Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Le regard que l’on porte sur l’Autre mène à des carrefours problématiques et apparaît comme une manifestation suffisamment éclairante des fonctionnements d’une société dans son idéologie. En regardant « l’Autre », en écrivant surtout sur « l’Autre », une image est véhiculée qui renseigne sur  le « Je » qui regarde ou qui écrit. Cette image que l’on se fait de « l’Autre » est en fait, d’une part, une négation de « l’Autre » et d’autre part, un prolongement du « Je » et de son espace référentiel. En disant « l’Autre », le « Je » le nie systématiquement pour se dire soi-même. Ce rapport conflictuel entre « Je » et « l’Autre » permet éventuellement de caractériser la nature des relations communautaires, culturelles, idéologiques et même politiques qui aideront une meilleure interprétation de cette bipolarité : identité vs altérité, notions à la fois opposées et complémentaires. 

Puisque c’est l’écriture de et sur l’altérité et l’identité qui nous intéresse, on axera cette  intervention essentiellement sur les réseaux significatifs desquels peuvent se dessiner des isotopies qui accentuent dans le texte la dichotomie identité vs altérité. La réflexion ciblera tout ce qui permet la différenciation : « Je » vs « l’Autre » ou l’assimilation : « Je » peu différent de « l’Autre » allant dans le même sens de ce qu’a affirmé Edmund Husserl dans  Les Méditations Cartésiennes : « Un moi ne s’identifie à lui-même qu’à la condition de s’identifier par différenciation ou par contraste avec le moi d’un autrui qu’il n’est pas. ».  Le drame identitaire est présent dans le roman beur, il est présent dans ce désir constant du Beur à se situer par rapport à « l’Autre », à s’opposer à l’Autre. Ce désir obsessionnel ne concerne pas seulement celui avec lequel il vit quotidiennement, autrement dit le Français, mais il concerne aussi celui qui se trouve de l’autre côté de la Méditerranée, l’Algérien. Car il est aussi aux yeux du « Beur », « l’Autre », celui qu’il connaît si mal ou pas du tout et qui le rêve en secret plus proche de lui, plus tolérant en l’acceptant comme le Même. Le roman beur est donc une mise en texte d’un dialogue imagé entre deux mondes socioculturels différents. En réfléchissant sur les fondements de l’identité « beur » qui s’exprime pour se construire et se dire, il révèle l’image de « l’Autre » des « Autres ». 

Parmi les langages symboliques dont une société dispose pour se penser, l’image qu’elle se fait d’elle-même et de l’Autre en est un lieu d’énonciation qui fonctionne comme des signes révélateurs de la nature des relations entre la société qui regarde et la société regardée. Elle est,  dans les écritures sur les Beurs, un fait de culture et une pratique pour exprimer à la fois l’identité et l’altérité. L’image se présente également sous la forme d’un discours « poly contextuel » qui développe dans un système littéraire tel que le roman beur ou le roman sur le Beur différents indices par lesquels s’auto traduit une société en traduisant « l’Autre ».

En fait, en voulant situer le roman beur ou le roman sur le Beur entre l’identité et l’altérité, on s’est rendue compte qu’il se plaçait de lui-même dans une série d’oppositions indicielles : opposition entre le Beur et l’Autre, opposition entre la banlieue et la ville, opposition entre le pays d’accueil et le pays d’origine, opposition entre les pères absents, silencieux et qui subissent et les enfants présents, perturbateurs et qui se révoltent, opposition entre le désir de s’intégrer et de ne faire qu’un avec l’Autre et la nécessité de tenir à ses racines, à ses valeurs arabo-musulmanes ou berbères, opposition entre la volonté de rester et le rêve du retour mythique, opposition entre la mère, gardienne des valeurs ancestrales et l’Étrangère, figure emblématique de l’intégration. Ces oppositions qui apparaissent d’emblée dans les romans beurs vont constituer des éléments très importants dans la prise en charge de ces notions d’identité et d’altérité. Le texte beur, pris comme un système d’invention, de production  de signes, comme un processus d’expression et de communication symbolique véhiculant des idées, des images de « l’Autre », de « soi-même », fait apparaître un certain nombre de stéréotypes qui se conçoivent comme autant de signaux portant en eux-mêmes la définition de « l’Autre », en se situant au plan de l’adjectivation, et susceptibles d’être pris en considération dans l’analyse du rapport entre « Je » et « l’Autre ». Il serait pertinent de relever les différentes manifestations de ces stéréotypes, de réfléchir sur ce « processus d’attribution » d’attitudes et de comportements de part et d’autre dans la série d’oppositions sur lesquelles on va établir l’objet de cette réflexion.

Force est de préciser que ce n’est pas seulement à travers le roman beur qu’on  se penchera sur ces questions d’identité et d’altérité, mais on interpellera également une écriture maghrébine qui s’est donnée le devoir de plonger dans l’univers de ces Beurs qui s’accrochent encore, malgré toutes les formes de négations qu’ils vivent, à leur particularité maghrébine. Seront considérés alors les romans suivants : « Les raisins de la galère » (R.G) de Tahar Ben Jelloun comme illustration de ce regard porté sur la condition des beurs face a leur destin de « venant de nulle part » ; Les deux romans de Leïla Sebbar : « Shérazade » (S) et « Le Fou de Shérazade » (F.S) et le roman de Mehdi Lallaoui, « Les Beurs de seine ». (B.S). Ces écritures en se laissant lire comme l’expression d’une inconfortable dualité identitaire voire existentielle, seront étudiées, dans ce cas là, en tant que des processus narratifs, descriptifs et cognitifs où il s’agit surtout de repérer ce qui est dit ou imagé sur soi et sur « l’Autre ».  

Le discours que développent ces écritures tourne autour de la nécessité de se forger un espace de référence, une reconnaissance d’une existence réelle dans une communauté. Il révèle le malaise de toute une génération à s’identifier. Ne pas pouvoir s’identifier, ne pas savoir répondre aux plus évidentes des questions comme :  « Qui suis-je ? » et « Quel est mon pays ? » devient en soi problématique si l’on croit Nadia, l’héroïne des  « Raisins de la galère »  de Tahar Ben Jelloun, qui se dit être « …une Arabe qui n’est pas arabe mais Kabyle, qui est Française mais qui se sent algérienne » ( p. 114),  lorsqu’elle s’interroge sur son identité : « Quel pays est le mien ? Celui de mon père ? Celui de mon enfance ? Ai-je droit à une patrie ? Il m’arrive parfois de sortir ma carte d’identité – non, on dit : « carte nationale d’identité ». En haut et en majuscules : République Française. Je suis fille de cette république-là. (…) Signes particuliers : néant. Ils n’ont rien mentionné. Cela veut-il dire que je ne suis rien ? Pas même « rebelle » ou « Beur en colère » » (p. 124). Ainsi la question de leur identité s’insinue dans l’esprit des jeunes beurs jusqu’à devenir obsessionnelle et apparaît de ce fait comme le premier sentiment d’étrangeté, de différence entre ces jeunes et « l’Autre » ou « les Autres ». Ce sentiment dérive toujours sur le désir de se situer par rapport à « l’Autre » en s’énonçant comme réellement différent.

Le nom est le premier signe par lequel le Beur affirme sa différence, son identité.  Dans les deux romans de Leïla Sebbar,  « Shérazade »  et  « Le Fou de Shérazade », le nom de Shérazade, hormis le fait qu’il soit un titre énigmatique, est un nom qui installe d’emblée distance et différence évoquant la sultane des Mille et une nuits par rapport à « l’Autre ». L’orthographe en est changé : de Schéhérazade il devient Shérazade parce que : «  Le greffier français l’a simplifié sur les papiers. Mon père n’a rien dit, il est étranger, ma mère aussi » (p. 163) expliquera Shérazade à la vieille patricienne, du Fou de Shérazade,  qui lui reprochait de le prononcer à la française : « vous perdez la syllabe la plus suave, la plus orientale » (p. 163). Cette « simplification » du prénom de Shérazade, en lui ôtant « la syllabe la plus orientale » est perçue comme une perte de son appartenance à la communauté arabe, comme une fêlure identitaire. L’orthographe est étrange, étranger, dépaysé mais le signifiant impose toujours son pouvoir d’envoûtement.  Il fascine avant de faire sens : L’incipit du roman « Shérazade » de Leïla Sebbar en s’ouvrant ainsi :

     « - Vous vous appelez vraiment Shérazade ?

  • Vraiment ? C’est … c’est tellement… Comment dire ? Vous savez qui était Shéhérazade ?
  • Et ça ne vous fait rien ?
  • Vous croyez qu’on peut s’appeler Shérazade comme ça ?...
  • Je ne sais pas. »

Dessine mieux l’enjeu de paraître différent de « l’Autre », seulement en se nommant, en se présentant. Cette rencontre entre Shérazade et Julien le laisse d’abord surpris par ce prénom captivant, à consonance symbolique et mythique, mais aussi stupéfait de voir l’indifférence que manifeste Shérazade au fait de s’appeler « comme ça ». A cet égard, il est pertinent de souligner que ce prénom  sera en parfaite osmose avec le personnage qu’il désigne : toujours lointaine et mystérieuse, Shérazade va être le pôle secret autour duquel tourneront sans cesse toutes les figures masculines peuplant les deux romans.

Cependant, ce nom peut être aussi perçu comme l’un des handicaps à la non-intégration du Beur dans la société française, à sa non-acceptation par « l’Autre ». Il est une malchance de porter un nom arabe quand on veut être embauché dans une société française, Belka, l’un des personnages des « Beurs de seine » , en a fait l’expérience : « Belkacem Chourki ? Mais c’est pas français ça … On vous téléphonera … On vous écrira … Revenez la semaine prochaine … » (p. 153). Le simple fait de porter un nom arabe condamne le Beur à être l’éternel exclu. Par conséquent s’il  veut s’intégrer totalement dans la société française et ne plus subir l’exclusion, il doit impérativement changer de nom et d’identité. Shérazade qui est partie de chez elle et qui a peur d’être, à chaque fois qu’elle se retrouve à la rue, arrêtée par les flics, parce qu’elle n’a aucun papier sur elle, veut se construire une nouvelle identité : « Je m’appellerai Rosa. Rosa Mire et j’aurai dix-huit ans, je serai majeure (…) Je serai née à Paris XIVe  et je serai étudiante en psycho. (…) Je serai française. »( p. 179).    

En posant le problème de la différence, la relation à « l’Autre » constitue aussi bien dans l’écriture maghrébine que dans l’écriture « beur » une réalité vécue au quotidien. On ne peut parler de l’identité du Beur sans pour autant signaler que son identification se fait aussi à travers l’image que « l’Autre » se fait de lui.

Dans ces écritures, le rapport du Beur avec « l’Autre » se transforme en conscience énonciative qu’il serait utile de pénétrer pour  se représenter les différents discours que tient le Beur sur « l’Autre » d’une part, et d’autre part, percevoir comment est vu le Beur par « l’Autre ».  Apparaît donc sur la scène textuelle un certain nombre de références lexicales donnant à lire la nature de ces rapports : « Dans  Les Beurs de seine », voilà comment sont qualifiés ces jeunes : « On nous dit : sales bicots, bougnoules, ratons, et plein d’autres gentillesses du même genre. » (p. 134). Conscients du  regard « haineux », de « l’œil hargneux » des « Autres » ces jeunes témoignent pour dire leur malaise face à cette étrange relation : Mourad, l’un des personnages des « Beurs de seine »  s’indigne de l’attitude des Français à leur égard : « Les Gaulois…ils n’en ont rien à foutre de nous. La seule chose qu’ils souhaitent … c’est qu’on crève tous … et en silence … pour déranger personne. (…) Si au moins ils voulaient nous respecter, les Gaulois. » (p. 84). Non seulement les Français ne les respectent pas,  mais ils les craignent parce que plus ces jeunes « sentent le rejet » plus  « ils ont envie de lui fournir des motifs » (Les raisins de la galère, p.116), Mourad explique bien cette situation en affirmant : «  Et comme on est des étrangers, on nous donne méchamment des cartes de séjour (…). Comme on a  des cartes de séjour on ne trouve pas de boulot. On a peur de nous. Ils disent qu’on est instables, ils disent qu’on est dangereux. » (p. 135), et n’ont qu’une idée en tête lorsqu’ils se sentent menacés : l’exclusion ou plutôt l’expulsion :  « … ce qu’il fallait faire, c’était les expulser, qu’ils aillent faire ça chez eux, ils verraient les mains coupés, les oreilles taillées, et peut-être même pendus sur la place publique… . » (p. 208), diront des usagers Français du métro lors de l’arrestation de Omar, l’un des amis de Shérazade.

« Venus d’Ailleurs », voilà comment ils sont désignés même s’ils sont nés sur le sol français, avec des « gueules d’arabes ». Étrangers, ils se sentent tenus à l’écart de tout, tenus aussi à une certaine réserve : surtout, ne pas trop s’exhiber au regard de l’Autre, ne pas le provoquer par sa seule présence dans son champ de vision. Ce sentiment de non appartenance créera chez les jeunes beurs un sentiment d’insécurité qui les conduit automatiquement à vouloir se protéger en se vengeant contre cette société qui leur montre tant de haine, de mépris et d’indifférence en devenant ses « ennemis ». Victimes de leur inadaptation à tout ce qui représente l’ordre, ils choisissent la rébellion, la révolte en devenant, malgré eux, car « c’est cette société à la con qui les avaient obligés », dans la plupart des cas, des délinquants, des perturbateurs, des voleurs : c’est selon Mourad « un moyen de se battre, une autre façon de résister » (p.30).  Néanmoins certains personnages comme Nadia veulent résister à leur manière. Elle ne veut surtout pas qu’on « l’assimile à cette génération perdue ». Elle se dit « française, avec encore de la terre algérienne collée à la plante des pieds, (…) rebelle qui refuse d’être réduite à la condition de Beur » (p. 90).  Elle se rend compte de la nécessité de se faire voir de « l’Autre » de lui faire savoir que Le Beur fait partie de son univers et qu’il n’est pas seulement une pointe d’exotisme embellissant ou assombrissant le paysage social français et servant à divertir « une nouvelle bourgeoisie cultivée et esthète (qui) se laissait volontiers, pour un soir, maltraiter par ces jeunes excentriques, insolents et séducteurs, nés pour la plupart dans le béton des blocs de banlieue » (S, p. 116). Elle ne veut en aucun cas s’effacer, être effacée de l’horizon social de « l’Autre ». C’est pourquoi il lui incombe « d’en renvoyer le souvenir à la cohue véhémente de ceux qui vous regarde encore de haut comme si vous étiez étrangers à tout, non seulement à ce pays mais à vous-mêmes. » (p. 91). Il apparaît donc que le discours que développe « l’Autre » sur le Beur signifie une certaine idéologie raciste, aux multiples variantes, qui repose sur la désignation de l’infériorité aussi bien intellectuelle culturelle, que sociale du Beur.

Si l’identification de soi est une manière de se dire différent par rapport à « l’Autre », la délimitation de son espace  d’existence en est une autre. Le Beur en se représentant sa réalité socioculturelle à partir de laquelle il traduit l’espace social, culturel, idéologique, imaginaire dans lequel il évolue exprime en fait un écart des plus significatifs entre deux ordres de réalités spatiales, lequel est la différence entre deux espaces géoculturels : Le pays d’accueil symbolisé curieusement par la ville et la banlieue et le pays d’origine. Ces espaces seront posés comme horizons d’étude et seront les lieux où s’exprimeront, d’une manière imagée, les modalités selon lesquelles le Beur conçoit sa relation à son pays d’origine, considère son espace existentiel (la banlieue) et définit sa perception de l’espace de l’Autre (la ville). Dans ces écritures, un rapport est toujours posé entre l’espace géographique (espace d’évolution du personnage) et l’espace psychique (espace souvenir ou espace mythique) au plan métaphorique et qui permet la symbolisation de l’espace. Cette symbolisation apparaît clairement dans le système de qualification différentielle qui permet la formulation de l’identité et de l’altérité établie entre le pays d’origine et le pays d’accueil. 

Le Beur est tiraillé entre un Ici présent  et un Ailleurs passé,  qui vont être pris comme un autre aspect de la bipolarité identité vs altérité. Si l’on croit Alec.G. Hargreaves qui renvoie le mot beur à la fois à un espace géographique et culturel, le Maghreb, et à un espace social, celui de la banlieue, on se trouvera  face à une réalité bien singulière qui peut nous surprendre car si la ville est considérée par les Beurs comme le lieu de l’altérité, la banlieue, elle, est le lieu de l’identitaire par excellence. On aurait pu penser que le lieu de l’identité se situerait plutôt dans le pays de l’origine. Il n’en est rien. Si pour Nadia qui « se sentait en terre  étrangère » en  dormant « dans la maison de son grand-père », le pays de ses ancêtres est « un pays lointain qui l’oublie », celui « qui n’a pas su garder les siens, ni attirer à lui les enfants des cités de transit. » (p. 118), celui « qui a tourné le dos à son peuple expatrié » p. 92, il est considéré  comme le lieu de l’Ailleurs mythique, le lieu du souvenir par les personnages de Mehdi Lallaoui et les personnages de Leila Sebbar.

En effet, Belka, l’un des personnages des « Beurs de seine »  de Mehdi Lallaoui est le seul, parmi les trois amis, qui « se sentait le plus attaché à la terre de ses ancêtres », qui voyait « l’Algérie dans sa tête comme la voient dans leurs rêves les vieux exilés. » (p. 43),  qui « mêlait le passé et le présent, la France et l’Algérie. Il partait, revenait, allant et venant dans ses rêves, faisant le grand écart entre les deux bords de la Méditerranée. Ne sachant pas bien, peut-être, quel était le bon bord. » (p. 68). Il est lié à son pays d’origine par le rêve mais aussi par le souvenir : souvenir de ses retours fréquents au pays de ses parents, de ses jeux d’enfant, de sa circoncision qui, même si elle est « un rituel sanglant » et « magique », « serait la preuve de (son) appartenance à la communauté de (ses) parents. » et le moyen le plus efficace pour ne pas être « traité de petit Français » et devenir « (un) vrai Algérien, (un) Algérien parlant mal l’algérien, mais (un) Algérien quand même. » (p. 50). Il est clair que quand l’Ici présent, où Belka revient à la fin de l’été « chez lui, en France », ne suffit plus à la définition de soi, le Beur se tourne vers l’Ailleurs souvenir pour se constituer une identité, pour revivre une enfance parce que « çà le rassurait, ça lui donnait des racines ». Mais là aussi, il n’a pas sa place car il est le « roumi », « Le petit Français qui parle mal l’algérien ou l’arabe ».   

L’attachement au pays d’origine est visible dans les romans de Leïla Sebbar, « Shérazade » et « Le Fou de Shérazade » à travers le désir d’y retourner soit pour y vivre (Djamila), soit pour se retrouver (Shérazade), à travers toutes les images symboliques qui lui font référence : les tableaux  de Delacroix (Les femmes d’Alger) ;  les mots fantasmes tels que « odalisque », « bain turc », « fouta »,  « harems » dont les effets contribuent à la conception d’un Ailleurs oriental ; la langue arabe que Shérazade curieusement ne parle pas avec Krim, mais avec Julien fortement lié à L’Algérie de par sa naissance et à la culture arabe de par sa fonction, elle aimait « l’entendre lire la langue des ancêtres qui savaient encore la langue. Elle écoute les figuiers et le faucon, les  oiseaux migrateurs et le pain de la voix maternelle… » (F.S, p. 140) ;  la lecture des ouvrages parlant de l’histoire de l’Algérie, de la poésie arabe,… ; l’olivier, « l’arbre des Ancêtres » qui a été arraché « au ventre des femmes » pour être planté dans une cour de banlieue, il  va être protégé par des enfants jusqu’à l’arrivée de la vieille femme qui en était la gardienne ;  et aussi à travers l’évocation de souvenirs d’un vécu euphorique. Quand Shérazade, se trouvant à Beyrouth, raconte ses souvenirs à la patricienne, elle ne lui parlera pas de sa vie en France mais de ce qui l’assimile le plus à son identité algérienne : des tapis algériens de haute laine sur lesquels elle s’asseyait avec sa sœur les jeudis de couture de sa mère, « des tissus arabes pailletés, (…) suivant les modes imposées par la rumeur (…) des cousines d’Alger » (p. 164). Julien, même s’il est Français, se rappelle son enfance heureuse passée à Nédroma où son père était instituteur. Lorsqu’il partit en Algérie à la recherche de Shérazade, Alger n’est pas « sa ville, elle est inhospitalière ». Sa ville, « c’est Oran ». Il est clair que le pays d’origine est perçu selon un processus de mythification surtout lorsque certains personnages le valorisent en lui conférant la fonction d’espace d’appartenance.

Le pays d’origine est présent dans l’Ici présent du Beur à travers l’image des parents. Mais c’est surtout le père qui le représente d’une façon plus consciente que la mère. Dans ces romans, Le père est celui qu’on accuse, en premier, de la situation de non appartenance que vivent les jeunes beurs. Il est celui qui « se fait crever la tripaille pour (votre) drapeau trois couleurs… », qui « avait pour des boulots dégueulasses des salaires à vous tenir les côtes de rire. » (B.S, p. 132). Ce que les jeunes ne pouvaient pardonner à leurs pères, c’est de ne pas s’être manifestés, ne pas s’être révoltés quand il fallait le faire. Les enfants se sont sentis trahis aussi bien dans leur relation à leur pays d’origine, quitté par les pères, que dans leur relation à leur pays d’accueil, où il subissait en silence sa condition d’émigré sans droits, faisant en sorte, que lui et sa famille soient mis à l’écart de la société française. S’installe alors, au sein de la famille immigrée, une atmosphère de manque de respect de la part des enfants, d’indifférence face « aux larmes d’aversion que versaient les pères sur ce qu’ils sont devenus ». Dans « Les raisins de la galère », le père de Nadia lui explique la raison de cette relation paradoxale entre pères et enfants : « La France s’est arrangée pour aggraver nos défauts, elle nous a voulus soumis, résignés. Après la guerre d’Algérie, elle ne nous a pas vraiment admis. Tous nos malheurs sont venus de là. Mais si nous en sommes là, avec nos enfants délinquants, drogués, dealers, sans occupation, sans jeux, sans morale, c’est notre faute. Il fallait encore se battre, et nous étions fatigués. » (p. 63) Et puisque le père n’a plus aucune autorité sur ses enfants qui sont « voués au désordre, à la déchéance précoce, cassant tout pour le plaisir de casser : vitrines, voitures, mais aussi leur propre vie … » (p.65), il rend la société responsable et n’arrive pas à comprendre « toute cette violence que les gamins ont dans la peau. On dirait qu’ils naissent avec ». Toute cette violence, ces gamins la ressentent surtout contre leurs propres pères qui sont arrivés en France pour offrir à leurs familles une vie meilleure et qui n’ont trouvé que mépris, haine et misère de la part du pays qui les a accueilli. Et les enfants ont hérité de cette marginalisation sociale, culturelle et politique.

La mère, tenue pour être la gardienne des traditions ancestrales, est perçue comme celle qui perpétue ces traditions dans le pays d’accueil. Par sa façon de s’habiller (foulard aux couleurs criardes sur la tête), d’évoluer dans son espace, de croire aux superstitions telles que le mauvais œil (la mère de Nadia dans Les raisins de la galère), de vouloir changer une cour en béton en un jardin potager pour se sentir comme chez elle : « Les femmes de la cour à l’olivier ont continué  à cultiver le carré d’herbes odorantes qui s’est étendu jusqu’aux trottoirs. Elles disent qu’elles auront bientôt des fèves, des petits pois, des tomates, … pour la chorba » (F.S, p. 134), de lier son présent à son passé pour donner un sens à son existence en restant attachée à certaines pratiques rituelles comme le fait de suspendre sur les branches de l’olivier des amulettes ou un fétiche secret pour que ses souhaits soient exaucés, la mère est vue par le Beur comme la représentation la plus fidèle de son identification à son pays d’origine.                            

Mais le pays d’origine reste, pour ces Beurs, l’espace d’un rêve, d’une non-existence réelle car ils existent en dehors de lui, ils existent dans un Ailleurs où ils se sentent plus chez eux. Cet Ailleurs n’est autre que leur lieu de résidence : la banlieue, la zone, la cité de transit, les blocs de bétons, les immeubles cages à lapins, autant de termes qui ne renvoient qu’à un espace où le Beur vit son exclusion de l’espace de « l’Autre ». Elle est le lieu par lequel le Beur se définit comme Français de second ordre. Elle peut être un lieu où Kaci vit en sécurité : « Ici, fit (Kaci) en se tournant vers son amie aux yeux verts (Katia), je me sens chez moi. Il ne peut rien m’arriver. Tu vois, ici … ça ressemble à Barbès mais c’est pas la Goutte d’Or, il règne plutôt l’ambiance d’un marché de chez nous, de là-bas, mais ce n’est pas l’Algérie non plus. Ici, sur cette terre et sous ces arbres, c’est Argenteuil, ma ville, ma vie, mes amis. » (p. 162). Le sentiment d’appartenance à une terre se révèle clairement à travers les adjectifs possessifs associés à « ville », « vie », « amis ». Mais quand l’un de ses amis est tué, elle devient cette «  Saloperie de banlieue », cette   « Putain de banlieue, qui fait payer très cher le plaisir qu’elle ne t’a même pas donné. » p. 172.

L’intégration de « l’Autre » dans son espace est aussi un moyen de faire face à sa situation d’étranger dans un pays où il est né. Ce pays est parfois  perçu comme sien, mais il est maudit, la plupart du temps, comme le lieu où tous les malheurs peuvent arriver : mort, arrestation, agression, harcèlement,… La ville, est le domaine de « l’Autre », elle est étrangère à l’environnement immédiat du Beur, elle est aussi interdite d’accès. Dans Les beurs de seine, Mourad fut tué parce qu’il a franchi cet interdit. Le concierge qui l’a abattu de trois balles de fusil lui avait demandé « d’où il venait ». Dans « Les raisins de la galère », la maison de Nadia fut rasée parce qu’ « il y avait quelqu’un qui ne supportait pas l’idée qu’une famille d’Algériens puisse s’installer en centre-ville, à ses yeux un immigré devait habiter la zone, au mieux une cité de transit ou un « logement social ». » (p. 17).

Dans l’espace de l’Autre, le Beur est en danger permanent, il ne s’y aventure jamais tout seul. Ainsi se remarque le phénomène de marcher en bande. Mourad en donne la raison : « parce qu’on est entre nous dans la même galère. » (p. 134) Et même lorsqu’ils intègrent les « Autres », « les jeunes Gaulois »  dans leur bande ce sont pour la plupart ceux dont « les vieux étaient comme les (leurs), des prolos du bas de l’échelle. » p. 135. C’est la même misère qu’ils vivaient et elle n’avait pas de « couleur ». Ce phénomène s’explique aussi par le fait que le Beur ne peut s’approprier la rue, considéré aussi comme un  espace de « l’Autre », que s’il y « traîne » en bande fuyant par-là l’enfermement dans la cité,  dans laquelle « l’Autre » l’a installé par une « mise en dehors » de son espace. La rue devient, ainsi, la seule échappatoire aussi bien à cet enfermement qu’à l’autorité paternelle. C’est «  là où il se consume dans un ressentiment nourri d’aigreur, contre sa famille et la société française. »[1]. Elle est également le lieu de la liberté totale, de l’affranchissement, et de l’errance : quand le Beur « s’emmerde dans les cités, quand (il) fauche pas, (il) casse des vitrines remplies de (ses) désirs, et qui les narguent. Rien que pour le plaisir  que cela procure. » (Les beurs de seine, p. 134). Elle peut être aussi le lieu où le Beur ne prend pas la vie au sérieux au point de la risquer pour qu’on reconnaisse enfin son existence,  pour qu’on le voit ; alors c’est là qu’il vole, agresse, provoque, tague tous les murs pour exprimer son désarroi, fait la grève, marche dans une manifestation, et se fait tuer également. 

Évoluant entre son espace identitaire, la banlieue et l’espace de « l’Autre », la ville, le Beur est pris entre celle qui le rattache à ses racines, sa mère et celle avec laquelle il pense s’intégrer dans son pays d’accueil, l’Étrangère. Vouloir réunir ces deux femmes dans le même espace va s’avérer très difficile : ou c’est la mère de l’Étrangère qui refuse l’intégration du Beur dans sa famille ou c’est le Beur qui n’ose pas présenter l’Étrangère à sa mère. Le premier cas s’annonce dans « Shérazade », quand la mère de Véro désapprouve sa relation avec Rachid, l’un des amis de Shérazade : «Véro dit que sa mère n’aime pas les Arabes. Quand elle lui a téléphoné à Nice, pour lui dire quelle allait se marier avec Rachid, sa mère s’est mise à pleurer « Comment ma fille, t’ies pas élevée jusqu’ici pour te donner à un Arabe. » Véro lui a dit que Rachid est kabyle, c’est pas pareil, mais sa mère a continué « Ma pauvre fille t’ies complètement folle, un Arabe et un Kabyle c’est kif-kif, du pareil au même, tous la même sale race, c’est pas possible de me faire ça, à moi, ta mère, … » (p. 143). Le personnage de la mère de Véro véhicule tous les clichés à travers lesquels sont désignés les beurs. Cette attitude de la mère, qui refuse l’intégration du Beur dans sa société rend compte de l’impossibilité de la cohabitation entre Beurs et Français ainsi que de l’échec de toute tentative de fusion entre ces deux antagonistes.

Le second cas apparaît dans « Les Beurs de seine » et est illustré par le couple Kaci / Katia. Quand Kaci rencontre Katia, il est fasciné par cette fille aux yeux verts, à l’accent toulousain, il fit tout pour la rapprocher des siens, pour lui faire aimer le lieu de sa naissance, Argenteuil. On s’attendait à ce que cette jeune fille, image de l’altérité, l’éloigne de sa banlieue, de ses amis, des siens, mais c’est le contraire qui s’était produit : à chaque rencontre, il l’initiait aux plaisirs de la vie banlieusarde et lui montrait tout ce qui faisait partie de son identité de fils d’immigré. Mais là aussi, l’impossibilité de la présence des deux femmes dans le même lieu est apparente dans le refus de Kaci à présenter Katia à sa mère qui se trouvait à quelques mètres d’eux, un jour de marché à Argenteuil. Il s’expliqua en ces termes : « Non… ce n’est pas possible… elle ne comprendrait pas. » (p. 163). Kaci est sûr de la désapprobation de sa mère d’une telle relation avec une Étrangère qui ne pourrait jamais faire partie de son univers social, ni s’adapter à sa situation de fils d’immigré. Cette certitude que sa mère ne puisse comprendre son engouement pour sa belle Étrangère renforce la fragilité de cette relation et la rend pratiquement vouée à l’échec. Serait-il possible ou probable que la mère et l’Étrangère puissent un jour se rencontrer sans s’ignorer ? Et de surcroît s’accepter et comprendre pourquoi cette rencontre doit être naturelle, voire nécessaire ? Le couple Julien-Shérazade peut-il fonctionner un jour, dans la société française, comme le symbole de la possibilité de rencontre de deux univers que tout à priori sépare, mais qui caressent le même rêve : vivre en harmonie dans un espace de tolérance et de communion ?        

Après l’examen de ces différents indices relevant de tout ce qui a singularisé la différenciation entre le Beur et « l’Autre » et la définition de l’aspect identitaire  en rapport à l’altérité, s’interroger sur le devenir de cette génération de jeunes à qui on a donné un numéro, la deuxième, s’avère d’une nécessité absolue. Ainsi le Beur en s’identifiant comme faisant partie « de cette génération de l’oubli », «  voudrait sortir de l’ombre, soulever les grosses pierres qui la recouvrent, rejeter ce linceul de mépris et ébranler l’arbre des ancêtres » (R.G, p. 131). Lui reste à savoir comment se sortir de toutes ces situations où il se trouve « paumé entre deux cultures, deux histoires » [2]?  Comment se chercher une identité, se définir par rapport à deux réalités socioculturelles que tout oppose, alors qu’il se sent trop différent pour s’intégrer, trop imprégné de son pays d’origine pour être accepté dans son pays d’accueil ?

Quand le Beur arrive à cette conclusion fatale qu’il est L’inclassable, Le non identifiable, c’est la révolte qui fait face au désir d’intégration, c’est la fuite vers l’inconnu qui commence à germer petit à petit dans son esprit. Le départ est souvent préconisé par les personnages du roman beur comme un désir de se créer leur no man’s Land « où vivre serait une belle passion sans brutalité, sans injustice. » (R.G, p. 84). L’on remarquera, que dans les quatre romans étudiés, l’idée du départ est omniprésente. Il est séparation dans « Les Beurs de seine »  puisque le roman s’achève sur la séparation des deux amis, Belka et Kaci après la mort de leur ami Mourad. Ils ne pouvaient continuer à vivre sans Mourad dans la banlieue de leur galère, de leur espoir, de leur amitié où ils ont ramé jusqu’à en baver, jusqu’à en mourir.

Dans « Les raisins de la galère » de Tahar Ben Jelloun, il est désir d’une renaissance, mais aussi quête d’un pays idéal. Nadia veut non seulement « mourir à (elle)-même pour renaître ailleurs, là où les regards ne sont chargés d’aucune haine, où ils se moquent pas mal de la couleur de la peau, où ils ne réclament rien, ni papiers, ni explications » (p. 121), mais plus encore, s’il elle le pourrait, sombrer dans l’anonymat : «  … je me serais exilée dans une contrée anonyme où je serai devenue moi-même n’importe qui, ni plus ni moins qu’une personne sans signe distinctif (…) avec un visage au type indéfinissable, un corps qui ne trahit pas ses racines, une voix sans aucun accent … » (p. 123). La raison pour laquelle, Nadia veut se construire une nouvelle identité, peut être rapportée au fait que la légitimation de son existence ne se fera qu’en dehors de l’espace par lequel elle se définit comme l’intruse, l’étrangère.        

Alors qu’il est quête de soi, quête de son identité dans « Shérazade » où il apparaît sous la forme de la formulation du projet du retour au pays des ancêtres par plusieurs personnages, Djamila, Eddy, Julien et bien sûr Shérazade. Ils comprennent la nécessité d’entreprendre ce voyage initiatique soit pour renouer avec un passé souvenir, soit pour mieux se définir. Dans « Le Fou de Shérazade », il devient plus difficile de déterminer les formes qu’il revêtit : il n’est pas précisé, par exemple pourquoi Shérazade s’est rendue à Beyrouth et à Jérusalem où elle se sent comme chez elle, non pas en France, mais sur la terre de son grand-père ? Est-ce pour fuir son emprisonnement dans les images qu’elle se faisait de cet Orient, à travers les lectures que lui faisait Julien, et qui se révèle enfin à elle dans toute sa détresse ? Ou voulait-elle tout simplement apprendre plus sur ces ancêtres, les Arabes, en apprenant leur langue comme elle le dit elle-même ? Se ressourcer dans la terre mythique de toutes les religions où il est possible de se reconnaître malgré sa différence ? Mais il peut être compris comme la quête d’un amour si l’on considère toutes les tentatives de Julien à retrouver Shérazade dans les trois villes où elle est supposée se trouver : Alger, Jérusalem et Beyrouth. Et il est quête de ses racines symbolisées par le voyage qu’entreprend la vieille femme guidée par une colombe à la recherche de l’olivier centenaire arraché à la terre des ancêtres, figure emblématique de l’identité.                               

En choisissant le départ comme la seule issue à sa situation conflictuelle, le beur veut par là sortir de sa banlieue pour s’ouvrir au monde, en s’ouvrant à « l’Autre ». Azzouz Begag l’a bien souligné en affirmant que « Ce qu’il fallait démontrer, si on veut exister en Europe, il faut sortir de la banlieue française, même si au début elle nous sert de tremplin pour nous exprimer localement »[3]. Cependant, le Beur devrait envisager une autre possibilité celle d’instaurer un dialogue d’échange positif avec « l’Autre ». L’acceptation de « l’Autre » ne commence-t-elle pas d’abord par l’acceptation de soi ? Ne faut-il pas reconnaître « l’Autre » vivant aux côtés du Je, en face de lui, ni supérieur, ni inférieur, chacun dans sa singularité mais complétant « l’Autre » ? Pour que le processus d’intégration, pris dans une dialectique entre enracinement dans la culture d’origine et ouverture à la société d’accueil soit réalisable en reconnaissant à la société française actuelle son pluriculturalisme. En effet certains critiques comme Jean Michel Ollé  continuent à croire que la plupart d’entre eux, et parmi eux ces écrivains qui « dégagés du souci de paraître intégrés, peuvent se dire intégralement, libérer leur veine créatrice et poétique, donner libre cours à leur imaginaire et montrer que leurs émotions, leurs souffrances comme leurs joies, n’ont rien de prosaïques ou de vaguement exotiques »[4] ont choisi « …En ciselant avec passion cette langue française apprise à l’école, pas en famille, d’opter – sans rien renier de leurs origines - pour la société dans laquelle ils vivent. Et parient, avec optimisme, sur son évolution »[5] en se découvrant « autres » que de « simples produits de la migration ».

Bibliographie

Ben jelloun, Tahar, Les raisins de la galère, Paris, Éditions Fayard, 1996, 136p.

Lallaoui, Mehdi, Les Beurs de seines, Paris, Éditions de L’Arcantère, 1986, 174p.

Sebbar, Leila Shérazade, 17 ans, brune, frisée, les yeux verts, Paris, Éditions Stock, 1982, 265p.

Sebbar, Leila, Le fou de Shérazade, Paris, Éditions Stock, 1991, 203p. 

Notes

[1] Toumi-Lippenoo, Patricia : Littérature et immigration, le cas de l’Algérie de 1962 à nos jours.- Presses universitaires du Septentrion.- p.132. 

[2] CHAREF, Mehdi : Le thé au harem d’Archi-Ahmed.- Paris,  Ed. Mercure de France,  1983.-  p.17.

[3] Begag, Azzouz, « Des mots pour sortir du marquage », in Citrouille, N° 11, 1995.

[4] Harzoune,  Mustapha, « Les chausse-trapes de l’intégration »,  in Littérature, N° 81, 2000. 

[5] Olle,  Jean Michel, « Les cris et les rêves du roman beur », in Le Monde Diplomatique, octobre 1998, p.27.