Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

La mise en œuvre de plusieurs projets d’ordre institutionnel, économique et culturel par le pouvoir algérien vers le début des années 1970, a permis de stimuler les espérances des couches sociales les plus démunis.

La démocratisation de l’enseignement a contribué d’une manière incontestable de généraliser l’éducation pour une grande partie de la jeunesse algérienne, beaucoup ont gravi les échelons de l’enseignement pour arriver au cycle universitaire.

L’arabisation ou la généralisation de la langue arabe à tous les secteurs, a été conçue comme une action de recouvrement de l’identité algérienne dont cette langue est l’élément essentiel.

Ces deux projets cités ci-dessus ont ouvert la voie à plusieurs enfants du petit peuple d’aller à l’école, d’apprendre la langue arabe et de l’utiliser comme moyen d’expression. Quelques-uns uns parmi eux sont devenus plus tard des hommes de lettres.

C’est dans ce contexte qu’a émergé la littérature algérienne de langue arabe, après les obstacles auxquelles a fait face l’apprentissage de la langue durant la période coloniale.

Le soutien du pouvoir politique à l’arabisation et à la promotion sociale des catégories démunies a orienté les représentants de cette littérature à adopter le discours idéologique ambiant.

Ils se sont dirigés vers le réalisme en tant que perspective littéraire, dans le souci de donner la parole aux masses populaires et de contribuer à mettre à nu les injustices dont elles souffrent. Ils préfèrent décrire les individus qui luttent pour le changement social que plutôt ceux trop chargés de valeurs romantiques. Cette tendance ne se généralise pas à tous les romanciers, quelques-uns uns y ont échappé par l’introduction dans leurs univers romanesques des questions qui n’ont rien à voir avec l’idéologie socialiste, même s’ils s’inscrivent dans la dynamique du changement opérée par le pouvoir. On peut dire que la description de la vie rurale, la dénonciation de l’injustice matérielle, le soutien à la reforme agraire et l’industrialisation étaient les thèmes favoris pour cette littérature qui s’est insérée dans la reproduction du réel. D’autant plus que les institutions étatiques ont mis à la disposition de ces auteurs plusieurs moyens leur permettant d’évoluer dans leur carrière littéraire (suppléments culturels dans les journaux, revues subventionnées par l’Etat dont la revue « Amal », émissions radiophoniques et télévisées), En plus de l’édition par la S.N.E.D de leurs écrits, et leurs adhésions à l’Union des Ecrivains Algériens, instance qui organisait des activités culturelles, des séminaires et des colloques autour des thèmes précis, pour dire que cette littérature a été soutenue dans sa globalité par l’institution.

Cela ne veut pas dire que tout allait bien pour cette littérature, car l’institution n’acceptait que ceux qui se conformaient avec son discours, beaucoup d’écrivains de langue arabe ont fait les frais de leur audace et leurs positions critiques.

Enfin le roman algérien a connu deux périodes :

  1. Période coloniale qui a vu la publication de quelques textes dont celui de Réda Houhou « La belle de la Mecque ».
  2. La période post-coloniale dont on peut classer la production littéraire d’une manière arbitraire comme suit
  3. La première génération, celle des années 1970, Tahar Ouettar, Abdelhamid Benhadouga et Abdelmalek Mortad en sont les véritables représentants.

Ces auteurs ont vécu à cheval entre les deux époques coloniale et post-coloniale.

Cette génération est celle qui a donné au roman algérien de langue arabe ses lettres de noblesse et a institué véritablement l’écriture romanesque avec tout ce qu’elle suppose comme accompagnement institutionnel

  1. La deuxième génération, celle des années 1980. Elle est incarnée par Merzag Bagtache, Djillali Khellas, Waciny Laredj, Amine Zaoui, Ahlam Mostaghenemi, Arar Mohamed El-Ali, Boudjadi Alaoua, Abdelaziz Ghermoul, Ismaël Ghoumougat, Sayah Habib…

La plupart d’entre eux ont débuté leur carrière littéraire par l’écriture de la nouvelle vers la fin des années 1970, et ils sont plus jeunes que ceux de la première génération.

  1. La troisième génération, celle des années 1990, elle comprend en son sein Bechir Mefti, Hamid Abdelkader, Yasmina Salah, Said Mokkedem, Djillali Amrani, Brahim Saadi, Kamel Berkani..

Seul Rachid Boudjedra qui est un romancier bilingue puisqu’il écrit dans les deux langues, et appartient aux deux littératures (celle de langue arabe et celle de langue française) pose un véritable problème. Ses premiers textes ont été écrits en français.

Il y a également Zaoui Amine qui a écrit au début en langue arabe, a publié dernièrement plusieurs textes en langue française. Ces deux écrivains feront l’objet d’une autre analyse à l’avenir.