Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

Introduction

Rachid Boudjedra  affirme qu’il est  « un écrivain de l’urbain » …toutes les villes du monde, toutes les villes d’Algérie sont des villes qui sont prégnantes, car je suis essentiellement un écrivain de l’urbain. »[1]

Une telle affirmation veut-elle déculpabiliser l’écrivain vis-à-vis de sa ville natale Aïn Beïda  plus proche de la ruralité que de la citadinité et qui, à la différence d’Alger, de Tunis, de Constantine, de Bône ou de Paris n’est pas très présente dans la spatialisation narrative ? En effet, la ville natale des personnages de Boudjedra est soit Constantine (surtout dans les derniers[2] romans- La Macération, La prise de Gibraltar, Timimoun, La vie à l’endroit et Fascination- soit  un ailleurs, un lieu imaginaire construit à partir de plusieurs villes –Alger, Bône, Constantine et peut-être Ain Beïda ?

La forte spatialisation narrative propre aux villes citées dépasse le simple choix, elle résulte aux yeux de Boudjedra d’une évolution sociologique de la littérature algérienne, d’abord plus enracinée dans le monde rural et par la suite davantage ancrée dans la ville: «  En effet, il était de bon aloi d’écrire des livres sur le monde rural au Maghreb. D’abord, cela renvoyait à une vérité sociologique réelle…Depuis quelque temps a émergé l’idée de la ville dans le roman arabe et maghrébin, et je crois avoir été le premier à commencer à vivre cette émergence et à la réaliser sur le papier. Cela s’explique tout simplement parce que je suis un produit de la ville, par hasard. »[3]

Si la ville, en général, a fasciné Boudjedra, Constantine reste, néanmoins, la ville privilégiée : « La ville qui m’a peut-être le plus fasciné et sur laquelle j’ai écrit, c’est Constantine. » [4]

Présente de manière irrégulière dans les premiers romans, elle revient avec force dans  ceux publiés à partir des années 1980.

Constantine éclipse la ville natale Ain Beïda pour se partager l’espace narratif avec Alger ou une avec multitude de villes étrangères[5] comme dans Fascination. Déjà dans le premier roman, La répudiation, Alger et Constantine se disputent la spatialisation narrative. L’auteur, lui-même, l’affirme en ces termes : « Mon premier roman se passe dans une ville qui est en réalité un mélange d’Alger et de Constantine. La Répudiation se passe réellement à Constantine mais je l’ai transféré un peu sur Alger parce qu’au moment où je l’ai écrit, j’habitais Alger et j’étais imprégné et passionné par la ville d’Alger[6] ».

La particularité topographique de la ville semble être le motif de la place indéniable de Constantine dans l’œuvre romanesque de cet écrivain. Le rocher a beaucoup fasciné Boudjedra, il fut dans certains romans le lieu des actions narratives capitales du récit.

Alors qu’il était âgé de sept ans, la famille Boudjedra quitte Ain Beïda pour Constantine avant de s’installer à Tunis. Ce séjour à Constantine où le père possédait une maison dans l’une des périphéries principales de la ville (Sidi M’Cid) ne fut pas, pourtant, signalé par l’écrivain dans ses entretiens avec Hafid Gafaïti[7]. Pourquoi cette omission [8] alors que Constantine occupe, dans les romans, une place remarquable ?

Il est vrai que dans l’ouvrage dialogique de Gafaïti la biographie est, certes, l’objectif premier mais la mémoire liée aux événements (la guerre de libération, le FLN[9], la résistance) plus historiques que personnels semble davantage préoccuper Boudjedra[10].

La ville CATHARSIS

Constantine constitue souvent un refuge pour des personnages de Boudjedra.

En participant de manière effective à la spatialisation narrative elle est  un abri pour certains, tel Rac dans La vie à l’endroit, et d’autre part, elle est un refuge à distance par le biais du souvenir et de la mémoire comme pour le narrateur de Timimoun.

Confronté à des situations particulièrement douloureuses ou violentes le personnage éprouve le besoin, alors qu’il se trouve à Alger ou à Timimoun  de faire appel à Constantine, ville du passé celui de l’enfance relié à la famille. Cette évocation le transporte de l’espace effectif (la ville où il trouve « réellement ») vers la ville natale apaisante et sécurisante qui l’aide à évacuer des souvenirs traumatisants et obsessionnels.

Constantine-refuge est donc vécue et ressentie telle une protection.

La charge cathartique accordée à Constantine est particulièrement présente dans les textes de Boudjedra car la ville est liée au passé très lointain de l’enfance : « Je gardais de cette visite à la ville de mon enfance une impression inoubliable. Inutile d’essayer de la larguer parmi le morceau de  souvenirs éteints et fades. » Déclare le narrateur de L’insolation (p. 188). Cette même charge se remarque dans La macération.

La ville qui ressurgit dans les moments particuliers du récit est la bouée à laquelle s’accroche le personnage pour ne pas se perdre, pour ne pas sombrer dans la folie ; c’est en ce sens qu’elle constitue l’espace de la double quête : celle de la femme (Samia dans L’insolation)  mais aussi celle de l’identité.

Cette ville, repère important dans la vie et dans l’œuvre de l’écrivain, est pourtant presque inexistante dans le premier roman qui, plus est, se veut autobiographique. Effectivement, la lisibilité de Constantine  dans la narration de La répudiation est très insignifiante, elle est d’ordre informatif[11] et sans grande importance.

Par contre, une large présence de la ville se remarque dans le second roman où se  distingue une intertextualité avec le roman Nedjma de Kateb Yacine : Mehdi escorté de son « compagnon lugubre » qui arpente la ville à la recherche de Samia n’évoque-t-il pas Rachid accompagné de Si Mokhtar à la poursuite de Nedjma ? Cette intertextualité explique-t-elle la forte présence de Constantine dans L’insolation, cette ville qui est, elle aussi, un ancrage spatial dominant dans le roman de Kateb Yacine ? Constantine dans le deuxième roman de Boudjedra est le lieu d’une double quête : retrouver l’amante mais aussi l’enfance et l’adolescence enfouies dans une mémoire confuse. Dans L'insolation Constantine occupe, avec une autre ville  du bord de mer,[12] l’espace narratif. La ville dont il est question dans le huitième chapitre est annoncée par des lieux indices[13] (square, médersa, souk El Djazzarine) mais identifiée à la page 154 par l’énoncé suivant : « les ruelles de la casbah de Constantine. ».

L’identification se fait dans un environnement lexical explicite : la Casbah aux ruelles inextricables. Le labyrinthe de ce quartier annonce, donc, la nature de la quête menée par le narrateur pour retrouver Samia  réfugiée à Constantine.

La ville associée à la Casbah annonce, de prime abord, la difficulté de la quête dans cette  « cité fatale à ma mémoire. » p158

Le personnage, le scribe, revient à Constantine après une longue absence «Je m’étais même imaginé qu’il me suffisait de débarquer à Constantine pour que tous les souvenirs et toutes les impressions que j’avais gardés en moi et peut-être déformés, viennent m’assaillir, me happer et m’enivrer littéralement. » p158

La recherche de l’amante devient très rapidement la propre quête du narrateur, retrouver la ville de son adolescence : « J’avais même pensé un instant que Samia n’était qu’un prétexte et que je voulais surtout revenir dans cette ville pour parvenir à retrouver une certaine atmosphère et que je n’avais cessé de regretter tout le long de mes différentes pérégrinations…Toujours est-il qu’il m’était difficile de retrouver mon adolescence…La quête stérile de mes fantômes s’avérait douloureuse et je ne cessais de maugréer contre cette pauvreté soudaine de ma mémoire… » pp. 158-159.

Ainsi la mémoire, outil précieux, pour conduire un récit « une conduite de récit »[14] fait défaut. Le personnage est comme atteint d’amnésie. Est-ce le choc émotionnel des premières retrouvailles qui en est la cause ? En partie, car le scribe pense : « Qu’il fallait simplement patienter et laisser le temps à la ville de m’imprégner, à nouveau de son odeur et de son atmosphère particulière. » p161.

 Dans ce cas, l’oubli est une phase salutaire que le narrateur doit vivre comme pour mieux retrouver les souvenirs liés à la ville de son enfance ; ce que souligne Anne Muxel dans sa réflexion consacrée à la mémoire : «Mais le travail de la mémoire ne peut se faire sans le travail propre de l’oubli, …l’oubli comme moyen de sauvegarde et comme écran protecteur, il a une fonction de reviviscence. »[15] 

Comme pour atténuer cette amnésie passagère, le scribe pense que sa mémoire est atteinte de confusion entre ces « villes multiples et que je confondais maintenant dans ma mémoire…De toute manière je mélange tout…Barcelone, Amsterdam, Moscou… »

Si beaucoup de choses ont changé dans la ville de l’enfance et de l’adolescence,[16] Constantine est, pourtant, bien là : « …pas tout à fait la même certes, mais gardant un cachet qui ne trompe pas ceux qui l’avaient bien connue, surtout du côté de la ville haute. Avec ses conteurs, ses devins et ses charlatans, elle demeurait intacte et animée jusqu' la confusion des hommes et des objets. » p161

Toutes les stratégies dont use le narrateur pour retrouver la mémoire, celle de la ville du passé, s’avèrent vaines. La « mémoire falsifiée [17]» du scribe n’a pas permis l’aboutissement de la quête. Constantine, ville mémoire, ne répond pas à l’attente du personnage : « Ni la fiancée impossible, ni la mémoire falsifiée ne peuvent plus être atteintes dans cette ville. L’équipée y finit dérisoirement au bordel, par la tétée d’une bouteille de vin dans les bras d’une putain. » [18]

La quête de la ville du passé est-elle alors prématurée ? Cette prématurité expliquerait-elle certaines particularités descriptives ?

Effectivement, la ville est suggérée et non re-construite car le narrateur part davantage à la recherche de « vieilles impressions[19] »  que de la ville elle-même.

La quête de Constantine avorte, elle se termine dans un lieu de débauche[20].

L’insolation, le second roman paru en 1972, ne constituait, sans doute pas l’espace textuel idéal pour mener cette quête.

De plus, cette quête qui a supplanté celle de l’amante ne pouvait qu’échouer, car comme le démontre Layla Guénatri [21]« L’espace sera d’abord une conquête. Il est aussi une quête du désir, espace ouvert à l’autre, l’amante espace de vie. L’ambiguïté se dessine à partir du moment où la quête de l’amante devient prétexte à la conquête de l’espace mythique de la ville ensorceleuse. »

Cet échec explique-t-il le silence qui entoura Constantine dans les romans ultérieurs à L'insolation ?

Explique-t-il par ailleurs le retour en force de la ville dans les romans de la fin des années 1980, à partir de La prise de Gibraltar ?

Après un long silence[22] de 1975 à 1982 Constantine connaît, dans les romans parus à partir de la fin des années 1980, une spatialisation narrative plus qu’évidente.

La Macération (1984), La prise de Gibraltar (1987), Timimoun (1994), La vie à l’endroit (1997), Fascination (2000) traduisent une importante mise en texte. Ville du souvenir relatée à partir de Timimoun, d’Alger, de Tunis ou ancrage spatial effectif, Constantine répond à un véritable appel intérieur. Elle est une obsession délirante car   « Il y a une littérature du délire. Le délire ici est une donnée mais aussi un choix…à travers le délire il y a une fonction mythologisante du texte littéraire. »[23] Confie Boudjedra à Hafid Gafaïti.

Dans La prise de Gibraltar qui affiche ce retour avec affirmation,  la ville est investie d’une charge signifiante assez particulière. Elle est le théâtre de la violence, non pas tant celle vécue intérieurement que la plupart des personnages de Boudjedra ont héritée de leur situation familiale ou sociale mais celle liée  aux guerres.

Le point de départ est l’histoire de la présence française en Algérie que la narration circonscrit à la résistance et à la prise de Constantine entre 1836 et 1837 (p45 du roman). La résistance de la population constantinoise est, en fait, le prétexte à un rappel  historique : la résistance de Tarik  Ibn Ziad qui relate la prise du Détroit auquel on donna son nom[24]. Pourquoi cette association entre les deux résistances que séparent tant d’années ? En fait, les deux lieux -Constantine et le Détroit- ont un point commun : le rocher. Dans différents énoncés Tarik (le personnage du roman prénommé ainsi en souvenir du guerrier numide) qui se fait une idée de la bataille menée par Tarek Ibn Ziad en admirant une toile de Wasity se surprend malgré lui à décrire Constantine.

La violence qui se manifeste dans différents lieux de la ville le lit du Rummel, le rocher, les ponts-  présente, en fait, une rétrospective  des étapes de l’histoire mouvementée de Constantine à ses différentes époques : numide, turque, française.

La narration de La prise de Gibraltar débute dans Alger du milieu des années 1980. Tarik, médecin, exerce dans un dispensaire de la capitale mais ses pensées sont souvent dans d’autres lieux. Elles vagabondent entre deux espaces obsession : Constantine la ville de l’enfance et Gibraltar qu’il visita avec son ami Kamel. Le chantier de la construction du métro d’Alger ancre le récit dans un brouhaha continuel.

Constantine, la ville dans laquelle se réfugie le personnage lui rappelle, paradoxalement, des moments douloureux de son existence. Les tortures morales infligées par le maître de l’école coranique, la gifle donnée par le militaire français, sa soudaine obésité, les inlassables cours de traduction imposés par le père, la mort de la mère, etc.

Entre Alger du présent,  Constantine du passé et  Gibraltar du fantasme Tarik évolue dans un univers agressif. Le roman est le lieu de la violence aux origines multiples. Elle est d’ordre ontologique, environnante et surtout historique.

 Aussi ce roman fonctionne dans/ et par cette particularité. En effet tout est expression de violence : les couleurs, les odeurs surtout celle de la mort-, le sang, le bruit, les relations interfamiliales (avec le père, l’oncle  Hocine).

 La prise de Gibraltar, déversoir de tant de traumatismes, annonce, telle une prémonition, une violence davantage paroxysmique, celle vécue par l’Algérie du milieu des années 1990 que Rachid Boudjedra dévoile dans ses  derniers romans.

La prise de Gibraltar est une prophétie : le chantier du métro, béance dans le tissu urbain, cède la place à une autre destruction celle  figurée  par la laideur des cratères et le bruit des bombes terroristes. Les grues Potain qui déforment le ciel algérois  (p35), et agressent le regard de Tarik sont un signe avant-coureur.

De La prise de Gibraltar aux trois derniers romans la violence change de territoire. Alger en est la scène principale. Mais la mort d’anonymes[25] ou de personnalités[26] ne trouve pas son origine dans une cause historique avérée. Rapportés dans le texte en caractères gras, ces assassinats telles des plaies visibles sur un corps, sont  de profondes blessures.

 La logique de ces morts (en fait des assassinats) commises au nom d’une idéologie intégriste exclut toute passion de la part du narrateur à la différence de Tarik  qui  manifeste un intérêt pour la résistance de Tarik Ibn Ziad,  de Jugurtha ou pour celle de la population constantinoise.

Aussi Constantine qui, dans la Prise de Gibraltar, fut expurgée de toute la violence personnelle mais surtout historique se voit, alors, dotée d’une charge cathartique dans les trois derniers romans. Le retour à la ville de l’enfance se fait grâce à la merveilleuse capacité de la mémoire qui comme le déclare Boudjedra, lui-même, est essentielle dans toute écriture : « Le roman contemporain se veut non linéaire et digressif, non pas gratuitement mais parce que tout le travail qu’a fait Freud autour de la conscience et de ses supports ont permis l’avènement d’une littérature où la mémoire va jouer un rôle essentiel. »[27]

Dans Timimoun Constantine est retrouvée et re-construite par, précisément, la mémoire du narrateur. Dans ce roman, le récit évolue entre trois espaces qui correspondent à trois ancrages temporels avec la distribution suivante :

                                           Alger                                    

                                          Le présent                              

                                         Espace de la violence       

               Constantine                                              Timimoun

Le passé                                                Le présent+Futur -désir d’y être enterré-

Espace refuge vie-                               Espace refuge mort 

Le narrateur, ancien pilote de chasse radié de l’armée, devient un guide touristique à bord d’un car surnommé l’« Extravagance ». Ses fréquents déplacements entre Alger et Timimoun lui permettent de s’évader, d’oublier ses multiples déboires et traumatismes personnels. Ils l’aident, aussi, à fuir Alger meurtri par les attentats terroristes et ne plus penser aux menaces dont il fait l’objet. A Timimoun, ville du sud algérien, le narrateur veut, d’une part,  annihiler le « désarroi » vécu par son pays et d’autre part, il désire échapper à un éventuel assassinat.

Ces raisons expliquent sa décision de s’isoler dans le désert et de choisir sa propre mort  « J’avais en fait décider de m’enterrer dans le Sahara. Tant qu’à faire ! Il valait mieux mourir dans ce désert qui m’a  toujours fasciné…le désert était mon mode de suicide. ». Dans cet énoncé il y a lieu de souligner les deux acceptions du verbe  « enterrer » : funérailles et réclusion.

C’est lors de l’un de ces voyages qu’il fit la connaissance d’une jeune fille qu’il surnomme Sarah. Le choix de ce prénom n’est pas fortuit, il est à rattacher à la fascination du désert et à son éternel amour pour le Sahara.

Le fait d’être amoureux à l’âge de quarante ans alors qu’il s’est, de tout temps, méfié des femmes, démontre son désir  de s’accrocher à la vie, lui, le sursitaire, le condamné à mort.

L’échec de la relation Sarah / le narrateur confirme la pérennité du Sahara  à l’instar de la ville mémoire qui est Constantine.

Celle-ci et Timimoun  sont, d’ailleurs, souvent associées par la description narrative :

  • - Par la couleur des sites respectifs. L’ocre du ksar de Timimoun rappelle la couleur des falaises de Constantine (p117)
  • - Par les odeurs. Les parfums des jardins de Timimoun rappellent les odeurs de l’enfance (p124)
  • - Par les personnages .Sarah est presque le sosie de l’ami d’enfance Kamel  Cette ressemblance relève du magique. Le narrateur guérit de son amour impossible car Sarah-Sahara- est le double de son ami de Constantine.(p158)

L’ubiquité de Kamel (Constantine et Sarah-Sahara) annihile l’échec amoureux et permet d’accéder à la ville de l’enfance qui est, elle aussi, espace de la pérennité : « J’étais abandonné et humilié par Sarah comme jamais Kamel et Henri Cohen ne l’auraient jamais fait. Je les connais depuis si longtemps, toujours à mes côtés, à arpenter la vie en ma compagnie. » p124

Le narrateur et ses deux amis arpentaient, non seulement, la ville (ils le faisaient si souvent) mais aussi, et surtout, la vie puisqu’ils étaient inséparables.

La ville du passé et de la mémoire est tout simplement la vie qui nie la ville du présent  -Alger- avec son lot de morts violentes.

Constantine, espace de l’enfance et du passé lointain et Timimoun, espace du  présent[28] mais se situant dans une contrée lointaine sont les villes-refuges où le personnage, grâce à la mémoire, à la distance, fuit la mort et  la violence.

Dans La vie à l’endroit qui parut trois années après Timimoun,  Constantine conserve cette charge symbolique.

Le roman est construit en trois parties indiquée chacune par un titre qui comporte le nom d’une ville et une date : Alger : 26 mai 1995, Constantine 26 juin 1995, Bône 26 juillet 1995.

 La tripartition de la  composition du roman est  renforcée par les trois noms de villes, les trois dates, les trois mois. Le chiffre trois très présent dans ce roman, renvoie d’autre part à une réelle fascination pour trois villes : « Rac passait maintenant sa vie à marcher. Il arpentait comme au hasard, ces trois villes qu’il connaissait si bien : Alger, Constantine et Bône avec lesquelles il avait, plus que des attaches et des sentiments, de vraies affinités esthétiques et affectives, un atavisme profond et une passion profonde »p111.

Ce chiffre qui semble être récurrent, se remarque aussi dans la référence à Constantine laquelle constitue un ancrage spatial important pour les trois romans successifs de Boudjedra. Timimoun, La vie à l’endroit et Fascination sans qu’ils constituent une trilogie sont, néanmoins, reliés par la forte présence narrative de Constantine.       

Quand le récit débute, Rac (est-ce un diminutif de Rachid ?) vit à Alger. Nous sommes en 1995 et la capitale vit toujours (comme dans Timimoun) dans le climat de violence intégriste. Cette année fut, d’ailleurs, l’une des plus sanglantes de l’histoire de l’Algérie du milieu des années 1990. Des actes et assassinats spectaculaires ont en fait une période charnière.

 Le personnage du roman de Boudjedra observe de la fenêtre de la maison où il se cloître la joie des supporters sportifs du CR Belcourt avec à leur tête leur mascotte Yamaha. Menacé de mort et affligé par les attentats sanglants qui endeuillent le pays, Rac trouve refuge dans le souvenir- les remontées de l’enfance ». La nouvelle de l’assassinat de Yamaha plonge le personnage encore plus profondément  dans la mémoire : Le choc de cette mort et l’appel du passé sont si intenses qu’ils entraînent un glissement : la narration connaît, alors, une double mutation de l’ancrage spatial. Alger cède alors la place à  Constantine ensuite à Bône.

 Ainsi la narration s’installe sans transition  dans la ville natale, celle qui accueille Rac  en juin 1995.

La seconde partie du roman commence, donc, par le nom d’une ville -Constantine –et par une date ; ainsi le contexte spatio-temporel est explicitement énoncé. Il n’y a aucun travestissement de la réalité référentielle.

Rac arrive à Constantine en  juin 1995. Cette date installe la ville dans un hors-texte social et urbain particulier. La socialité de ce roman  donne l’opportunité à  une mise en texte de Constantine de la fin des années 1990 alors que l’œuvre de Boudjedra nous avez, surtout, habitué à une représentation  de la ville durant la période coloniale et  celle des premières années de l’indépendance.

Or, le lecteur des romans de Boudjedra n’est pas trop surpris par la description narrative relative à Constantine de 1995. Une forte intertextualité avec les précédents romans n’apporte rien de totalement nouveau. La particularité chromatique (avec la dominance de l’ocre), les odeurs, certains lieux (le site, le pont suspendu et la fascination du suicide) présents dans les premiers énoncés narratifs de cette seconde partie du roman sont des estampilles.

Somme toute, la ville des années 1995 est peu décrite : à peine son université et son passage souterrain.

Le regard de Rac passe très rapidement sur la vue panoramique de Constantine  (familière du lecteur de Boudjedra) pour s’attarder sur un lieu privilégié : la maison natale. Ainsi ce qui préoccupe davantage Rac c’est de retrouver, à Constantine de 1995, la maison familiale, habitée durant la période coloniale et peuplée encore par tant de souvenirs où s’entrecroisent des voix, des scènes, des odeurs, des silhouettes, des lumières, des bruits conservés par une mémoire indéfectible.

Ces retrouvailles sont une nouvelle occasion pour replonger  dans Constantine du passé et de l’identité. Le déclic de ces réminiscences est, en fait, la saison. Le mois de juin, date à laquelle Rac arrive à Constantine lui rappelle un souvenir précis : la préparation de son baccalauréat. Ce repère fait renaître des repaires spatiaux propres à la maison familiale (p91). La description s’attarde sur la terrasse, le panorama qu’elle offre domine les gorges du Rummel – (se trouvant à Sidi M’Cid)-, la végétation du jardin. Aussi le présent et le passé s’entrechoquent au gré de la mémoire mais avec une forte présence, par le truchement des bruits et des odeurs, d’un pan de son existence vécue dans cette maison où tout est   Analogies olfactives évidentes.» p97

 La seconde partie de La vie à l’endroit consacrée à Constantine est construite sous le mode du suspense.

Le séjour dans cette ville, qui n’empêche nullement Alger et Bône (p.101)d’y faire de fréquentes irruptions par le souvenir, obéit à deux impératifs : trouver refuge[29] dans la ville natale et y accomplir une mission  (voir pp96 et 104)

Le rendez-vous énigmatique en une telle circonstance – Rac menacé et obligé de se déguiser- donne à la narration de cette partie une coloration  qui n’est pas sans rappeler l’écriture propre au roman policier. Boudjedra n’a, d’ailleurs,  jamais caché son attirance pour ce « genre » littéraire.  Patricia Highsmith, Simenon, Chester Himes, James Hadley Chase sont, à ses yeux, des écrivains de qualité. Dans l’entretien qu’il a accordé à « Horizons » 9 novembre 1987 [30] les réponses aux questions du journaliste sont sans équivoque  «. Pour moi le roman policier a eu ses lettres de noblesse avec la littérature fantastique du 19ème siècle et en particulier avec Poe…. »Par ailleurs il montre que la qualité du roman policier américain s’explique par la relation à l’histoire de la violence aux Etats Unis.   La vie à l’endroit  ne répond-il pas à ce principe?

Le mystère autour du mobile et du lieu de rendez-vous et qui doit perdurer, selon les lois de l’écriture propre au roman à suspense, permet à la mémoire de faire remonter des souvenirs précis liés à la vie constantinoise de Rac. Ce passé profondément enfoui  prend souvent le dessus sur la vie présente du personnage ; l’existence au présent est à la mesure de sa mémoire. (p.106) 

Pour décrire sa vie présente clandestine et fragilisée par la situation historique, le narrateur recourt à une image symptomatique : « Il organisait de cette façon stricte et rigide sa survie depuis qu’il était sur la brèche. » p107   « Brèche » nom d’une célèbre place à Constantine sert à qualifier la nature de l’existence de Rac.

Mais paradoxalement c’est à Constantine -en juin 1995- que le personnage  « cible préférée des intégristes » retrouve une certaine sérénité« Puis, brusquement une sorte de sérénité l’envahissait : le soleil, les terrasses bondées des cafés, les passants joyeux, les femmes bien ou mal habillées mais toujours coquettes, désirables. La vie paisible quoi, se disait-il. Ordinaire. Banale. La vie à l’endroit[31]. » p109

La vie sur la brèche qui qualifiait  son existence à Alger devient une vie à l’endroit, plus ordinaire puisque elle permet de relater l’enfance. Cette période de l’existence est banale car elle est commune à toutes les  personnes adultes. « La vie à l’endroit » est un énoncé important dans la mesure où il constitue le titre du roman.

La sérénité que Rac connaît à Constantine lui permet de revivre, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, deux souvenirs douloureux : la mort de son  frère et celle de Yamaha.

Le 26 juin 1956 la police française torturait à mort  le frère aîné médecin- pour avoir soigné clandestinement les militants du FLN de Paris.

Le 26 juin 1995 les intégristes tuaient Yamaha. Le passé et le présent se trouvent associés par la mort : celle du frère éliminé par la répression coloniale et celle d’un être affectionné –une mascotte- tué par le terrorisme intégriste.

Constantine où « la vie est  à l’endroit » permet à Rac de se remémorer, jusqu’à l’écœurement, ces deux morts « réelles » et  symboliques afin d’apprivoiser la douleur occasionnée  par leur souvenir.

La vie à l’endroit qui a amorcé une écriture du  « roman noir » abandonne en cours de récit cette tentative. Le lecteur ne connaîtra pas le dénouement de « la mission » ; celle-ci avorte et n’aura aucune suite. Rac qui ne va pas jusqu’au bout de la mission[32] pour laquelle il était venu à Constantine a, en fait, mené une autre enquête : la sienne. Celle qui lui a permis de retrouver une partie de sa vie dans sa cité natale afin  d’y revivre deux souvenirs douloureux qu’il tente d’apprivoiser dans cette ville où sa « vie est à  l’endroit ».

La narration de l’avant dernier roman de Boudjedra, Fascination, accorde à Constantine une place d’une importance indéniable. Il se compose de neuf parties qui porte chacune le nom d’une ville[33] algérienne ou étrangère.  Mais le récit s’ouvre et se ferme sur Constantine.

Si la première partie s’intitule  « Constantine », les huit autres dont l’ancrage est chaque fois une ville différente, n’empêche nullement Constantine de faire incursion dans l’espace narratif sous forme de rappels mnémoniques.

Lam[34]  l’un des personnages principaux est, tout comme Rac, né à Constantine,

Quoique le personnage n’en est pas très sûr. Cette ambiguïté expliquerait-elle une autre ambiguïté : l’absence du toponyme de la ville natale de Boudjedra dans l’œuvre fictionnelle ?

 Par ailleurs,  Lam est le fils adoptif  de Lil et de Ila. Ce dernier élève une lignée de juments à la robe noire[35] prénommées Fascination. Ali et Ali Bis autres fils adoptifs du couple ont disparu au moment où ils devaient expédier quatre juments du port de Bône vers Marseille.

Lam qui a  une identité incomplète- un diminutif- et qui, plus est,  fut adopté à sa prime enfance, erre à travers le récit et les villes qui le constituent.

C’est, précisément, Lam à l’identité « rafistolée et peut-être définitivement brouillée » qui est chargé par la narration de retrouver ses frères adoptifs et d’élucider le mystère de la disparition des juments surnommées Fascination. Cette quête- enquête est suggérée par la composition même du roman, ce dernier est construit sur l’idée du voyage puisqu’il se divise en neuf parties portant chacune le nom d’une ville habitée ou visitée.

La description de Constantine parvient par le regard de Lol, autre personnage important dans ce roman. Elle fut, elle aussi, adoptée par le couple d’éleveurs de juments. Elle incarne la rébellion. Révoltée contre la famille, contre la morale, elle n’est pas sans rappeler à Rachid de La répudiation, son alter ego qui, représenté par une femme aussi contestataire, renforce l’idée de la subversion chère à Boudjedra lui-même.

Les énoncés propres à la narration descriptive de Constantine- attribués à Lol- sont en forte intertextualité avec ceux des précédents romans où la ville est dépeinte par le regard des personnages masculins tels Rachid, Tarik ou Rac.

La ville dans cette partie du roman est, en fait, un rappel de toutes les actions importantes de la narration. Elle est, aussi, une entrée en scène des principaux personnages avec leurs particularités, leurs itinéraires, leurs obsessions.

Cette partie intitulée « Constantine » constitue l’assise du récit. Tout est rappelé pour être, ensuite, développé, étoffé et ressassé au gré de la mémoire et des voyages de Lam. Hormis la description très générale de la ville[36]- par Lol- avec une impression du déjà lu et celle que Lam fixe sur un quartier de Constantine  qui est «  Souk El Djazzarine[37]- rencontrée dans les premiers roman, la présence de Constantine dans cette partie n’apporte rien de nouveau pour le lecteur averti de l’œuvre de Boudjedra.

 En fait, l’importance de Constantine sous une forme mnémonique se remarque dans les autres parties du roman dont le contexte spatial est construit de villes étrangères. C’est dans cet ancrage spatial de l’exil que Constantine revêt une force symbolique et constitue sous le mode du souvenir, un lieu de refuge. Effectivement, c’est dans les parties ancrées dans des villes étrangères (Pékin, Paris, Moscou, Hanoi, Barcelone) que Lam reconstruit son passé en le rattachant à Constantine. Ainsi la ville natale liée à l’enfance qui ne fait plus l’objet d’une description narrative banale ou connue  se donne à  voir et à lire dans des énoncés empreints de sensibilité et d’originalité.

Dans ces villes lointaines  « Il lui arrivait de penser que ses souvenirs étaient dus à une sorte de paramnésie et qu’il n’avait jamais quitté Constantine où il continuait à monter Fascination II tous les matins. » pensait Lam alors qu’il se trouvait à Pékin (p.152).

C’est à Barcelone que Lam oublie ses obsessions  pour évoquer la résistance des Constantinois face à l’armée française en 1836.

C’est à  Moscou que  la mémoire de Lam retrouve tous les détails de l’enfance vécue à Constantine, etc.

Somme toute, la narration de la première partie  du roman intitulée « Constantine » se réfère peu à la ville en tant que qu’espace énonciatif. En fait, les actions importantes relatives à Constantine sont suggérées dans les autres parties fixées dans des villes étrangères.

Donc,  l’exil  interpelle la mémoire et suscite la parole. A Paris  Lam comprit que l’errance fait partie de son existence partagée entre sa ville natale et les villes étrangères. C’est à Paris (le titre de la dernière partie du roman) qu’il a cette révélation ; c’est aussi à Paris que Lam pense: « Constantine ne devait plus être qu’un souvenir, un joli souvenir qu’il allait sublimer durant sa vie entière. Il n’allait plus la visiter que de loin en loin, à chaque voyage, pour fuir l’incroyable fascination qu’exerçait encore Lol sur lui.

Mais, Fascination III ? » . Ce sont les dernières phases du roman.

 Lam partagé entre Constantine et les autres villes étrangères, ne rappelle-t-il pas le propre déchirement de l’auteur lui-même qui reste fortement attaché  au pays des origines représenté  ici, par Constantine ?

 Fascination et rejet –répudiation- de la ville se côtoient dans ce roman de Rachid Boudjedra.

Pour conclure  recourons à une image que  suggèrent deux titres empruntés à l’œuvre de Boudjedra : au premier et à l’un des derniers romans c’est à dire La Répudiation et Fascination. Constantine répudiée par la narration ou objet de fascination  est, en fait,  présente même dans son absence.

Absence/présence car la mémoire associerait-elle la réelle ville natale de Boudjedra à celle où il a vécu enfant et qui l’a profondément marqué ? 

Bibliographie 

-Alger une ville et ses discours Praxiling université P. Valéry Montpellier III éditeurs Khadda  Siblot 1996.

-Mythes  et réalités d’Algérie et d’ailleurs, Université d’Alger 1995

-Charles Bonn Problématiques spatiales du roman algérien, Alger ENAL, 1986

-Florès César La mémoire PUF,  Paris, 1972

-Géfaïti Hafid Boudjedra ou la passion de la modernité, Paris, Denoël, 1987

-Muxel Anne Individu et mémoire familiale, Paris, Nathan, 1996

 

NOTES

[1]R.Boudjedra « Périples urbains » in Alger une ville et ses discours, Praxiling, université P. Valéry, Montpellier III (éditeurs N. Khadda et P. Siblot), 1996. p 182

[2] Les Funérailles (Paris, Grasset, 2004) le dernier roman de l’écrivain ne figure pas dans le corpus de cette analyse.

[3] Alger une ville et ses discours op. Cité p.182

[4] Idem.

[5] Tunis, Moscou, pékin, Hanoi, Barcelone.

[6] Idem.( que notes  3 et 4)

[7] H.Gafaïti. Boudjedra ou la passion de la modernité, Paris, Denoël, 1987.

[8] Alors que Boudjedra donne une série de précisions sur sa scolarisation dans l’une des écoles primaires de Aïn Beïda, ses études dans l’un des  lycées de Tunis, à la faculté des Lettres d’Alger où il a préparé une licence de philosophie.

[9] Comme dans cette confidence : « A 16 ans je me suis engagé dans le FLN puis deux ans plus tard dans l’ALN. J’ai vu la guerre de très près. » in l’ouvrage de Gafaïti op. cité p 35.

[10] Comme dans cette déclaration : «  L’histoire nationale algérienne où nous avons été des colonisés mais où nous avons été aussi des colonisateurs. L’Espagne a été conquise par une chef berbère Tarik Ibn Ziad…C’est la dialectique du conquérant conquis et du conquis  conquérant . C’est une dialectique fascinante …C’est cela le sujet de La prise de Gibraltar. » Boudjedra ou la passion de la modernité, op. Cité p 39. 

[11] -Sur la provenance et l’origine d’une prostituée, maîtresse du père de Rachid.

-Sur les chanteurs de musique andalouse (p136).

-Sur les pleureuses dans les enterrements (pp. 151- 173) -La tante écrasée par une voiture (238)

[12] Elle n’est pas nommée mais des indices permettent de l’identifier. Il s’agit de Bône.

[13] Qui constituent de puissants marqueurs pour tout lecteur qui connaît Constantine.

[14] Comme l’explique César Florès (in La mémoire, Paris ; PUF, 1972.)

[15] A. Muxel. Individu et mémoire familiale, Paris, Nathan, 1996 p. 13.

[16] « Alors que dire de la ville ? Chamboulée qu’elle était de fond en comble, avec de nouveaux noms de rues, de nouveaux squares, de nouveaux pigeons, de nouvelles mosquées et de nouveaux habitants qui avaient déferlé des montagnes dans un exode douloureux et vindicatif qui avait effrayé les bourgeois repliés dans les faubourgs résidentiels anciennement occupés par les Européens. »p160

[17] Comme la qualifie C. Bonn  dans Problématiques spatiales du roman algérien, Alger, ENAL, 1986.

[18] Idem. p38

[19] « A défaut de voir Samia ou de retrouver de vieilles impressions que j’avais laissées dans la ville, je m’étais mis à suivre mon ami qui, faute d’aller se soûler, arpenter de nouveau les artères et les ruelles. » p160

[20] Annoncé d’ailleurs par  La répudiation. Dans ce roman Constantine est souvent associée aux prostituées et aux maisons closes.

[21] Dans son étude : « Constantine, pôle d’articulation de la légende et du mythe, dans l’Insolation de Rachid Boudjedra. » in Mythes et réalités d’Algérie et d’Ailleurs, Langues et Littératures, Université d’Alger, n°6, 1995, p.102.

[22] Dans Topographie idéale pour une agression caractérisée ( 1975), L’escargot entêté (1977), Les 1001 années de la nostalgie (1979), Le vainqueur de coupe (1981), Le démantèlement (1982).

[23] Boudjedra ou la passion de la modernité, op. Cité p.88

[24] «  Gibraltar » est la transcription de l’arabe « Djebel Tarek ».

[25] Surtout dans Timimoun-  les victimes de l’attentat de l’aéroport d’Alger (  p.95),  les  techniciens croates (p.132), une femme de ménage (104), le journaliste français (79), les élèves d’une école primaire. 

[26]L’écrivain Tahar Djaout ( p 112)  - « Le professeur Ben Saïd assassiné sous les yeux de sa fille » (p. 36) qui est, en réalité, le sociologue M’Hamed Boukhobza, -  Yamaha la mascotte sportive du CR Belcourt (La vie à l’endroit ).

[27] Boudjedra ou la passion de la modernité, op. cité p.78.

[28] Mais le narrateur affirme avoir été de tout temps attiré par le désert. Notons que cet appel du désert particularise tout un courant de la littérature algérienne de la fin des années 1980. Citons quelques titres des romans les plus célèbres : La Traversée de M.Mammari, L’Invention du désert de T.Djaout, Le Désert sans détour, L’Infante maure, de M. Dib, et l’un des derniers textes de Boudjedra Cinq fragments du désert (Alger, Barzakh 2001).

[29] « Lui venait souvent, maintenant, s’y réfugier, s’y cacher parce que la région était plus sûre, plus tranquille et restait à l’abri des exactions des intégristes présents, surtout, autour de la capitale. » p125

[30] In Horizons lundi 9 novembre 1987  « Le polar ? Je connais ! »

[32] Dans l’interview accordée à Horizons (op. cité) Boudjedra déclare ceci : « Les personnages de Patricia Highsmith sont à la limite de tuer quelqu’un. Je crois que  c’est encore plus beau quand on n’a pas tué…Parfois, il y a une non-action dans le roman policier qui est superbe. D’ailleurs, la littérature moderne, Le Nouveau Roman a beaucoup puisé dans la structure et les techniques du polar. »  Ces propos semblent convenir à cette forme d’écriture dans La Vie à l’endroit. L’intertextualité entre le polar et les textes du Nouveau Roman  soulignée par Boudjedra dans cet entretien ne se remarque-t –elle pas dans son roman L’escargot entêté (Paris, Denoël, 1977) ?  

[33] Avec néanmoins une partie intitulée « Quelque part en Algérie ».

[34] Le diminutif ou l’absence du prénom (dans Timimoun) du personnage souvent central constitue  un choix narratif dans les derniers romans de Boudjedra. 

[35] Cette précision chromatique n’est pas sans rappeler le cheval noir dont il est question dans l’un des chapitres de Nedjma qui décrit Constantine. 

[36] Constantine aperçue d’une fenêtre apparaît aux yeux de Lol comme un volume énorme blanc et ocre qui dégringole par paliers successifs entre le rocher et la plaine, pour ainsi dire gribouillée, telle une tache sur le cadastre des formes accumulées, stratifiées et surchargées. La Kasba très vieille a l’air fragile, poreuse et dentelée… » p15

[37] Constantine avec ses ponts suspendus, son souk El Djazzarine truffé d’inscriptions latines…gravées à même les murs dans lesquels s’ouvrent les étals des bouchers, surchargés de viande et de têtes de bœufs …étals donc chargés de viande et  dégoulinant de sang. » p42