Les Ouvrages Du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Index des ouvrages

L’expression littéraire algérienne a toujours constitué un phénomène artistique très riche en significations profondes. Elle désigne les diverses expériences connues par les algériens dans la création esthétique et dans la quête de leur identité. L'un des importants traits de cette littérature est son bilinguisme, car elle est partagée sur le plan de l'écriture et de la création entre la langue française et la langue arabe.

Cet aspect linguistique lui donne un caractère particulier et la singularise par rapport aux autres expériences littéraires dans le monde arabe et plus particulièrement à celles connues par les marocains et tunisiens qui partagent avec elle le caractère bilingue de la graphie.

Et pour cause cette question se pose avec acuité dans l'espace culturel algérien, d'où la polémique engagée depuis l’accession du pays à l’indépendance et qui s’est accentuée dans les années qui ont suivi la libéralisation politique, autour de la légitimité fondatrice du genre romanesque et son identité nationale. Ces deux questions représentent un aspect important de la problématique culturelle algérienne.

Peut-être que l'indifférence et la discordance qui existent entre les deux productions romanesques en Algérie (le roman de langue française et le roman de langue arabe) ne simplifient pas le traitement de ces questions car fondées par ou sur des discours idéologiques d'exclusion qui se basent sur la langue comme condition absolue à l'appartenance nationale.

Le retard relatif dans l'émergence du roman de langue arabe par rapport au roman de langue française, a ajouté d'autres dimensions plus complexes à la problématique, et a qualifié la production romanesque de langue française d’une légitimité fondatrice, en l’invitant à jouir d'un sentiment de supériorité non justifié sur le plan historique et esthétique.

 1.Histoire générique du roman de langue arabe :

La production romanesque algérienne de langue arabe pose un certain nombre de questions qui se rapportent :

-A l'essence du genre romanesque qui permet de classer les textes littéraires produits en prose depuis les années quarante dans le genre romanesque.

-Aux raisons objectives et subjectives qui ont empêché l'émergence le genre romanesque dans l'espace arabophone avant cette période.

-Aux lectures critiques qui ont traité de cette production littéraire et analysé ces différents textes.

Concernant la première question, celle qui s'attache aux textes produits dans les années quarante et cinquante du siècle précédent, elle est au centre du débat entamé par les critiques littéraires. Le texte qui pose le plus de problèmes aux critiques littéraires et aux historiens de la littérature, est celui de Réda Houhou qui s'intitule " La belle de la Mecque", et il se pose en terme d'appartenance au genre romanesque.

Ce texte est considéré par un certain nombre de critiques littéraires comme le premier texte fondateur du genre romanesque algérien de langue arabe, (Abdelmalek Mortad, Laredj Waciny,…), par contre d'autres critiques littéraires, et on peut citer parmi eux Omar Benguina, Aida Adib Bamia, ils intègrent ce texte dans la nouvelle courte, on trouve également un troisième courant qui est représenté par Abdallah Rekibi qui ne porte aucune considération à ce texte, considérant le roman d'Abdelhamid Benhadouga "Le vent du Sud" comme le premier texte romanesque algérien dans la sphère arabophone.

Tandis que certains critiques privilégient la neutralité, situation somme toute confortable, leur permettant d'éviter l'effort contraignant de la recherche, les difficultés de la polémique et de la confrontation scientifique.

Dans cette posture, on trouve Ahmed Mennour, qui par son introduction à la première édition de ce texte en Algérie (1983), entreprend de laisser la liberté aux lecteurs et analystes de décider, selon leur bon vouloir du jugement à porter sur l'appartenance générique de cette production littéraire. [1]

Les divergences enregistrées entre ces critiques littéraires sur la place occupée par ce texte dans l'histoire du roman algérien de langue arabe, poussent à la révision, ou à passer en revue les fondements théoriques sur lesquels s'appuient chaque critique littéraire.

Pour Abdelmalek Mortad, la production littéraire en prose en Algérie n'a connu qu'une seule tentative romanesque pendant cette période, celle de " La belle de la Mecque". Ce critique s'appuie pour cela sur deux critères qui sont : le volume et l'édition en seul ouvrage qui la distinguent de la nouvelle.[2]

La déduction de Mortad se réduit à des aspects quantitatifs et éditoriaux. Partant de ce postulat, il n'aborde pas le texte en tant que structure linguistique possédant tous les «éléments esthétiques qui lui permettent d'accéder au rang de production romanesque. Et en dépit de son insistance sur certains aspects esthétiques du texte comme la thématique passionnante, la multiplicité des événements, et la densité de la texture romanesque, il n’approfondit pas l’analyse du texte et ne s'étale pas sur les observations relevées.

Quant à Laredj Waciny, il confirme cette tendance, pour lui Réda Houhou "est le premier écrivain de langue arabe qui fait une incursion dans l'univers romanesque".[3] Et bien que le texte en question, est marqué par "son contenu fade et la naïveté de son objet"[4]. Il est tenu par ce critique pour, "le roman qui a ouvert une voie impénétrable au roman de langue arabe afin que celui-ci s’engage vers ce qui est distingué du point de vue des contenus ou de la prise de conscience esthétique des techniques romanesques"[5].

Laredj ne discute pas la convenance de ce texte aux exigences de la production romanesque, il approuve dés le début que ce texte est fondateur du genre dans l'espace arabophone, et sur cette base il construit tout son argumentaire.

Contrairement, à ce critique, Abdallah Rekibi classe "La belle de la Mecque" dans le chapitre de la nouvelle relativement longue. Pour celui-ci, le roman algérien de langue arabe est natif des années soixante-dix[6], seulement il revient sur son point de vue pour conclure que ce texte et le texte d'Abdelmadjid Echafii " L'étudiant sinistré" constituent " les débuts naïfs du roman algérien moderne de langue arabe, qu'il s'agisse de son contenu, de son style ou de sa structure artistique[7].

Il est évident que la neutralité, l'indifférence ou le classement de " La belle de la Mecque" dans le genre romanesque ou dans la nouvelle qu'elle soit longue ou courte n'avance en rien la question, du moment où les critères définissant ces attitudes reposent sur des aspects quantitatifs ou approximatifs.

Pour résoudre cette question, il est préférable de l'analyser et de l'évaluer en s'appuyant sur les conceptions générales de la théorie des genres et sur les différentes définitions du roman.

Il est de notoriété publique que le classement des genres littéraires repose sur des critères dont le caractère socio-linguistique est évident, qui sont déterminés par le relativisme culturel qui est lui-même conditionné par le contexte ou l'atmosphère globale dans lesquels ont émergé ces discours, la subjectivité de l'historien de la littérature et son influence sont également capitales dans cette entreprise.

Cependant, la théorie des genres qui apparaît à telle ou telle période est d'essence non scientifique car fondée sur des postulats idéologiques implicites, elle n'a rien de commun avec la typologie des discours qui cherche à se constituer à partir de la reconnaissance de leurs propriétés formelles spécifiques. L’étude de la théorie des genres, caractéristique d’une culture (ou d’une aire culturelle) donnée, n’a d’intérêt que dans la mesure où elle peut mettre en évidence l’axiologie sous-jacente à la classification…[8].

La théorie des genres littéraires a traversé plusieurs époques historiques différentes, mais elle est trop marquée par les débats d’idées du Moyen Age ou des Temps Modernes.

Elle est élaborée selon deux tendances distinctes : une tendance classique qui adopte une définition non scientifique de la forme et du contenu dans son classement de certains discours littéraires, (comme la tragédie et la comédie, …) ; et une tendance « postclassique » qui adopte une certaine conception de la réalité référentielle et en reposant sur celle-ci, elle fait la distinction entre toutes les formes d'expression ( réalisme, surréalisme, le merveilleux, …)[9].

Le roman, qui est un genre littéraire relativement nouveau par rapport aux autres genres littéraires du point de vue de la genèse et de l’optique définitoire et dont la théorie se confond avec ces deux tendances précitées est nécessairement comparative.

Il apparaît que les critères introduits pour cerner le genre romanesque, prennent pour point de départ les fondements de la critique traditionnelle, c'est-à-dire celle qui approche ce genre en le comparant à d'autres genres écrits en prose (critique anglo-saxonne), ou à partir des métamorphoses successives subies par le genre épique (la critique hégélienne, et ses adeptes comme Luckas et Goldmann, …)

La démarche qui consiste à adopter l'une des postures critiques tend à examiner ce genre en le comparant synchroniquement ou diachroniquement avec d’autres genres.

La première approche se fait l'écho du niveau esthétique des textes et obéit généralement à la subjectivité de l'analyste, et dont les résultats sont imprécis, les critères génériques adoptés étant incohérents. Cette manière d’aborder le sujet essaie comme même de délimiter la problématique sur le plan de la critique en prenant l'aspect interne du texte, comme point de départ.

Quant à la deuxième approche, elle apparaît plus précise et plus cohérente, pour la simple raison qu'elle ignore les métamorphoses survenues sur le roman depuis ses premiers origines, considéré alors comme un genre mineur ou inférieur. Après avoir parodié l'épopée au début, le roman a essayé de rivaliser avec les genres sérieux et nobles tels que la tragédie.

Cette dernière analyse prend en considération un modèle "élaboré à partir du déterminisme matérialiste et historiciste du siècle dernier"[10], c'est-à-dire le dix-neuvième siècle. Cette méthode est caractérisée par son imprégnation du contexte euro-centriste, donc non universel, ce qui nous oblige à éviter de l'appliquer à des productions littéraires appartenant à d'autres civilisations.

Il est évident que la critique littéraire algérienne dans son approche du roman n'a pas échappé aux postulats de ces deux méthodes d’analyse. Dans cet esprit, on peut cataloguer le discours critique du roman élaboré par Rekibi, Mortad et Benguina dans la première tendance, celui de Laredj Waciny dans la deuxième tendance.

Les fondements théoriques sur lesquels reposent les trois premiers critiques – en dépit de leurs différences – ils s’appuient sur des méthodes comparatives avec les autres genres littéraires, quant à la deuxième tendance représentée par W. Laredj, elle repose sur une certaine compréhension de la réalité référentielle.

La remise en cause de ces deux tendances ne veut pas dire qu'il est possible d'arriver à trouver une réponse adéquate et définitive à la question posée par la littérature romanesque algérienne de langue arabe, pour la simple raison est que le roman de par son caractère ouvert et inachevé est un genre qui refuse toutes les règles préétablies, les théories esthétiques consacrées, les déductions réductrices et simplificatrices.

Cela étant dit, il est possible d'arriver à une solution plus ou moins provisoire, qui détermine le caractère romanesque des textes en prose projetés par l'étude. Mais, on ne peut définir le genre roman dans l’abstrait, on peut, en revanche noter l'existence d'un langage spécifique le caractérisant sur le plan formel au moins, et qui peut servir comme base sur laquelle on peut convenir à l'appeler : genre romanesque.

Dans cette perspective, on peut adopter un certain nombre de critères distincts, qui se rapportent à la thématique, au style, aux aspects sémantiques, sociaux et historiques contenus dans le texte.

Même si ces notions ne conviennent pas à toutes les situations, elles nous permettent au moins à cerner ce " langage spécifique, ayant son propre code (sa rhétorique, ses conventions ; certains vont jusqu'à parler de grammaire narrative) et ses unités que l'on peut considérer comme les traits pertinents de l'écriture romanesque"[11].

On peut considérer, que malgré son petit volume- qu’à partir du moment où le texte a inclus dans son tissu textuel un récit, un point de vue, un temps, un espace, des personnages, une description, ceci en plus de son traitement d'un thème qu'on peut mettre en conformité avec le romanesque, c'est-à-dire, l'existence d'un certain nombre d'aventures, de passions violentes enveloppées d'images fictives et de rêves à l'eau de rose, dont la fin est souvent tragique- remplit toutes les conditions esthétiques qui lui permettent d'accéder au rang du genre romanesque.

Ceci en plus de l'existence de "plusieurs nouvelles courtes ordonnées dans une seule structure rythmique, qui est celle de la structure du rythme narratif pendant l'énonciation du narrateur du discours"[12].

Dans ce sens, le personnage central Zakia qui a des rapports avec tous les autres personnages, représente l'axe d'une histoire sentimentale impossible à cause de la prévalence d'une atmosphère chargée de frustrations et de privations, produit des traditions conservatrices qui enferment la femme dans l’espace domestique.

Zakia qui a enduré pendant longtemps les déchirements suscités par la frustration amoureuse envers son cousin Djamil, a fini par être atteinte de folie et ainsi rattrapée par la mort qui a été occasionnée par la double découverte, celle de la préférence de Djamil pour sa sœur et celle de son internement en prison. La tragédie de ce jeune opprimé a été l’aboutissement du conflit (pour la conquête d'Assma), qui l'a opposé à Raouf, le fils d'un richissime notable.

La prison et ensuite la mort étaient les plus dures épreuves pour Djamil, objet d'une injustice et d'une atteinte à sa dignité pour la simple raison qu'il était en plus de sa modeste origine familiale, d'une moralité exemplaire et noble.

Par le truchement de plusieurs personnages, de leurs états psychologiques et sociaux, le texte en question est une critique sévère de ces valeurs archaïques, qui empêchent les individus de s'épanouir, et aussi une dénonciation des disparités sociales qui donnent naissance à l'arbitraire et la coercition.

Cette atmosphère caractérisée par un romantisme, par un réalisme subjectif se manifeste par le biais de la vision d'un narrateur omniscient au don d’ubiquité, qui narre les événements, décrit les états d'âme des personnages, des lieux, des traditions et mœurs sociales. Les événements inscrits dans le texte, ne se réduisent pas à un temps court et unique, mais dépassent de par leur longévité plusieurs semaines.

Pour toutes les raisons énumérées ci-dessus, on ne peut qu'inscrire ce texte dans le genre romanesque.

A coté de ce texte qui pose de sérieuses questions génériques, on peut ajouter d'autres textes romanesques produits ultérieurement, comme par exemple : "L'étudiant sinistré" d'Abdelmadjid Echafii (1951), " L'incendie" de Nourredine Boudjedra (1957)et "La voix de la passion" de Mohamed Manii (1967).

Pour se départir de ces classements préconçus qui ne prennent pas en considération toute la production narrative universelle, on peut approfondir l'analyse en reconsidérant la vision euro-centriste, par le recours à plusieurs théories littéraires qui abordent le genre romanesque dans sa dimension structurelle, dont celle de Mikhail Bakhtine, et à des méthodologies modernes d'analyse du discours et de l'intertextualité.

Celles-ci nous permettraient de conclure que des textes produits bien avant cette période comme celui de Mohamed Ben Brahim " Récit des amoureux et de leurs passions" et "Cent nuits et une nuit", (ce dernier texte a été authentifié par le tunisien Mahmoud Tarchouna), méritent aussi une relecture et une possible catégorisation dans les genres narratifs et en particulier le genre romanesque. Surtout que l'apparition du Nouveau Roman en France a introduit le réexamen des notions fondamentales du roman traditionnel, ainsi que leurs lectures critiques, et a permis la révision de leurs postulats théoriques en même temps.

2.Les raisons d’une apparition tardive ?

Peut-on poser la question qui relève des causes qui ont entraîné le « retard » manifesté par le roman algérien de langue arabe par rapport au roman algérien de langue française quant à l'émergence dans le champ culturel? Faut-il peut-être revoir la question dans sa forme et poser une autre question qui paraît fondamentale, et ainsi repenser le problème de la faiblesse de la production et de ses origines.

Les historiens de la littérature algérienne de langue arabe et ses critiques s'accordent à dire que les raisons qui ont entravé l'émergence le roman algérien de langue arabe de manière considérable par rapport au roman algérien de langue française, se rapportent à des considérations politiques et culturelles qui ont freiné le développement de l'outil expressif, ainsi que la propagation de l’esthétique romanesque dans les milieux arabophones.

Les conséquences qui se sont découlées du phénomène colonial qui a mis en œuvre une politique d'assimilation avec l'objectif manifeste de rattacher politiquement et culturellement le peuple algérien à l'identité française ont été très décisives. Pour ce faire, il fallait détruire tous les fondements de l'identité arabe de ce peuple en recourant à déclarer la guerre à sa langue d'origine et son remplacement par une langue étrangère, celle du colon.

La promulgation en 1904 d’une loi qui réduit l'espace réservé à l'enseignement de la langue arabe en la confinant, dans les meilleurs des cas, à des opérations "d'apprentissage dans des zaouïas et avec des méthodes traditionnelles aux enfants le texte coranique par cœur, et de quelques notions du fiqh et de la théologie, en somme des rudiments de la langue arabe "[13].

Même les mosquées censées être des lieux de culte et de sauvegarde de l'identité religieuse des autochtones n'ont pas échappé à la répression menée tambour battant par les autorités coloniales, puisque plusieurs d'entre elles ont été fermées ou carrément détruites ou transformées en églises. Quant aux écoles "qui enseignaient la langue arabe et qui représentaient un centre de rayonnement pour la culture musulmane, elles étaient tout simplement saccagées et les chargés de leur entretien ont subi l'oppression, qui contraints, ont été obligés à quitter les lieux, devenus par la force de simples vestiges ne présentant pas le même intérêt que celui d’auparavant".[14].

En s'accaparant les terres fertiles, en chassant ses propriétaires, confisqué leurs richesses, détruit les bases économiques, et sociales de la communauté autochtone au profit de la minorité européenne, l'objectif recherché par l'administration coloniale française était l'occupation des mentalités et de l'imaginaire social algérien afin de faciliter son assimilation à la culture française de même que son rattachement politique à la France.

Seulement la résistance du peuple algérien au colonialisme ne s'est pas arrêtée depuis le début de l'annexion de son territoire et a pris plusieurs formes de lutte qui se sont mises en place à partir de la fin de la première guerre mondiale. L'apparition de l'idée de la nation algérienne qui s'est affirmée à travers la définition des repères de l'identité sur le plan politique et culturel par l'attachement à la langue arabe, sa conservation et son développement ont été déterminante.

Le mouvement national né dés le début des années vingt, a essayé de concentrer ses efforts dans le sens de l'encouragement de l'apprentissage de la langue arabe dans des écoles libres. Tous les partis politiques nationalistes ont contribué à cet effort pédagogique, mais c’est l’association des Ulémas Musulmans Algériens qui a été fondée au début des années trente, qui a joué un rôle primordial dans "la préservation de ce qui est resté comme vestiges de la langue arabe qui a été sur le point d'être effacé complètement par le colonialisme"[15].

C'est dans cette atmosphère inhibitive à tout développement de la langue arabe qu'a émergé le mouvement littéraire faisant face à de nombreuses difficultés qui ne lui permettaient de jouir du dynamisme espéré. Pour combler ce manque, les animateurs de cette association se sont tournés vers le Moyen-Orient pour acquérir à la source la culture arabe. Leurs contacts avec les leaders du mouvement réformiste du Cheikh Mohamed Abdou dont l’autorité religieuse était incontestable en Egypte pendant cette période étaient d’une influence notable. Les Ulémas ont essayé de reproduire ces acquis culturels à leur retour de ces pays lointains et voisins, en terre algérienne.

Ils ont fondé des clubs culturels qui "ont joué un rôle considérable dans l'appui au mouvement littéraire en Algérie, et à l'expression poétique en particulier, car l'art narratif (la nouvelle et le roman) était considéré comme une littérature du deuxième ou même du troisième degré jusqu'à une certaine époque très proche"[16].

En plus de ces clubs culturels, plusieurs journaux (Echihab, Elbassayr ; …) qui n'encourageaient pas au début de leur mise en parution la production littéraire, étaient d'une grande influence dans l'éveil de la culture nationale dans sa tendance réformiste.

On peut considérer que la culture traditionnelle à laquelle a appelé cette tendance réformiste du Mouvement National qui s'est contentée de promouvoir certains genres littéraires comme l'essai, la rhétorique, la nouvelle et le théâtre en ignorant le genre romanesque, a été à la source des difficultés qui ont entravé l'émergence de ce genre et son épanouissement d'une manière quantitative, au moins.

La nature de l'art romanesque exige pour son développement harmonieux, un certain nombre de facteurs : l'existence d'un climat culturel fécond permettant aux talentueux, l'acquisition des outils artistiques de l'écriture romanesque, la stabilité sociale des auteurs, le suivi de la critique littéraire, ainsi que le contact avec la littérature universelle et arabe moderne, et enfin la disponibilité des moyens d'impression et d'édition.

Ce climat favorable à la création et à la production des textes en prose qui comportent des atmosphères à caractère fictif, narratif, social et psychologique, était absent. Et avec son absence, des romanciers n'ont pu émerger et même leurs productions dans le genre romanesque ont été très faibles, à l'exception de Réda Houhou "qui a pu échapper à ce cercle"[17], par le fait qu'il était en Arabie Saoudite au moment de l'écriture de son texte, c'est-à-dire loin de son pays blessé, cela lui a permis également d'être en contact avec les autres littératures universelles et de langue arabe.

3.Histoire littéraire et lectures critiques :

Mis à part quelques essais publiés dans la presse et les revues consacrées à la production romanesque algérienne de langue arabe, celle-ci n’a pas beaucoup suscité au début l’intérêt des critiques littéraires. Cela se justifie par la faiblesse de sa production, au début des années du recouvrement de l’indépendance, à l’absence de l’accumulation des savoirs dans le champ de la critique romanesque en Algérie et dans le monde arabe.

Les travaux méthodiques et fondateurs n’ont pu voir le jour qu’avec les efforts consentis par les égyptiens, notamment Mohsen Taha Badr dans son ouvrage intitulé « L’évolution du roman arabe moderne en Egypte » (1963) et Ali Ra’ii avec son œuvre critique « Etudes du roman égyptien » (1979). Ces deux ouvrages auront une grande influence sur le parcours de la critique romanesque dans le monde arabe en général et en Algérie en particulier.

Vers le milieu des années soixante-dix, certains critiques littéraires et dont la plupart continuent d’occuper le champ culturel jusqu’à l’heure actuelle, ont proposé plusieurs lectures de la production romanesque.

On peut citer : Abou El-Kacem Saadallah, Abdallâh Rekibi, Mohamed Messaif, Omar Ben-Guina, Abdelmalek Mortad, Laredj Waciny, Mohamed Bachir Bouidjra, Kerroumi Lahcène, Makhlouf Ameur, Rachid Benmalek, Abdelhamid Bourayou, Chaif Oukacha ; …

On peut classer la quantité d’œuvres produite par ces critiques littéraires qui ont fait l’approche du roman de langue arabe en Algérie en deux principales tendances en fonction des bases épistémologiques adoptées par les uns et les autres : une tendance traditionnelle et une tendance moderne.

1-La première tendance essaie dans ses approches du texte romanesque de faire la jonction entre la critique historique et la critique idéologique, elle reste attachée globalement aux principes de base de la critique traditionnelle qui a dominé en France jusqu’au milieu des années cinquante du siècle dernier.

Ce genre d’approches s’intéresse à l’étude de l’époque pendant laquelle ont été produits les textes littéraires, elles insistent particulièrement sur les aspects de la vie intellectuelle et sociale qui ont accompagné les changements politiques pendant cette période. Ceci concerne les longues études académiques qui s’associent avec les courtes analyses d’ordre pratique publiées dans des livres ou des revues, dans l’analyse des thèmes contenus dans les textes en les reliant à la conjoncture socio-politique ou à la vie sociale et psychologique de l’auteur (c’est-à-dire la biographie du romancier).

Ces études qui interprètent les textes trouvent leurs justifications dans les éclaircissements que peut apporter le contexte social, seulement elles ne prennent en compte que l’extériorité du texte. Leurs niveaux méthodologiques, ou leurs valeurs scientifiques ne sont pas équivalents, puisque parmi elles certaines analyses adoptent une méthode de recherche et de pensée cohérente comme par exemple celle de Laredj Waciny, tandis que les autres s’appuient sur une méthodologie éclectique (aux fondements intellectuels disparates). Quelques études ne prennent en compte qu’un nombre limité d’œuvres qui se distinguent par leur teneur littéraire, tout en excluant le reste, par contre d’autres prennent en charge un nombre important de textes romanesques, ce qui marque leurs analyses par une espèce de descriptions relevant de l’ordre des généralités vagues et imprécises. Ceux-ci ne pouvant aboutir aux résultats escomptés, mais elles peuvent se distinguer par la formulation de sévères jugements sur des œuvres romanesques.

Même si cet exposé n’est pas exhaustif en raison de l’absence de certains documents et du manque du temps, ce classement des travaux de critique littéraire nous permet de suivre de prés l’évolution de l’histoire des idées en Algérie, dans ce domaine au moins, c’est-à-dire que cette recherche est encore en cours et que ses résultats sont provisoires, donc discutables et susceptibles d’enrichissement.

Car il existe plusieurs critiques littéraires, connus par le passé pour leur appartenance à la tendance traditionnelle, qui essaient à l’heure actuelle de renouveler leurs outils méthodologiques et leurs concepts scientifiques en s’orientant vers la modernité intellectuelle. Certains ont réussi ce pari et ont passé le cap avec bonheur, d’autres par contre n’ont pu parvenir à s’adapter à la nouvelle donne et se sont cantonnés à faire du surplace.

On peut également signaler, qu’au sein de cette quantité d’œuvres critiques, des essais marqués par l’impressionnisme, s’appuient sur la subjectivité et les jugements de valeur. Elles consistent à donner des résumés des textes concernés par l’étude, de soulever quelques questions relatives au thème abordé par les œuvres et enfin de noter des observations sur leurs aspects esthétiques.

Dans ce sens, la démarche d’Abou El-Kacem Saadallah est édifiante, puisqu’il suit les mêmes procédés dans le traitement du personnage du roman « La belle de la Mecque », car dans cette étude on ne peut observer aucun examen critique de la modalité de présentation du romancier de son héroïne par le romancier.

Quant à Abdallâh Rekibi dans sa critique du roman « Le vent du Sud » d’Abdelhamid Benhadouga, il présente tout d’abord le thème traité par le texte : la terre dans son rapport à la femme dans un contexte particulier, celui des années soixante-dix, puis il donne un résumé du roman avant de procéder à l’analyse du personnage « Nafissa », l’héroïne du roman, qu’il qualifie de négativité et d’impuissance dans sa révolte envers sa condition féminine et contre son père qui veut lui imposer le mariage avec le maire afin de garantir la non-application à ses terres de la loi portant nationalisation du foncier, ce que refuse cette rebelle fille dont l’instruction est plus ou moins avancée.[18].

Ainsi apparaissent les jugements de valeur à l’encontre des personnages les désignant avec des qualificatifs de négativité ou de positivité. Et c’est dans cette perspective que s’engagent Omar Ben-Guina, et Mohamed Bachir Bouidjra.

Le premier étaye sa lecture du roman « Le vent du Sud » en recourant au résumé et au commentaire des événements qui s’enchaînent dans le roman à travers l’étude sociale et artistique du texte. Il a émis, en traitant des aspects esthétiques du roman, des jugements très durs sur l’écriture du roman non en tant que tel dans sa structure interne et dans son contenu social, mais en tant que ce qu’il aurait pu être.[19]

Pour Bachir Bouidjra qui étudie le temps dans le roman algérien[20], la répartition de cet élément artistique comporte plusieurs moments ; dont celui qui concerne la situation générale dénommée le temps politique (officiel), et le temps populaire qui se rapporte à la vie sociale de l’Algérie, le conflit qui peut surgir entre ces deux temps est le centre d’intérêt pour ce critique. Ce conflit a donné lieu à la production de textes romanesques divers qui relatent la pratique de l’algérien de ces temps. Ensuite Il s’est intéressé au mode d’emploi du temps à l’intérieur des textes romanesques en revenant au passé patrimonial et révolutionnaire, ainsi qu’au présent. Ce travail est plus proche de la recherche sociale ou sociologique et historique que de la critique littéraire, ce qui dénote la méconnaissance du chercheur des nouveaux travaux dans le domaine du temps, ainsi que l’absence de méthode et la non-maîtrise des concepts se rapportant aux recherches sur la narratologie littéraire. Le critique a déjà produit une étude très intéressante sur le roman algérien où il obtient des résultats plus consistants.[21]

On peut dire que ces études qu’on trouve beaucoup de leurs semblables dans la presse et les revues sont dominées par l’appréciation subjective qui se base sur le thème abordé par le romancier afin d’apporter un jugement sur la réussite ou l’échec de l’auteur dans son entreprise scripturale ou de l’illustration de ses personnages. Ce qui indique la non-maîtrise de l’outillage de la critique romanesque moderne et la non prise en considération du renouvellement des notions qui concernent la fonction de la critique littéraire.

La deuxième variété de ce type de critique littéraire qui est à caractère académique et méthodologique, met l’accent dans son classement des textes romanesques sur leur renvoi aux idées ou à la réalité sociale. Elle appartient d’une certaine manière à la critique traditionnelle idéologisée, car elle préfère centrer son traitement des textes sur le thème proposé par le romancier au lieu de s’intéresser au traitement des structures littéraires qui ont permis aux thèmes de transparaître dans des formes littéraires.

Ainsi ces essais font de la critique évaluative ou appréciative une pratique fondamentale qui s’appuie sur des critères qui n’ont rien à voir avec la littérature, leur souci étant de juger les textes à travers les positions politiques et idéologiques de leurs personnages. De cette façon ils traitent le texte littéraire en soi, mais justement comme il faut qu’ils soient, c’est-à-dire selon les propres conceptions des critiques littéraires.

A ce titre, on trouve les écrits de Mohamed Messaif qui s’inscrit dans le cadre de la « méthodologie réaliste et progressiste », le texte est selon lui « une trace littéraire qui exprime des questions d’ordre social ou d’ordre politique, se rapportant aux sentiments des protagonistes ou à l’intérêt de la nation, sans omettre de signaler l’aspect artistique du texte. C’est-à-dire le regard est porté sur le contenu de l’œuvre et la portée de son rapport à la psychologie de l’auteur et de la société, et à la forme en tant que moyen d’expression de ces questions »[22]. Et en dépit de l’intention du critique littéraire de fonder, ses travaux portant sur le roman algérien de langue arabe, sur une méthode qui « assume l’objectivité dans la recherche, la modération dans les jugements, le respect de l’auteur et de ses positions esthétiques et idéologiques ; (…), c’est-à-dire la délimitation du thème du roman, la tendance de son auteur, le traitement de la structure artistique ainsi que les instruments techniques, en s’appuyant sur des textes qui soutiennent les jugements et les positions émis par le critique. »[23], il a classé les romans produits pendant la période des années soixante-dix du point de vue idéologique et esthétique seulement.

Pour ce critique littéraire le corpus qu’il a choisi dans le cadre de sa recherche s’articule autour du « roman idéologique », le « roman didactique », le « roman réaliste », le « roman des méditations philosophiques » et enfin le « roman du personnage ».

Il est évident que dans ce classement, le critique littéraire s’appuie sur un aspect particulier du thème qu’il considère comme important dans la structure de chaque texte en oubliant que l’élément idéologique, didactique, réaliste, philosophique ou les personnages existent bel et bien dans chaque texte romanesque étudié par ce critique littéraire.

Quant à Laredj Waciny qui est considéré comme le critique littéraire le plus distingué dans cette tendance, il procède dans sa lecture à partir d’une perspective intellectuelle, qui malgré son dogmatisme et sa déficience esthétique, essaie de rendre compte du « reflet de l’infrastructure dans la superstructure à travers un processus dialectique complexe »[24].

En s’appuyant sur ce postulat épistémologique, il a essayé de faire la lecture et le classement du roman algérien, en procédant à émettre des jugements de valeur sur un ensemble de textes à partir de leurs contenus. De cette façon les contenus des romans qui ne concordent pas avec son orientation intellectuelle qui s’inspire du réalisme socialiste, sont jugés négativement, par contre, ceux qui s’accordent avec cette philosophie ils ont une place de choix. Il a classé les orientations esthétiques des textes selon les courants littéraires et d’opinion suivants : réformiste, romantique, réaliste critique et réaliste socialiste.

Kerroumi Lahcène, quant à lui, il reste dans le cadre de l’étude thématique puisqu’il étudie le thème de la terre dans le roman algérien de 1971 à 1982,il a développé une méthodologie très avancée, ce qui lui a permis d’enrichir son étude en se basant sur les lectures précédentes, tout en les dépassant, en recourant à l’analyse des aspects artistiques qui sont liés à son thème de recherche.[25].

Cette accumulation d’œuvres critiques du roman de langue arabe a été déterminante dans les choix esthétiques qui ont orienté l’écriture romanesque en Algérie. Elle a en même temps posé les jalons de la critique traditionnelle qui malgré ses insuffisances et ses jugements de valeur, elle a donné une interprétation des textes surtout sur le plan de l’analyse thématique.

2- La deuxième tendance, qui a émergé avec les débuts des années quatre-vingt dix, a essayé de sortir des sentiers battus en approchant les textes sur la base de méthodologies modernes telles la poétique et la sémiotique.

Dans ce courant de la « nouvelle critique » on trouve plusieurs auteurs qui tentent d’introduire des concepts nouveaux de l’analyse du discours et de l’étude narrative des romans. Parmi ces critiques, on cite Abdelhamid Bourayou, Abdelmalek Mortad, Rachid Benmalek, qui sont considérés les plus importants dans cette tendance.

Dans sa lecture du roman « El-Djazia et les derviches » de Benhadouga, Bourayou tente de trouver le rapport qui existe entre le temps et l’espace à partir d’une optique d’approche très pertinente. Pour cet auteur, chaque élément du texte est intéressant du moment ou il instruit sur les autres éléments, tels le titre, l’incipit, la temporalité et la spatialité[26].

Mortad quant à lui, il porte un intérêt particulier à l’emploi de la culture populaire. C’est dans cet esprit qu’il essaie d’interpréter le roman « L’As » de Tahar Ouettar en s’appuyant sur l’analyse structurale du récit[27].

Enfin Benmalek, dans son projet de critique littéraire, il a introduit une méthodologie moderne celle de la sémiotique comme appareil conceptuel apte à interpréter les textes[28].

Notes:

[1] MENNOUR (Ahmed): Introduction de la première édition du texte "La belle de la Mecque" de Réda HOUHOU, ENAL, Alger, 1983, P: 13.

La première édition de ce texte a été faite en Tunisie

[2] MORTAD (Abdelmalek): Les genres littéraires en prose en Algérie (1931-1954), OPU, Alger, 1983, P: 191.

[3] LAREDJ (Waciny): Les tendances du roman de langue arabe en Algérie, ENAL, 1986, P:130.

[4] Ibid, P: 135.

[5] Ibid, P: 142.

[6] REKIBI (Abdallah): L'évolution de la prose moderne en Algérie 1830 – 1974, E.N.A.L 1973 ? P : 201.

[7] Ibid : P : 199.

[8] GREIMAS (A.J) et COURTES (J): Sémiotique: Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Hachette, Paris, 1979, P: 164.

 

[10] VALETTE (Bernard): Esthétique du roman moderne, Nathan, Paris, 1985, P : 6.

[11] Ibid: P: 10.

[12] BENJAMAI (Youcef): (In) Elmoussa'ala, revue de l'union des écrivains algériens, N° 1, Printemps 1991, P: 135.

[13] OTHMANE (Saadi), cité par L. Waciny, Op-cité, P: 11.

[14] A. MORTAD, Op-cité, P:11.

[15] L. WACINY, Op-cité, P: 50.

[16] Ibidem, P: 54.

[17] ZETILI (Mohamed) et BOUDIBA (Idriss), (In) Majallat Ettaoura oua Ettakafa éditée par la Ministère de l'Enseignement et de la Recherche Scientifique, OPU, Alger, N° 5, 198?, P: 9.

[18] Voir REKIBI (Abdallâh) : L’évolution de la prose moderne en Algérie(1830 –1974), E.N.A.L, Alger,1983, P-p : 201 –213.

[19] Voir BEN-GUINA (Omar) :La littérature moderne en Algérie, O.P.U, Alger, 1995, P : 198 – 220.

[20] Voir BACHIR BOUIDJRA (Mohamed) : La structure temporelle dans le discours romanesque algérien, (1970 – 1986), Dar El-Gharb, Oran, 2001.

[21] Voir BACHIR BOUIDJRA (Mohamed) : Le personnage dans le roman algérien, O.P.U, Alger, 1986.

[22] MESSAIF (Mohamed) : Essais sur la littérature et la critique littéraire, S.N.E.D, Alger, 1981, P : 5.

[23] MESSAIF (Mohamed) : Le roman moderne de langue arabe en Algérie (réalisme et engagement), Dar El-Arabia Lilkitab, Tunis, 1983, P : 5.

[24] LAREDJ (Waciny) : Op-Cité, P : 10.

[25] KERROUMI (Lahcène) : La terre dans le roman algérien, 1971 – 1982, thèse de magistère, université d’Oran.

[26] BOURAYOU (Abdelhamid) : La logique du récit, Pp : 119 – 135.

[27] MORTAD (Abdelmalek) : Le patrimoine populaire dans « L’As », O.P.U, Alger, 1982.

[28] BENMALEK (Rachid) (in) El Moussa’ala, revue de l’Union des Ecrivains Algériens, Alger, 1991, Pp : 107 – 124.