48] BARGAOUI, S., Al-milkiyya al-`aqâriyya wa `alâqât al-intâj bi jihat tûnis, Sousse, Publications de l’ENS, 1989.

[49] BLILI-TEMIME, L., Histoire de familles. Mariages, répudiations et vie quotidienne à Tunis, Tunis, Script, 1999, p.32.

[50] LARGUECHE, A., Les ombres de la ville. Pauvres, marginaux et minoritaires à Tunis (XVIIIe et XIXe siècles), Tunis, Centre de Publication Universitaire-Faculté des Lettres de Manouba, 1999.

[51] HAGGUI, J., Les Algériens originaires du sud dans la ville de Tunis pendant l’époque coloniale (1881-1956) (Mozabites, Souafas et Ouarglias), mémoire de DEA, Faculté Des Lettres de Manouba, Tunis.

[52] Certes, des chercheurs de l’Institut du Patrimoine se sont toujours intéressés à ce genre d’étude, mais ils ont focalisé leurs travaux essentiellement sur l’urbanisme et l’architecture des périodes anciennes et médiévales qui sortent du cadre de notre enquête. SAADAOUI, A., Tunis ville ottomane. Trois siècles d’urbanisme et d’architecture, Tunis, CPU, 2001.

[53] SAADAOUI, A., Testour du XVIIe au XIXe siècle. Histoire architecturale d’une ville morisque de Tunisie, Tunis, Faculté des Lettres La Manouba, 1996.

[54] GHARBI, M. L., «Ishkâliyyat tatawwur madînat tûnis fî al-`ahd al-hadîth», in Revue d’Histoire Maghrébine, n° 9-10, août 1994, pp. 312-223.

[55] GHARBI, M. L., «Le patrimoine colonial au Maghreb», in Tensions méditerranéennes, ouvrage collectif, sous la direction de Liauzu, C., L’Harmattan, 2003.

[56] Du Byzacium au Sahel, itinéraire historique d’une région tunisienne, actes du colloque tenu à Sousse, Université du Centre, Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Sousse, Tunis, L’Or du Temps, 1999.

[57] Nous pouvons citer, à titre d’exemple, les travaux suivants : CHERIF, M.H., «Propriétés des oliviers au Sahel des débuts du XVIIe à ceux du XIXe siècles», in Actes du 1er Congrès d’Histoire et de Civilisation du Maghreb, Tunis, 1979, t. II, pp. 209-252 ; BOUZGARROU-LARGUECHE, D., Watan al-Munastîr : fiscalité et société (1676-1856), Tunis, Publications de la Faculté des Lettres de La Manouba, 1993 ; CHATER, K., la Mehalla de Zarrouk au Sahel, Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1978.

[58] Par exemple NOUREDDINE, A., La justice pénale française sous le protectorat. L’exemple du tribunal de première instance de Sousse (1888-1939), Tunis, L’Or du Temps, 2001.

[59] Nous avons déjà cité la thèse de Zouari, Ali, concernant Sfax et ses rapports commerciaux avec le Levant. Une thèse, celle de BOURCHANI, Samir, traite de l’activité commerciale dans la région de Sfax de 1881 à 1929, Al-nashât al-tijârî bi jihati safâqus bayna 1881 wa 1929, Tunis, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, 2002. Nous citons aussi l’ouvrage de Karray KSONTINI Al-’ariyâf al-mahalliyya wa al-ra’s mâl al-isti`mârî. Dhahîr Safâqus, 1892-1929, Tunis, Publication de la Faculté des Lettres de La Manouba, 1992.

[60] BEN HMIDA, A., Capitalisme et syndicalisme en Tunisie de 1924 à 1956, Tunis, Université de Tunis, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, 2003.

[61] Le premier colloque sur l’histoire du Cap Bon organisé à Nabeul par le Comité Culturel Régional de cette ville et auquel ont pris part des universitaires, en est le meilleur exemple Le Cap-Bon : passé et présent. Etudes et recherches, Dar Chaâbane El Fehry-Nabeul, Papyrus, 1993. Les communications relatives à la période moderne et contemporaine sont celles de SENOUSSI, M. A., «Les Juifs de Nabeul» ; KAZDAGHLI, H., «Le mouvement national au Cap-Bon selon les sources orales» ; El GHOUL, Y., «La vie municipale à Nabeul pendant la période coloniale» ; BACHROUCH, T., «Toponymie au Cap-Bon : l’exemple de Hammamet».

[62] Bizerte à travers l’histoire, Actes du colloque annuel de l’histoire de Bizerte, 1991-1992, Publication de l’Association de Sauvegarde de la Ville de Bizerte, 1993.

[63] In L’ankylose de l’économie méditerranéenne... op. cit.

[64] Fellahs tunisiens. L’économie rurale et la vie des campagnes aux 18e et 19e siècles, Paris-La Haye, Mouton, 1977.

[65] La paysannerie tribale et le capitalisme colonial, l’exemple du Centre-Ouest tunisien 1881-1930, thèse de IIIe cycle, dactylographiée, Nice, 1975.

[66] Colonialisme, capitaliste et formations sociales précapitaliste. Les prolétaires khammès de Tunisie (1861-1943), Tunis, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, 1999. Ouvrage en langue arabe.

[67] Nous citons l’exemple du travail de KSONTINI, Karray Al-’aryâf al-mahalliyya... op. cit.

[68] ALAYA-SGHAYER, A., Al-muqâwama al-sha`biyya fî tûnis fî al-khamsînât., Sfax, 2004.

[69] Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1980.

[70] «Villes et territoires au Maghreb. Itinéraire d’une recherche», Cahiers de l’IRMC n° 1, 2000.

[71] Nous citons l’exemple de la thèse de MEJRI, Lazhar, dirigée par HENIA, A., ayant pour titre Les Frachich et Majir et les rapports entre le central et le local (Al-`alâka bayn al-mahallî wa al-markazî min khilâl dirâsat kabîlatay mâjir wa al-frâshish bayna sanawât 1876-1881), Tunis, thèse de doctorat en histoire, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, Tunis, 2000.

[72] LISSIR, F., Les tribus de l’extrême sud tunisien sous administration militaire française : cas de la confédération Ouerghemma (1881-1939), FTERSI, Zaghouan, 1998, pp. 62-66. (ouvrage en langue arabe).

[73] Dans certains de ses travaux, ALAYA-SGHAIER, A., insiste sur la contribution du Sud dans certains mouvements de résistance, exemple: «Les Tunisiens et la révolution algérienne (1954-1958)», in Méthodologie de l’histoire des mouvements nationaux au Maghreb, FTERSI, Zaghouan, 1998 ; Al-muqâwama al-sha`abiyya... op. cit.

[74] Le Mouvement yousfiste est souvent perçu comme un mouvement «sudiste». De même El Hammi, Ali Mohamed, et Hadad, Tahar, sont souvent présentés, dans certains travaux, comme des hommes du Sud tunisien.

[75] Tunis, mai 2004.

[76] L’Algérie est souvent présente dans les travaux des modernistes tunisiens.  Bien plus, des publications lui ont été consacrées : TEMIMI, A., Le beylik de Constantine et Hadj Ahmed Bey (1830-1837), Tunis, Publications de la Revue d’Histoire Maghrébine, 1978.  Il s’agit d’un ouvrage tiré d’une thèse soutenue le 11 mars 1972 à l’Université d’Aix-en-Provence ; KHIARI, F., Vivre et mourir en Alger. L’Algérie ottomane au XVIe-XVIIe siècles : un destin confisqué, Paris, l’Harmattan, 2002.

[77] Les socialistes français et la question marocaine (1903-1912), Paris, L’Harmattan, 2004. Rares sont les recherches qui ont choisi le Maroc comme champ d’études. Nous citons à cet égard le mémoire de CHIHI, M., qui traite des conséquences de la guerre du Rif en Tunisie, Harb al-rîf wa in`ikâsâtuhâ bi tûnis (1921-1926), Tunis, C.A.R., Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 1982.

[78] Il s’agit de ANNABI, H., Le parlement de Paris sous le règne personnel de Louis XIV, Tunis, Publications de l’Université de Tunis I, 1989. Voir aussi un deuxième ouvrage du même auteur : Etre notaire à Paris au temps de Louis XIV. Henri Boutet, ses activités et sa clientèle (1693-1714), Tunis, Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, 1995 ; GHOUL, F., Contribution à l’étude du Régime des prisons en France sous le règne de Louis XIV (1670-1717), Tunis, Publications de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, 1987 ; SELLAOUTI, R., Formes discursives et comportements politiques : la société française en 1789, Tunis, Faculté des Lettres La Manouba, 1998.

[79] Nous citons : OUELHAZI, T., Les étrangers à Paris au temps de Louis XIV, thèse dactylographiée, Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, 2000 ; MARZOUKI, A., Les fêtes populaires à Paris et en Ile de France au XVIIIe : dynamique de loisirs et contrôle politique, thèse dactylographiée, Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, 2000.

[80] FAROUA, M., La gauche en France et la colonisation de la Tunisie (1881-1914), Paris, l’Harmattan, 2003 ; CHAIBI, M. L., Socialistes français et nationalistes tunisiens : Histoire d’une rencontre (1945-1956), Tunis, 1997.

[81] HAOUAT, M. L., Le problème frontalier de la Tunisie depuis l’époque ottomane jusqu’à nos jours, Université Paris III - Sorbonne Nouvelle, 2003-04, dactylographiée.

auteur

Mohamed LAZHAR GHARBI*